‹ Description de la faune jurassique du Portugal: Mollusques LamellibranchesChapitre 4 sur 22 · FEVRIER · texte numérisé non relu

FEVRIER

Historique.— Cette espèce incomplètement décrite et figurée par Sowerby l’a parfaitement été par Agassiz qui lui a consacré une planche entière. MM. Brauns et R. Tate considèrent les-Unio Listeri et hybrida de Sowerby comme appartenant à une même espèce. Quoique dans le texte de Sowerby, U. Listeri précède immédiatement U. hybrida, je crois préférable de conserver ce dernier nom dont s’est servi Agassiz pour sa description et ses excellentes figures. Ce choix est d'autant plus justifié que Sowerby a donné le Crag et le Portlandien comme gisement de Unio Listeri.

On trouvera dans Brauns, loc. cit., une longue synonymie au sujet de cette espèce à laquelle il rattache un grand nombre de formes plus ou moins douteuses.

Nombre d'exemplaires étudiés: 7.

Description.—Coquille subtriangulaire, très inéquilatérale, les crochets étant situés au quart antérieur de la longueur; côté antérieur arrondi, légèrement acuminé, côté postérieur terminé en pointe. Bord cardinal déclive et légèrement arrondi ; bord palléal droit ou légèrement arrondi; il existe sur les flancs une large dépression qui s'étend des crochets vers l'arrière.

Aucun des exemplaires portugais n’a le bord palléal aussi droit que c’est le cas dans les figures d'Agassiz; ils se rattachent par ce caractère aux formes figurées sous le noï de U. Listeri, mais en différent par leur hauteur beaucoup moindre; la dépression des flancs est aussi moins accusée que dans les exemplaires d’Agassiz.

La fig. 1 rend bien compte de la forme des exemplaires des couches de Coimbre. La fig. 2 est le seul exemplaire reconnaissable que je possède des couches à Pecten acuticostatus, la dépression des flancs existe, mais elle n’a pas été rendue par la photographie.

Gisements.— Couches de Coimbre, Vacariça, Coimbre (Olivaes de Jericho).— Couches à Pecten acuticostatus, Thomar.

Étranger.— Allemagne et Suisse, de l’assise à Am. planorbis à celle à Am. Bucklandi (Brauns,. Moesch). Yorkshire, de l'assise à Am. angulatus à celle à Am. oxynotus (Tate). France, couches à Am. angulatus et à Am. Bucklandi (Dumortier).

CARDINIA aff. UNIOIDES, Agassiz PI. IL, fig. 3

Cardinia aff. unioides, Choffat, 1880, Lias et Dogger, p. à.

Cette espèce dont je connais six exemplaires à l’état de moules intérieurs, privés du crochet, se rapproche de C. unioides, Ag. (Myes, pl. 124, fig. 7-9) par sa forme ovoiïde; elle en diffère par sa région antérieure plus acuminée, sa région anale relativement plus haute et subcarrée. Ces caractères font suffisamment voir les différences qui existent avec l'espèce précédente.

Localités.— Couches de Coimbre, Vacariça.

CARDINIA CONCINNA, (Sowerby) PI. III, fig. 4

Unio concinna, Sowerby, 1819, Min. Conch. (Soleure), p. 274, pl. 233. Cardinia concinna, Ag., 1842-1845, Myes, pl. 12, fig. 21-22. Cardinia concinna, Brauns, 1871, Der untere Jura, p. 337.

» cfr. concinna, Choffat, 4880, Lias et Dogger, p. 29.

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Quoique je n'aie qu'un échantillon de cette belle espèce, je n'hésite plus à le considérer comme se te à Cardinia concinna, caractérisé par sa forme allongée et ses crochets situés près de l'extrémité antérieure. On trouvera dans Brauns la liste des espèces qui sont à considérer comme synonymes de C. concinna.

Gisements.— Couches à Pecten acuticostatus, Thomar.

Étranger.— Allemagne, de l’assise à Am. planorbis à celle à Am. Bucklandi. Yorshire, assise à Am. Bucklandi. France, assise à Am. Bucklandi. Suisse, assise à Am. angulatus (Moesch).

