Vitruve, De Architectura, 1. VII, préface, i
m ÉTUDE
« Yolumen : de aede Junonis quae est Sami dorica « Theodorus. »
Remarquons que Vitruve ne dit point : quœ erat Sami dorica, mais quœ est Sami dorica. Or, ce Théodore était le fils du célèbre Rhœcus, le premier architecte de l'HéraBon.
Si Vitruve affirme qu'il était dorique de son temps, comment croire que les ruines que l'on voit encore aujourd'hui n'appartiennent point au temple cité par cet écrivain et soient postérieures, par conséquent, à l'époque où il vivait.
Sans doute, l'ordre de la colonne qui nous occupe n'est pas le Dorique ordinaire : elle est sans cannelures ; elle a aussi une base et un piédestal, toutes choses qui ne se rencontrent pas d'habitude dans le Dorique Grec; mais, d'un autre côté, son chapiteau, tel qu'il est reproduit dans la planche 54 de Y Atlas de M. Choiseul- Gouffier, a les oves sans avoir les volutes recourbées qui caractérisent essentiellement l'ordre ionique.
Si avec Ottfried Mùller, nous ne faisons pas remonter la fondation de l'Héraîon au delà de la 30e olympiade, ce temple aura été alors commencé par Rhœcus vers l'an 656 av. J.-C; puis Théodore et Téléclès, ses fils, auront, dans les olympiades suivantes, poursuivi l'œuvre de leur père; et cet édifice, incendié par les Perses, aura sous Polycrate, subi des réparations et des agrandissements, tout en conservant néanmoins les principaux caractères du genre dorique. Mais il est impossible d'admettre que les Samiens aient pu, dans la suite, construire un nouveau temple différent
SUR 1/1LE DE SAMOS. m de celui qu'avait vu Hérodote et que plusieurs siècles plus tard virent Pausanias et Apulée, différent aussi de celui dont nous parle Yitruve.
Car, si à l'époque de Trajan, époque à laquelle vivait Apulée, c'est-à-dire, plus d'un siècle après J.-C, l'ancien temple signalé par Hérodote était encore debout1, il est évident pour moi que la colonne qui attire aujourd'hui l'admiration des voyageurs est un débris authentique de ce temple célèbre, et que, malgré ses proportions élégantes, malgré sa base, malgré aussi son chapiteau, actuellement enlevé, ou plutôt à cause même de ce chapiteau qui, quoique plus orné, en général, que les chapiteaux doriques, n'avait pas cependant les volutes du genre ionique, il ne faut pas partager les dcules de M. Choiseul-Gouffîer, doutes qu'a semblé adopter Barthélémy dans son Voyage du jeune Anacharsis, mais reconnaître avec Tournefort, avec Pococke, avec Dallaway et M. Ross, qu'on avait employé dans ce moment un ordre particulier qui n'était ni l'Ionique, ni le Dorique proprement dit, et que néan moins Vitruve a pu appeler de ce dernier nom, parceque ce sont surtout les volutes du chapiteau qui constituent l'ordre ionique el que ces volutes manquaient aux colonnes de l'Héraeon de Samos, lequel formait comme une sorte de transition entre les deux ordres que je viens de nommer.
Il ne faudrait pas s'imaginer, en effet, que la divi-
1. « Enimvero fanum Junonis antiquitus famigeraturo, » dit Apulée, etc. {Flondes, XV).