‹ Description de l'île de Patmos et de l'île de SamosChapitre 96 sur 116 · Scoureïka · texte numérisé non relu

Scoureïka

*29. Spatareïka.

District de Chora.

Le district de Chora, par lequel nous commençons parce qu'il renferme la capitale de l'île, est borné à l'E. et au N. par le district de Vathy, à l'O. par ceux de Garîovassi et de Marathro-Camho et au S. par la mer. Son territoire comprend :

1° Deux belles plaines séparées par l'un des rameaux de l'Àmpélos, la plaine de Meso-Cambo à l'E. et celle de Chora à l'O.

2° Une jolie et fertile vallée, celle de Mytilini, qu'arrose le fleuve ou plutot.le torrent de ce nom.

3° Les versants de la chaîne de l'Ampélos qui sont tournés vers ces deux plaines et vers cette vallée.

Chora. (Xwpa, pays, ville). — Chora, chef-lieu de ce district et capitale de File, ressemble plutôt à un village qu'à une ville. ïl s'élève, vers le N. E. de la plaine du même nom, sur le penchant méridional d'une colline et à une petite heure des ruines de l'ancienne Samos. Les rues en sont irrégulières, étroites et mal pavées. On y compte 335 maisons, hautes d'un rezde-chaussée et d'un étage, et la plupart couronnées par une terrasse. Elles contiennent chacune une famille. Celle qu'habite le gouverneur a un peu plus d'apparence que les autres, quoique simple elle-même et modeste. Le rez-de-chaussée est occupé par un poste de soldats habillés à l'albanaise, et le premier par le gouverneur et quelques personnes de sa famille.

Ses secrétaires demeurent dans une autre maison où sont les bureaux et l'imprimerie.

L'ancien local de l'évêché, vacant depuis un an, sert aux réunions du sénat et cle l'aréopage.

Le tribunal de première instance siège dans une autre maison.

L'assemblée générale des Samiens, qui se compose de 36 députés, se tient dans une église. Cette dernière et trois autres n'offrent rien qui mérite d'être signalé.

L'école primaire est fréquentée par 70 enfants, garçons et filles.

Vers le bas de la ville est une ancienne tour avec mâchicoulis et créneaux, et qu'on prétend avoir été bâtie autrefois par les Génois, d'autres disent par les Vénitiens.

Deux fontaines fournissent une eau excellente. En descendant vers la plaine, on trouve une trentaine de maisons ruinées et quelques jardins plantés de mûriers.

L'air est assez pur, excepté pendant trois mois de l'année où l'on se ressent un peu de l'influence malsaine des marais voisins. La température est généralement très-douce, parce qu'on y est à l'abri des vents du Nord et que ceux du Midi presque seuls s'y font sentir.

Le soir, les chacals viennent quelquefois rôder jusqu'auprès des maisons, et l'on entend leurs cris plaintifs qui ressemblent aux vagissements des enfants. Les hurlements des chiens leur répondent et les mettent en fuite.

SUR L1LE DE SAMOS. 241 J'ai cherché vainement des inscriptions antiques à Ghora; mais, en examinant attentivement les maisons et les boutiques , je me suis aperçu que la plupart d'entre elles cachaient, sous la chaux qui les recouvre, de beaux matériaux antiques enlevés sans doute aux ruines de l'ancienne Samos. Ainsi, j'ai distingué des tambours de colonnes, des fragments de frises et d'architraves et même des débris de sculptures mutilées. Un bas-relief funéraire, élégamment exécuté, mais dont les figures ont été fort maltraitées, est déposé dans le local de l'Évêché.

Le gouverneur possède aussi chez lui une petite tête de femme en marbre blanc, représentant une Junon, et dont les traits et la chevelure ont une grâce et une délicatesse parfaite.

