‹ Description de la cathédrale d'AmiensChapitre 7 sur 12 · S CD · texte numérisé non relu

S CD

CD

en

"eS

lt

"es en

en O

cS

d <o3 cS en OJ .2

cS O

en en

Cette châsse étoit encore beaucoup plus riche autrefois qu'elle n'est aujourd'huy, puisque le 22e may 1 573, veille de la feste de l'Ascension, pendant que MM. du chapitre estoient allés en procession dans l'église des Augustins, quelques scélérats et hérétiques emportèrent plusieurs joyaux attachés à celte châsse et enlevèrent quelques testes des figures qui composent la représentation de l'histoire de la vie de ce grand saint.

Le 29e avril 1577, veille de la feste de l'Ascension , comme on fesoit l'inventaire des joyaux et pierres précieuses attachées à cette même châsse de saint Firmin le martir, après l'avoir descendu de sa place pour la porter le lendemain en procession, quelques autres voleurs et sacrilèges ayant excité exprès du tumulte dans l'église , pour y attirer une partie de ceux qui estoient présent à cet inventaire , prirent occasion d'enlever durant ce tems-là une autre partie des riches ornemens attachés à cette châsse , c'est pourquoy Messieurs du chapitre firent appliquer et mettre à leurs dépens à cette chasse de saint Firmin le martir deux testes d'or de figures humaines qui avoient esté arrachées par les mêmes huguenots, la veille de la feste de la décollation de ce grand saint, en l'année 1589. L'une de ces testes représentoit celle de saint Salve attachée à un des bouts de cette châsse , et aux extrémités de cette chasse, l'autre estoit une de celles des figures qui composent le baplesme de Faustinien. Ces deux nouvelles testes, très-bien travaillées par le fils du sieur Bernard, orfèvre de cette ville, de retour depuis peu d'Italie où il estoit allé voyager et travailler, furent appliquées dans leurs places le 24° de septembre 1665.

On peut croire que les richesses de la thrésorerie de l'église de Notre-Dame d'Amiens estoient autrefois trèsconsidérables, puisque le 19e de juin de l'année 1562 on osta du thrésor de cette cathédrale 400 mars 5 onces et 1/2 d'argent, en diférens joyaux et ornemens , pour payer une subvention et une taxe imposée sur le clergé. Tous ces riches et précieux ornemens d'argent furent envoyés à Paris, sous la conduite de M§r Antoine deCréqui , pour lors évêque d'Amiens.

Il arrive quelques fois de certaines conjectures fâcheuses où l'on est obligé de faire dans un tems ce qu'on se garderoit bien de faire dans un autre , ainsi qu'il arriva aux Messieurs du même chapitre de la cathédrale d'Amiens, lorsqu'ils furent obligés de vendre cette table d'argent qui faisoit un des plus beaux ornemens du grand aulel de la cathédrale. On avoil commencé de faire cette table le 9e du mois d'octobre 1486 , et elle coûta 2,290 liv. 16 sols , et on avoit d'aumônes de la charité des fidèles qui avoient donnés pour contribuer à sa façon la somme de 1,886 liv. 13 sols. M. Pierre Barry, chanoine, estant pour lors maître des marances ; elle fut achevée et mise en sa place le 26e de juillet de l'année 1496 , c'està-dire près de 10 ans après son commencement , ce qui fait voir que la façon de ces sortes d'ouvrages coûte souvent autant que la matière dont ils sont composés et que l'habilité de l'ouvrier est autant estimable et souvent plus que l'ouvrage même , ainsy que le dit le tendre Ovide, dans la description du palais du soleil , qu'il fait au deuxième livre de ses métamorphoses :

Materiam superabat opus.

A l'égard de la châsse de saint Firmin le martir, dont je vous ay parlé il n'y a qu'un moment, il n'est point hors de propos de vous dire icy que Messieurs du chapitre de la ville de Pampelune , capitale du royaume de Navarre , qui ont pour patron le glorieux saint Firmin le martir, originaire de cette ville-là, écrivirent des lettres fort obligeantes, en datte du 13e de febvrier 1651, à Messieurs du chapitre de la cathédrale d'Amiens, par lesquelles ils leurs donnoient avis que Messire François de Marcou , évêque de Pampelune , à la sollicitation des Jésuites de ce pays-là, avoit rendu une sentence du mois de novembre 1648 qui donnoit la préférence à saint François-Xavier, pour le reconnoître patron du royaume de Navarre , au préjudice de saint Firmin le martir, qui déjà en estoit reconnu le patron. Ces lettres écrites par Messieurs du chapitre de Pampelune à ceux de la cathédrale d'Amiens , estoient pour les prier de se joindre à eux et d'intervenir avec eux pour supplier Sa Sainteté de ne point souffrir cette injustice à leur égard. Le pape Innocent Xe, prévenu en faveur des deux chapitres, jugea en leur faveur.

Après vous avoir fait la description de la châsse de saint Firmin le martir, premier évêque d'Amiens (1) , patron de cette ville et du diocèse, et un des premiers apôtres de la Picardie, il faut faire celle de saint Firmin, dit le confesseur, et troisième évêque du même diocèse.

Cette châsse est longue de 3 pieds 4 pouces et 6 lignes,

(1) Presque toutes ces châsses furent envoyées à la Monnaie de Paris et fondues en 1793 avec d'autres riches objets.

très-baute de 2 pieds 6 pouces, et large de 1 pied 4 pou" ces et 6 lignes, son coffre est fait d'un bois fort épais, couvert de feuilles de vermeille doré. La représentation de quelques actions de la vie de ce saint Firmin le confesseur occupe la grandeur de douze cartouches où compartiments différons, l'ouverture de la porte de celte châsse est par-dessus couvertes de quatre bandes de fer qui contribuent à sa pesanteur.

On voit dans le premier cartouche un évêque en chape, mitre et crosse, devant lui une assez grande cuve, semblable à la figure des fonds baptismaux , où sont un homme , une femme et un jeune homme , ayant tous trois les mains jointes , sur lesquels l'évêque donne sa bénédiction; derrière cette cuve est un diacre en dalmatique, tenant de la main gauche un vase fait en forme d'écuelle, qui est le vaisseau du saint Chresme ; et faisant sur l'épaule de la femme placée la dernière une onction. Cecy représente, suivant toutes les apparences, Faustinien avec toute sa famille, que saint Firmin baptise.

Dans le deuxième cartouche paroît un évêque debout, la mitre en teste et la crosse à la main, bénissant avec deux doigts un évêque qui est à genoux à ses pieds , profondément incliné et appuie sur une espèce de prie- Dieu, qui ne paroît que de côté et représentant dans cette situation une colonne sur sa base, dont le chapiteau est d'ordre corinthien. Cet évêque à genoux est en chasuble et tunicelle avec la mitre en teste , un diacre est en pied derrière luy , tenant un livre ouvert , de manière qu'on peut croire qu'il le présente à l'évêque qui est aussy en pied où bien comme allant le mettre sur les épaules de

Tévêque à genoux ; il y a lieu de croire que ce soit une ordination épiscopale qui soit représentée dans cet endroit , puisqu'en effect dans le troisième cartouche qui en est proche sont représentés quatre évêques en chapes, mitres et crosses , tous quatre estant debout et tournés du côté de l'évêque consécrateur, tenant tous comme lui la main pour bénir. La représentation contenue dans ce troisième cartouche, quoique séparé du deuxième, n'en fait certainement qu'un avec l'autre , et c'est parce qu'il avoit esté impossible de placer quatre évêques dans le deuxième cartouche qui est fort étroit qu'on les a mis dans le troisième.

Dans le quatrième cartouche paroît un évêque à cheval la mitre en teste, vêtu d'un grand habit ressemblant à une chasuble , laquelle a un chaperon pointu. Cet évêque est assisté d'un diacre aussi à cheval et vêtu d'un grand habit semblable à celui de l'évêque , avec un chaperon , devant eux marche un guide ou un valet. C'est apparemment la représentation du voyage que fait à Rome saint Firmin le confesseur.

On voit dans le cinquième cartouche un pontife debout et hors de sa chaire , velu d'une chape à chaperon pointu, ayant en teste une mitre toute ronde et nullement ouverte , qui reçoit un évêque aussy debout dont il tient la main droite dans sa gauche et semble luy donner sa droite à baiser , parce qu'il la porte assez haute et vers la bouche de cet évêque, lequel est en grand habit semblable à une chasuble , cet habit ayant un grand chaperon fort pointu. Cet évêque aencor sur le dos un chapeau retenu par un cordon noué sur sa poitrine, il a

aussi la mitre sur la tesle ; derrière cet évèque est un homme semblable à un diacre , vêtu d'un grand habit qui tombe jusques sur ses talons , qui a aussi un grand chaperon et de longues manches pendantes.

Dans le sixième cartouche est représenté un pontife dans sa chaire , revêtu d'une chape à chaperon pointu , ayant dans sa main gauche une grande croix et dans sa main droite un pallium qu'il donne à un évoque placé devant lui, et qui y paroît assis, quoiqu'on ne voye pas la forme d'une chaire. Cet évêque est revêtu d'une grande chappe à chaperon pointu et la mitre en teste.

On voit dans le septième cartouche un pontife debout et hors de sa chaire, en mitre et en chasuble , tenant de la main gauche une espèce de petite châsse et de la droite une semblable châsse qu'il donne à une personne habillée de la même manière que l'évêque,dont il a esté parlé cy-dessus , excepté qu'il n'a point de mitre , mais un chapeau sur la teste, comme sont les voyageurs ; son habit est un grand manteau pendant quasi jusques aux talons et ayant au haut un chaperon. Derrière luy est représenté la même figure de ce diacre , dont il est parlé dans le cinquième cartouche , lequel a la teste couverte d'un bonnet tout rond et ressemblant entièrement à une calotte, excepté que sur le devant il y a une petite pointe rabattue qui ne s'est ainsi formée qu'à force de l'avoir mis et osté par cet endroit. A côté de ce diacre est représenté un valet tenant de la main droite un cheval par la bride et de la gauche un baloir. Cette représentation est celle de saint Firmin sur ?on départ de

Rome, à qui sans cloute le pape fait présent de plusieurs reliques dans les châsses que l'on voit. Le valet est vêtu d'une espèce de juste-au-corps , ayant par-dessus un chapeau tel que le portent les gens de mer.

Le huitième cartouche fait voir saint Firmin à cheval revenant de Rome, revêtu d'un grand habit retroussé, tel que sont les chasubles anciennes , auquel est attaché un grand chapeau, tenant dans les mains les deux châsses marquées cy-dessus , il a sur la teste un grand chapeau rabatu et arrelté sous le menton par un cordon, dont les deux bouts sont terminés par deux boutons , et encore un autre bouton plus haut , coulant jusques sous le menton pour serrer les cordons de ce chapeau. A la gauche de saint Firmin est encore représenté le diacre T tenant à la main la croix du légat ; devant eux marche un valet de pied , lequel est vêtu comme le précédent et a un bâîon à la main qu'il tient en l'air.

On voit dans le neuvième cartouche saint Firmin vêtu d'un grand manteau à chaperon, et encor son grand chapeau sur la teste , tenant dans chacune de ses mains une châsse, ainsy qu'elles ont fcsté représentées cydevant. Derrière luy est un diacre nue teste, revêtu d'une espèce de chasuble, dont le chaperon tombe sur les espaules ; ce diacre , dont la tonsure est fort grande, tient de la main droite la mitre de saint Firmin. Au-devant de ce saint paroit venir un clergé, à la teste duquel est un thuriféraire qui encense les châsses que le saint lient dans les mains. Il y a aussi deux acholytes dont il ne paroît plus que le bas de leurs chandeliers , la plan-

che de ce cartouche ayant esté rompue en cet endroit. Derrière ce clergé paroît une croix comme de procession et encore derrière paroît comme un prestre d'une grande taille et beaucoup plus haute que celle des autres qui sont devant luy, ce qui fait croire que ceux qui sont devant ne peuvent passer que pour des enfans de chœur. Ce prestre est revêtu d'une grande chape, les personnages représentant un clergé ont tous des tonsures.

