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aulre école que de celle de Bruges, dont il fut le dernier représentant. Il a été l’élève du célèbre Roger de Bruges, et il forma sa belle manière de peindre sur Celle de son maître. - Examinons maintenant ce que l’on raconte de sa vie.
Carel Van Mander donne peu d’informations sur lui; la simplicité avec laquelle il s’exprime prouve qu’il s’est consciencieusement tenu à n’écrire que ce dont il était informé. Voici corn ment il s’explique :
" Pour ce qui concerne quelques-uns de nos peintres néerlandais dont les ouvrages et la vie ne me sont connus qu’en partie, voici ce que j’ai à dire : Bruges a eu un excellent maître nommé dans ce temps reculé Hans Memmelinck ; on voit de lui, dans l’hôpital Saint-Jean à Bruges, une cbâsse ou reliquaire entouré de peintures de petite dimension, exécutées avec tant d’art que maintes fois des amateurs ont otfert de l’acquérir en la remplaçant par une cbâsse en argent. Ce maître avait déjà fleuri à Bruges avant le temps de Pierre Pourbus, qui allait toujours admirer ce chef-d’œuvre lorsqu'il était exposé aux regards du public pendant les jours de fêle; il en était si émerveillé qu’il ne pouvait jamais le louer assez. On peut juger par là de l’admirable talent de ce peintre. » Voilà tout ce que dit Carel Van Mander. Nous trouvons dans son ouvrage le nom de Hemling imprimé ainsi : MEMMELINCK, sans H et avec trois M, ce qui est évidemment inexact, ainsi que je le prouverai par ce qui suivra. Cette méprise a été souvent répétée par d’autres auteurs.
La châsse dont parle Carel Van Mander fut peinte pour l’église de l’hôpital Saint-Jean. Elle a la forme d’un petit monu-
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ment gothique, élégamment sculpté en bois doré, et dont les compartiments se trouvent divisés en douze tableaux plus importants les uns que les autres; ils représentent la vie de sainte Ursule, et sont tous peints à l'huile avec une perfection remarquable. Il est inconcevable que des écrivains qui se mêlent de raisonner sur l’art de la peinture avouent eux-mêmes ne pouvoir juger si ces tableaux sont peints au blanc d’œuf, à l’huile ou à la détrempe; ce qui prouve évidemment qu'ils ne s’y connaissent guère. Car celui auquel les procédés de l’art sont familiers 11e peut se tromper sur ce point, ainsi que je l’ai expliqué à l’article des frères Van Eyck.
Descamps, qui a écrit avec beaucoup de légèreté, affirme que Carel Van Mander se trompe lorsqu’il dit que Hemling est né à Bruges; il prétend que ce peintre naquit dans la petite ville de Damme, près de Bruges, mais il ne donne aucune preuve à l’appui de sa réfutation ; or, il me semble que, quand on nie des faits, il faut au moins pouvoir présenter quelque bonne raison pour justifier son assertion, et c’est ce que Descamps n’a pas fait; en outre, il se trompe encore lorsqu’il prétend avoir lu sur la bordure d’un des tableaux qui se trouvent à l’hôpital de Bruges, OPUS JOHANNISHEMMELINCK. M. CCCC.LXXIX. Sa description du tableau est aussi incorrecte que celle de l’inscription, puisqu’il dit. tome I". page 15, que le tableau auquel il se reporte est la naissance de Notre Seigneur et les Bergers en adoration. Il n'y a point de tableau à l’hôpital Saint-Jean qui représente l'Adoration des Bergers; mais nous voyons par ce qu’il dit des volets qu’il veut parler du tableau de l’Adoration des Mages, peint par Hemling, de la hauteur de 18 pouces sur
JEAN HEMLING.
21 \ de largeur, et dans lequel il a introduit le portrait du donateur Jean Floreins, âgé de 06 ans. On dit que le peintre s’y est peint lui-même dans la personne qui regarde par la fenêtre à droite; mais il ne porte pas la robe des malades, ainsi que le dit M. Descamps, dont l’ouvrage fourmille d’erreurs.
