ÉGLISE DE SAINT-AIGNAN
L'église de Saint-Aignan, placée au centre de la partie méridionale de la ville, reporte sa première origine à plus de quinze siècles. « L'église de Saint-Aignan, dit Rouillard, estoit jadis sa » maison paternelle , selon la créance commune ; laquelle icelui s. » Aignan 1 dédia premièrement en l'honneur de s. Denis, ou selon » autres de s. Pierre et sainct Paul : y aïant esté enterré, avec ses » trois sœurs, et flory en miracles, elle prit le nom d'icelui s. » Aignan. C'est l'Eglise Parochiale du Chasteau du Comte, au- » jourd'hui appellé la Tour du Roi 3 . » Au treizième siècle, clic
1 « Saint Aignan, dit Doyen, succéda à saint Martin-le-Blanc , en 245, et tint le siège pendant quarante-cinq ans. Il était d'une noble famille des environs de Chartres; et c'est le sentiment de tous ceux qui ont parlé de lui , mais aucun ne désigne le lieu ; pour moi je crois que c'est Vauventrier, par la raison que le chemin qui conduit de Chartres a ce château , s'appelle le chemin de Saint-Aignan. Lorsqu'il fut élu , il était en prière sur le tombeau de saint Martin , et plusieurs seigneurs accompagnés du clergé , voulurent le porter sur leurs épaules , depuis le lieu où a été bâtie la porte Saint-Michel , jusqu'à la cathédrale ; d'où est venu l'usage d'y porteries évôques ses successeurs. » (Histoire de Chartres , tome I , page 209.)
* Parthènie, 2 e partie, page 149. — La Tour du Roi était bâtie sur la place Billard actuelle ; ses derniers restes ont été démolis en 1850.
formait déjà une collégiale composée de sept chanoines '. « Lr >» revenu des chanoines est assis ez villages de Dondainville, Mon- » dainville et Ermenonville à une petite lieue de Chartres, qui » estoient les Seigneuries de Donde, Monde et Ermenonde, sœurs » d'icclui s. Aignan , dont les tombeaux se voient encore ès cryptes i» de l'Eglise a . » Le corps sacré du saint évêque n'y resta pas longtemps; « il fust précieusement déposé en une châsse, que » l'on trouva bon de colloquer au maistre Autel de l'Église. L'an » 1134, au mois de Décembre, la ville de Chartres ayant esté » toute bruslée d'un feu du ciel, et toutes ses Eglises, hojs celle » de Nostre-Dame : celle de s. Aignan n'en fut exempte non plus » que ses compagnes. Et sur ce qu'après le feu esteinct, on trouva » sa châsse entièrement bruslée et ses ossements nullement en- » dommages, l'évesquc Geoftroi soubs qui advint ce meschef et » désastre, les recueillit avec toute dévotion, et remit iceux dans » une sainctc Chasse qui... fut reportée dans la nouvelle Eglise du » dit sainct, depuis qu'elle eut esté refaite et rebastie 5 . »
Un autre incendie, arrivé le 10 juin 1271, dévora l'église de Saint-Aignan, avec une grande partie de la ville de Chartres. « La » Chasse de s. Aignan fut encore toute bruslée, etnéantmoins les » ossements d'iceluy demeurèrent entiers. L'Évcsquc Pierre de » Maincy les remit en une belle Châsse neuve, qui sevoid encores » couverte partie de lames d'argent et de cuivre doré, et fut res- » tablie en son église après icelle restaurée *. »
Cette dernière église de la fin du XIII e siècle disparut à son tour dans les premières années du XVI e siècle; on se mit aussitôt à bâtir celle que nous voyons encore et qui ne fut terminée que vers 1630. Ainsi l'on fut plus d'un siècle à la reconstruire : le zèle généreux qui animait d'une manière si admirable les populations catholiques du XIII 0 et du XIV e siècle , avait alors perdu sa ferveur et son enthousiasme.
