‹ Description de la Galerie des tableaux de S.M. le roi des Pays-Bas, avec quelques remarques sur l'histoire des peintures et sur les progrès de l'artChapitre 6 sur 139 · J U AN VA N F. Y C K · texte numérisé non relu

J U AN VA N F. Y C K

pouvoir se référer à des œuvres authentiques de ce maître, dont le mérite n’est pas seulement, comme l’ont prétendu certains écrivains, d’avoir découvert le secret des couleurs à l’huile, mais aussi d’avoir porté les autres parties de son art à un haut degré de perfection.

Les deux tableaux décrits sous les n09 1 et 2 suffiront seuls pour faire rendre à Van Eyck une justice complète; car en examinant ces œuvres avec attention , il est aisé de voir que tout le mérite n’en est pas dans le coloris : le style du dessin, le caractère, les expressions, la finesse du pinceau, prouvent évidemment que l’auteur avait un talent extraordinaire sous tous les autres rapports. Il opéra une réforme générale dans la peinture, et c’est bien à lui que l’on doit presque toutes les beautés qui signalèrent la renaissance de l’art , et que l’on a tant admirées depuis.

Jean Van Eyck était actif, ingénieux, instruit dans la chimie; il s’occupa constamment à faire des recherches qui pussent amener des améliorations.

Si quelqu’un s’avisait de peindre au blanc d’œuf et à la détrempe, il concevrait facilement, comme Van Eyck l’a si bien conçu, que les ressources de celte méthode étaient insuffisantes à produire l’imitation de la nature, telle qu'il la sentait. - Il est hors de doute que les éloges donnés par Pline à la peinture des anciens Grecs, des Timanthe, des Pamphile, des Zeuxis, des Apelles, des Protogènes, des Aristide, et de tant d’autres dont les ouvrages sont à jamais perdus, furent autant d’aiguillons qui enflammèrent l’émulation de Van Eyck; et, convaincu de l’incapacité radicale des méthodes usitées de son temps, il

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s’obslina à la découverte d’un secret qui pût faire revivre les merveilles de l’art antique.

Carel Van Mander rapporte qu’il commença par inventer plusieurs vernis à l’huile, avec lesquels il faisait ressortir la fraîcheur des tableaux qu’il peignait au blanc d’œuf; qu’un jour, ayant exposé un de ces tableaux au soleil pour en faire sécher le vernis, la chaleur fendit les jointures du panneau; désolé de voir ainsi périr en un instant le fruit de ses longues études, il se détermina à de nouvelles recherches, qui le menèrent enfin à découvrir que l’huile de lin et d’œillet se mêlaient parfaitement avec les couleurs, séchaient facilement, résistaient à l’eau, et produisaient un brillant qui pouvait dispenser du vernis. Il y a plus : il ne tarda pas à s’apercevoir (pie ces couleurs à l’huile étaient plus fluides, se fondaient plus moelleusement, et en même temps donnaient plus de vigueur à la peinture. Cette admirable découverte donna un nouvel élan à son génie, et ses nouvelles productions furent tellement supérieures à sa première manière, qu’il excita l’admiration universelle. Ce fut vers l’an 1410 que Van Eyck créa la peinture à l’huile.

Non-seulement les Italiens surent mettre à profil les lumières de Van Eyck. mais son école fut comme une source féconde d’où sortirent les divers talents qui ont illustré, dans la suite, les autres écoles des Pays-Bas. Il est à regretter que les guerres et les révolutions aient détruit et fait disparaître une foule de chefs-d’œuvre de celte époque; ils seraient aujourd’hui des trophées de gloire pour les arts et pour notre patrie. Malheureusement, il ne reste dans les Pays-Bas que des débris sauvés des ravages occasionnes par les événements politiques.

DIRCK DE HAARIÆM,

Né à Haarlem en 1410, mort en 1470,

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