Dans le dixième cartouche saint Firmin est représenté sur une estrade de maçonnerie, élevée de quatre marches, en mitre et en crosse , vêtu seulement d'une robe et d'une espèce de chasuble à chaperon fort courte par-devant et ne descendant pas à moitié du corps ; sur cette espèce de chasuble est un chapeau tombant sur les espaules et retenu sur l'estomac par un cordon à houppes. Derrière le saint est un diacre en dalmatique , tenant de la main droite une croix haute qui est sans doute la croix du légat. Autour du saint est représenté une multitude de personnes de différents états, sur le devant sont comme des moines qui ont de grandes tonsures avec des cheveux longs comme les portent à présent les cordeliers; un froc ou capuce, tout à fait semblable à celui des bénédictins de St.-Maur, avec un manteau par-dessous, fermé par le haut comme ceiui des carmes, beaucoup plus long et descendant jusques aux talons, derrière ces moines ou clercs , sont des femmes , les unes ayant une guimpe serrant le menton à peu près comme aux religieuses de Ste.-Claire , les autres n'en ayant pas. Au côté sont des hommes coiffés différemment les uns des autres , n'ayant qu'une espèce de calotte ou bonnet ,

le saint prêche à tous ces gens là qui sont représentés fort attentifs.

On voit dans le onzième cartouche, saint Firmin ayant la mitre sur la teste , vêtu d'un grand manteau ou chaperon , faisant construire une église dont le portail et les deux tours sont déjà achevés , un maçon y est aussi représenté la truelle à la main , posant une grosse pierre pierre.

Enfin, dans le douzième cartouche, saint Firmin est représenté en mitre et en chasuble, avec une aut>e parée sacrifiant à l'autel , sur lequel est seulement un calice qu'une main bénit perpendiculairement ; derrière le saint immédiatement est un diacre en dalmatique qui tient de la main droite une espèce de parasol fait tout de plumes, ensuite est un autre diacre aussi en dalmatique , qui tient avec le voile la patène en l'air. Sur le côté de la châsse est représenté en bosse un pontife assis sur un throsne , avec une espèce de thiare ou mitre ronde , vêtu d'une aube d'une grande tunique qui pend jusques anx pieds , et par-dessus une chape à chaperon , fermée par une belle et grande agrafe. Le pontife tient la main gauche sur la poitrine , bénissant de la droite.

Sur l'autre côté de la même châsse est un évêque en mitre, la crosse à la main et donnant la bénédiction , revêtu de tunicelle , chasuble , aube parée , étole n'ayant point de munipule , estant assis sur un throsne moins magnifique que l'autre.

Le dixième de janvier 1715, on fit l'ouverture de cette châsse de saint Firmin le confesseur, dans laquelle on trouve toutes les formalités requises en pareil cas , on

trouve les saintes reliques de ce troisième évèque, lesquelles depuis dix-huit ans avoient esté contestées avec trop d'opiniâtreté et d'entestement par un auteur anonyme , trop connu néanmoins pour son honneur et sa réputation , quoique d'ailleurs très-sçavant, très-honnêle homme et abbé régulier d'une abbaye voisine de cette ville.

Comme on a imprimé diférentes pièces qui contiennent et expliquent toutes les saintes cérémonies et les formalités observées devant, durant et après l'ouverture de cette châsse que l'on a eu soin de rendre publique nonseulement dans ce pays iey, mais encor dans tout le monde chrétien. Je me contenteray de vous dire qu'elle fut portée en procession générale dans les rues ordinaires de la ville d'Amiens , le dimanche vinlième jour du mois de janvier de l'année 1715, sainte et auguste cérémonie à laquelle assista le clergé séculier et régulier et une multitude inconcevable d'habitans de cette ville qui y témoignèrent leur dévotion et leur respect envers les reliques de leur saint évêque renfermée dans la châsse qui fut portée dans cette procession par huit eschevins tant anciens que présentement en charge , tous de la paroisse de saint Firmin dit le confez , après les vespres chantés dans la cathédrale , le dimanche vintième du dit mois de janvier 1715.

Yoici la châsse d'un saint dont on prétend que les prières ont esté souvent exaucées en notre faveur, soit pour avoir obtenu de Dieu, par son intercession , de la pluie , dans le tems d'une trop grande sécheresse , soit pour avoir obtenu du beau tems et une saison favorable

pour le biea de la terre pendant la moisson , où pendant les jours d'une trop grande abondance de pluie qui gattoit les grains.

Cette châsse de vermeille dorée placée au côté gauche de la contre-table d'autel est celle de saint Honnoré , évêque d'Amiens.

Outre les châsses qui renferment les reliques des saints que je vous ay nommé , notre cathédrale est encor honnoré de plusieurs autres reliques, dont je me contenteray de vous parler de quelques-unes.

La principale est une des plus grandes et des plus considérables parties qu'il y ait dans la chrétienté du bois de la vraie croix de notre rédempteur Jésus-Christ, que Messieurs de la cathédrale possèdent il y a plus de cinq cents ans , elle est longue d'environ 6 pouces , faite en forme de croix de patriarche, c'est-à-dire avec deux travers ou croissons ou bras enchâssés dans un ouvrage d'argent délicatement travaillé, c'est dans ce bel ouvrage, fait comme les deux couvercles d'un livre, qui pèse 12 marcs, qu'on voit 6 figures de saints , faites en émail, avec leurs noms en caractères grecs.

On doit mettre au nombre des belles découvertes qui ont esté faites dans le dernier siècle , celle de Jean Toutin , orfebvre de Châteaudun , qui émaillant parfaitement bien avec les émaux ordinaires et transparens, trouva environ Tan 1632 , le secret des émaux épais et opaques avec lesquels on fait des portraits aussi bien peints qu'à l'huile, qui ont les avantages d'avoir un vernis et un éclat qui ne s'effacent jamais.

C'est ainsi de ce bel ouvrage que les fidèles ont la sa-

tisfaction et l'honneur d'adorer, de voir et de baiser à découvert le sacré bois sur lequel le souverain de nos âmes a bien voulu opérer le mistère de notre rédemption.

Quand je vous dit que nous adorons la vraie croix , vous sçavez que lorsque nous adorons ce bois sacré, ce n'est pas le bois ( comme dit très-bien saint Ambroise dans l'oraison funèbre de Théodose ), ce qui seroit une idolâtrie de rendre à la créature ce qui n'est deu seulement qu'au créateur, mais le roi des cieux qui a esté attaché à ce bois sacré , car suivant la remarque de Dom Claude de Vert (1), thrésorier de l'abbaye de Clugny, une preuve manifeste que cette espèce d'adoration n'est ici qu'un salut , c'est, suivant le concile de NicéelP, en sa lettre à l'empereur Constantin , que nous touchons la vraie croix de nos lèvres et que nous la baisons.

M. de Santeuil, si connu par ses belles poésies , a fait une strophe dans laquelle il décrit si bien les qualités de la croix de N.-S.-J.-C, que je ne puis m'empêcher de vous le dire.

Hœc Ma sedes quâ docuit Deus, Vitalis , in quo nos peperit , thorus , Currus triumphantis , tribunal Jndicis , atque litantis ara.

Un de nos autres poètes françois (2), aussi connu par

(1) Explication des cérémonies de la messe, tome h, chap. 1.

(2) M. Perrault, de l'Académie française.

son sçavoir que par son mérite personnel , a traduit ces vers en françois.

Voilà la chaire , où Jésus nous instruit , Le lit où pour jamais son sang nous reproduit , Le siège où se rendra sa justice suprême, Le char où jusqu'au ciel la gloire l'a conduit, Et l'autel où pour nous il s'immole lui-même.

Le chef du divin précurseur saint Jean-Baptiste suit en ordre de dignité le nombre des reliques de notre cathédrale, duquel vous ayant déjà suffisamment entretenu, je ne vous parleray pas présentement davantage.

Un morceau des ossemens de saint Firmin le martir est buste enchâssé dans l'endroit de la poitrine d'un grand de vermeil doré, donné l'an 1590, représentant cette partie du corps de notre saint patron, de grandeur naturelle, la mitre en teste et vêtu de ses habits pontificaux.

Ce buste qui n'estoit que d'argent , fut doré par les libéralités de M. Pierre de Villers, chanoine de la cathédrale , mort le 8e febvrier 1684.

Dans un autre buste d'argent doré , grand comme le naturel , sont des reliques de sainte Ulphe , ce beau chef-d'œuvre ou buste posant 17 marcs , fut donné par Mme Isabeau ou Elizabeth, fille du roi de France, Philippe-le-Bel, femme d'Edouard second, roi d'Angleterre, laquelle mourut Tan 1329, ainsi que le marquent les titres des reliques de la cathédrale , les armes de France écartelées et d'Angleterre sont en émail sur la poitrine de ce buste.

Le chef de saint Domice, chanoine d'Amiens, est en-

fermé dans un reliquaire d'argent fait en façon de coupe, qui pèse 8 marcs et 3 onces , sur lequel sont gravés les signes que Ton attribue aux 12 mois de l'année.

Le buste de saint Firmin le martir et celui de sainte Ulphe sont placés sur le haut du retable d'autel dans les festes solennelles ; pour une plus grande décoration et dévotion , on y place encore diférentes reliques enfermées dans plusieurs ouvrages d'argent dorées , délicatement travaillés et de diférentes figures.

La principale est celle de N.-S.-J.-C. représentée eu pied , montrant à saint Thomas la plaie de son sacré côté , dans laquelle cet apôtre met son doigt pour s'assurer de la vérité de la résurrection de son Seigneur et de son Dieu (1). Le doigt de ce saint saint apôtre (2) est enfermé dans un cristal transparent , dans lequel on le voit facilement. Cette relique qui fut donnée par M. J. d'Abbeville , pour lors doien de la cathédrale et ensuite cardinal dans l'année 1237. Le reliquaire a esté fait des libéralités de Me* J. de Cherchemont , évêque d'Amiens.

Les reliques de saint Estienne et de sainte Magdeleine sont enfermées dans un beau reliquaire de vermeil doré fait en forme d'un portail d'église.

(1) Dominus meus et deus meus (Joan., cap. xx, vers, xxvni.)

(2) Dans un reliquaire de l'abbaye de St. -Denis, en France, on dit qu'il y a dans un cristal la main droite de saint Thomas, apôtre , où le doigt qu'il mit dans le côté de Jésus-Christ est distingué des autres par les lames d'or qui l'entourent et par un anneau pontifical et un gros saphir environné de cinq fleurs de lys d'or et d'autres pierreries.

Un autre reliquaire d'argent fait en forme de clocher, donné par M. J. Leclerc , archidiacre dans Tannée 1472, enferme des reliques de saint Éloy, évoque de Noyon.

Dans un autre reliquaire fait en forme de poisson, sont des cheveux de sainte Marie-Magdeleine, il est de cristal avec un pied de vermeil doré.

Un autre reliquaire d'argent enferme des reliques de saint Denis , quatre bras de vermeil doré , de grandeur naturelle , dans lequel sont des reliques de saint Thomas apôtre, de saintFirmin confesseur et de saint Honneste, augmentent encor le nombre des ornemens et reliques que l'on met sur la table du maître-autel dans les festes solennelles.

On a soin de placer dans les festes solennelles, sur un piédestal , à un des côtés du maître-autel , une grande statue isolée en pied , de vermeil doré , haute d'environ quatre pieds , représentant la divine Marie tenant son cher fils entre ses bras ; elle fut donnée par le même seigneur J, de Veerre , comte d'Oxford , admirai d'Angleterc , dont je vous ay déjà parlé.

L'autre statue représente cette même mère de Jésus , qu'elle tient entre ses bras , elle est en pied et isolée, faite d'argent, d'un travail fort délicat, on la pose ainsi sur un piédestal à l'autre côté du maître-autel , elle appartient à Messieurs les maîtres de la confrérie Notre - Dame-du-Pui, érigée dans la cathédrale. Quelques confrères ont fait faire autrefois celle belle stalue , leurs écus sont travaillés en émaux et en coulleurs sur un piédestal aussi d'argent, où l'on voit encore ceux de M. Adrien de Hénencourt , Du Master et autres.