1 Prolégomènes du Carlulaire de Saint-Père , pago ccxcvij.
2 Parthénie, 2' partir, page 140.
1 Ihid , page 8.
- 1 Ihid.. page 9.
En 1795, Saint- Aignan fut dévasté et profané par la main sacrilège de la révolution. Il servit ensuite d'hôpital militaire, puis de magasin. Mais il fut rendu au culte en 1822 et érigé en église paroissiale.
L'église de Saint-Aignan n'est pas un monument qui mérite l'admiration de l'archéologue. Toutefois le XVI e siècle y a laissé des sculptures et des peintures sur verre que les amis de l'art de la Renaissance regarderont toujours avec intérêt.
Extérieur. — L'extérieur de Saint-Aignan n'a rien d'imposant. Les premières assises de pierres remontent au XIII e siècle ; au XIV e on refit la porte centrale de l'ouest, dont le tympan possède encore trois socles qui supportaient des statues. A gauche de cette porte , il faut remarquer le petit portail qui sert d'entrée ordinaire; il porte la date de 1541.
La tour qui flanque le collatéral- nord appartient à la seconde moitié du XVI e siècle; elle est ornée de quelques pilastres ioniques, et de quelques sculptures frustes pour la plupart. Elle renferme trois cloches : la première pèse 1 ,000 kilogrammes ; la seconde , 750 ; et la troisième , 450.
Intérieur. — Le plan de Saint -Aignan est très - régulier ; il forme un parallélogramme allongé , dont l'extrémité orientale est terminée par la courbure de l'abside. L'église comprend une nef centrale avec deux nefs déambulatoires , soutenues par dix-huit piliers et vingt pilastres. Voici ses principales dimensions ; longueur totale, 47 mètres et 65 centimètres; longueur de la nef, 22 mètres et 75 centimètres ; longueur du chœur, 14 mètres et 40 centimètres ; largeur totale , 29 mètres et 90 centimètres ; largeur de la nef centrale, 10 mètres; hauteur de la voûte, 20 mètres.
Les travées ont des arcades ogivales, qui autour du sanctuaire sont défigurées par une décoration moderne. Au-dessus des travées règne le triforium; il se compose d'arcades cintrées, appuyées sur des colonnettes corinthiennes , dont les chapiteaux ne sont qu'ébauchés pour la plupart ; ce triforium porte la date de 1625. La voûte est en bois et en mauvais état.
Avant 1793, les dix ou onze chapelles de Saint-Aignan étaient fort richement décorées; elles contenaient une foule d'œuvres
d'art, qui ont été pillées, volées, ou jetées dans le creuset révolutionnaire. Aujourd'hui, il n'y a que les murs nus ; toutefois quelques chapelles ont conservé leurs voûtes élégantes , entre autres celle qui est située vers le milieu du bas -côté méridional: un cartouche porte : À esté achevée le xm e jour de septembre ; sur un autre cartouche, on lit : 1543.
Sous la tour se trouvait jadis une grande et belle chapelle; les deux arcades qui donnaient entrée dans l'église t ont des arcs-doubleaux chargés de sculptures. Cette chapelle sert aujourd'hui de sacristie ; elle vient d'être restaurée et enrichie de grandes armoires en chêne.
La chapelle absidale est la seule qui possède encore un autel ; elle est dédiée à la très-sainte Vierge. Sa voûte, qui date des premières années du XVI* siècle, offre toutes les ramifications de nervures de cette époque ; la clé ou pendentif est dorée.
Le mobilier de l'église n'a malheureusement aucune valeur : les autels, les chandeliers, les stalles, les confessionnaux, la chaire, le banc-d'œuvre , sont sans aucun goût. On peut en dire autant du chemin de la croix qui a été posé en 1847. — Les orgues sont nouvelles et très-harmonieuses ; elles se composent de vingt-quatre jeux et de quatorze pédales ; c'est M. l'abbé Gougis qui, avec l'aide de ses paroissiens, en a doté son église. Elles ont été faites par Gadault, facteur d'orgues à Paris, et elles ont coûté 12,000 francs. Quant à l'arrangement du buffet, de la tribune ou doxal, il n'en faut pas parler.
