L’ENFONCEMENT
Des fenêtres de cet enfoncement on jouit de la vue des jardins de Lincoln’s Inn Fields, de la Maison Lindsey, du Collège Royal des Chirurgiens, de la Cathédrale de St. Paul, de nombreuses Eglises, et de plusieurs autres Bâtiments Publics.
On voit au plafond plusieurs Modèles de projets pour des Plafonds voûtés. De chaque côté de la fenêtre du centre sont trois Tableaux par Luigi Mayer, représentant les Ruines des anciens Temples d’Agrigente et de Sélinonte. Du côté du nord sont les Modèles de deux bas-reliefs de l’Arc de Constantin, à Rome.
Dans l’enfoncement à main gauche on trouve le modèle d’un groupe représentant la Tendresse Maternelle, par Flaxman : ce groupe fut exécuté de grandeur naturelle, et placé dans l’Eglise du Christ, en Hampshire, à la mémoire de Lady Fitzharris. Au-dessus de ce modèle est un petit Bas-relief représentant 1 Adoration des Mages'; et au-dessous on voit un petit Modèle de terre, par C. Rossi,
Membre de l’Académie Royale, représentant une Famille sauvée miraculeusement de la fureur d’un Lion. Dans l’enfoncement à droite on trouve une figure de la Résignation, par Flaxman ; c’est le modèle d une statue faisant partie d un monument élevé à la mémoire de la famille Baring, dans l’Eglise de Micheldever, en Hampshire. Au-dessus de cette figure est un Bas-relief représentant le Songe de Joseph ; et au-dessous, un petit Modèle de Vénus sortant de la Mer.
LA SALLE DES MODÈLES (39). Planche XXXI
Au milieu de cette salle, où l’on revient, est placé un piédestal, qui contient des tiroirs remplis de projets et d’estampes d’Architecture d’espèces variées, parmi lesquels se trouve une collection de projets originaux du Chevalier Chambers, comprenant ceux qui forment les bâtiments de Somerset Place. Sur le piédestal est un grand modèle de liège des Ruines de Pompéi, montrant les excavations autour des deux théâtres, le Temple d’Isis, et les autres parties de la cité ensevelie, telles qu’elles paraissaient vers l’an 1820. Autour de ces ruines sont des Modèles, aussi de liège, montrant sur une grande échelle les proportions relatives des
Colonnes des Trois Temples de Pæstum; puis des Modèles du Temple de Tivoli, de l’Arc de Constantin, et des Trois Colonnes du Campo Vaccino. On a élévé sur le piédestal une composition d’Architecture, décorée de colonnes de bronze, sur lesquelles sont placés des Modèles de liège du Temple hypæthre de Pæstum, des Restes du Temple de Jupiter Tonnant, et du Monument des Horaces et des Curiaces, près d’Albano. Au-dessus de ceux-ci, sur des piédestaux, sont des Modèles, aussi de liège, de chacun des trois Temples de Pæstum.
Parmi les modèles énumérés ci-dessus on en a disposé d’autres ; savoir, onze parfaitement exécutés en stuc des Propylées d’Athènes ; la Tour des Vents ; le Temple de Minerve, dans l’Acropolis d’Athènes ; le Panthéon, à Rome ; le Temple sur l’Ilissus, près d’Athènes; le Temple hexastyle périptère de Pæstum; le Temple de Pola, en I strie ; les Temples de Minerve Polias, d’Erecthée, et de Pandrose, à Athènes ; et le Portique de Dioclétien. En face de la cheminée on a placé, sur un piédestal, des restaurations du Tombeau à Mylasa, et du Temple de Tivoli, quelquefois appelé le Temple de Vesta.