On place aux côtés de ces statues de la très-sainte Vierge , les petites croix d'argent que deux enfans de chœur portent aux processions et les deux bâtons d'argent dont se servent Messieurs les préchantres et le chantre quand ils officient. Ces deux bâtons sont ornés par le haut d'une espèce de tour à jour, d'une figure hexagone formée par six colonnes isolées qui soutiennent un dôme fait en couppe renversée, surmontée d'une fleur de lis , dans laquelle tour est posée une petite statue en pied de saint, en vermeil doré.

Entre ces deux statues de la très-sainte Vierge , dont je viens de vous parler et qui servent d'ornemens au contre-retable de l'église Notre-Dame d'Amiens , il y avoit encor autrefois d'autres statues de cette divine Mère , puisque nous apprenons de nos mémoires manuscrits que Messieurs les doyens, chanoines et chapitres de cette cathédrale ayant eu un grand démêlé avec les abbés et religieux de l'abbaye de St-Acheul-lès-Amiens , au sujet de leur juridiction et de celle de M&r l'évêque d'Amiens , pour la bénédiction d'un abbé éleu par les dits religieux , le papeBoniface VIIIe par sa bulle du 4e décembre 1301 , cassa et annula toutes les procédures faites de part et d'autre, et condamna l'évêque et le chapitre à faire faire deux figures d'argent doré du prix de mille livres parisis chacune , sans compter le prix de la façon ; celle de l'évêque représentant un pape et celle du chapitre une vierge pour estre mise sur le grand autel de la cathédrale les jours solennels , durant la grande messe , sans que ces deux figures puissent estre vendues ny aliénées pour tel prétexte que ce fut. Cela fut exécuté

comme il paroît par la quittance de Pierre , abbé de St- Cornille (1) de Compiègne,un des commissaires délégués par le pape, du mois de janvier 1303, qui marque qu'outre les mille livres parisis pour le prix du métal de chaque figure, elles avoient coûté 250 liv. parisis chacune pour la façon de l'ouvrier. Quoiqu'il fut défendu par cette bulle de vendre et d'alliéner ces deux figures , néanmoins le 15e juin 1562 , elles furent vendues avec d'autres argenteries pour payer les taxes imposées sur l'église, à cause des guerres pour la religion ; elles pesoient ensembles 258 marcs 5 onces.

On voit encor aujourd'huy, aux jours solennels , sur le dit autel , une figure d'argent doré de la très-sainte Vierge , haute de 15 pouces , tenant à la main un anneau d'or garni d'une espèce d'escarboucle , qui appartient à la confrérie du Puy.

On voit encor des manuscrits que le 13e juin 1518 , un nommé Hautefride Vuinfeld , anglois , présenta et donna à la cathédrale de Notre-Dame d'Amiens , deux images d'argent doré, l'une représentant celle de la très-sainte Vierge, qui est celle dont je viens de vous parler , et l'autre celle de saint Jean-Baptiste que Ton met encor sur l'autel aux festes solennelles. Ce seigneur anglois offrit encor à Dieu une chappe, une tunique et cinq pièces ou morceaux d'étoffes pour l'aube et le collet du prestre lorsqu'il disoit la messe. Ces présens furent reçeus par M. J. Leclerc, chanoine , accompagné de quatre autres chanoines.

(i) Corneille.

Autrefois ces Messieurs se servoient de bâtons d'argent , lesquels se lerminoientcn croix polencées dont se servent encor les chantres ou choristes qui , dans certains jours , officient au chœur vêtus de chappes.

Les bâtons dont se servoient autrefois Messieurs les clercs de notre église paroissiale de St. -Martin , estoient faits en manière de bourdons , les bouts d'en haut estant terminés en formes de pommes ou de boules et estant encor garnis à un pied près du bout d'en haut d'une autre pomme ou boule.

Vous sçavez que Messieurs les préchantres et chantres dans la cathédrale, de même que Messieurs les clercs dans les églises paroissiales, se servent de leurs bâtons comme d'un signal pour avertir le peuple de se comporter modestement à l'église, de bien prendre le ton de chanter et psalmodier régulièrement, et en un mot, pour ranger et contenir tout le monde dans le devoir, c'est pourquoi on voit ces Messieurs se promener dans Pégiise pendant l'office, et M. Furetière marque que les bâtons des chantres sont la représentation des bâtons que portoient autrefois les Hébreux quand ils mangeoient l'agneau paschal (1).

Tel est au moins dans son origine l'emploi et l'usage du bâton du préchantre, suivant ces paroles marquées dans le missel moderne d'Amiens: Demorcutunlur bacidis choralibus ad impediendum immodestos garrienles , ridentes , legentes libros, litteras eê scripturas y gestum ab aliis

(t) Dom Claude de Vert, trésorier de l'abbaye do Ciuny Explication des cérémonies de l'église.

differenlem exprimenles, strepitum moventes , dormientes , etc.

Outre les reiïques dont une partie est placée sur le maître-autel dans les festes solennelles, la cathédrale est encor honnorée de la mâchoire inférieure de saint Jacques-le-Majeur, enfermée dans un beau reliquaire sous un cristal, au travers duquel on le voit aisément. La statue de ce saint apôtre, vêtu d'un manteau par-dessus ses habits, avec le bourdon à la main , la matère (ou malete) à son côté, et le chapeau de pèlerin sur la leste, est assise dans un fauteuil ou chaise à bras. Cet ouvrage d'argent est doré dans quelques endroits, d'un très-beau travail, pesant 55 marcs, fut donné en 1469, par M. Guillaume Aux Couteaux, chanoine de la cathédrale, qui mourut l'an 1511., le 2e jour de décembre. On expose en certains jours de l'année cette relique à la vénération du peuple, soit sous les arcades du jubé, soit du côté droit et extérieur du chœur.

Je me souviens d'avoir veu dans la chapelle où l'on garde le précieux chef de saint Jean-Baptiste , une petite châsse placée du côté droit de l'autel qui renferme une partie des reliques de saint Vulphlage ou Yulphi, confesseur. Je crois que vous ne serez pas fâché d'apprendre quelques circonstances assez particulières au sujet de ces reliques, dont voici le fait :

Msr Lefebure de Caumartin , évêque d'Amiens , faisant la visite de son diocèse au mois de juin de l'année 1G34, voulut ôlcr d'une châsse qui esloit dans une des églises de la ville de Montreuil , une partie des reliques de saint

Dï LA CATHÉDRALE. 507

Vulphi , pour les transporter dans la petite ville de Rue, où ce saint avoit pris naissance et dont il estoit le patron , laquelle partie de relique Msr révoque vouloil ôter pour satisfaire aux instantes prières de M. le gouverneur et des habitans de la ville de Rue , mais quelques séditieux de Montreuil voulant en empocher ce prélat, se jetèrent sur lui avec tant de violence et sur les ecclésiastiques qui l'accompagnoient, que sans l'assistance du gouverneur de la ville, qui fut même en danger de sa personne , il eut esté tué et tous ceux de sa compagnie.

Cet attentat obligea ce prélat de mettre cette ville eu interdit et tous ceux qui en esloient coupable , mais par un motif de pitié pour ses ouailles , il suspendit l'interdit jusques au 1er jour de janvier 1635, afin que pendant ce délai ils pussent recevoir l'absolution de notre saint père le pape, auquel Msr de Caumartin avoit donné avis de tout ce qui s'estoit passé dans Montreuil.

Les habitans de cette ville ne se repentant pas de leurs crimes, ce prélat suspendit encor une fois son interdiction pour six mois, laquelle il réitéra plusieurs fois, donnant ainsi le tems à ces séditieux de rentrer dans leur devoir et de demander pardon de leur faute, mais enfin ce sage évèque , voyant que ces obtinés ne vouloient pas se servir des moyens que sa bonté leur présenloit , il porta ses plaintes au roi, protecteur de l'église gallicane , et à Messieurs de l'assemblée ordinaire du clergé de France , qui se tenoient à Paris , leur représentant l'injure atroce qu'il avoit receue au mois de juin dernier des habitans de Montreuil.

;J08 DESeftlFTlôH

S. M. envoia des commissaires clans celte ville, où après une exacte recherche et les procès-verbaux nécessaires contre ces rebelles , ils en condamnèrent les uns à mort , les autres au bannissement et quelques-uns à d'autres peines.

Mais notre illustre prélat, par une grandeur d'âme extraordinaire et une bonté toute chrétienne, obtint du roi la grâce pour ses brebis égarées, qui en furent quittes pour une légère amende pécuniaire qu'on emploiât à quelques nécessités et à une table de marbre qu'on plaçât dans l'église sur laquelle on grava ce qui s'estoit passé dans cette rébellion , et qui servit de monument à la postérité, pour la grâce que S. M. leur avoient accordée et de la bonté de Msr l'évêque à leur égard.

Msr Victor Boulillier, pour lors coadjuteur et successeur de M?r l'archevêque de Tours, prélat d'une prudence singulière et d'un mérite distingué, fut député de la part du roi et de Messieurs du clergé de France pour recevoir la satisfaction de l'offense que le peuple avoit commise contre ce prélat, ce qui s'exécuta dans cette ville le 28 de septembre 1635. M. Boulillier mitensuile les reliques choisies par Msr l'évêque d'Amiens entre les mains des ecclésiastiques destinés pour ce sujet, afin qu'ils en transportassent une partie dans la ville de Rue et l'autre dans Amiens , ainsi que M. le coadjuteur de Tours l'avoit ordonné. Il fit ensuite une réprimande et d'utiles remontrances aux habitans de Montreuil , qui demandoient humblement pardon de leurs fautes. Il leur donna enfin l'absolution qu'ils reeeurent avec une grande

joye qu'ils témoignèrent par leur humble reconnaissance.

Ce procédé généreux de Mer de Caumartin, notre évoque, si facile à pardonner et même à demander grâce au roy pour ses brebis rebelles , fait voir que les personnes bien nées ne se démentent jamais de leur bon naturel, que la générosité de leur cœur et la grandeur de leur âme ne paroissent jamais avec plus d'éclat que dans le pardon des injures qu'ils reçoivent de ceux qu'ils pouvoient détruire , semblables en cela au lion, le roy et le plus généreux de tous les animaux , qui terrasse son ennemi quand il lui résiste, et qui cesse de le combattre quand il le voit terrassé devant lui, ainsi que le remarque très-bien un des plus ingénieux des poètes (1) du temps d'Auguste.

Corpora magnanimo satis est prostrasse leoni ; Pugna suumfinem, cumjacet hostis, habet.

Quoique le prince de l'éloquence romaine, le satirique Juvénal, dise que le front (2), les yeux et le visage ne soient pas des garants forts heureux de la physionomie de plusieurs personnes, néanmoins on peut dire dans le général qu'il paroît ordinairement sur le visage des hommes illustres et des personnes bien nées un certain air de grandeur, de bonté et de douceur qui sont des marques infaillibles de la droiture de leurs âmes et

(1) Ovid. Tristium, lib. ut. Eleg. v, vers. 38.

(2) Frons, oculi,vu!tus persaspe mentiuntur. Cicer.

Fronti nulla (lies. Juven. satir., n.

•>10 IŒSCMl'TlOff

de la générosité de leurs cœurs. Ces qualités se voient heureusement exprimées sur le visage de M. de Caumartin , dans le petit tableau placé au côté de l'autel de la chapelle, dans laquelle repose le précieux chef de saint Jean-Baptiste. Ce prélat, vêtu d'une belle chappe d'étoffe cramoisi à grandes fleurs d'or, est peint à genoux sur un prie-Dieu, devant la petite châsse des reliques de saint Yulphi , dont je viens de vous entretenir. L'aumônier et chanoine de ce grand évêque, appelle Mer Lefebure ou plutôt M. Mathieu Guillou, chanoine et aumônier de Msr de Caumartin (1), est représenté en pied, velu d'un surplis, et au bas de ce tableau on voit l'écu des armes de Msr de Caumartin, qui porte burelé d'argent et d'azur de 10 pièces. Voilà l'éclaircissement que je devois vous donner sur cette petite châsse.