Mytilini. ■ — Au N. de Ghora et en tirant un peu vers l'E., à 4 kilomètres à peine de distance, est le village de Mytilini. On s'y rend en franchissant et ensuite en côtoyant le petit torrent dans lequel j'ai cru voirie Ghésius des anciens. Puis on le laisse sur la gauche, et, tournant à droite, on aperçoit bientôt les maisons de ce village groupées au N. de la vallée qu'arrose le Mytilinous. Ce bourg a été fondé, il y a 280 ans, par une colonie venue de Lesbos (aujourd'hui Metelin). En effet, Rilidj-Aly Pacha, pour repeupler l'île de Samos, promit sept années d'exemption d'impôts à ceux qui viendraient s'y établir, et cette promesse fit accourir de nombreux colons de différents points de l'Asie mineure, de l'Archipel et de la Grèce continentale d'Europe. Les habitants de

242 ETUDE Cbora ont déjà perdu le souvenir de leur première origine, mais ceux de Mytiliui Font conservé, grâce au nom de leur village qui leur rappellera toujours leur ancienne patrie.

Mytilini a sept cents maisons et trois églises. L'école mutuelle est fréquentée par cent vingt enfants; il y a aussi une autre école, dite hellénique, suivie par cinquante élèves venus de différents points de l'île. On y enseigne le grec ancien, les éléments des mathématiques, de l'histoire et de la géographie, et même un peu de français.

La vallée qu'arrose Je Mytilinous présente un aspect charmant, lorsque les arbres, qui couvrent les bords de ce torrent, ne sont point dépouillés de leurs feuilles. La plupart sont des mûriers. Le Mytilinous, dans lequel je reconnais lTIybettes de Pline, poursuit son cours jusqu'à la mer, en se frayant un ravin à travers deux montagnes et en traversant ensuite la partie occidentale de la plaine de Meso-Cambo. Cette plaine, que je vois désignée, dans la carte qu'avait fait dresser M. Ghoiseul-Gouffier et dans celle du chevalier Lapie, sous le nom de Pisos-Campos, et, dans la carte anglaise du lieutenant Brock, sous celui de Miso-Gambo, porte en réalité celui que je viens d'indiquer, et elle le doit à sa position même entre la mer et les montagnes. Sa longueur est au moins de 4 kilomètres et sa plus grande largeur de 2. La ceinture de hauteurs qui l'entoure, au N. et à l'O., se termine à l'E. par la pointe Psili-Hammo. Cette plaine offre d'excellents pâturages aux troupeaux : elle contient sept à huit

SUR 1/ILE DE SAMOS. 243 étangs salés, qui, n'étant point entretenus, répandent des exhalaisons malsaines et l'ont pour cela môme rendue déserte. On y voit seulement, le long de la plage, quelques fabriques de poterie et ça et là plusieurs petites chapelles abandonnées. La baie deMeso- Cambo est peu profonde, et, quand les vents du Midi soufflent avec force, elle est très-dangereuse pour les bâtiments.

A son extrémité occidentale, on rencontre, au delà comme en deçà du Mytilinous, et au milieu d'épaisses broussailles, des traces de constructions fort anciennes, et qui me paraissent devoir remonter à l'époque de l'occupation de l'île par les Gariens. Près des bords de ce même torrent, vers son embouchure, sur une colline qui le domine et qui se rattache au Rhakivouno, lequel sépare la plaine de Meso-Cambo de Tigani, on distingue encore les vestiges d'un mur construit avec des blocs polygonaux.

Le Rhakivouno (Pa/iëo-jvo), ainsi appelé à cause de son escarpement et de ses bois, atteint une hauteur de 326 mètres au-dessus de la mer. Ses flancs sont couverts de pins et d'oliviers, et son plateau, hérissé d'énormes rochers, a été, en plusieurs endroits, taillé par la main de l'homme, qui en a arraché des blocs de marbre et de pierre. J'y ai remarqué également les restes d'un mur antique de construction cyclopéenne, dont on peut suivre les traces à travers les rochers et les broussailles.