Le volet de gauche représente la naissance de Jésus adoré par les anges, et le volet de droite la présenlalion au Temple. Ces volets sont de la même hauteur que le tableau du milieu et ont chacun 9 j pouces de largeur; ils sont peints sur bois, ainsi que tous les tableaux de Hemling. A l’extérieur sont représentés, d’un côté, saint Jean-Baptiste avec l’agneau, et de l’autre côté, sainte Véronique tenant en main le saint suaire. — Ce tableau de petite dimension n’en est pas moins un des plus précieux ouvrages de ce maître; la grâce qui y règne et la délicatesse du pinceau lui donnent un charme infini. Voici maintenant l’inscription exacte qui se trouve à l’intérieur du tableau, et au bas delà bordure, avec la signature authentique du maître :
DIT ♦WERCK ♦ DEDE ♦ MAKEN ♦ BROEDER ♦ IAN ♦ FLO- REINS ^ ALIAS ♦ VANDER ♦ RIIST ♦ BROEDER ♦ PROFFES* VANDÊ ♦ HOSPIT ALE ♦ VAN ♦ SINT ♦ IANS ♦ IN ♦ BRVGGIIE ♦ ANNO ♦ M CCCC LXXIX.
OPVS - IOHANIS - HEMLING *
Dans la même année, Hemling termina pour le même établissement un des ouvrages les plus importants qu’il ait faits; il a 65 pouces de hauteur sur 61 de largeur. Le principal sujet est une sainte famille, ou le mariage mystique de sainte Calhe-
JEAN HEMLING.
rine; sur le volet de droite est saint Jean l’Evangéliste dans l’île de Palhmos, écrivant son Apocalypse; sur le volet de gauche. la décollation de saint Jean-Baptiste. Le fond de ces tableaux représente les événements de la vie de saint Jean Baptiste et de saint Jean l’Evangéliste; il est remarquable par le fini de l’exécution. Sur les revers des volets sont peints les donateurs et donatrices du tableau, accompagnés de leurs patrons et patrones; dans l’intérieur du tableau, au bas de la bordure, Hemling a distinctement tracé :
- OPVS - IOMANNIS - HEMLING -
♦ ANNO ♦ M ♦ CCCO LXXIX ♦ 1479 ♦ % ♦
Ces inscriptions étant lisiblement écrites, il est certain qu'on ne peut prendre la première lettre du nom d’MEMLING pour un M au lieu d’un H; d’autant mieux que l’artiste s’est servi de la même lettre H dans le mol IOMANNIS , sur lequel on ne peut se tromper. — Indépendamment de cette preuve évidente, tous les M sont tellement distincts qu’ils n’ont rien de commun avec les H.
J’ai consciencieusement copié ces inscriptions sans en altérer la moindre lettre; car ce n’est que par la parfaite exactitude que l’on peut éclairer le lecteur.
On sait quel était le pouvoir de la religion en Europe au temps d'Hemling; les chefs des établissements religieux étaient tout-puissants; l’on trouvait parmi eux des esprits éclairés et amis des arts; ce fut un de ces hommes estimables, nommé Jean Floreins Vander Riist, moine au couvent de l’hôpital, qui fit peindre ces œuvres remarquables, comme Hemling lui-
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môme nous l’apprend dans les intéressantes inscriptions dont j’ai donné copie.
Outre les ouvrages qu’il fit [tour l’hôpital Saint-Jean, Hemling peignit aussi, pour l’hospice de Saint-Julien de Bruges, plusieurs tableaux, entre autres un fort remarquable , daté de 1484, représentant saint Christophe portant l'Enfant Jésus à travers le Jourdain. D’un côté des rives du fleuve est saint Eloy ; de l’autre, saint Benoît : vers le haut d’un rocher est un hermite tenant une lanterne.
Sur le volet de gauche est agenouillé devant un prie-dieu le donataire du tableau, accompagné de son patron saint Guillaume et de ses cinq fils; sur le volet de droite la donatrice et sa patrone sainte Barbe, debout à ses côtés; une religieuse et dix jeunes filles sont agenouillées derrière elles. Ce tableau, qui est réellement un chef-d’œuvre, se trouve actuellement à l’Académie de Bruges. Hemling peignit encore, en 1485, pour le même hospice, deux volets de petite dimen- . sion qui se replient l’un sur l’autre; l’un représente la Vierge donnant une pomme à l’Enfant Jésus, l’autre est le portrait du donateur.
