‹ Description de l'île de Patmos et de l'île de SamosChapitre 85 sur 116 · IV/avi, espèce de gâteau rond cuit dans la poêle · texte numérisé non relu

IV/avi, espèce de gâteau rond cuit dans la poêle

fond du port à droite et à gauche de celte gigantesque muraille, qui cependant, il faut le dire, n'avait pas la hauteur que lui donne Hérodote ; car la plus grande profondeur de la mer le long de ce môle, en dehors, bien entendu, de cstte quantité de matériaux accumulés, ne dépasse pas 10 brasses ou 10 orgyes : en supposant même que le mur s'élevât de 3 ou 4 orgyes au-dessus de la surface de l'eau, ce qui me paraît plus que suffisant , car 3 mètres me semblent assez, cela ne fait en tout que 1 4 orgyes, et le chiffre de 20 orgyes que nous trouvons clans l'historien Grec est évidemment exagéré ; il est impossible, en effet, de croire ou que la profondeur de la mer ait changé d'une manière si notable, ou que le mur dominât le niveau de l'eau d'une hauteur de 10 orgyes, ce qu'il faudrait néanmoins supposer pour arriver au chiffre d'Hérodote.

Ce môle s'avance assez loin, en se dirigeant vers la pointe du promontoire Gavophonea, et la longueur de 2 stades que lui assigne ce même historien, ou de 372 mètres, est très-exacte, et, comme de la pointe où il commence jusqu'à celle de Gavophonea il y a environ 700 mètres, l'ouverture du port comprise entre ce dernier promontoire et l'endroit où la digue s'arrêtait était donc de 328 mètres. G'élait là l'entrée du grand port; car, intérieurement, une autre jetée moins considérable, et qui courait du N. au S., délimitait à l'O. un bassin plus petit communiquant au S. E. avec le grand. Les vestiges de cette seconde jetée se distinguent aisément à une profondeur de 1 mètre et sur

SUR LUE DE SAMOS. -205 une longueur de 180 mètres. A l'extrémité de cette digue on remarque dans la mer un amas considérable de blocs renversés, ce qui m'a donné à penser qu'il devait y avoir en cet endroit une construction importante et, par exemple, un phare, qui aurait été là trèsbien placé pour éclairer le port tout entier; car il en occupait à peu près le centre.

Le second bassin est aujourd'hui très-peu profond, et les petits bâtiments seuls peuvent y mouiller, encombré qu'il est de matériaux et de débris de toute sorte.

Le village deTigani, qui consiste en une quinzaine de maisons, est entièrement bâti avec des matériaux antiques, et, sous la couche de chaux qui les recouvre, il n'est pas rare de trouver de belles plaques de marbre qui ont été brisées et mutilées. J'ai découvert, dans un misérable café, de jolies colonnes ioniques, et, dans une boutique, une stèle funèbre ornée d'un élégant bas-relief. Les personnages qui le composent sont au nombre de cinq* les figures surtout en ont été très-maUraitées par le temps ou par les hommes. On y lit l'inscription suivante :

HPAKAÊ1AH2 KAKXîOYHPOC XAIPE

A quelques pas de la maison qu'habite le gardien sanitaire, ou l'hygionome, est un enfoncement taillé dans le roc, et qui semble avoir été un sanctuaire con-

âOO ÉTUDE

sacré à quelque divinité marine, et où de petites niches

rectangulaires recevaient les offrandes des matelots.

Quittons maintenant le port et parcourons l'emplacement de la ville antique, pour y retrouver, s'il est possible , quelques-uns des monuments que nous voyons cités dans les auteurs anciens.