En redescendant les pentes occidentales de cette montagne, c'est-à-dire en se rapprochant de l'ancienne

m ÉTUDE capitale, on traverse une forêt de beaux oliviers, entremêlés d'arbousiers , de lentisques et principalement de jeunes pins. Une source ombragée par un vieux platane sort d'un petit canal antique : puis elle se rend par un conduit à une fontaine, et de là elle se répand dans deux bassins rectangulaires en marbre blanc, longs de 2 mètres, et qui ne sont autre chose que d'anciens sarcophages. Au devant de cette fontaine sont plusieurs belles dalles de marbre enfoncées dans le sol. Un aqueduc moderne, et maintenant à moitié détruit, amenait les eaux de cette source à un petit monastère inhabité depuis 40 ans et appelé Hagia-Paraskevi. Situé 200 pas plus loinvers le S. , il commence à tomber en ruine. J'y ai découvert, à l'extrémité d'une salle, sous une estrade en bois, un hypogée antique, dont les moines se servaient probablement comme d'un caveau pour y déposer leurs provisions. Cet hypogée, construit avec de beaux blocs équarris avec soin, a 2 mètres de long, 2 de large et 2 met. 40 cent, de profondeur. Cinq petites niches rectangulaires ont été ménagées dans les parois latérales. Il était recouvert par trois longues plaques de marbre, dont une existe encore. J'imagine que c'était un tombeau de famille et qu'il devait y avoir en ces lieux une riche villa.

Plus bas on rencontre encore d'autres débris et une seconde fontaine près d'un platane gigantesque.

Le versant septentrional de celte même montagne estplus rude et plus escarpé : il domine la vallée accidentée du Mytii' nous, et sur ses dernières pentes s'élève

SUR L'ILE DE SAMOS. 245 le petit monastère d'Hagia-Trias ou de la Ste-Trinité. Il a été fondé en 1826. L'hégoumène qui le dirige est vénéré dans le pays, et les douze moines qui vivent sous sa dépendance sont astreints à une règle trèsaustère. Eux-mêmes ont construit leur chapelle et les bâtiments qui l'entourent. Ils m'ont montré à côté d'un puits plusieurs dalles antiques et une sorte de petite auge rectangulaire avec l'inscription latine suivante :

CIVLiVSMARTIALSSHSE

CIVLiVSÀGÀTHOVSVE

IVLSAOROSTiLIAVSVE

« Caius Julius Martialis hic situs est. « Caius Julius Agatho vive.

« Julia Orostilia vive.

Au lieu de Orostilia, peut-être faut-il lire Orestilla : car les caractères étant un peu effacés se prêtent à ce double texte. Cette inscription nous prouve que c'était là un tombeau, et, comme il est long à peine de TOcentimètres, il ne pouvait renfermer que le corps d'un petit enfant, à moins qu'il ne contint que des cendres.

A 2 kilomètres de ce petit monastère vers le N. 0. est la fontaine dite de St-Jean. J'en parlerai plus au longdans un autre chapitre.

Nous avons parcouru la partie orientale du district de Chora, dirigeons-nous maintenant vers la partie occidentale.

Myli. — A 5 kil. 4/2 de Chora, à l'O., après avoir franchi le ravin d'Hagios-Constantinos,et ensuite celui de Nero-Trivia, ces deux affluents du torrent Daph-

nia, l'ancien fleuve ïmbrasus, on arrive au petit village de Myli, situé sur un tertre entre ce dernier fleuve et le courant de Nero-Trivia. Il se compose seulement de trente-cinq maisons et d'une église : il n'a point d'école. Ce village fut un des premiers fondés dans l'île par une colonie de Patmiens vers 1580. Suivant une autre tradition, les habitants seraient originaires de l'île de Milo : mais la dénomination de Myli , qui aura sans doute donné lieu à cette croyance, a pour étymologie véritable le mot pokoq qui signifie meule, et par extension moulin et non celui de WrXoz (île de Milo). En effet, non loin des dernières maisons de ce village, sur le bord de l'ïmbrasus, on voit encore cinq à six moulins d'eau qui paraissent assez anciens et d'où cette localité aura tiré son nom.

Les environs de Myli sont très-fertiles; mais les beaux orangers et citronniers qui composaient autrefois son principal revenu ont été gelés par l'hiver de 1849.

S'il faut en croire les habitants, le philosophe Pythagore aurait eu une petite maison de campagne un peu au delà de leur village, sur la pente d'une colline, où il venait méditer loin des bruits et de l'agitation de la ville.

Jamblique 1 nous raconte aussi que ce philosophe s'était arrangé hors de la capitale une grotte où il passait de longues heures de la nuit et du jour à étudier les sciences et les applications qu'on en pouvait faire.

Myli est beaucoup moins peuplé aujourd'hui que du

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