Verrières. — L'église de Saint-Aignan avait autrefois toutes ses fenêtres garnies de belles verrières du XVI e siècle ; il n'en reste aujourd'hui que des vestiges qui font vivement regretter les autres. Bien qu'ils ne puissent être mis en parallèle avec les magnifiques vitraux de la Cathédrale ou de Saint-Pierre, ceux de Saint-Aignan (comme au reste tous ceux de la même époque qui sont si nombreux en France) ont des qualités qui les font généralement regarder avec plaisir. On croit qu'ils sont dus au pinceau de Nicolas Pinaigrier, neveu du célèbre Robert Pinaigrier, dont nous avons parlé en décrivant les vitraux de Saint-Pierre.
Nous allons décrire succinctement les vitraux de Saint-Aignan , en commençant par ceux du collatéral nord, à la gauche du spectateur qui entre dans l'église.
l ,r vitrail. Ses verres peints ont presque tous disparu; il n'en reste qu'un seul panneau, à l'amortissement ogival de la fenêtre. On y voit quatre personnages : un vieillard donne de l'argent à un jeune homme, qui est sans doute l'enfant prodigue.
2" vitrail. Il renferme plusieurs sujets: 1° un Chérubin , armé d'une épée flamboyante, chasse du paradis terrestre Adam et Eve; sur une banderolle on lit: Multiplicauo erumnas tuas et n dolore
PARIES EILIOS ET SUR VIRl.... MANDUCA TERRA Au-deSSUS du
tableau, il y a cette autre inscription qui rappelle la seconde Eve, Eve-la-Réparatrice : Que est ista que progreditur ut aurora,
Pl'LCIIRA UT MISA, ELECTA UT SOL, TERRIBILIS UT CVSTRORUM ACIES
ordinata. Sur une troisième inscription qui est mutilée, on lit: J'ai été (donné) par Jean Vacher, 1566. — 2" Saint Denis, évêque de Paris, Rustique etEleuthère, les mains garrottées, sont conduits devant le proconsul Fescennius; il y a une inscription illisible. — 3" Saint Denis et ses deux compagnons sont enfermés dans une prison ; le saint évêque est à genoux et reçoit la communion des propres mains du seigneur Jésus, qui lui dit : « Reçois » ma chair; une grande récompense t'attend auprès de moi 1 .» Le visage du Christ est remplacé par un fragment de verre bleu. — 4° Sainte Barbe et son père, « qui oubliant le nom de père pour prendre celui de tyran, met la main à l'épéc contre sa fille, laquelle s'enfuit devant lui 3 . » Ce tableau a beaucoup souffert de la main des hommes. — 5° Sainte Barbe est en prison; Jésus lui apparaît et lui dit: « Prends courage, ma fille, il y aura grande joie dans le ciel et sur la terre lors de ton martyre; ne redoute point les menaces du tyran ; je suis avec toi pour te préserver detous maux 3 . » — 6° Fragments renversés d'un Jugement dernier.
3 e vitrail. — Il offre les figures en pied de quatre saints pontifes : 1" Saint Martin, en costume archiépiscopal, chape, mître, livre et croix hastée. — 2° Saint Denis , en chasuble et crosse , tenant en main sa tète mitrée ; un ange est à ses côtés pour le guider. — 3 Saint Nicolas, vêtu de la chasuble, portant la mître
1 Lëyende dorée , de >anclo Dionysio.
2 Les Fleurs des Vies des Suints, au A déeeinbro.
3 Légende dorée.
et la crosse, et bénissant; près de lui se voient un clerc ù genoux et les trois enfants traditionnels dans un baquet. — A" Saint Aignan, en chape, mitre, crosse et livre. — Dans l'amortissement ogival, se voit l'auguste Trinité: le Père tient la croix, le Fils y est cloué, et le Saint-Esprit plane entre le Père et le Fils.