Après vous avoir parlé de la contre-retable de notre cathédrale , il faut vous dire encor qu'elle a esté apparemment faite des libéralités de M. de Hénencourt , puisque l'on y voit l'écu de ses armes sculpté , où il porte, comme je vous l'ai déjà dit, d'argent à 2 bandes de gueules escartelés, parce que la mère d'Adrien de Hénencourt, doyen , esloit de la famille de Beauvoir.

Je suis surpris que le bout supérieur de la crosse de ce prélat soit tourné en dedans , puisque suivant les règles du blason la crosse de Messeigneurs les évêques doit estre tournée en dehors pour marquer de leur juridiction dans l'étendue de leur diocèse. La crosse est crochue par un bout pour marquer que ces charitables pas-

(I) Voir le tome m, page 1G1.

DE LA CATUKOHALE. 31 t

leurs doivent arretter les brebis qui s'écartent des gras pâturages dans lesquels ils les conduisent. La crosse est aussi armée d'une pointe par le bas pour signifier le zèle et le courage que doivent avoir les véritables pasteurs quand il faut défendre leurs troupeaux contre la violence des loups, qui ne veuillent entrer dans la bergerie que pour en enlever et dévorer les brebis (1).

L'écu de M«r Ferri de Beauvoir n'est point orné d'une mitre de front sous le bonnet ou chapeau vert à sept houppes , comme le portent ordinairement M§rs les évoques. On remarqueque parmi les ornemens qui embellissent les anciens tombeaux de M*" les cardinaux , archevêques et évêques, enterrés dans notre cathédrale plusieurs en ont négligé la régularité, puisque l'on voit que les houppes des cordons des chapeaux rouges de M&rs les cardinaux J. de la Grange, Charles Hémard et autres prélats, peints et sculptés dans la cathédrale, ne sont garnis les uns de quatre , les autres de six houppes , quoique M§rs les cardinaux portent ordinairement quinze houppes aux cordons pendans de leurs chapeaux rouges, et Msrs les archevêques dix aux cordons pendans de leurs chapeaux verts.

Après vous avoir entretenu de toutes les parties extérieures et intéressantes de notre auguste temple et de ses diférens ornemens , il ne me reste plus qu'à vous parler de l'endroit où l'on expose à l'adoration du peuple le précieux corps du Dieu tout puissant, en l'honneur du-

(1) Bonus pastor animam suam tlat pro ovibus suis. Joann., op. iy vers. IL.

quel nos ancestres ont élevé cette incomparable basilique.

Vous sçavez que c'est une coutume presque générale dans les cathédrales et dans plusieurs paroisses , de suspendre au-dessus du maître-autel la sainte hostie, enfermée dans un ciboire; celui de notre auguste temple est d'or pur, donné l'an 1673, par M. Pecquet, chanoine , qui, par humilité, n'a pas voulu estre prestre , quoiqu'il eut tous les mérites nécessaires pour cela, s'estant contenté d'estre sous-diacre. Il est enfermé dans une très-belle lanterne de vermeille doré , faite de figure exagone , dont les six pilastres qui composent les angles de six faces sont d'ordre ionique, les volutes sont embellies de chûtes de fleurs couchées sur le corps des pilastres.

Le couronnement de cette lanterne fait en dôme, orné de diférentes moulures délicatement travaillées , attaché par la pointe à une grande crosse torse en volutes , qui penchent vers le bas , sur laquelle est une petite figure d'ange courbé dans une attitude humiliée, qui semble adorer J.-C. renfermé dans ce ciboire.

Ce précieux ouvrage paroît avoir esté donné par le même M. J. Leclerc , archidiacre et chanoine de notre cathédrale, dont je vous ai déjà parlé deux fois, puisque l'on y voit l'écu de ses armes, qui porte d'argent à 3 feuille dy éclaire de synople !et \.

Cette riche crosse est placée au pied d'une grande croix de vermeille doré, garnie de pierreries, sur laquelle est attachée la figure du sauveur de nos âmes.

La lanterne qui renferme ce ciboire est couverte d'un très-beau pavillon ou petit daix d'argent , fait en figure de cloche , haut de trois pieds , dont les extrémités de la circonférence, qui porte 18 pouces et 4 lignes de diamètre , sont garnies de 12 fleurs d'argent creuses et renversées, avec d'autres ornemens qui forment une belle eampanne faite en festons ; 36 fleurs de lis d'argent en relief attachées par deux vis au corps du pavillon , pour pouvoir estre détachées quand on voudra les blanchir, embellissent ce bel ouvrage qui est surmonté d'une couronne fermée, garnie de 6 bandes ou demi diadème d'argent aboutissant à une fleur de lis qui en fait le couronnement. Ce pavillon pèse 30 marcs 3 onces et 1 gros d'argent qui y ont esté employés et mis en œuvre par M. Damian Lequien, jeune homme à marier, habille or~ febvre, originaire d'Amiens et demeurant en cette ville.

Quoique ce pavillon coûte la somme de 1166 liv. 1 sol, 6 deniers, pour l'argent qui y a esté employé à raison de 36 liv. le marc, non compris le prix de la façon, on peut dire néanmoins que la beauté du travail surpasse encore de beaucoup le prix de la matière et que l'habileté de l'ouvrier l'emporte au-dessus de l'excellence du métal dont ce pavillon est composé. Il fut posé dans sa place après les vêpres du 3e dimanche de l'Avent , 23e de décembre 1708 ; ouvrage auquel depuis ce teins tous les connaisseurs ont donné leur approbation.

Quand je vous ay dit que les fleurs de lis en relief sont

attachées avec deux vis pour pouvoir blanchir ce pavillon quand on le voudra , c'est que Messieurs de la cathédrale ont dessein , à ce que j'ay appris , d'en faire dorer les ornemens qui sont en relief et laisseront le corps du pavillon dans la coulleur naturelle de l'argent qui ne paroît pas présentement avec autant d'éclat qu'il devroit , à cause que la contre-retable d'autel devant laquelle il est suspendu , est faite de pierre de coulleur blanche.

On ne peut s'empêcher de louer le zèle que Messieurs de la cathédrale témoignent depuis quelques années pour l'embellissement de leur cathédrale, soit pour les grandes et nécessaires réparations qu'ils ont fait faire aux pyramides, aux arcs-boutans , aux pilliers-boutans , aux clochers et aux couvertures de cet auguste temple , soit pour les anciens ornemens qu'ils ont fait rebroder d'or, d'argent et de soye , travail qui leur donnent un vif et nouvel éclat, soit enfin pour les nouveaux ornemens dont ils ont encore enrichi leur cathédrale , en sorte qu'on peut leur appliquer avec justice ces paroles que le roy prophète adresse à Dieu dans l'ardeur de son zèle :

« Seigneur, j'ay chéri l'ornement de votre maison et le lieu de la demeure de votre gloire (1). »

Cet usage de suspendre ainsi à l'endroit le plus élevé des autels le ciboire dans lequel repose le précieux corps de N.-S.-J.-C. est fort ancien, celui des tabernacles

(l) Domine, dileii decorem domus lui et locum habitationis gloriœ tu». — Psal. ixv, vers. vm.

n'est que depuis environ cent ans. On prétend que le premier qu'on ait veu à Paris est celui des capucins de la rue St.-Honnoré.

Je me souviens d'avoir lu dans le livre intitulé Recherches curieuses des rnonnoyes de France , composé par M. Bouteroue, conseiller en la cour des rnonnoyes de Paris , qu'il y a des pièces d'or fabriquées par le commandement de Charibert , roy de France , dans lesquelles on voit une hostie au-dessus d'un calice ou d'une espèce de ciboire. Ce sçavant auteur remarque que c'estoit au vie siècle la coutume de garder la sainte Eucharistie sur l'autel dans des ciboires qui avoient deux anses , ou dans des colombes d'or. Il adjoute qu'il y avoit quelques églises où l'on mettoit ces ciboires parmi les images et les reliques, qui faisoient le principal ornement des autels , et que le second concile de Tours (2), assemblé l'an 567 pour rendre plus de respect à ce sacrement auguste, ordonnât qu'on séparât la sainte Eucharistie des images et qu'on la plaçât dans un lieu plus élevé. Le roy Charibert pour conserver la mémoire de cette ordonnance fit graver sur la monnoye un ciboire avec une hostie au-dessus.

Il est encor marqué dans une lettre écrite par M. J.- B. à M. Rainssant, directeur du cabinet des médailles du roy, que Charibert, roy de France, en mémoire du beau règlement que je viens de vous dire avoir esté fait par les pères du concile de Tours, fit mettre sur les mon-

(2) Ut corpus domini in altari, non in armario, sed sub crucis titulo, componatis.

îjltî DESCRIPTION

noyés, principalement sur les tiers de sol une coupe ou un calice à deux anses et une croix au-dessus.

On voit une figure semblable sur une pièce de Chilpéric et sur une autre de Dagobert, ces monnoyes font connoîlre que ce n'est pas une chose nouvelle de garder le saint sacrement, non plus que de l'honnorer, et que cette dévotion qui est fondée sur l'Écriture-Sainte a esté confirmée par les décrets des conciles et authorisée par l'exemple de nos rois. Elles montrent aussi que nos pères estimoient que la sainte Eucharistie estoit le véritable corps de J.-C. et non pas seulement sa figure, puisqu'ils ne vouloient pas qu'on la mit au rang des images. Ces monnoyes nous font encor souvenir que le culte des images a toujours fait une partie de la religion des François (1).

Anastase le bibliothécaire rapporte qu'à Rome la sainte Eucharistie se gardoit dans une armoire ou ciboire fait en forme de petite tour, sur laquelle il y avoit une colombe d'or.

Un auteur (<2) confirme cet usage et remarque que ce pourroit bien avoir esté dans cette vue que saint Chrysostome dit que le corps de N.-S. estoit mis sur l'autel non pas enveloppé de langes comme dans la crèche, mais revêtu du saint Esprit dont celte colombe est la figure.

On cachoit autrefois la sainte Eucharistie et on appre-

(1) Voy. le tome ii, p. 17 et 20, pour les monnaies de Charibcit et autres qui ont été battues à Amiens. (-2) M. Uauteserre.

DE LA CATHÉDRALE. i) 17

hendoit de l'exposer aux yeux des fidèles, on n'avoit garde (suivant le sentiment de M. Grand-Colas, docteur en théologie de la faculté de Paris), de la mettre dans des soleils; ce docteur dit que le concile de Cologne, tenu dans l'année 1452 , défend de l'exposer si ce n'est le jour de la feste du saint Sacrement et pendant l'octave.

La pratique de donner la bénédiction au peuple avec cet adorable sacrement n'a pas cent ans d'antiquité.

Celle de le suspendre dans des ciboires au-dessus du maître-autel des églises, est beaucoup plus ancienne , ainsi que je viens de vous le faire voir, c'est de ce lieu que l'on a coutume dans la cathédrale d'Amiens de décendre le ciboire dans lequel repose le véritable corps de N.-S.-J.-C. pendant la grande messe qui se dit le 1er dimanche de chaque mois (1) pour en changer l'hostie, dont le célébrant se communie et met dans sa place une autre hostie nouvellement consacrée, pendant que quatre de Messieurs les chanoines, chacun à leur tour, tiennent à la main un flambeau ardent de cire blanche , tandis que dans le chœur on chante un très-beau motet en musique. Cette auguste cérémonie est annoncée dès la veille de chaque 1er dimanche du mois par le son et le carillon des cloches des deux gros clochers (î) de la cathédrale, que l'on commence de sonner et carillonner précisément à 8 heures jusques à 9 heures du soir (3) , laquelle harmo-

(1) Celte coutnme a encore lieu.

(2) Des deux tours.

