Barthélémy, Voyage du jeune Anacharsis^ ch. lxxiv
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sion de l'ancienne architecture grecque, en trois ordres distincts, fût absolue, et que le caractère de chacun de ces ordres ait été invariable et jeté, en quelque sorte, dans un moule inflexible. Je me figure plutôt que la souplesse et ta variété déformes, qu'on remarque dans le génie de la littérature des Grecs, devaient se reproduire également dans celui de leur architecture, et que les mêmes ordres comportaient des nuances et des différences auxquelles on n'a pas toujours fait suffisamment attention.
En outre, Samos, par sa position géographique, appartient à l'x\sie beaucoup plus qu'à l'Europe, et nous savons qu'en Asie, de très-bonne heure, l'ordre ionique a été celui des temples, puisque le fameux Artémisium d'Éplièse, auquel travailla Théodore, l'un des architectes de FHéraeon de Samos, fut construit dans ce style. Il n'est donc pas étonnant que le lemple de Junon, quoique se rattachant encore au style dorique ])cT l'absence de volutes aux chapiteaux de ses colonnes, tendît déjà, par l'éléganeé des bases et par les ornements de ces mêmes chapiteaux, à se rapprocher de l'ordre ionique, qui obtint bientôt, à Èphèse, un développement si magnifique et si éclatant dans le vaste temple de Diane.
La question de l'étendue et de la forme de l'Héraeon est encore maintenant à l'état de problème. Hérodote nous dit seulement qu'il était le plus grand de tous les temples qu'il eût vus, et Strabon nous apprend qu'il était hypasthre, c'est-à-dire que le milieu était à ci et ouvert.
Parmi les voyageurs modernes, Pococke a imaginé un plan de cet édifice. D'après ce plan, que M. Ghoiseul-Gouflier a reproduit dans son atlas, planche 54, ce temple aurait eu vingt colonnes de long et huit de face. Il aurait été précédé, à l'E., d'un portique à quatre rangées de colonnes; une seule rangée se serait développée sur les côtés et sur la face occidentale. Sa longueur aurait été de 470 pieds, et sa largeur de 189 : il aurait été, par conséquent, plus long, mais moins large que celui de Diane, à Éphèse, dont ta longueur était de 425 pieds et la largeur de 220,
Si, au contraire, je consulte l'ouvrage des Antiquités Ioniennes \ je lis :
a Le temple de Junon, à Samos, semble avoir été décastyle et diptère, et avoir eu vingt-et-une colonnes sur ses côtés latéraux. Sa longueur parait avoir été de 344 pieds et sa largeur de 166. »
D'autres voyageurs ont adopté d'autres chiffres et un autre plan. Pour essayer, après eux, de résoudre cette question, il n'y avait qu'une chose à faire : c'était de pratiquer des fouilles, afin de retrouver, s'ils existent encore, les soubassements du temple ; je dirai plus tard ce qui m'a empêché de les exécuter : je m'abstiens donc de proposer moi-même mon plan qui ne serait fondé que sur de simples conjectures.
Faubourg de l'Hék.eox. — Près de l'Héra3on s'étendait un faubourg. « To npoxGteïov to npbq tm Hpa/w, )> dit Strabon, dans son livre XIV, chap. i.
i. Antiquités Ioniennes, 1. 1, ch. v (2e édilion).
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On rencontre, en effet, à quelque distance du temple, des vestiges d'habitations et de murs, qui ont appartenu à ce faubourg. On y trouve aussi des fragments de marbre qui proviennent de l'enceinte sacrée de l'Héraeon. Sur l'un de ces fragments en beau marbre blanc, j'ai lu l'inscription suivante :
BA2!AEÂnTOAEMA!ON0EON^lAOnÂTOPÀ BÂ2SAEO2nT0AEMÂI0YKASBA2SAi22H2 BEPENiKH2QEflNEYEPrETflN
Acu.ctîo-j 7.0:1 QOLdùiaar^ Bcpîvtz^ç Gôwv sucpyerwv. »
Il est probable qu'au-dessus de cette plaque de marbre s'élevait une statue que les Samiens avaient érigée en l'honneur du roi Ptolémée Philopator et de la reine Bérénice Dienx-Evergètes. Ce roi, étant devenu maître de Sam os, comme nous l'apprend Polybe \ entretenait, dans les ports de cette île, une flotte considérable. Pour captiver la faveur de leur vainqueur, les Samiens avaient, sans doute, placé sa statue à côté de celles qu'ils avaient précédemment élevées dans l'néra3on à leurs différents dominateurs. C'est ainsi que la reconnaissance, l'adulation ou la crainte avaient successivement peuplé de tableaux et de statues l'enceinte du temple de Junon, et, à l'époque romaine, ce n'était plus qu'un musée qui tenta plus d'une fois la cupidité des pirates et des préteurs, et qui fut pillé, entre autres, par Verrès et par Antoine,