J'ai déjà dit, en me fondant sur un passage de Plutarque, que l'agora ne devait pas être loin du port et qu'ensuite de l'agora on se rendait au vouleflirion (fiovAevrripiov). Or, en 1822, lorsqu'on commença à jeter les fondements du fort qui occupe le promontoire situé à l'O. de Tigani, on découvrit plusieurs inscriptions, qui n'étalent autre chose que des décrets de sénateurs. Ce fait m'a été affirmé par un des habitants les plus éclairés de l'île. Il m'a été impossible de consulter moi-même ces inscriptions, car elles ont été prises et emportées par les Turcs, il y a une douzaine d'années, quand l'île retomba définitivement sous leur domination, et la maison de M. Lycurgue, qui renfermait ces décrets, ainsi qu'un assez grand nombre de fragments de sculpture et de bas-reliefs antiques, perdit tous ces trésors, dont le gouvernement ottoman s'est alors emparé.

Si le vouieftirion était à l'angle N. 0. de ce promontoire , l'agora devait être plus voisine du port ; mais il est difficile maintenant d'en déterminer l'em placement d'une manière précise, à cause des transformalions nombreuses et successives qu'ont subies ces localités.

Au N. du vouieftirion sont les traces d'un grand

sur l'île de samos. m

édifice rectangulaire bâti sur un rocher aplani; plusieurs débris de colonnes semblent avoir appartenu à ce monument.

Soixante pas plus loin à l'O., on remarque une trentaine de tambours de colonnes doriques cannelées, épars çà et là; le diamètre de ces tambours est de 80 centimètres; quelques bases sont encore visibles. Il faut peut-être reconnaître dans ces raines deux des anciens temples que j'ai signalés dans le chapitre précédent.

En continuant à marcher vers l'O., dans la partie basse de la ville, on heurte à chaque instant de beaux fragments de marbre; des pans de murs et des voûtes de construction romaine gisent renversés confusément à côté de débris d'édifices grecs, et, le plus souvent, par dessus les fondements de ceux-ci. Ainsi, sur un petit monticule, j'ai observé des raines considérables datant de l'époque romaine, et dont les substractions sont helléniques. Tout cela est9 en général, dans un tel désordre qu'il est à peu près impossible de définir la forme et l'étendue des monuments dont ces débris sont les vestiges. Si l'on monte vers le N. dans la partie haute de la ville, c'est le même chaos et la même confusion, confusion qui augmente d'année en année, et qui rend de plus en plus méconnaissable, à l'œil de l'observateur, la configuration première et intérieure de cette grande cité. En effet, remplacement qu'elle occupait est actuellement divisé en de nombreux compartiments, plantés de vignes ou semés de fèves et de blé, et séparés les uns des autres par des murs ou

plutôt par des amoncellements de matériaux de tout genre, que chaque propriétaire a ramassés dans son champ, et qu'il entasse ensuite à l'entour, dans le double but d'en nettoyer l'enceinte et puis de la délimiter. Comment donc recomposer aujourd'hui , avec ces débris déplacés et confondus, le plan et en quelque sorte la physionomie de cette ville célèbre, et ne pouvons-nous pas répéter ces vers du poëte Rutilius :

a Agnosci nequeunt aevi monumenta prioris, « Grandia consumpsit mœnia tempus edax; « Sola manent interruptis vestigia mûris; « Ruderibus late terra sepulta jacet.... »

Ici seulement c'est encore plus l'homme que le temps qui a détruit les monuments, et nous savons par l'histoire que Samos, souvent ravagée, a vu emporter chaque fois quelques-unes de ses dépouilles; puis, pour achever cette destruction, la culture s'est emparée du sol de cette ville.

Cependant, sur les flancs de la montagne du Kastro, au-dessous d'une petite chapelle consacrée à saint Georges, on reconnaît encore parfaitement les ruines d'un théâtre antique, déjà signalées par Tournefort, par Pococke et par M. Ross. Les murs, arrondis en demicercle , ont été construits avec des blocs taillés à angle droit. Les gradins, qui reposaient sur la pente même de la montagne, ont presque tous disparu. Au milieu de l'orchestre, un four à chaux abandonné indique qu'on s'est servi du marbre de ce théâtre pour

'1. Rutilius, De reditu suo, 1. I, vers 409 et suiv.