GENRE UNIO, PHILIPPSON

D’après Sandberger !, Pohlig ? et Zittel $, les fossiles antérieurs au Purbeckien rangés dans le genre Unio appartiennent à d’autres genres. Poblig fait quelques réserves au sujet d’un exemplaire jurassique, U. distortus, Bean., des «Gristhorp plant beds» d'Angleterre, mais il déclare (p. 112 et 12%) que les preuves sont insuffisantes et que l'existence des Unio ne peut être admise avec certitude qu'à partir du Purbeckien. Il est donc bien intéressant de voir ce genre représenté dans le Malm du Portugal par des individus nombreux et incontestables.

Mes études sur le Malm portugais m'ont amené à grouper sous le nom d'étage lusitanien toutes les strates comprises entre le Callovien supérieur (couches à Ammonites athleta) et le Ptérocérin. Cet étage présente à différents niveaux des dépôts d’eau douce et des dépôts saumâtres contenant des formes lacustres; les uns sont situés à la base, d’autres vers la partie supérieure, un autre enfin est même supérieur au Lusitanien et peut-être même au Ptérocérin. Ces dépôts d’eau douce contiennent tous des restes d'Unio, ce qui est aussi le cas pour quelques-uns des dépôts saumâtres. Ces restes se présentent quelquefois sous forme de moules intérieurs n'ayant plus que quelques fragments de test ou n'en ayant pas du tout, mais le plus souvent la coquille est conservée soit en calcaire, soit en pyrite de fer.

Ces coquilles sont généralement brisées et déformées, quelques échantillons plus favorables m'ont pourtant permis de découvrir les caractères de l’intérieur des valves, qui ne laissent aucun doute sur la place à leur assigner.

Ces Unio sont pourvus ou privés de rostre postérieur; les flancs sont couverts par les stries d’accroissement, et les crochets par des rides généralement irrégulières et fortement accentuées. Le test est mince et fragile chez quelques espèces, très épais chez d’autres.

La charnière de la valve droite est composée d’une dent cardinale très forte, ayant généralement la forme d’une pyramide tronquée à base triangulaire, la surface tronquée étant couverte de sillons irréguliers, et d’une dent latérale postérieure, lamelliforme, comprimée, à section transversale à peine triangulaire.

La valve gauche présente une dent cardinale postérieure analogue à celle de la valve droite, et une dent cardinale antérieure très grêle, tantôt allongée et arquée, tantôt réduite à un petit tubercule.

Aucun exemplaire ne m'a permis de voir l’empreinte du muscle abducteur postérieur; la tri-

11870-75, Die Land und Süsswasser Conchylien der Vorwelt. 2Dr. H. Pohlig. Maritime Unionen, Palæontographica, 1880, 27° vol., p. 112 et 124. 31884. Handbuch der Palæontologie, 4 vol., 5° livraison.

ple empreinte du muscle abducteur antérieur est par contre visible dans cinq échantillons. Le ligament n'est conservé que dans un échantillon (Unio Alcobacensis).

Les coquilles brisées font voir qu’elles sont composées de lames superposées; quelques-unes ont conservé à l'intérieur leur aspect nacré.

Je ne vois qu'un caractère qui distingue ces Unio fossiles des Unio actuels; l'absence de corrosion des crochets, ce qui provient peut-être des conditions d'existence différentes de celles des Unio actuels, ou peut-être simplement de ce que chez toutes ces espèces les crochets sont beaucoup moins saillants que dans la plupart des Unio existant aujourd’hui. ;

Les Unio du Wealdien de l'Allemagne du Nord ont été dernièrement passés en revue par M. Struckmann !; malgré le grand nombre de formes décrites tant dans ce dernier pays qu’en Angleterre, je n'en trouve pas une seule identique à celles du Portugal, ce à quoi on devait s’attendre, vu la grande différence d'âge de ces gisements.

Les conchyliologistes ont reconnu que les espèces d'Unio sont sujettes à une grande variabilité de formes, non seulement chez les individus d’une même espèce habitant des lieux différents. mais aussi chez les individus vivant ensemble: il est donc bien facile de considérer de simples variétés comme des espèces nouvelles. Cette erreur est encore plus facile à commettre lorsqu'il s’agit d'Unio fossiles et surtout dans le cas présent, car les valves non déformées sont très rares, malgré le grand nombre d'échantillons que j'ai sous les yeux: on comprendra donc que je m’abstienne dans certains cas d'affirmer l'identité d'exemplaires recueillis dans des localités différentes. tout en ne les éleyant pas au rang d'espèces.