4' vitrail. — Il raconte en six tableaux la mort et l'assomption de la glorieuse Vierge Marie. 1° Marie va mourir; elle est étendue sur sa couche funèbre , entourée des apôtres éplorés et agenouillés ; saint Pierre console et bénit la Mère de son divin Maître ; saint Jean, le fils adoptrf de Marie, tient la palme verte cueillie dans le paradis. — 2° Marie vient d'expirer : Saint Pierre vêtu de la chape, jette, avec un goupillon, de l'eau bénite sur la dépouille mortelle; saint Jean tient encore la palme; un troisième apôtre porte la croix, et un quatrième a le bénitier. — 3° Les apôtres portent sur leurs épaules le cercueil qui contient le corps virginal de Marie; ils vont en chantant le déposer dans la vallée de Josaphat. Le grand-prêtre juif veut arrêter le convoi funèbre ; mais samain se détache du poignet et demeure attachée au cercueil. Un soldat s'avance et laisse aussi sur le cercueil sa main ganteléc de fer (le soldat n'a qu'une tête d'emprunt que lui a donnée un vitrier maladroit ; cette tête est couronnée de la tiare pontificale ! ) Voici comment la Légende dorée raconte le fait figuré dans le tableau : « Tout le peuple, entendant les accords et les chants mélodieux des apôtres et des anges, se hâta de sortir de la ville, demandant la cause de ces chants. Et quelqu'un dit : a C'est Marie qui est morte r et que les disciples de Jésus emportent, et c'est autour d'elle qu'ils font entendre ces chants. » Alors tous coururent aux armes , et ils s'encourageaient mutuellement , en disant : « Venez , tuons tous les disciples de Jésus , et livrons aux flammes le corps que ces imposteurs emportent. » Le grand-prêtre voyant cela fut saisi d'étonnement, et il dit avec grand courroux : « Voyez quels honneurs reçoit le tabernacle de celui qui a jeté le trouble parmi nous et notre nation. » Et disant cela, il porta la main sur le cercueil, voulant le saisir et le renverser; mais sa main resta attachée au cercueil, et elle fut embrasée d'un feu ardent; de sorte qu'il poussait des hurlements affreux. Le reste du peuple fut frappé d'aveuglement par les anges. Et le grand-prêtre criait : « Saint Pierre, ne m'abandonne pas dans ma souffrance, mais implore
pour moi la miséricorde du Seigneur. Tu dois te souvenir que je l'ai assisté, et qu'une servante l'accusant, j'ai empêché qu'on ne l'inquiétât. » Saint Pierre répondit : « Nous sommes occupés des funérailles de notre Souveraine, et nous ne pouvons écouter tes prières. Mais si tu crois en Jésus-Christ et en celle qui Ta porté, tu seras guéri. » Le grand-prêtre répondit : « Je crois que Jésus est le vrai Fils de Dieu, et que Marie est sa mère. » Et aussitôt sa main se détacha; mais son bras demeurait desséché, et il y éprouvait toujours des douleurs atroces. Et Pierre lui dit : « Baise le cercueil et dis: Je crois en Jésus-Christ et en Marie, qui l'a porté dans son sein et qui est demeurée vierge après l'avoir enfanté. » Il le fit , et aussitôt il recouvra la santé. Et Pierre lui dit : « Reçois cette palme des mains de notre frère Jean , et place-la sur le peuple, qui est frappé d'aveuglement; et tous ceux qui croiront , recouvreront la vue , et ceux qui ne voudront pas croire , resteront pour toujours aveugles. » Les apôtres portèrent ensuite Marie au monument, et l'y mirent comme le Seigneur l'avait ordonné. » — 4° C'est ici que les apôtres déposent le corps virginal de Marie dans un sépulcre neuf (lequel se voit encore aujourd'hui près de Jérusalem) ; saint Pierre , revêtu de la chape , bénit le corps immaculé de sa Maîtresse. — 5° Trois jours après , les apôtres avec Thomas vont au sépulcre où repose la très-sainte Vierge , ils le trouvent vide, et regardant en haut ils aperçoivent Marie qui monte au ciel , soutenue par des anges. — 6° Dans le médaillon du tympan , on voit le couronnement de Marie par les trois Personnes divines. — 7° un septième tableau représente à genoux le donateur du vitrail, avec sa femme, son fds et ses cinq fdles; ils sont protégés par saint Jacques-le-Majeur et saint Aignan.