Autour de la salle on voit neuf autres Modèles de plâtre, six desquels sont sur des piédestaux, et trois sur le chambranle de la cheminée, représentant la Lanterne de Démosthène, (comme elle a été copiée à St. Cloud) ; l’Arc de Thésée, à Athènes ; le Piédestal supportant Quatre Colonnes, à Palmyre, et formant une composition carrée, avec un Piédestal au centre pour une Statue ; le Temple de Neptune, à Palmyre ; le Tombeau de Mausole ; les Temples d’Antonin et de Faustine, à Rome; celui de Vénus, à Balbec ; un Tombeau, à Palmyre; et le Temple de la Fortune Virile, à Rome.
Sous le piédestal sont des Modèles de bois de l’angle sud-est de la Banque d’Angleterre et du Bureau des Trois pour Cent Réduits ; du Bureau des Fonds de la Banque ; du Projet original du Nouveau Ministère du Commerce et des Bureaux du Conseil Privé, à Whitehall ; du Bureau pour le Rachat de la Dette Nationale, dans lequel est une statue de bronze de Guillaume Pitt, par Westmacott; d’une Machine pour enfoncer des pieux ; d’un Projet dans le style
gothique, pour l’extérieur des bâtiments joints à la Cour du Banc du Roi, tout près de la Cour du Nouveau Palais ; et enfin, un Modèle de plâtre d’une partie du Nouveau Bureau des Papiers d’Etat, tel qu’il fut d’abord projeté.
Au-dessous de la fenêtre est un Modèle, aussi de bois, du Rez-de-Chaussée des Salles de Justice de Westminster; et au-dessus on voit une montre de verre contenant un Reliquaire de bronze, une grande variété de petits Bronzes, et plusieurs Idoles Egyptiennes. Sous les piédestaux du côté méridional de la salle sont des Modèles des Cinq Ordres d’ Architecture, que l’on dit avoir appartenu au Chevalier Wren. Sous celui qui est à l’ouest se trouve le Modèle d’un Tombeau projeté pour feu M. Samuel Bosanquet; et au-dessous de ceux qui sont de chaque côté de la cheminée sont les deux hauts-reliefs par Flaxman de l’Espérance et de la Charité, placées sur un monument élevé à la mémoire de M. W. Moore, dans l’Eglise du Temple.
On voit sur les murs de nombreux Dessins d’Architecture, parmi lesquels sont, la vue d’un Projet de Pont Triomphal, fait d’après les dessins originaux présentés à l’Académie Ducale des Beaux-Arts de Parme, en 1779 ; un Plan général de la
Banque d’Angleterre, avec une élévation de la façade principale ; l’élévation de la
façade d’entrée du Bureau des Papiers d’Etat; le projet d’un Temple Monoptère renfermant la Statue Colossale du feu Duc d’York, sur la place d’armes vis-à-vis du Bureau du Personnel de la Guerre (the Horse Guards) ; et une vue de Whitehall, avec Figures, faite vers l’an 1782, par Wheatley et Mortimer.
On m’a raconté ainsi l’origine de ce tableau : Wheatley et Mortimer étant menacés d’être arrêtés, se tinrent cachés pendant plusieurs semaines dans la maison de M. Tyers, située dans les Jardins de Whitehall. Lorsqu’ils ne craignirent plus les recors, ils convinrent de peindre le tableau ci-dessus, et de le présenter à leur excellent hôte. A la mort de M. Tyers, il devint la propriété de sa fille, Mme Barrett, qui, mourant en Mars 1834, le laissa à M. W. Freeman, de qui je l’achetai.
On remarque parmi les tableaux une copie de l’Aurore du Guide, par R. Cosway, de l’Académie Royale des Beaux-Arts ; une Vue de Londres, par Samuel Scott ; et un dessin parfaitement terminé, à la plume, du Roi David oint par le Prophète Samuel : il est de Jean Mathews, Architecte.
Cet Artiste ingénieux et infatigable, n’ayant pu réussir, malgré tous ses efforts, à obtenir la médaille d’or donnée par l’Académie Royale, en 1771, au meilleur projet d’une maison de plaisance pour un seigneur, ressentit si vivement cette contrariété, qu’il négligea ses études, et perdit sa passion pour l’Architecture ; il devint dissolu et abruti ; et finalement termina ses jours dans une prison !
