ENTRE LA COLONNADE CORINTHIENNE ET LA SALLE DES TABLEAUX
De renfoncement, dont il vient d’être question, on passe par la Colonnade Corinthienne dans le Corridor (20). Entre les colonnes et le mur de ce corridor il y a deux petites Bibliothèques d’acajou, qui contiennent la “ Description de l’Egypte, publiée par les ordres de sa Majesté l’Empereur Napoléon le Grand,”* “ Le Loggie di Rafaele nel Vatican o,” et la “ Description d’un Pave en Mosaïque, découvert dans l’ancienne Ville d’Italica.”
Le corridor est éclairé de manière à montrer le plus avantageusement possible les objets qui sont sur les murs. Entre autres Fragments de Sculpture Egyptienne, Grecque, et Romaine, du côté oriental, sont des Plâtres d’après les Chapiteaux, des colonnes et des antes du Temple d’Erecthée. Auprès sont deux petits Chapiteaux Ioniques de marbre antique, et un Plâtre de la grande Rose, avec la tête
* Ce splendide exemplaire de ce grand ouvrage impérial consiste en onze volumes Atlas folio, deux volumes grand Atlas folio, deux volumes folio Colombier, et neuf volumes de texte, petit in-folio, sur papier vélin, avec figures avant la lettre, dont une partie est coloriée : cet exemplaire fut présenté au Baron Denon par le Gouvernement Français.
de Méduse au centre, prise de la frise du Temple de Jupiter Tonnant. De chaque côté de ce plâtre il y en a un autre d’un Char antique à deux chevaux de front ; deux Bas-reliefs, pris d’ouvrages grecs ; un Fragment d’une petite Figure drapée ; des parties d’une Chaise Curule antique, et au-dessus un Plâtre d’après un Bas-relief antique dune Danse de Bacchantes. Dans l’enfoncement est un magnifique Fragment de Sculpture Grecque : de là on a aussi une vue de la chambre du Moine, laquelle présente de puissants effets de lumière et d’ombre, et un riche assemblage d objets intéressants. Du côté occidental de ce corridor sont des Plâtres d après les Architraves des Temples de Jupiter Stator et de Jupiter Tonnant; un Plâtre du Bucrane de la frise du dernier de ces Temples ; une partie du Chapiteau et de la Frise d’un Temple à Tivoli ; un Fragment d’un Chapiteau Egyptien ; un Bas-relief antique de marbre d’un Griffon ; et un Plâtre d’une partie de la giande Rose de la Soffite du Temple de Mars- Vengeur. Parmi les Bas-reliefs il y en a deux des Corybantes, des Fragments de deux petits Chapiteaux Grecs, une partie dune autre Chaise Curule antique de sculpture grecque, plusieurs Plâtres d après des ouvrages du 15e siècle, et deux Plâtres d’après les Corbeaux de la grande fenetie de la façade septentrionale de la Grande Salle de Westminster.
A l’extrémité méridionale de ce corridor est un Plâtre d’après la Corniche du Temple de Jupiter Stator, dans le Campo Vaccino ; et au-dessous est le Chapiteau. Entre le chapiteau et la corniche est une Frise antique, d’une tres-belle exécution: il y a aussi divers Fragments d’ouvrages romains; et une belle Statue, par Thomas Banks, Membre de l’Académie Royale, d’une jeune femme couchée sur un matelas, étude originale d’un monument érigé à la mémoire de Mademoiselle Boothby, à Ashbourne, Comté de Derby.
A 1 extrémité septentrionale de ce corridor (20) est un Plâtre de la Corniche
du Temple de Jupiter Tonnant; et de chaque côté, un Fragment d’une Corniche antique tres-riche.
L effet des colonnes grecques placées symétriquement est toujours beau et grand, ainsi que nous le voyons dans l’Eglise de St. Martin, à Londres. Celles-ci, d’ Architecture Corinthienne, (cet ordre élégant, qui doit son origine aux affections les plus pures du cœur), disposées en lignes transversales, conviennent parfaitement à la place qu elles occupent et aux objets frappants auxquels elles conduisent.