5 e vitrail. — Deux panneaux en vitres peintes existent encore; les autres ont été remplacés par du verre blanc. Au premier panneau , Marie accompagnée de sainte Madeleine et de saint Jean , visite les instruments de la passion de son divin Fils. Au second panneau, on voit le donateur, sa femme, ses cinq fils et ses sept filles; ils sont tous agenouillés et patronés par saint Pierre et saint Aignan.
Retournons maintenant dans le bas-côté méridional , et commençons par le vitrail placé près de la porte de l'ancien cimetière, laquelle esl toute chargée d'ornements funèbres.
1" vitrail. — 11 a perdu presque toute sa vitrerie peinte; ij n'en reste qu'un seul panneau , qui représente le crucifiement de saint Pierre , scène parfaitement bien rendue par le peintre-verrier.
2 e vitrail. — Il se compose de deux tableaux. 1° Saint Pierre sort de Rome pour fuir la persécution. « Et quand il fut arrivé à la porte de Sainle-Marie-ad- Pawus, il vit Jésus portant sa croix et venant à lui, et il lui dit : « Seigneur, où allez-vous ? » Domine quo vadis ? Et Jésus répondit : « Je vais a Rome pour y être crucifié de nouveau. » Vado Romam iterum crucifigi. Et Pierre répliqua : « Seigneur, est-ce que vous serez crucifié une seconde fois '( » Et Jésus répondit: Oui. — Pierre dit alors: « Seigneur, je retournerai avec vous, afin d'être crucifié avec vous. » Et le Seigneur remonta vers les deux, tandis que Pierre versait des larmes » Tout cela est fort bien rendu dans le vitrail. Au fond du tableau se dessine la ville de Rome avec ses monuments, parmi lesquels se dresse la colonne Trajane. Nous le disons avec vérité, la vue de ce tableau nous a toujours ravi. — 2" La partie supérieure du vitrail représente la conversion de saint Paul; le futur apôtre des Gentils est renversé de cheval; ses compagnons sont saisis de terreur; une voix se fait entendre du ciel. Dans le lointain on voit Damas avec ses obélisques et ses colonnes.
3 e vitrail. — Il se compose de sept tableaux représentant des scènes diverses. 1° L'autel élevé par les Athéniens au Dieu inconnu , Deo ignoto ; un homme est agenouillé devant l'autel ; Denis l'aréopagite y vient aussi prier; saint Paul arrive et les convertit tous les deux. — 2° Saint Pierre, revêtu de la chape, ouvre les portes du paradis à des âmes que saint Michel vient de peser. — 3° et 4° Ici sont représentés plusieurs apôtres et leurs parents : ce sujet a été traité au XVI e siècle assez fréquemment et d'une manière bien plus complète que dans cette fenêtre. On reconnaît facilement Jean qui tient un calice d'où s'échappe un dragon , et Jacques avec le chapeau coquillagé et le bourdon de pèlerin. — 5" Ce tableau représente avec naïveté une scène qui se passe a Nazareth: Joseph charpente, Marie file, et Jésus dort dans un
1 Légende durit , de sanclo Pelro.
élégant berceau. On ange couronné veille sur le sommeil de son Créateur; deux autres anges ramassent les copeaux de la boutique de saint Joseph. — 6° Saint Joachim et sainte Anne enseignent la lecture à la petite Marie. — 7° Dans l'amortissement ogival, on voit le Père éternel entre quatre anges : les deux premiers jouent de la viole; et les deux autres tiennent un lambcl où se trouve écrit : Egredietur virga de iudice Jesse.