De la salle des modèles on a une vue de la Chambre de Bain (40) et de la Chambre à Coucher (41) ; et en revenant au passage par la petite Bibliothèque (42), on a aussi une vue de l’Oratoire (43) attaché à la chambre à coucher. En montant quelques marches de l’escalier qui mène à l’Attique (44), on trouve une niche, dans laquelle est un Buste de feu Georges Dance, de l’Académie Royale, par Charles Rossi, de la même Académie ; et dans une niche au-dessus est un Plâtre de la Diane d’Ephèse, ou la Nature Prolifique, lequel m’a été offert par MM. Rundell et Cle. Au-delà est un grand panneau formant un enfoncement, et contenant plusieurs très-beaux Plâtres d’ Architecture ; et dans une niche près du palier on voit le Buste de Shakespeare qui servit d’étude pour le portrait placé dans le Tableau de Fleurs de Mme Pope, dans la chambre du matin. Au-dessous est le Buste d’un auteur vivant, qu’on appelle écrivain énergique et critique libéral ; ce dont on peut voir des preuves dans le “ Champion,” journal hebdomadaire, Nos. des 10, 17, et 24 Septembre, 1815, ainsi que dans les “ Détails sur la Conduite et les Liaisons de Georges et de Frédéric Soane.”
En quittant les salons, on aperçoit au-dessus de la porte le buste de Sheridan, et l’on examine attentivement ces traits jadis animés par
“ The life of pleasure, and the soûl of whim
son éloquence, son esprit, ses imprudences, ses souffrances, passent rapidement devant nos yeux. Nous portons envie à ceux qui prêtèrent l’oreille avec ravissement à cet orateur brillant et pathétique, ou participèrent aux jeux d’esprit qui faisaient éclater de rire tous les convives : et tout en convenant que les compagnons de ses heures d’enjouement pouvaient dire,
“ They better could hâve spared a better man,”
nous rencontrons au détour le visage sévère, inflexible, et énergique de Guillaume Pitt.
Les visions du plaisir enjoué et du badinage brillant s’évanouissent devant lui, et les tristes réalités de la vie, telles qu’elles se trouvent dans l’histoire, se présentent à l’esprit avec tous leurs souvenirs pénibles ou leurs tristes anticipations. En avançant lentement, on rend hommage à son intégrité et à son génie, disant,
“ Thou wert the pilot tliat weather’d the storm
mais on se hâte de perdre toute mémoire de la politique dans l’atmosphère plus pure que l’on respire autour des Arts. Nous sommes ensuite attirés par l’enfoncement de Tivoli, — nom lié à tout ce qu’il y a de plus délicieux, même en Italie, le pays des délices. Chaque objet est ici rempli de la poésie des Arts : le modèle de l’entablement du Temple de Tivoli transporte notre esprit au temps où il fut érigé ; au site merveilleux qu’il couronne comme un diadème ; à la contrée environnante, avec ses beautés variées et sans égales, où Adrien et Mécène résidèrent, dans des palais qui font paraître pitoyablement impuissantes les tentatives de grandeur moderne, et où Horace jouit de délices plus en rapport avec le goût d’un poète que celles que la magnificence peut procurer.
Il n’est donc pas étonnant que le Chevalier Soane entretienne la mémoire d’un lieu si cher aux poètes et aux peintres ; car il a passé maintes et maintes heures sous les colonnes doriques de la maison de plaisance du généreux Romain, il en a traversé les corridors magnifiques, et même grimpé sur le toit en ruine, afin de mieux observer ce que Forsyth décrit si bien, lorsqu’il dit : “ La colline de Tivoli est tout un tableau : la ville, les maisons de plaisance, les ruines, les rochers, les cascades sur le devant ; les collines Sabines, les trois Monticelli, Soracte, Frascati, la Campagne, et Rome dans le lointain.”