(8) Ceta n'a plu» lieu de la même manière , ot on ne fait que

nie se fait encor entendre le lendemain pendant le tems que l'on célèbre le saint sacrifice de la grande messe. Messieurs les quatre chanoines qui, prosternés au pied de l'autel , tiennent un flambeau à la main comme pour faire une amende honnorable et une réparation publique au précieux corps de Jésus-Christ caché sous les espèces eucharistiques , ont chacun un écu de 3 liv. pour leur rétribution, et Messieurs les autres chanoines ont aussi une moindre rétribution. Cette fondation fut faite l'an 1665, par M. Antoine Pecquet, chanoine , qui a donné à cet effect, 8616 liv. et 3900 liv. pour le prix du ciboire d'or et de la lanterne de vermeille doré qu'il renferme. Imitons la piété de Messieurs les chanoines dans cette occasion, prosternons-nous présentement du moins en esprit devant le trône du Dieu tout puissant , prionsle en finissant la description de notre incomparable cathédrale qu'il veuille bien y répandre de plus en plus ses saintes bénédictions, qu'il la préserve de toutes sortes d'accidens , et qu'enfin il daigne accorder les grâces nécessaires à tous ceux qui vont les demander à sa divine miséricorde dans le plus beau et le plus auguste temple qui soit consacré à sa gloire (t).

Voilà la description des parties qui composent notre incomparable cathédrale et le détail des ornemens qui

tinter les deux bourdons l'un après l'autre d'abord et tous deui ensemble ensuite , sans les mettre à volée, à 8 heures en été et à 7 heures en hiver, au moment de l'Angeluset pendant environ un quart d'heure au plus. (1) Voir le 3e tome, page 3G.

contribuent à sa beauté. Je ne doute pas que dans un si grand nombre l'infidélité de ma mémoire ne m'en ait fait oublier quelques-uns , puisqu'il faut avouer que cet auguste temple, dont vous avez voulu que je vous entretienne , est si rempli de chef-d'œuvre d'architecture , de peinture et de sculpture , qu'il faudroit une grandeur d'esprit égale à la beauté de ce superbe édifice pour pouvoir décrire exactement toutes les parties.

Cette beauté est si admirable que parmi les puissans motifs dont quelques poètes se sont servis en décrivant les avantages de la ville d'Amiens, pour inciter notre illustre prélat de venir plutôt honnorer cette ville de sa présence , ils n'ont pas manqué de parler avec éloge de notre magnifique cathédrale. Voici comment le premier poète (1) qui a servi de guide aux autres s'en est expliqué en vers latins :

Ac si templorum pietas tua gaudet honore, Nullà parte magis sum placitura tibi.

Estmihi templum ingens, quod si quis viderit, orbis Vix mirum quicquam, quod videatur, habet.

Ces vers latins, dans lesquels ce sçavant jésuite fait parler la ville d'Amiens, qui exprime en peu de mots tout ce qu'on peut dire à la louange de notre auguste temple, ont esté si bien traduits en vers françois par un autre poète , le R. P. Célestin , que je ne puis m'empêcher de

(!) Le R. P. de Longueval , de la compagnie de Jésus, régent de rhétorique.

OÎÔ DESCRIPTIQN

vous en faire part , comme il parle à M«r notre illustre prélat :

S'il faut à votre piété

De riches temples pour lui plaire,

Quelle ville , quelle cité

Peut mieux qu'Amiens la satisfaire.

Il en est un ici, si superbe et si beau,

Qu'il nous paroit toujours nouveau ,

Et , sans trop le flatter, il est permis de dire

Que le nombre infini de ses charmes divers

Efface tout ce qu'on admire

Dans le reste de l'univers.

Un autre poète, originaire de cette ville , le R. P. de St. -Gabriel, carme déchaussé, a aussi réussi dans la traduction de cette strophe latine, puisqu'il s'exprime en ces termes :

Mon temple est spacieux , auguste et magnifique ; Les plus fins connaisseurs en vantent les beautés; Aujourd'huy l'univers, parmi ses raretés, Ne voit rien d'approchant de cette basilique.

A tous ces éloges de notre magnifique cathédrale , on peut joindre ce vers latin que M&r François Faure, sçavant prélat d'heureuse mémoire, a fait mettre au-dessus de l'estampe qui représente la façade du portail de notre auguste temple , estampe placée au commencement du bréviaire qu'il fit imprimer pour l'usage des ecclésiastiques de son diocèse.

Excellit omnem rnunii pulchritudinem.

Vers latin qu'on peut expliquer par ces vers françois :

DE LA CATHÉDRALE. liïl

Soit qu'on regarde sa structure , Sa grandeur, son architecture, Ses clochers, ses porteaui, ses ornements divers, Soit pour le nombre de ses reliques Et tant de chasses magniGques , Ce temple est le plus beau de l'univers.

Je sçay bien que l'éloge contenu dans ces vers n'a pas esté composé pour notre auguste temple , quoiqu'on l'ait emploie à sa louange dans l'endroit que je viens de vous citer, puisque Elpice, sœur du poète Boëcer, l'a composée à l'honneur de la ville de Rome dans une de ses strophes de l'hymne que l'on chante dans l'église le jour de la feste de saint Pierre et de saint Paul. Je sçay encor que l'on pourroit nous reprocher que c'est outrer l'éloge de notre cathédrale que de dire qu'elle surpasse en beauté tout ce qu'il y a de beaux temples et de somptueux bâtimens dans l'univers. La basilique de St. -Pierre de Rome estant sans contredit le plus grand et le plus magnifique temple de l'univers , je ne m'en étonne pas puisque cette superbe église est la première de la ville capitale de l'empire chrétien, qui a esté autrefois la capitale de l'univers.

Si l'église de St. -Pierre de Rome surpasse en grandeur, en richesse et en régularité d'architecture celle de Notre-Dame d'Amiens , j'ose avancer sous le mérite que celle-cy surpasse l'autre dans la délicatesse de son architecture , si bien que l'on peut comparer la basilique de St. -Pierre de Rome avec un de ces grands ouvrages d'argent, qui tirent presque tout leur prix de la quautité du métal dont ils sont composés , et que l'on peut faire une

parallèle de l'église cathédrale d'Amiens avec un de ces onvrages inestimables faits en filagrammes , où l'habileté de l'ouvrier et la délicatesse du travail l'emportent infiniment au-dessus de la matière dont il est composé (1).

Quoique la voix publique ne soit pas toujours un témoignage assuré de la bonté d'un ouvrage , néanmoins quand le peuple et les connaisseurs s'accordent ensemble pour donner leur approbation , c'est une marque infaillible de l'excellence du sujet dont ils jugent.

Dire que le peuple soit charmé par les beautés de notre cathédrale , c'est dire ce que personne n'ignore, il ne faut que voir ceux qui la regardent pour juger de leurs sentimens intérieurs par leurs actions extérieures; celui-cy demeure comme immobile en considérant la grandeur de cet auguste temple ; celui-là ne sçait s'exprimer, surpris de tant d'ornemens diférens qu'il aperçoit tout d'un coup ; l'un s'empresse de dire à son ami ce qui le charme davantage , l'autre lui répond que tout y est beau , que tout y est admirable , enfin autant de personnes diférentes qui regardent notre cathédrale , autant d'admirateurs de ses beautés et de ses ornemens.

A l'égard des connaisseurs, il faut les entendre raisonner sur toutes les parties diférentes qui composent cet auguste temple. Cause de l'admiration dans l'esprit des plus habiles architectes, la hauteur surprenante de la flèche du clocher doré, malgré la juste et délicate proportion de son diamètre, attire l'éloge des charpentiers les plus expérimentés. La sculpture et le travail des

f1) Matcriam superabat opus. Ovid., métamorph., lib. h.

chaises du chœur, des statues de marbre, de pierre et de bois , sont au-dessus des expressions des sculpteurs, des statuaires et des menuisiers les plus industrieux. La quantité de beaux tableaux , remplie d'une variété surprenante d'histoires qui y sont représentées avec art, enlèvent le suffrage des peintres charmés de leurs coloris et de leurs dessins, ils ne peuvent se lasser d'admirer comment les coulleurs y sont si judicieusement ménagées, que l'œil passe insensiblement de l'une à l'autre, sans trouver rien qui l'offense par trop de disproportion et de dureté. Que vous diray-je davantage de notre incomparable cathédrale, les plus fins connaisseurs avouent qu'il n'y a que la seule accoulumance de voir toutes les beautés qui puisse modérer l'étonnemenl qu'on devroit en avoir.

Mais où m'emporte l'ardeur de mon zèle, je veux louer un auguste temple dont les ornemens sont au-dessus de mes expressions , je connois une partie de ses beautés, mais je sens encor plus ma foiblesse , ainsi dispensezmoi de vous en entretenir davantage.

PHILAMBIEN.

Je souhaite que dans toutes les villes où la curiosité me portera de voyager, je puisse y rencontrer des personnes aussi instruites des particularités qui s'y trouvent et aussi zélées pour la gloire de leur patrie que vous me le paroissez.

PARIPHITE.

Si les foibles lumières de mon esprit égalloient la grandeur de l'amour que j'ay pour ma patrie , je crois

î)2i DESCRIPTION

que personne ne pourroit mieux que moy vous entretenir des beautés de la cathédrale et de la ville d'Amiens, dans laquelle je remercie Dieu de m'avoir fait naître.

Si Platon s'eslimoit heureux et remercioit Dieu principalement de trois choses : la première de ce qu'il estoit homme doué de raison et non pas une beste brute ; la seconde de ce qu'il estoit grec et non pas un barbare ; la troisième de ce qu'il estoit né en la ville d'Athènes, république la mieux réglée , l'état le plus poli et le plus civilisé de toute la Grèce. Je remercie Dieu , non-seulement de m'avoir créé par un pur effect de sa bonté , de m'avoir fait chrétien par son infinie miséricorde, de m'avoir racheté par les mérites infinis de son précieux sang, et de m'avoir conservé par sa toute puissance, mais je le remercie encor de tout mon cœur de m'avoir fait naître dans une province recommandable par sa fidélité et dans la ville capitale , laquelle , outre ses autres avantages est signalée parla franchise, la probité et la piété de ses citoyens.

Chacun aime son pays , cet amour est gravé dans no» cœurs parla nature, je crois que vous conviendrez aisément de cette vérité, et qu'après vos voyages, de retour en votre patrie, vous ne pourrez vous empêcher de dire avec un des ingénieux poètes de notre France :

Comme l'aimant au pôle est toujours attaché, (Quoique sur la liquide plaine Du levant au couchant le pilote l'entraîne), Il ne peut en être arraché (1).

(1) M. l'abbé Régnier Desmarais, traduction du Pastor fido.

Quand nous voyons les plus superbes villes , Après avoir couru l'un et l'autre élément , Et les pays les plus fertiles , Chacun trouve le sien encore plus charmant.

PARIPH1LE. .

Vous venez de me dire que l'amour de la patrie est gravé dans le fond de nos cœurs par la nature, cependant un sçavant auteur moderne de notre France, si connu par ses admirables ouvrages ecclésiastiques, prétend que l'amour de la patrie est gravé dans nos cœurs par l'intérest , parce que c'est à la patrie que nous sommes redevables de tous les avantages que nous avons ; la preuve que cet auteur donne, c'est qu'on voit que ceux qui ont sujet d'être mécontent de leur patrie , ne laissent pas de se réjouir de ses prospérités. Ce sçavant apporte quantité d'autres exemples de gens qui se sont sacrifiés pour la patrie. Il montre en la personne d'Eustache de St.-Pierre, de la ville de Calais , que la France n'en est pas dépourveues.

PHILAMBIEN.

Mais pendant que nous parlons de l'amour que chacun conserve pour sa patrie, je m'aperçois que le soleil baisse considérablement sur notre horisou, ainsi après nous eslre entretenu assez longtemps de notre auguste temple, dont nous découvrons une grande partie de l'édifice de sur ce charmant rempart, à l'ombre de ces ormeaux , il est temps de nous retirer, espérant que si vous voulez bien me favoriser encor demain de votre audience, je

pourrais vous apprendre quelques autres particularités touchant la ville d'Amiens.

Quis locus est templis augustior.

Ovin. Trist., lib. Il, v. 288.

