‹ Description de la collection des tableaux qui ornent le palais de S.A.R. Mgr. le Prince d'Orange, a Bruxelles (volume 2)Chapitre 28 sur 125 · DEUXIÈME TABLEAU · texte numérisé non relu

DEUXIÈME TABLEAU

bois: hauteur 117 pouces, largeur 6G.

Dains ce tableau , qui fait suite au précédent et lui sert de pendant, on voit l'intérieur d'un salon gothique, distribué d'une manière pittoresque. A droite , entre deux colonnes , est placé un trône sur lequel est assis l'empereur Othon, vêtu d'un riche costume de velours écarlate brodé d'or et garni d'hermine. Il tient le sceptre et porte sur la tête la couronne impériale. Sa surprise est extrême en voyant agenouillée devant lui la comtesse , qui lui demande justice contre l'Impératrice, et vengeance du meurtre du comte son époux indigner ment calomnié. De la main droite , elle porte la tête tranchée du comte: dans la gauche, pour prouver la vé-

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rité de ce qu'elle avance , elle tient un fer ardent qu elle vient de retirer d'un brasier qui est près d elle. Par cette sorte de miracle que Ton appelait le jugement de Dieu , ce fer ne lui tait aucun mal. L'Empereur, frappé de cet événement qui se passe en présence de six gentilshommes de sa cour, est tellement indigné contre l'Impératrice, qu'il la condamne à être brûlée vive , en expiation de son crime. En effet, on voit par l'ouverture d une porte, et sur un terrain un peu plus élevé, un poteau auquel est attachée cette princesse \ près du bûcher est un religieux et un grand nombre d'autres personnes.

Cette peinture est infiniment plus achevée que son pendant ; on y découvre des progrès marquants pour l'effet des couleurs et l'exécution du pinceau.

Ces tableaux du moyen-âge sont au nombre des plus importants que Ton connaisse dans les Pays-Bas. Ils furent peints pour une des salles de la maison de ville de Louvain, où se tenait autrefois le conseil du tribunal de justice. C'est là que M. Nieuwenhuys les vit en premier lieu, fixés dans une boiserie de la salle; à côté de chaque tableau étaient des panneaux contenant une inscription flamande explicative de chaque sujet , et écrite en lettres gothiques et dorées. Ces panneaux avaient été placés avec les tableaux dès le principe ; les uns et les autres étaient destinés, sans doute, à rappeler aux juges les devoirs sacrés que leur imposent leurs fonctions. Aussi, ces sujets sont-ils traités de manière à attirer vivement l'attention du spectateur. Dans les derniers temps, l'entretien de ces belles pièces avait été négligé , et elles menaçaient de tomber en ruine -, la couleur commen-

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çait à s écailler en divers endroits, et le vieux vernis était décomposé par l'humidité du mur contre lequel elles étaient placées*, de plus, elles étaient couvertes dune crasse tellement noirâtre qu'on pouvait à peine distinguer l'effet des couleurs. En 1827, elles furent achetées par S. M. le roi des Pays-Bas , qui en fit présent à S. A. R. le prince d'Orange. Le prince chargea M. Nieuwenhuys du soin de les faire venir de Louvain à Bruxelles , où elles furent restaurées avec toutes les précautions possibles:, elles ont depuis repris tout l'éclat de leur beauté première.

Lorsque ces tableaux étaient à Louvain, ils furent attribués au pinceau d"IIemling:; il est vrai que sous le rapport de la touche et du coloris , ils offrent de la ressemblance avec les ouvrages de ce maître $ mais l'expression et le style du dessin ont toujours paru a M. Nieuwenhuys porter un autre caractère.

Ses soupçons ont été confirmés par la découverte qu'a faite feu M. L. de Bast , que l'auteur de ces peintures est DierickStuerbout. Cette découverte, infiniment intéressante pour l'histoire des arts, a été consignée dans le Messager des sciences et des arts, publié à Gand en 1833. Voici les passages les plus remarquables de cet article :

« Le hasard nous a fait découvrir tout récemment un manuscrit inédit, intitulé: Annales et Antiquités de Louvain , dans lequel on lit :

» Anno 1468 wordden IJ stucken schùdereyen gemaeckt hy Mr Dierick Stuerhout, die in de raetcamerc staen , d'eene daer de krysere justitie doet doen over

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eenen (/rave van hove , voert betichten van de keyserinne , van dat hy haer oneerbaerheyt te voren cjelecht hadde; ende dandere daer de keysere over zyne keyserinne jastitie doet, metten br aride , doert voirseyde betichten , dat valsch bevonden wirt ; die geeœstimeert waeren op IJ.c XXX (230) croonen te L.XXIJ Pis (Philippus) t stuck. ))

« Ce passage nous apprend qu'en Tannée 1468, maître Dierick Stuerbout peignit , pour la somme de 230 couronnes, de 72 Pis. (Philippus) la pièce (l), deux tableaux pour la salle du conseil de la ville de Louvain, » et désigne en même temps en abrégé les tableaux décrits sous les nos 22 et 23. »

A la suite de cet article , on lit : « Anno eodem XX May, heeft de stadt van Loven verdinght , tegen den voirseyden M' Dierick Stuerbout, sekere tafereel oft schilderye van XXVI voeten lanck en XII voeten hooghe, met nog een tafereel van ons Heeren Oordeele van VI voeten hooghe en IV voeten breet, om ende voor V.c (500) croonen, het welche Oordeel hancht in de schepene camere opt stadihuys te Loven. » Ce qui veut dire que « le 20 du mois de mai de la même année ( 1468), la ville de Louvain a fait un nouvel accord avec maître Dierick Stuerbout, pour un tableau de 26 pieds de long sur 12 pieds de haut, et de plus pour un autre tableau, représentant le jugement dernier, de 6 pieds de haut sur 4 de large, le tout pour

(1) Petite pièce de monnaie frappée sous le règne de Plûlippe-le- Bon . due de Bourgogne.