Le corridor où nous allons entrer est riche en ouvrages de plus grandes dimensions que ceux dont sont ornées les pièces par où nous avons passé. Nous levons les yeux, et nous voyons d’admirables fragments de temples consacrés à la religion la plus pompeuse et la plus poétique que l’esprit de l’homme ait jamais imaginée : nous les baissons, c’est sur un enfant endormi, beau dans sa simphcité, et présentant, dans son doux repos, un contraste frappant avec les gladiateurs qui luttent ; leurs membres sont entrelacés comme des serpents, et, comme des serpents, ils trouvent la mort dans leur terrible étreinte. Certes, les pierres mêmes sont éloquentes en ce lieu. Si le Paganisme a pu faire que le peuple le plus policé prît un vif plaisir à voir l’énergie physique de l’homme ainsi employée à la destruction de son semblable, même au prix de sa propre vie, — si le meurtre et le suicide ont pu divertir non seulement une populace avilie et féroce, mais les hommes d’état, les philosophes, et les dames de Rome ; c’est avec autant de raison que de dégoût que la nature humaine l’a abandonné, dès qu’elle a eu le bonheur d’être éclairée par un rayon venu du Ciel, et a cherché dans le génie du Christianisme le pouvoir de sourire, ainsi que cet enfant expirant, jusque dans les bras de la mort.
De tous côtés nos regards se portent sur des objets en parfait unisson avec les sentiments qu’ils tendent à faire naître. Des fragments de marbre, de superbes frises, des chapiteaux aussi riches que variés, les plâtres les plus difficiles à se procurer, tels que ceux d’après des chaises curules, où se sont assis des hommes qui furent les conquérants et les dominateurs du monde, et dont les paroles et les actions influent encore sur les destinées du genre humain, — chacune de ces choses attire et fixe tour- à-tour l’observation. De toutes parts s’offrent des objets du plus vif intérêt, soit pour l’antiquaire qui aime à les chercher et à les retrouver dans les siècles passés ; pour l’élève qui, en cultivant un goût classique, devient épris de leurs formes ; ou pour l’homme à imagination qui se plait à donner à chaque objet une habitation ainsi qu’un nom local, le rattachant aux évènements les plus intéressants et aux plus nobles personnages que l’histoire ait transmis à notre contemplation.
Oui ! ce sont des plumes tombées des ailes du Temps, qui nous rappellent la grandeur des âges anciens, et de pays comparativement oubliés. Ici il n’y a pas une seule moulure, architrave, colonne, ou corniche brisée, qui ne soit propre à exciter l’admiration par sa valeur intrinsèque, à évoquer de la science et de la mémoire des souvenirs importants, ou à inspirer à l’esprit cultivé des conceptions utiles et des projets élégants.
Le penseur le plus original, même celui qui se livre sans réserve aux écarts de ses conceptions poétiques, doit avoir quelque fondement sur lequel élever l’édifice qui peut devenir le temple de sa renommée. Où en trouvera-t-il un aussi large, aussi sûr, que celui qui est fourni par les richesses accumulées des hommes de génie qui l’ont précédé, — de ces hommes qui ont découvert dans le rocher colossal et dans l’arbre touffu des théories d’utilité et de grandeur, et dans les feuilles, les fruits, et les fleurs, des exemples d’ornement que le goût devait combiner, et l’art perpétuer, dans des projets si parfaits qu’ils serviront de modèles aux siècles futurs ? En effet, il faut convenir que les trois ordres d’ Architecture inventés par les Grecs ont prouvé jusqu’à ce jour que ce peuple si ingénieux semble avoir épuisé le pouvoir de l’invention, quant à cet objet important, puisque toutes les compositions qui ont dévié de ces ordres
primitifs ne peuvent être regardées que comme des variétés. Bien plus, pas une seule moulure n’a été ajoutée à celles dont ils ont donné de si splendides exemples.
On peut à peine douter que les Grecs n’aient été grandement redevables de leur connaissance des arts aux Egyptiens, peuple bien plus ancien et bien plus puissant qu’eux ; mais, quelques leçons précieuses qu’ils en aient reçues sur les sujets qui se distinguent par un travail infini, par la magnificence du dessin, et la durée de l’œuvre, il n’est résulté des recherches modernes faites dans leur pays merveilleux rien qui pût leur enlever cet honneur. En l’acquérant, ils se sont élevés, comme nous pouvons bien le dire avec Milton, “jusqu’au ciel de l’invention.” — B. H.