Il n'est point icy hors de propos de vous dire que dans Tannée 1665, on vit dans Amiens trois insignes fourbes et imposteurs , soy-disans gens de nation dont l'un qui se qualifiant prestre et abbé religieux de l'ordre de saint Bazile dans la ville de Famagousle en l'île de Chypre, assuroit avoir esté chassé de son abbaye et de son couvent par les Turcs, aussi bien que ses religieux qui avoient esté tous menés en captivité dans la Barbarie et disoit avoir passé dans l'Église latine avec la permission du pape pour y faire une queste pour la délivrance de ses frères réduits en captivité. Celui qui se disoit prestre célébra plusieurs fois la messe à la manière et suivant le rit de l'église grecque, c'est-à-dire sous les espèces du pain azime avec du levain, non-seulement dans plusieurs églises de cette ville, mais encore dans la chapelle de N.-D.-du-Puy en la cathédrale, ce qu'il fit avec la permission de MM. les grands vicaires de ce diocèse. Après avoir continué de commettre ce sacrilège

518 SCPPLLMENT.

durant un mois dans cette ville d'Amiens et y avoir volé une bonne somme d'argent par ses questes, ces trois scélérats en partirent, et estant allés en la ville de Douai en Flandre , y faisant le même manège , Messieurs de la justice de cette ville apparemment plus éclairés que ceux des autres lieux où ils avoient déjà esté, les firent emprisonner. Estant dans la prison , un de ces trois nommé Nicolas Calimera, qui se disoit prestre et abbé, appréhendant apparemment plus les effecls de la justice des hommes que celle de Dieu, s'étrangla avec sa ceinture et mit ainsy le comble à ses iniquités.

Parmi les personnes extraordinaires qui sont venues voir noire incomparable cathédrale, soit par dévotion ou par curiosité, on peut mettre au nombre de ces dernières un ambassadeur du roy de Siam, venu de ce pays-là en France auprès de S. M. Louis XIVe. C'estoit un homme d'un grand jugement , accompagné d'un autre Siamois fort aise de ce grand esprit, et qui avoit esté ambassadeur à la Chine, et encor d'un 3e adjoint, jeune homme de trente ans, dont le père estoit pour lors ambassadeur à la cour de Portugal ; ces Irois Siamois venus des extrémités de la terre à notre égard, estoient très honnestes, civils, doux, complaisans et de bonne humeur, et des plus considérables mandarins du royaume de Siam. Ces trois seigneurs visitèrent exactement notre cathédrale sur les 10 heures du matin, où Messieurs du chapitre ne leur firent aucune autre cérémonie que celles de faire jouer les orgues durant le temps qu'ils furent dans cet auguste temple. Ils allèrent le même

SUPPLÉMENT. y>l$

jour coucher à Doullens , pour continuer ensuite d'aller voir les villes de la Flandre française , dans le mois d'octobre de l'année 1686.

Au mois de juillet 1687 il passa par Amiens les ambassadeurs de Moscovie.

La confrérie de l'Annonciation de la très-sainte Vierge, dit de Notre-Dame-du- Jardinet, établie dans une des chapelles de la cathédrale qui en porle le nom , est la plus ancienne de toutes celles établies dans cet auguste temple, une inscription gravée sur l'autel de cette chapelle où se tient cette confrérie, est conçue en ces termes : « En 1383 fut chet autel bénite le 7e jour de febvrier et furent chy mises reliques de par les confrères, adonc estoient maistre Robert-le-Barbier, J. de Raincheval, J. de Wailly, Nicard Pétar, dit scellier et hanapier (1) »

Depuis on choisit tous les ans pour maître de cette confrérie, un procureur et trois marchands tant en gros qu'en détail , qui ne peuvent refuser la charge non plus que ceux qui sont élus pour maistre de la confrérie de St.-Sébastien, dans la même cathédrale qui fut érigée en 1462 par le sieur Sacy, pour s'acquitter d'un vœu fait par les trois estais de la ville, pour demander à Dieu la délivrance de la peste qui fesoit alors dans Amiens de furieux ravages.

Edouard 3e du nom estoit parvenu à la couronne par le décès du roy Edouard Ie du nom, son père, arrivé au mois de septembro l'an 1317. Philippe de Valois qui

(i) Fabricant de hanaps, vases à boire.

avoit pareillement succédé à celle de France, après la mort de Charles-lc-Bel, son neveu l'envoya sommer par les sires d'Ancenis et de Beausant, ses ambassadeurs, de venir rendre les hommages deues par le duché de Guiennc et le comté de Ponthieu d'abord. Edouard forma quelques difficultés, ce qui donna sujet à Philippe, de saisir toutes ses terres de France et de l'envoyer ajourner en la cour de Paris. Edouard, qui eut crainte que ce commencement de division ne passa plus avant, se résolut de venir en France pour satisfaire à la sommation du roy. La ville d'Amiens fut choisie pour celle action solennelle et le roy de France s'y trouva avec une cour Irès-nombreuse et très-illustre pour la qualité des princes qui l'y accompagnèrent.

Le roy d'Angleterre y fut reçeu avec un grand appareil et régalé splendidement pendant 15 jours. Il y eut d'abord diverses contestations pour la forme de l'hommage. Edouard soutenoit qu'il n'esloit pas lige et le roy au contraire, sur quoy on demeura d'accord qu'il se feroiten termes généreaux , comme ses prédécesseurs l'avoient fait, et qu'au cas qu'il se trouva par les chartes et par les titres qu'il dut être de cette qualité, Edouard rlonneroit une reconnoissauce au roy, ce qu'ayant ainsi cstéarrelté, le chœur de l'église cathédrale de N.-D. d'Amiens fut choisi pour cette cérémonie, et le roy Edouard y fit hommage tant pour le duché de Guïenne que pour le comté de Ponthieu dans les termes qui avoient esté convenus.

Froissait dit qu'Edouard n'y fit hommage que de

SUPPLÉMENT. <>3i

bouche et des paroles seulement sans mettre ses mains entre les mains du roy de France ou d'aucuns princes ou prélats par luy député ; mais le procès-verbal qui en fut dressé pour lors montre le contraire; c'est une pièce curieuse qu'il n'est pas hors de propos d'insérer dans cet endroit, quoiqu'elle ne regarde l'hommage que pour le duché de Guïenne, il est sans doute qu'il fut dressé un autre acte semblable pour Thommage du comté de Ponthieu :

« Au nom de Dieu, amen, scachent tant par la terre de cest publique instrument que présents nous notaires et tabellions publiques et les témoins cy-dessous nommés, vint en la présence de très-haut et très-excellent prince notre très-chierre sire, par la grâce de Dieu roy de France, et comparut en sa personue très-haut et trèsnoble prince Monsieur, Edouard roy d'Angleterre et avec luy révérend pères l'évêque de Nicole (1), et François de ses autres gens et conseillers pour faire son

hommage de la duchié de Guïenne et de la pairie de France audit roy de France, et lors noble homme messire Milers de Noyers, qui estoit du costé du roy de France dit au roy d'Angleterre en cette manière : sire, le roy ne vous entend pas à vous recevoir ainsy comme il a esté dit à notre Conseil des choses qu'il tient et qu'il doit tenir en Gascogne et en Agenois, lesquels tenoit et devoit tenir le roy Charles, et de quoy ledit roy Charles feist protestation qu'il ne vous entendoit à vous recevoir en son hommage , et ledit évèque de Nicole doit et protesta

(1) De Lincoln.

pour ledit roy d'Angleterre, que pour choses que le roy d'Angleterre ou autre par luy deist et feist , il n'entendra à renoncer à nul droit qu'il eust ou qu'il deust avoir en la duché de Guïenne , et ez appendance , et qu'aucuns droits nouveaux y fussent pour le acquit audit roy de France, et ainsy protesté ledit évêque bailla à noble homme le vicomte de Melun, chambellan de France, une cédulle sur ledit hommaige dont la teneur est cy-dessous écrites, et ledit chambellan audit roy d'Angleterre ainsy : sire , vous devenez homme du roy de France, Monsieur de la duchié de Guïenne et de la perrie de France, et vous et vos ancestres roys d'Angleterre et ducs de Guïenne , avez faits pour la même duchié à ses devanciers, roys de France, et lors le roy d'Angleterre dit Voire, et ledit chambellan deist après ainsy et le roy de France nostre sire vous reçoit sauf les protestations et les réserves cy-dessus dites, et le roy de France dit Voire et lors les mains dudit roy d'Angleterre mises entre les mains du roy de France, baisant la bouche dudit roy d'Angleterre , la teneur de la cédulle que bailla ledit roy d'Angleterre s'ensuit. Je deviens votre homme de la duchié de Guïenne et de ses appartenances que je clein de tenir de vous comme duc de Guïenne et per de France, selon la forme de paix faite entre vos devanciers, selon ce que nous et nos ancestres roys d'Angleterre et ducs de Guïenne avons faits pour mesmes la duchié à vos devanciers roys de France, ce fut à Amiens au chœur de la grant église mcccxxix, le vie febvrier indiction xn, Tan xiii du règne de notre saint père Jean pape xxn,

présens et appelés témoings révérends pères en Dieu , les évêques de Beauvais, de Laon et de Senlis, et haut prince M. Charles d'AIlençon , M. Eude de Bourgogne, M. Louis, duc de Bourbon, M. Louis, comte de Flandres, M. Robert d'Artois, comte de Beaumont, et le comte d'Armaignac, les abbés de Clugny et de Corbie, le seigneur de Beausen et Bernard, seigneur de la Bret, M. Mathieu de Tries et M. Robert Bertrand, maréchal de France. Item le R. P. l'évêque de St.-Davi, M. Henri, seigneur de Perey, M. Robert Usford , M. Robert de Yuateville et M. Robert de Nesville, M. Guillaume de Montagu, M. Gislebert Tallebot, M. Jean Mallravers , sénéchal du roy d'Angleterre, M. Geoffroy de Styop et plusieurs autres témoins de ce appelés et requis

Quelque temps après , le roy Philippe de Valois envoya en qualité d'ambassadeurs en Angleterre plusieurs personnes de distinction et sçavantes en droit et en coutume pour se trouver au parlement qui se devoit tenir au sujet de la ligeance de l'hommage.

L'affaire y fut discutée tout l'hyver, et à la fin le roy d'Angleterre après avoir examiné l'affaire à fonds, demeura d'accord que l'hommage qu'il devoit pour le duché de Guïenne et le comté de Ponthieu estoit lige et en donna ses lettres de reconnoissance le 18e jour de mars de l'an

Ceux qui ont traité des fiefs, entre autres M. Lefebure Chartereau.au traité qu'il a fait de l'origine des fiefs, 41, eh. 1$, ont remarqué la différence qu'il y avoit entre l'hommage lige et l'hommage simple ., en ce que le vassal

ï»34 SUPPLÉMENT.

lige estoit obligé au service personnel lorsqu'il en estoit requis, n'estoit qu'il eut quelque empêchement légitime. Le vassal simple n'estoit obligé à aucun devoir personnel, mais il lui estoit loisible de mettre un homme à sa place qui rendoil le service de guerre suivant la loy et l'institution des fiefs. Ainsy l'obligation du vassal lige estoit réel , c'est-à-dire qu'il devoit servir à un seigneur à cause de son fief, mais non pas de sa personne , aussi la forme de prester ces deux sermens estoit différente, le vassal lige doit estre sans ceinture, sans épée et sans éperons , à genoux, les mains jointes dans celle du seigneur et en tel cas il promeltoit de le servir envers et contre tous.

Celuy qui faisoit l'hommage lige le faisoit sa foy brièvement et sans toutes cérémonies, scavoir bebout , nue leste, les mains jointes et baisoit son seigneur.

Le 15 août 1197 fut couronné dans Amiens la reine Engilberte, épouse du roi de France Philippe-Auguste, la cérémonie en fut faite par Guillaume , archevêque de Rheims, Thibaut son neveu estant pour lors évêque d'Amiens. Ce prince avoit épousé cette princesse deux jours auparavant.

Le H* de septembre de l'an 1387 M. Gilles Batelly, preslre et chanoine de la cathédrale d'Amiens, y fonda l'antienne Salve regina que, depuis ce temps, on chante tous les jours après vespres dans cet auguste temple.

Le 26e de septembre de l'an 1295 il fut ordonné dans le chapitre général que chaque chanoine de la cathédrale d'Amiens donnera au jour de sa réception une chappe de Boye de la valleur de 10 liv. au moins.