DIERICK STUERBOUT.

la somme de 500 couronnes. Il y ajoute que cette dernière composition est placée dans la salle des séances des échevins, à la maison de ville (1). »

Il est à regretter que le biographe Karel van Mander (qui a publié son ouvrage à Alkmaar en 1604) ait eu trop peu d'information sur la vie des peintres du moyen-âge ; le seul du nom de Dierick dont il fasse mention et que l'on pourrait supposer être ce même Dierick Stuerbout est Dierick ou Dirck de Haarlem 5 mais il n'en parle que vaguement; voici ce qu'il en dit :

« Que jadis Haarlem en Hollande ait été la ville où florissaient plusieurs des meilleurs peintres néerlandais c'est une opinion qui n est pas dépourvue de vérité , et qui peut être justifiée non - seulement par les anciens maîtres ci-dessus mentionnés , Albert van Ouwater (2) et Geertjen (3) te St. Jans , mais aussi par Dirck de Haarlem, qui, dans son temps, était un excellent peintre. Je ne sais qui a été son maître. Il demeurait à Haarlem , dans la rue de la Croix (Kruisstraat), non loin de la maison des orphelins , dans une maison ornée d'une ancienne façade sur laquelle se voyaient plusieurs têtes en relief Cependant il n'est pas invraisemblable qu'il ait aussi habité Louvain en Brabant,

(1) Ce tableau n'y est plus . Ton ignore ce qu'il est devenu.

(2) Albert van Ouwater était natif de Haarlem et vivait du temps de Jeun Van Eyck.

(3) Gerrit. ou Geertjen était aussi natif de Haarlem , il fut élève de Ouwater et surnommé de S1 Jans , parce qu'il avait vécu avec les religieux de Tordre de S1 Jean, à Haarlem.

D1ERICK STUERBOUT.

car j'ai vu à Leyden un tableau de lui , à deux volets y dont la partie du milieu représentait à peu près de grandeur naturelle la tète de notre Sauveur, et les deux volets, celles des apôtres Pierre et Paul, et sous ce tableau se trouvait écrit en lettres d'or et en latin : « JHU quatre rent et soixante ïreit* ans après la naissant* bu (Hljrtst, m'a fait à Courant ÎDirck , qui est né à jÇaarlem. Ce repos éternel lui soit aceorbl. » Cette pièce se trouve chez le sieur Jan Gerritz, sur le Buitenweg. C'est tout ce que je puis indiquer de ses ouvrages ; mais cela suffit pour démontrer quel admirable maître était Dirgk , dans quel temps il a vécu , et à quel point de perfection il a porté ses ouvrages ; quoique ayant paru long-temps avant la naissance d'Albert Durer, il diffère de beaucoup cependant de la manière désagréable , raide et anguleuse qu'on a adoptée plus tard. »

D'après ce passage, Ton serait effectivement tenté de croire que Dierick Stuerboutest le môme que Dirck de Haarlem , comme l'affirme le Messager des sciences et des arts; mais Lodovico Guicciardini, dans sa description de tout le Pays-Bas. (Anvers, 1568, vol. in-4° (1)), après avoir parlé de quelques peintres néerlandais qui ont fleuri au moyen-àge, tels que Van Eyck, Roger van cler Weiden, Hans, Louis de Louvain , Pierre Criste, Martin d'Hollande et autres, rapporte, page 131 : « A

(1) L'ouvrage italien avait paru dans la même ville l'année précédente.

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ceux cy adjous torons ainsi pesle mesle beaucoup d'autres bons painctres tres-passez, tous maistres excellents, et dignes de mémoire et premièrement Dierick de Louvain de grand art. » Puis ensuite, page 132, il cite Dierick de Haarhm. Cet auteur, qui parle de plusieurs peintres que Karel van Mander n'a probablement pas connus, et qui devait être d'autant mieux informé qu'il écrivait long - temps avant lui , ne semble pouvoir laisser aucun doute sur l'existence de deux peintres du nom de Dierick qui est un nom de baptême. Stuerbout peut avoir été son nom de famille , ou un sobriquet adopté , comme cela se pratiquait souvent parmi les anciens peintres, qui prenaient un surnom faisant allusion à certaines particularités relatives à leurs personnes ou à quelques circonstances de l'histoire de leur vie. Pippi, par exemple, qui était le principal élève de Raphaël , n'est généralement connu que sous le nom de Jules-Romain, et Antonio Alegri prit le surnom de sa ville natale , Correggio.

Parce qui précède, on a pu voir combien sont obscurs les rapports que les biographes nous ont laissés sur nos anciens peintres, et combien est précieuse toute découverte qui peut nous éclairer sur l'histoire de Fart, — M. De Bast nous a fait connaître l'auteur des deux tableaux , mais on ne saurait encore déterminer à qui , de Dierick de Louvain ou de Dirck de Haarlem, doit être attribué ce nom de Stuerbout,

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