Dans la monographie précitée, M. Poblig examine la question de la généalogie des Nayades qui seraient reliées aux Cyprinidae par les genres Anthracosia, Uniona et Cardinia. Cette recherche l'amène naturellement à examiner comment il se fait que les Nayades, vivant exclusivement dans l’eau douce mais devant provenir de Lamellibranches marins, n'aient plus aucun parent dans ce dernier habitat, ni même dans l’eau saumâtre. Il explique ce fait par l'hypothèse suivante: L'origine des Unio serait à attribuer soit aux Uniona de la période triasique, soit aux Cardinia de l'époque liasique:; les Unio auraient d’abord habité l’eau saumâtre et ce ne serait qu'à partir du Plistocène que l’on ‘pourrait les considérer comme habitant l’eau douce.

A l'appui de cette hypothèse, M. Pohlig admet que l’on s’est trompé en considérant les Unio du Wealdien et du Hils comme ayant habité l'eau douce, et que le mélange d'Unio et de coquilles marines que l’on rencontre dans ces dépôts n'est pas le résultat d’un flottage mais bien d’une coexistence dans des lagunes. Il invoque en outre le fait signalé par M. Wood qui a trouvé dans le red crag d'Angleterre un Unio littoralis couvert de Balanes.

Cette importante question me parait avoir été tranchée un peu trop hâtivement, car ce n'est pas par des hypothèses que l’on peut soutenir une hypothèse, et le fait d'une coquille d'Unio couverte de Balanes ne prouve pas le moins du monde que ces animaux aient eu le même habitat.

J'ajouterai en outre que l'avenir nous réserve certainement de nouvelles découvertes? sur les Unio et il est prudent de les attendre patiemment plutôt que d'émettre des théories sur une question encore aussi obscure.

Vu l'importance de cette question, je vais faire l'examen des huit localités portugaises qui ont fourni des Unio jurassiques. Cet examen prouve qu'à cette époque déjà, les Unio vivaient en grand

1C. Struckmam. Die Wealden-Bildungen der Umgegend von Hannover. 1880.

* Les «Anales de la sociedad española de historia natural» contiennent plusieurs notes de MM. A. G. de Linares et Calderon y Arana, sur la présence dans la province de Santander, d’une formation lacustre, inférieure au Crétacique moyen et contenant de nombreux Unio avec des Paludina, des Cypris et des végétaux, ensemble qui ne peut pas être qualifié de saumâtre ! (Vol. v, 4876, actas, p. 26 et 84; vol. vr, 1877, actas, p. 148 et vol. vu, 1878, memorias, p. 487).

nombre dans l’eau douce, par contre il ne permet pas de dire s’il existait en outre à cette époque des Unio habitant l’eau saumâtre.

a) Couches à Pholadomya Protei

Les trois localités dont il est fait mention sous cette rubrique sont: 1° le cap Mondégo, 2° Pombal. à 32 km. au S.E. de la première localité, 3° Pedrogäo, à 28 km. à l’ouest de Pombal, soit approximativement à 27 km. au sud du cap Mondégo.

Pedrogäo. Au bord de l'Océan se trouve un petit affleurement de Calovien recouvert par des marno-calcaires contenant quelques couches de lignites, quelques bancs bitumineux et une faune fluviatile: Paludines, Ampullaires et Planorbes nombreux. un exemplaire d'un Alexia (?) et enfin des Unio Buarcosensis à test très épais, en partie roulés.

Cap Mondégo. Au-dessus du Callovien se trouvent une vingtaine de mètres de calcaire compacte contenant de nombreuses Nérinées; au-dessus de ces derniers, 4 mètres de marno-calcaires à faune marine, puis une alternance de couches de charbon, de marnes et de calcaires. Ces deux derniers éléments contiennent de nombreux fossiles; les charbons en contiennent aussi, mais ils y sont moins fréquents. Les charbons contiennent des Unio et en outre des fossiles en partie terrestres (oégétaux), en partie marins (Perna); les Unio sont tantôt à test calcaire, tantôt à test transformé en pyrite de fer, comme c’est le cas pour les Perna.