Le 10e de juin de Tannée 1483 fut dédiée ou consacrée l'autel de l'église cathédrale de N.-D. d'Amiens, par messire Pierre Versé, évoque d'Amiens, suivant le mémoire qui en fut trouvé en l'année 1667 derrière le maître autel, où estoient écrits ces mots : Anno domini 1483, mensisjunii die decimâ reverendis in christopater, et dominas petrus gratia arnbianensis episcopus , consecravit hoc altère in honnore, et reverantià Dei omnipotentis et gloriosa Virginis Mariœ ejus in genetricis et omnium sanctorum et sanctarum.

Le 17e juin 1683, Msr François Faure, évoque d'Amiens, mit à l'ostensoir de l'église cathédrale la représentation d'un chef de saint Jean-Baptiste d'or, garni autour de 15 ou 16 diamants que M. de Vitry, écuier, seigneur d'Esauteaux (sic) lui avoit présenté quelques mois auparavant en qualité de premier eschevin de cette ville pour remercier sa grandeur des admirables et édifiantes prédications que ce grand prélat avoit faites durant le carême de cette année dans son église cathédrale d'Amiens.

Le 18e juin 1662, on fit en un dimanche dans les rues ordinaires de la ville d'Amiens une procession générale pour obtenir de la miséricorde de Dieu de la pluie , par l'intercession du glorieux saint Honnoré,un de nos saints évêques, dont on porta la châsse en cette procession après la prédication faite en la cathédrale dont les chanoines vêtus en surplis portoient au cou les petits reliquaires, chose admirable et miraculeuse, comme la procession n'estoit qu'à moitié du chemin de sa marche, il

tomba une pluie si abondante que ce miracle remplit d'étonnement. de joye et de reconnaissance tous les habitans de celte grande ville qui reconnurent encore dans cette occasion comme dans plusieurs autres semblables que Dieu est toujours admirables dans ses saints.

Le 6e juillet 1618, M. Lagrené chanoine de la cathédrale fit présent d'une belle paix de la valleur de 300 livres.

Le 15 août 1650, durant la procession générale que l'on faisoit après les vespres du soir de l'Assomption de la très-sainte Vierge dans les rues ordinaires de cette ville pour l'acquit du vœu fait par le roy Louis XIII en Tannée 1638 , il s'émut une grande contestation et querelle pour le pas et la préséance dans le marché, entre MM. du présidial de cette ville et ceux du bureau des finances, où l'on se chamailla et se battit fortement.

Madame la duchesse d'Angoulème, mère du roy François Ier, estant dans Amiens au mois de juin 1517, fit dire aux maïeur, prévôt et eschevin , qu'elle voudroit avoir la copie de tous les tableaux, des ballades et chants royaux mis et présentés en l'honneur de la très-sainte Vierge dans l'église cathédrale par les maîtres de la confrérie appelée communément de Notre-Dame-du-Puy. C'est pourquoy ces Messieurs voulant obéir aux désirs de cette princesse, résolurent de faire un grand livre d'un beau vélin, où séroient représentées les copies de ces tableaux, les ballades et chants royaux ; à sçavoir la copie d'un tableau dans une page et la ballade dans l'autre page qui lui est opposée, le plus richement que l'on pourroit,

que ce livre seroit couvert d'un beau velours de couileur d'un bleu de roy foncé, ou bleu pers, qui seroit présenté et offert gratuitement à cette princesse au nom de tous les bourgeois et habitans de la ville d'Amiens, suivant cette délibération, Messieurs de la ville convinrent et firent marché avec Jacques Piastel peintre, pour faire peindre en grisaille et représenter en blanc et noir les copies desdits tableaux qui estoient pour lors au nombre de 48, y compris une représentation mise à volonté où seroit peint le portrait de cette princesse et de ceux qui dévoient lui présenter moyennant la somme de 45 livres.

Item payé à sire Jean des Béguignes prestre, la somme de 3 liv. 12 sols pour le prix de parchemin ou vélin de ce livre.

Payé à Guy-Flameng Enlumineur, demeurant à Amiens, 13 liv. 14 sois pour avoir fait et enluminé bien richement les grandes lettres desdits cha-nts royaux.

Item parce que quelques-uns des tableaux sçavoir celuy de feu Guy deThalemas, et d'autres n'avoient plusieurs ballades et chants royaux qui estoient perdus et égarés, Messieurs de ville en firent faire d'autres par Nicolas do La Motte, rhéthoricien , ils lui ont payé pour sa peine 40 sols.

Item après que les copies de ces tableaux furent faites, peintes et grisaillées ou en blanc et noir, comme il n'y avoit point dans Amiens d'ouvriers capables pour bien les enluminer et peindre en coulleur, il fut conclut que le sieur Pierre Louvel qui avoit esté choisi et destiné »our aller à Paris et faire taxer les dépens auxquels M. du

Reux avoit esté condamné envers la ville, porteroit ce livre à Paris, et marchanderoitpour le faire enluminer et représenter le plus richement qu'il seroit possible par rapport à l'honneur de la ville d'Amiens, ce qu'il a fait et exécuté, auquel voyage ledit sieur Louvel a employé et a séjourné durant 19 jours pour chacun desquels on lui a donné et taxé la somme de 32 sols par chaque jouimontant à 30 liv. 8 sols.

Item a esté payé à Jean Pinchon, enlumineur et historieur, demeurant à Paris, la somme de 80 liv. à luy deubs par marché fait avec lui pour avoir richement enluminé 48 tableaux peints dans ce livre.

Item payé à Pierre Faverin relieur, demeurant à Paris, la somme de 6 liv. pour avoir nettoyé, tympané et celé d'or relié et couvert ce livre.

Item qu'ils députèrent un de leurs confrères en la ville de Beauvais , où Messieurs du chapitre de la cathédrale d'Amiens ont leurs causes commises depuis environ 27 ans, au sujet d'un conflict de justice entre eux et Messieurs du présidial d'Amiens , à l'occasion d'un prêtre prétendu criminel, mais trouvé innocent, que Messieurs du chapitre tenoient dans leur prison de la barge.

Ce député confrère rapporta dans Amiens une requeste répondue par M. le lieutenant-général de Beauvais par laquelle il estoit fait deffense d'aller plus loin.

Item payé 50 liv. aux enfans et serviteurs dudit Pinchon ou Ponchon pour les faire travailler promptement à ce livre.

Item payé 38 liv. pour une grande custode ou estui de

cuir noir où l'on a mis ledit livre y compris les cordons.

Item payé 7 liv. 12 sols pour le velours coulleur pers dont ledit livre a esté couvert.

Item payé pour le cannevat, coton et toille cirée dans lesquels ledit livre a esté empaqueté pour sa conservation

n sois.

Item pour le vin et dépenses faites en concluant marché avec ledit enlumineur 24 sols.

Item payé 76 sols pour la peine et sallaire de celui qui a esté quérir ledit livre de cette ville d'Amiens en celle de Paris, et iceluy apporté à Amiens, y compris dans cette somme, ce qui a esté payé pour y avoir adjouté dans le livre quatre ballades composées dans Paris.

Après que ce livre eut esté veu et examiné par Messieurs de ville, il fut arrelté et résolu que MM. Andrieu de Monsure et Pierre Louvel, eschevins à charge, partiroient d'Amiens pour aller présenter le livre à madame d'Angoulème, mère du roy François Ier, estant pour lors à Amboise, et qu'ils la suppliroient de vouloir toujours se souvenir favorablement des habitans de la ville d'Amiens, mais qu'auparavant le départ des eschevins , ce livre seroit porté et montré à M. de Piennes, lieutenant du roy en Picardie et à Msr d'Hallewin son fils, évêque d'Amiens, estant pour lors au village de Pernois (1), afin d'avoir quelques lettres de recommandation de ces messieurs , ce qui fut fait et payé 32 liv. audit Monsure pour sa peine et salaire d'avoir employé un jour dans ce petit voyage.

(I) A lOkilom. d'Amiens. Il y avait un château en ce village qui appartenait aux évéques d'Amiens et où ils allaient souvent.

£>40 5LPPLÉMKNT.

Item parce que durant le tems que les sieurs Monsure et Louvel estoient allés à la cour présenter ce livre à cette princesse, Messieurs de ville reçurent une lettre de M. J. Ruzé, controlleur général des finances, par laquelle le roy demandoit par emprunt à la ville d'Amiens une somme de 1,500 1., on écrivit d'Amiens en diligence aux dits de Monsure et Louvel pour les avertir que par le moyen et le pouvoir de ladite princesse, ils tachassent d'obtenir la décharge du jugement de l'emprunt de ladite somme, ce qu'ils rirent, dans lequel voyage ils emploïèrent 36 jours pour chacun desquels on leur paya 36 sols qui font en tout 115 liv. 4 sols.

Item payé 40 sols au clerc de M. le secrétaire Gédoin, pour la décharge de cette somme de 1,500 liv.

Item payé un écu 40 sols à M. Pierre du Monsoy, procureur au parlement pour avoir dressé une requesle pour présenter au roy.

Toutes lesquelles sommes cy-dessus marquées portent en total celle de trois cent vingt-sept liv. dix sols

Il y a une chapelle dédiée à saint Firmin le martyr, évèque d'Amiens, scituée en la paroisse de St. -Martin , diocèse de Lisieux , éloignée d'une lieue et demie de la ville de Pont-Eau-de-Mer en Normandie, dans un lieu nommé la Métairie du Doub, faisant partie du domaine de la baronnie de Préaux, ancienne abbaye de l'ordre de Saint-Benoist, distante de là d'environ deux lieues. Cette chapelle longue de 42 pieds sur 20 de largeur, a trois autels, le premier placé vers l'orient dédié à saint Firmin le martvr, le second à la très-sainte Vierge vers le midi

un peu plus bas que l'autre, et le troisième dédié à saint Mathurin vis-à-vis le dernier du côté du septentrional. Cette chapelle a trois portes, les fondemens de cette chapelle sont de maçonnerie faite de cailloux à la mode du pays, élevée d'environ 3 pieds hors de terre. Le reste de charpenterie et colombage remplie de bauge, crespi de piastre et la couverture de tuilles. On ignore le tems de la construction de cette chapelle dédiée à saint Firmin, ■ ayant déjà esté bruslée deux fois par les Calvinistes, celle qui est à présent fut rebâtie en 1598. Sa tradition apprend que saint Firmin venant d'Anjou pour aller à Beauvais, passa par ce lieu là en fuiant la persécution de Dioctétien , et qu'il fut arretté prisonnier par les payens. Elle apprend aussi que ce saint fut arretté trois fois, prisonnier la première à Beauvais par le commandement du président Valerian, où il fut emprisonné et battu, la deuxième par le président Sergius sans spécifier l'endroit et la troisième par le président Ricliovare (1) d'Amiens, où il fut décapité. Ce saint est réclamé dans cette chapelle par les personnes tourmentées de la goutte , où il s'est fait plusieurs miracles.

Après la mort du patriarche de Constantinople, décédé en 1226, sur les contestations qui survinrent entre le clergé pour l'élection d'un successeur, la chose en fut déférée au pape qui, de l'advis des cardinaux , nomma et choisit pour patriarche Jean d'Abbeville , qui avoit esté doyen de l'église cathédrale d'Amiens et depuis avoit

(i) Erreur, c'est Sébastien Valérius qui est nommé partout dans les légende ot histoire de ce saint. V. la note de la page 414.

esté promu à l'archevêché de Bezançon , le 23e décembre 1226 ; mais il s'en excusa, et fut fait ensuite cardinal du titre de Sainte-Sabine par le pape Grégoire IXe, de sorte qu'en sa place Simon archevêque de Tyr fut élevé à cette dignité qu'il posséda jusques à sa mort arrivée en l'an 1232. Cette remarque est extraite du livre de l'histoire de Constantinople, par Villehardouin , composée par M. Du Cange.