SUR LTLE DE SAMOS. 209 en faire du mortier. Des oliviers sauvages, de hauîes herbes et des arbustes épineux croissent çà et là. Le diamètre de cet édifice est d'environ quatre-vingt-dix pas. Au bas, et suivant Taxe de ce diamètre, s'étendent deux longues voùles, séparées par un intervalle de quelques pieds. La position de ce théâtre était admirable. Dominant la ville d'environ 80 mètres et adossé à la penle de la grande acropole, il était tourné vers le S. Si le mur de la scène n'était pas trop élevé (actuellement il est complètement détruit), les spectateurs pouvaient, des gradins où ils étaient assis, au moins dans la partie supérieure de la cavea, contempler à leur aise tous les monuments de leur opulente cité et le vaste bassin de leur port. Devant eux, à leur gauche, s'élevaient les deux cimes gigantesques du mont Mycale, qui leur rappelait une brillante victoire remportée sur les Perses par les Athéniens, et à laquelle eux-mêmes avaient contribué; en face, se déroulaient à leurs yeux les côtes de la Carie; à leur droite, les îles d'Hyetussa, de Léros et de Galymno leur apparaissaient dans le lointain comme rattachées entre elles par la distance, et si, plus près d'eux, ils abaissaient leurs regards vers la plaine, ils apercevaient à son extrémité occidentale le faubourg et le temple de Junon, dont la majestueuse colonnade et les immenses développements rivalisaient avec ce que l'antiquité avait conçu et exécuté de plus vaste en l'honneur des dieux. Tout cela réuni composait un horizon à souhait pour charmer la vue, et l'on comprend aisément que cette seule perspective et cette

-210 ÉTUDE magnifique décoration de la nature, sous le beau ciel de l'Ionie, devaient ajouter singulièrement à l'intérêt des pièces dramatiques. — Sans parler des autres débris innombrables qui jonchent la terre, je ne puis me dispenser de mentionner ici les vestiges considérables d'un long aqueduc romain, tout à fait différent de l'aqueduc grec d'Eupalinus, et postérieur de plusieurs siècles à ce dernier.

Cet aqueduc entrait dans la ville par l'O., et sur le penchant du mont Kastro on en reconnaît la trace jusque vers le théâtre : il est probable même qu'il se prolongeait plus avant, et que plusieurs réservoirs en recueillaient les eaux qui ensuite étaient distribuées par des conduits dans les divers quartiers. Il était large de 3 mètres : le mur qui supportait les gros tuyaux de terre cuite dans lesquels l'eau coulait était construit avec de petites pierres fortement cimentées et mêlées avec des briques.

Les tuyaux étaient comme emboîtés dans une rainure large et profonde enduite d'un mortier indestructible. Ce mur, en dehors de la ville, contournait à l'O. les flancs du mont Kastro, puis franchissant le ravin de St-Jean sur un pont dont les piles gigantesques, à moitié renversées, forment une des ruines les plus pittoresques de l'île, et se dirigeant vers le N., il suivait la pente méridionale du mont Kalaronga. Au delà, il faisait un coude à TO. pour traverser les hauteurs de Ghora; mais là toute trace se perd et échappe aux recherches les plus attentives : car il a été démoli entièrement par les habitants de cette petite ville, et ce

n'est que 25 minutes plus loin, à PO. de Chora, qu'il reparaît de nouveau au milieu des broussailles. Il côtoie toujours Tes collines, traverse cinq à six ravins, et monte enfin jusque sur le revers oriental de la chaîne de l'Ampélos, dont les sources lui fournissaient les eaux qu'il Iransportait à la ville par ce long détour de 14 à 15 kilomètres.

Je ferai remarquer plus tard, quand je parlerai des fouilles que j'ai exécutées à la fontaine de Saînt-Jean, Télrange méprise qui est échappéeàTournefort au sujet de l'aqueduc qui vient de nous occuper, et dont la fondation, loin de remontera Eupalinus, me paraît lout au plus contemporaine de l'époque d'Auguste.

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