Les marnes contiennent des Unio, un Ampullaria, des plantes terrestres, et en outre des formes marines: Cyprina, Isocardia, Cyrena, Mytilus, Perna, Avicula, Ostrea.

La grande abondance d'Unio renfermés parfois dans un même morceau de marne paraît bien prouver qu'ils ont vécu dans le lieu même. Des empreintes de pas d'oiseaux découvertes dans ces mêmes bancs par M. Jacintho Pedro Gomes, naturaliste du Musée minéralogique de l'École Polytechnique de Lisbonne, prouvent que cette localité était parfois à peine sous l’eau, ou peut-être même à sec, ce qui peut faire admettre un faciès d’embouchure avec alternance de dépôts marins et de dépôts fluviatiles.

D'un autre côté, la présence d'Unio et de Perna dans les charbons paraît prouver que ces animaux vivaient ensemble. Je crois pourtant prudent de ne pas se servir de cette localité pour en tirer des conclusions sur l'habitat des Unio, avant d'y avoir fait des observations beaucoup plus minutieuses que celles qu'il m’a été permis de faire pendant les quelques heures que j'ai pu lui consacrer, car il s’agit de démontrer si ce sont bien les mêmes lits de marne ou de charbon qui contiennent un mélange de fossiles marins et d’Unio, et en outre s’il n’y a pas possibilité de mélange par charriage.

Pombal. Quelques couches à faune saumäâtre alternent avec des couches à faune purement marine; l'une des premières m'a fourni quelques débris d’Unio; les fossiles qui les accompagnent sont en partie d'eau douce: Neritina, Planorbis, Paludina, Ampullaria, en partie saumâtre, et en partie marins: Acteonina, Rostellaria, Cerithium, Ptygmatis, Natica, Nerita, Pseudomelania, Corbula, Astarte, Cyrena, Arca, Perna, Ostrea, radioles d'Oursins, et Polypiers très rares.

b) Couches d’Alcobaça

Les localités comprises sous cette rubrique sont toutes trois situées au sud des précédentes, Ourem à 30 km. au sud de Pombal, Batalha à 18 km. à l’ouest d’Ourem et Fervença à 49 km. au sud-ouest de Batalha. :

Fervença près Alcobaça. L'original de Unio Alcobacensis provient d'une ancienne récolte d’un des collecteurs de la Section; je n’ai pas pu retrouver de traces d’Unio dans cette localité qui contient pour-

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tant plusieurs couches avec lignites. Vers la partie supérieure de l'assise se trouve une couche à fossiles saumâtres d’où cet Unio provient peut-être.

Batalha et Ourem. Dans ces deux localités, cette assise contient plusieurs couches lacustres alternant avec des couches marines contenant parfois un mélange de plantes et de gastropodes terrestres. Quant aux Unio, ils se trouvent uniquement dans un lit ne contenant que des formes d’eau douce: Neritina, Paludina et Equisetum: ils y sont nombreux, mais presque tous écrasés.

c) Couches fluviatiles de Setubal

A la base des conglomérats qui représentent la partie supérieure du Malm dans les environs de Setubal se trouvent des couches de calcaires et de marnes avec faune purement nymphéenne. Au pied de la Serra de S. Luiz, ces couches ont fourni: Paludina, Limnæa, Planorbis, Neritina, Unio, Equisetum et Fougères. La comparaison avec le reste de la chaîne de l'Arrabida me permet de considérer ces couches comme rentrant dans la partie supérieure du Lusitanien.

d) Ptérocérin (?)

Le Ptérocérm à faune marine qui existe dans les environs de Lourinhä fait déjà défaut au sud du plateau de Cesaréda, où il est remplacé par des grès fins d’une grande puissance. Dans ces grès se trouve, près de Casal do Mendes, un complexe de marnes micacées verdâtres et d’argiles grises, contenant des moules de fossiles nombreux mais mal conservés. La majeure partie provient de Planorbis et d'Unio; il y a en outre quelques petits Paludina et quelques autres formes trop mauvaises pour être déterminées, mais qui paraissent aussi être nymphéennes. Je ne puis pas dire si ces couches sont synchroniques du Ptérocérin ou si elles sont plus récentes.

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