Dans la première semaine du mois d'août 1713 on ôta le reste des grandes pierres bleues, façon de marbre qui avoient autrefois servies à couvrir des tombeaux dans l'ancienne cathédrale de Notre-Dame d'Amiens, et qui depuis la construction de l'ancienne église avoient esté apparemment placées dans celle qui subsiste aujourd'hui avec tant d'éclat et de majesté, au milieu de la croisée devant et depuis le jubé jusques et devant la chaire du

prédicateur. Ces pierres au nombre de , longues

d'environ 10 à 12 pieds, et larges de 4, n'avoient plus d'inscriptions du tems auquel elles avoient esté mises autrefois sur les fosses de ceux qui y avoient esté enterrés ; on a fait de ces grandes pierres de belles marches et degrés placés aujourd'hui devant et sur les retours du jubé et dans les deux entrées des bas côtés qui conduisent aux côtés du chœur.

Copie de la fondation de la prédication durant VAvent , faite dans V église cathédrale de Notre-Dame <F Amiens.

(Extrait des registres aux insinuations du bailliage d'Amiens.)

A tous ceux qui ces présentes lettres verrons, Philippe-Ie-Bateux , procureur, notaire et garde héréditaire du scel royal de la baillie d'Amiens , en ladite ville et prévosté d'icelle établi , salut ; sçavoir : Faisons que par-devant Martin de Miraumont et Nicolas de Baudricourt , notaires royaux en ladite ville et bailliage d'Amiens , fut présente en sa personne demoiselle Marie Ducroquet, femme d'honorable homme, Louis de Villers l'aîné , bourgeois d'Amiens , authorisée par justice , séparée et jouissante de ses biens, demeurante à Amiens, paroisse de St.-Martin-au-Bourg ; et a reconnu que pour exécuter la bonne volonté que , dès longtems elle avoit au service de Dieu et à l'instruction du peuple , de fonder la prédication chacun jour des advents par chacune année, en la grande église de Notre-Dame d1Amiens, de donner occasion et moyen que personnes idoines et capables y soient appellées par Mgr l'esvêque d'Amiens et ses successeurs, esvêques auxquels appartient d'en faire le choix. Elle avoit , et a par ces présentes , donné et donne de revenu par chacun an, la somme de ISO livres de rentes , pour le payement de laquelle elle a assignée et assigne la somme de 100 livres d'une part, constituée au profit de feu François Godière, premier mary de ladite comparante, duquel elle est légataire universelle , et à laquelle rente en cette qualité luy

5ii suiTLÉMErrr.

appartient par messire Philbert-Emmanuel d'Ailty , chevalier , Yidame d'Amiens, baron de Picquigny et autres lieux ; et une autre rente de 25 livres , aussy appartenante à ladite comparante, constituée par les prédécesseurs dudit sieur Yidame, et de laquelle ledit sieur Yidame en est tenu comme leur ayant succédé , et pour fournir lesdites 150 livres, ladite comparante a donné et donne 300 livres à prendre sur les arrérages à elle deubs desdites deux rentes , par ledit sieur Vidame , pour icelle somme estre employée en achat de 25 livres de rente pour faire lesdites 150 livres de rente. Cédant à cette fin ladite comparante tous ses droits , causes , noms, raisons, actions et exécution qu'elle a et peut avoir à rencontre dudit sieur Vidame, pour estre payés desdites deux rentes et desdites 300 livres d'arrérages , et a promis en bailler les contracts pour commencer ladite prédication et fondation , au premier jour des advents de Fan 1605, et ainsy continuer à perpétuité et faire le payement d'icelle rente de 150 livres au Ier jour de décembre , audit an 1605, et ainsy continuer à pareil jour ; lesquelles deux rentes cy-dessus ladite demoiselle pourra retirer entre ses mains , en baillant et payant la somme de 1,500 1., pour estre employée en pareille constitution de rente, pour l'entretenement de la fondation ; outre la rente qui proviendra desdites 300 livres ci-dessus mentionnées , à la charge qu'à la fin de chacune prédication , l'âme de ladite comparante , après son décebs , et celle dudit feu Godière , son premier mari, seront recommandés par le prédicateur aux prières du peuple » et

SUPPLÉMENT. 5ÏÎ

aussy à la charge qu'iceluy , prédicateur de chacune année, ou autre prestre en sa place en cas d'empêchement, célébrera à basse voix deux messes pour la rédemption de son âme et celle de son dit feu mary , Tune le premier jour des advents , et l'autre le lendemain de Noël ; tout ce que dessus et aux charges y contenues , accepté par messire Geoffroy de la Marthonnie, esvêque d'Amiens, à ce présent et comparant, lequel s'est soumis et soumet en cas de remboursement desdites 150 livres de rente, en faire aussitôt le remployât àquoy ses successeurs esvêques, y seront aussy tenus pour l'enlretenement et continuation de ladite prédication et fondation , promettant lesdites parties comparantes par leur foy et serment , non jamais à ce contrevenir et à ce entretenir , faire bon valoir, payer, fournir et garantir léallement avec promesse, dépens, dommages et intérests qui s'en pourroit ensuivre ; deffaut y avoit à ladite demoiselle, obligé et oblige tous ses biens et héritages, et ceux de ses hoirs présens et à venir , consentant main assise estre faite sur lesdits biens , renonçant en toutes choses et en l'entier contenu. En témoin de ce , nous garde dessus nommé à la relation desdits notaires , avons mis le scel royal à ces présentes qui furent faites et passées audit Amiens, au palais épiscopal, après midy , le vendredy 16e jour d'avril 1604, et à ladite demoiselle et ledit sieur esvêque , signé la minute des présentes avec lesdits notaires suivant l'édit. Signé Baudricourt, Miraulmont , et plus bas Martin.

Cette copie a esté lovée pour M. Louis Maillard , près-

Sre-chapellin de la cathédrale dudit Amiens , ce 28 avriî 1717 , lequel auroit pour ses bisayeuls maternels Jean de Navare , qui auroit épousé Marie Ducrocquet.

Le 10e janvier 1715 , on fit l'ouverture de la châsse de saint Firmin-le-Confesseur, dans laquelle on trouva les saintes reliques, contestées depuis 18 ans par un auteur anonyme. Comme ou a imprimé trois différentes pièces qui contiennent toutes les cérémonies et les formalités observées pendant cette ouverture, je me contenteray de marquer icy la description de cette châsse qui n'a point été imprimée et qui a esté faite et écrite depuis son ouverture, elle m'a esté communiquée en original par M. Le Scellier de Riencourt , doyen et chanoine de la cathédrale , qui a eu tant de part dans toute cette affaire. La voici mot à mot :

Description de la châsse de saint F irmin-le- Confesseur.

La première planche représente un évêque en chape , mitre et crosse, devant luy une grande cuve comme des fonts baptismaux, dans lesquels sont un homme et une femme et un jeune homme , tous trois les mains jointes, sur lesquels l'évêque donne sa bénédiction. Derrière cette cuve est un diacre en dalmatique , tenant de la main gauche un vase fait en forme d'écuelle, qui seroit le vaisseau du saint Chresme , et faisant sur l'épaule de la femme qui est la dernière placée , une onction ; c'est sans, doute saint Faustinien avec sa famille que saint Firmin le martyr baptise.

La deuxième , un évèque debout, la mître en teste et la crosse à main et chasuble , bénissant avec deux doigts un évêque qui est à genoux à ses pieds , profondément incliné et appuyé sur une espèce de prie-Dieu qui ne se voit que de côté et repeint sur ce sens une colonne avec sa base, dont le chapiteau est de Corinthe. Cet évêque est en chasuble et tunicelle et la mître en teste, un diacre, debout derrière luy , tenant un livre ouvert, d'une manière qu'on peut croire qu'il le présente à l'évêque qui est debout, ou bien comme l'allant mettre sur les épaules de l'évêque à genoux , s'il y a lieu de croire que ce soit ordination épiscopale qui soit représentée, puisqu'en effet, à la troisième planche qui suit, sont représentés quatre évêques en chape , mître et crosse , tous quatre debout et tournés du cotté de l'évêque consécrateur , tenant tous comme luy la main pour le bénir. Cette troisième planche quoique séparée de la deuxième n'en fait certainement qu'une avec elle , et c'est parce qu'il auroit esté impossible de placer quatre évêques sur la deuxième qui est fort étroite qu'on les a mis sur la troisième.

La quatrième représente un évêque à cheval, la mître en teste, vêtu d'un grand habit comme une chasuble, lequel a un grand chaperon pointu. Cet évêque est accompagné d'un diacre aussi à cheval et vêtu d'un grand habit semblable à celui de l'évêque, avec un chaperon. Devant eux marche à pied un guide ou valet ; c'est apparemment le voyage que fit saint Firmin à Rome,

Copie de la Charte de P hilippe-de- Valois , etc., par laquelle il baille aux mayeurs et eschevins de la ville d'Amiens la prévosté royale , en Van 1337.

Philippe , etc. , que comme le mayeur , les eschevins et la communauté de la ville d'Amiens eussent et tinssent prévosté d'Amiens , de la banlieue d'icelle ville , à ferme perpétuelle, et pour un certain prix; qu'iceux maire, eschevin et communauté, nous en rendoient chacun an , laquelle prévosté leur avoit esté baillée à ferme perpétuelle comme dit est par notre très cher seigneur et oncle le roy Philippe que Dieu absolve , ainsy comme en ses lettres sur ce faites et contenue, desquelles la forme est telle :

Philippus, Dei gratia Francorum rex, notum facimus universis tam presentibus quam futuris, quod nos Maiori, ScabinisacCommuniaeAmbianensiad firmam perpetuam pensionis inferius annotât», etc.

Jusqu'à Apud Yicenas anno Domini millesimo ducentesimo nonagesimo secundo , mense maii.

Et depuis que le royaume nous advint , nous pour certaines causes et pour certains abus , etc., jusqu'à auquel sceau est emprente la figure d'un roy assis en sa majesté et autour d'iceluy sont escrits ces mots : Philippus Dei gratia Francorum rex.

FIN DU Ve ET DERNIER VOLUME.

Àaron.

Abats-Vents.

Abdias prophète.

Abel.

Abraham.

Abbaye de Cluny.

— de Citeaux.

— de la Ferté.

— de Royaumont.

— de St.-Acheul.

— de St. -Corneille.

— de St. -Denis.

— de St.-Etienne de Caen.

— St.-Fuscien.

— de St.-Germain-des-Prés.

— de St.-Jean d'Amiens.

— de St.-Martin-

aux-Jumeaux.

— St.-Sauve.

— de St.-Valery.

— du Mont-St. -Martin

— du Paraclet.

Abbeville.

Abbeville (famille d')

Abbeville (Jean d')

Accoudoirs.

Actions extraordinaires d'un Suisse,

etc.

Adam (tableau).

Aigle ou lutrin du jubé.

Ailly (famille d').

Aimoin (religieux).

Albâtre.

Albigeois.

Alcuin.

Aléaume (écuier).

Alençon (duc d').

Alexandre VI (pape).

Alexandre VII (pape).

Alexandre deMedicis.

Alexandre (roi).

Ambonoclastes.

Amiens.

Anachronisme.

Anastase (bibliothécaire). 516

Ancenis (sire d'). 530 Andrieu ou André Malherbe.

And ri n René. 136

Angers (ville). 457

Angoulème (Mme d'). 536

Angoulême (ville). 343

Anet (château). 38

Anisson (libraire). 388

Anjou (comte d'). 125

Annecy fville). 216

Anne d'Autriche. 366

— de Bretagne. 227

Année dominicaine , imprimée à Amiens. 393

Antioche. 375-408 Antiquités d'Amiens, par le sieur de la Morlière. 264-266

Anvers (ville). 26-389

Aoust (ville). 380

Arbre de beaume. 435

Arche d'alliance. 159

Archimède. 234

Arcs-boutans. 514

Aremberg (comte d'). 258

Ardres (Antoine). 309

Arimathie (ville). 176

Arion. 113

Arisjarque. 234-237

Aristote. 234-237

Armoire ou ciboire. 516

552 TABLE DES MàTIÙRLS.

Armoiries d'Amiens.

— du chapitre.

— de Cocquerel.

— (description des).

Arnoul (évêque).

Arrêt du parlement contre le

Page 1