4 e vitrail. — Il représente le combat do saint Michel contre les anges rebelles ; c'est l'Apocalypse qui a inspiré le peintre de ce vitrail : « Il se donna une grande bataille dans le ciel ; Michel et ses anges combattaient contre le dragon, et le dragon avec ses anges combattaient contre lui. Mais ceux-ci furent les plus faibles, et ils ne parurent plus dans le ciel ; et ce grand dragon , cet ancien serpent, qui est appelé diable ou Satan, qui séduit tout le monde, lut précipité en terre et ses anges avec lui » Au sommet du vitrail, le Père céleste est assis sur des nuages. Saint Michel, couvert d'une magnifique armure et portant la croix et le glaive, terrasse le dragon infernal. Parmi les anges , quelques-uns lancent des flèches, et les autres sont armés du glaive et du bouclier. Les diables sont horribles : il serait difficile de rendre d'une manière plus expressive ces anges dont l'orgueil va jusqu'à refuser d'obéir à Dieu.
Les trente-trois fenêtres de l'étage supérieur ont perdu toute leur vitrerie peinte; toutefois quelques panneaux s'aperçoivent encore cà et là; la plupart figurent les écussons armoiriés des divers bienfaiteurs de l'église. Un panneau représente sainte Catherine visitée dans sa prison par l'impératrice et sa suivante. Un autre offre saint Jean l'évangéliste assis et tenant le calice plein d'un poison mortel, d'où s'échappe un serpent; à côté de saint Jean il y a un second apôtre. Enfin un troisième panneau dit : Messieurs les drapiers et chosties (chaussetiers) ont donné ces présantes vitres 1567.
Crypte. — La crypte de Saint- Aignan mérite d'être visitée. Elle remonte aux premiers siècles de l'ère chrétienne ; mais elle a
1 Apocalypse , xu , 7-î.i.
été restaurée dans les premières années du XVI* siècle. Saint Aignan et ses trois sœurs y ont été enterrés ; avant 1793, on y voyait leurs tombeaux; « sur celuy de sainct Aignan estoit anciennement ce distique latin :
Corpus in his cryptis Aniani preesulis olim Carnutum recubat, spirilus astra colit ». »
La crypte est éclairée par cinq fenêtres garnies de vitres blanches. Sa voûte à nervures toriques est solidement construite en pierres de tailles. Les dimensions sont : 19 mètres 80 centimètres de longueur; 18 mètres 80 centimètres de largeur; 4 mètres 50 centimètres de hauteur. Son pavé est fait avec de pauvres six-pans, comme celui de l'église supérieure. Elle ne renferme aucune œuvre d'art. Elle sert aujourd'hui de chapelle pour les catéchismes et pour la congrégation de la très-sainte Vierge.
Dans le mur septentrional, on voit une pierre sépulcrale qui porte deux écussons, et l'inscription suivante en lettres gothiques :
€jj fanant gisent nobles personnes, maître 3d)an Cafam, en son utnant licencie es lous et 9 r fa Courtes et maire î»u chapitre fa Cljartre, lequel trespassa le sainefa , farnier jour fa juillet , l'an mil cinq cens et sept, et iDtîaruucrite ftijerese JUabile jafas femme farint sieur , lequel trespassa le 26 e jour fc'août, l'an mil cinq cens et trois, prie; ïïUeu pour eulr. ifôiseremmi mei, miseremini mei, saltein nos amict mei.
1 Parthénir, 2' parlw , page 8.