Cet ouvrage se trouve aujourd’hui à l'hôpital Saint-Jean à Bruges. On lit au bas des bordures l’inscription suivante, de la main du maître :
HOC*OPVS*FIERUFECIT*MARTINVS*De. NEWENHOVEN ANNO*DM*148A*ANvVERO*ETATIS*SVE*23.
On sait que Hemling a habité l'hôpital Saint-Jean à Bruges; il existe, parmi les marguillers et les religieuses de l’établisse-
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ment, une tradition immémoriale, c’est qu'il élait soldat et malade lorsqu’il s’y présenta, qu’il y fut reçu, soigné, et y resta longtemps pour peindre les tableaux qui y sont encore conservés.
Un homme de talent qui s’est dévoué au service de sa patrie ne mérite-t-il pas, dans les malheurs qu’il éprouve, toute notre sympathie? — Descamps doit être dans l’erreur lorsqu’il rapporte que « Hemling s’enrôla par libertinage en qualité de simple soldat, et que le dérèglement de sa conduite l’avait mené dans la plus grande misère. » N’est-on pas coupable d’avancer légèrement de pareilles assertions? D’après la noblesse et l’élévation de pensées qu'Hemling a déployées dans ses œuvres, on peut, on doit même attribuer ses infortunes à des causes plus honorables.
Le quinzième siècle offrait un vaste champ aux imaginations chevaleresques; la gloire des armes enflammait alors tous les esprits. On pourrait conjecturer avec vraisemblance qu’Hemling s’enrôla sous le drapeau de Charles le Téméraire, soit dans la guerre de 1474. entreprise pour replacer l’évêque de Cologne sur son siège, soit dans la fatale campagne contre les Suisses, campagne si funeste aux Flamands et où Charles le Téméraire resta sur le champ de bataille, [très de INanci , le 5 février 1477. On sait qu’a près celte défaite, les débris de l’armée rentrèrent en Flandre dans l’état le plus déplorable.
Cet événement offre plus de rapport avec l’anecdote qui concerne Hemling; et ce qui viendrait encore confirmer cette opinion, ce sont les dates des ouvrages que nous venons de décrire.
Si la vie d’Hemling ne nous est pas si bien connue que nous
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aurions pu le désirer, nous avons du moins la salisfacl ion de connaître un grand nombre de ses ouvrages qui soûl autant de pièces authentiques pour nous guider dans l’appréciation de son beau talent. Ses tableaux sont les plus belles pages de son histoire. Il serait à désirer qu’on pût en dire autant de quelques autres artistes, ses contemporains, qui n'ont presque jamais signé leurs œuvres, tels «pie le célèbre Roger de Bruges, Hugo Van der Goes, Dirck Van Haarlem, Van der Meire de Gand, et d’autres dont les ouvrages sont tellement rares que. quand on les rencontre, on les attribue la plupart du temps à Van Eyck ou à Hemling; et c’est effectivement parce qu’ils ont du rapport avec ces deux grands maîtres qu'on tombe souvent dans celte méprise.
Van Eyck, Roger de Bruges et Hemling ont perfectionné la peinture du moyen âge; ils lui ont donné cette pureté d’exécution et cette candide naïveté qui caractérisent le style du quin zième siècle. Leur pinceau, animé par la religion et le sentiment de l’art, fut une des gloires du règne des ducs de Bourgogne Philippe le Bon et Charles le Téméraire, et leurs productions rivalisèrent avec ces conceptions de l’architecture gothique qui étonnent encore la postérité .
Dans mes réfutations, je n’ai cherché qu’à constater des faits qui, pour moi, sont avérés. L’expérience m’a appris à me défier des opinions hasardées et de toutes ces théories imaginaires que les écrivains répètent les uns après les autres, et qui tombent devant la réalité, dès qu’on a sous les yeux les monuments euxmêmes, dont tant de critiques parlent sans les avoir vus ou sans les avoir compris.