N' 3. — LA VIERGE ET L’ENFANT JÉSUS
Au milieu d’une chapelle gothique d une riche architecture et ornée de diverses sculptures, se trouve place un trône couvert d’une belle étoffé bleu clair, rehaussée d’un dessin brodé en or. La Vierge, vêtue d’un manteau de couleur écarlate, est debout sur ce trône; elle penche la tête vers l’Enfant Jésus, qui semble vouloir embrasser sa mère.
Vers le haut du tableau on lit ces mots, écrits en caractères gothiques .
Dütnus Dci est et porta avli.
Et au bas :
-r 3psa est quai» preparamt — SDomus filio îmi met -f-
et voici en quelle circonstance. Le major-général Hay, ayant été dangereusement blessé à la bataille de Waterloo, fut transféré dans une maison particulière à Bruxelles et logé dans une chambre ornée de ce tableau. Pendant la longue convalescence du major, celte composition attira plu sieurs fois ses regards ; il l’admira tellement qu’à la fin il en devint acquéreur. M. May a conservé le tableau jusqu’en 1842. et l’a cédé à cette époque au gouvernement anglais pour la modique somme de 600 liv. si.
JEAN VAN EYCK
Avant de passer à quelques remarques qu’il me paraît utile de communiquer au lecteur, sur les progrès des arts dans les Pays-Bas, je ferai observer que les méthodes de peindre à la détrempe et au blanc d’œuf' avaient été introduites en Italie vers le commencement du onzième siècle, par des peintres grecs que l’on avait fait venir à Florence pour orner quelques monuments religieux. Ces premiers travaux firent naître en Toscane une école de peinture, où se distinguèrent en premier lieu Cimabue, né en 1240, mort en 1500; puis Giotto, né en 1276, mort en 1556, et quelques autres artistes qui contribuèrent, dès lors, à donner à l'Italie ces arts qui y brillèrent plus tard avec tant d’éclat.
Dans les Pays-Bas, comme partout ailleurs, les arts eurent leur enfance. Pour grandir et se perfectionner, ils avaient besoin, ainsi que le peuple lui-même, d’être, pour ainsi dire, élevés et formés par la civilisation. Ce ne fut donc que vers le quatorzième siècle que, grâce aux immenses progrès de la société tout entière, le peuple des Pays-Bas, le plus industrieux peut-être de l’univers, commença, par un instinct naturel, à découvrir les principes de l’art de peindre. On avait déjà fait antérieurement quelques essais, imitation grossière de la nature,
1 Les tableaux peints au blanc d’œuf et à ta détrempe sont plutôt reconnaissables par le faire et le style que par la matière employée. La raison en est que l’application d’un vernis gras, soit à l’huile, soit au mastic, qui pénètre dans les couleurs et s’y durcit avec le temps, donne souvent au tableau toute l’apparence d’une peinture à l’huile. De là vient «pie des écrivains superficiellement versés dans la connaissance matérielle, en quelque sorte, de l’art, ont supposé à tort que la peinture à l’huile avait été découverte avant les frères Van Eyck
J lî A N V A IN K Y C K .
œuvres bizarres de l’époque où on peignait au blanc d’œuf et à la détrempe. Plusieurs peintres, venus d’Italie, avaient communiqué à nos artistes toute leur science. On [teignait alors sur des fonds dorés, parfois incrustés de pierreries en forme de mosaïques; il nous reste quelques débris de cette vieille manière. Ces tableaux, qui représentent le plus souvent des images religieuses, ont servi à orner les églises chrétiennes du moyen âge, et ont fait alors l’admiration du vulgaire, plutôt [tour l'éclat des ornements que pour l’effet de la peinture, qui est réellement fort médiocre.
Insensiblement les esprits s’éclairèrent, des hommes distingués comprirent que le but véritable de l’art était d’imiter la nature, d’étudier le caractère, le sentiment et la forme des objets.
La première époque où les arts commencèrent à briller en Belgique, est celle où vécurent les frères Hubert et Jean Van Eyck, les fondateurs de la célèbre école de Bruges, qui a contribué si éminemment aux immenses progrès de l’art par la découverte des couleurs à l’huile. Cette découverte appartient tout entière à Jean Van Eyck, et les premiers essais qui nous restent de sa nouvelle méthode sont les deux tableaux dont je viens de parler, et qui datent de l’an 1425 ou 1430.
Il reste d’ailleurs peu de tableaux de Jean Van Eyck: on peut donc considérer ses ouvrages comme des reliques précieuses pour l’histoire de l’art. Comme un tableau constaté de la main de Van Eyck est une chose excessivement rare, pour peu qu’une toile fût du moyen âge, on n’a pas manqué de la lui attribuer. Il est donc d’un grand intérêt pour les curieux de