Avec de telles scènes devant lui, et à cette époque heureuse de l’existence où tout charme, où la vie elle-même est toute nouvelle, l’imagination de l’Architecte enthousiaste s’abandonna sans doute à des rêves qui ont laissé l’impression de leur douceur jusqu’à ce jour. Le sortilège des passions et les appâts de la folie disparaissent devant l’exorcisme du temps et de l’expérience ; mais la douce magie des attractions intellectuelles s’attache à nous, et nous accompagne jusqu’aux dernières limites de l’existence. Se souvenant des émotions d’étonnement et de délices excitées par les vues de
Tivoli, il a sans doute voulu, par le nom donné à ce lieu, et par les beaux objets qu’il y a réunis, rappeler les sensations passées, et exprimer sa vive et constante admiration.
Banks, Flaxman, et Chantrey, ont contribué aux délices de ce lieu par les productions choisies de leur Art, nous rendant fiers de leurs noms, et de les avoir pour compatriotes. La connaissance profonde de l’antique et l’appréciation exquise de la beauté classique placent Banks au premier rang des sculpteurs anglais.
Le sentiment du beau partout où il le rencontrait, une connaissance parfaite de l’Art, et une grande pureté de goût, étaient les traits caractéristiques des sculptures vraiment excellentes de Flaxman. Il a montré son style classique fort avantageusement dans le bouclier d’Achille, — sujet parfaitement en rapport avec ses études. Dans les projets de ses nombreux monuments, on trouve, jointes à la grâce et à la simplicité pour lesquelles il était célèbre, la sensibilité la plus touchante, et une grandeur de caractère tempérée par cette piété qu’il sentait si vivement, et qu’il représentait si fidèlement.
On peut dire de Chantrey, que si Shakespeare fut nommé “ le plus aimable enfant de la Nature,” on doit le désigner comme “ le sculpteur le plus vrai de la Nature car le vrai — et ce vrai joint à la grâce, à la délicatesse, et à la sublimité — se trouve dans tous ses ouvrages. Phidias, des statues duquel on dit depuis tant de siècles qu’elles semblaient respirer, n’a jamais sculpté des formes plus empreintes de vie que celles de Chantrey; car, même de cet aimable enfant devant nous, on peut dire, “ il n’est pas mort ; il n’est qu’endormi.”
En avançant, on voit une cigogne parfaitement sculptée, et un projet de monument funèbre ; les ouvrages de l’art deviennent de plus en plus abondants : une lumière admise par le dôme en fait apercevoir beaucoup au-dessus de nos têtes, et prouve que, de quelque côté que nous allions, nos regards se porteront constamment sur des objets précieux et intéressants que le donateur y a placés.
La chambre du matin, où l’on entre ensuite, est si claire, si gaie, et si bien arrangée pour un lieu de retraite, si propre soit à l’étude ou aux entretiens de l’amitié, qu’elle nous parut au premier coup-d’œil le beau idéal de ce paradis domestique auquel le poète Gray aspirait tant. En vérité, ce serait le meilleur endroit qu’on pût trouver pour lire le “Pompéi” de Bulwer, et le “ Vivian Grey” de D’Israéli.
Cependant les murs nous instruisent au moyen de la peinture, ce langage universel que tous les yeux peuvent lire, et charment en même temps tous les cœurs. L’attention est d’abord attirée par deux portraits, à droite et à gauche de la porte, dans lesquels on aperçoit une grande ressemblance de famille. Celui qui est à gauche (représentant une dame âgée de l’aspect le plus doux) est la mère du Chevalier Soane, laquelle posa pour ce portrait à l’âge de quatre-vingt- quatre ans; le beau jeune homme à droite est le fils aîné du maître de la maison. Malgré la grande différence d’âge, la conformité de leurs traits est remarquable ; et leur ressemblance avec le Chevalier n’est pas moins frappante. La variété des tableaux est si heureuse, que peu de personnes pourraient n’en point trouver quelqu’un de particulièrement adapté à leur propre choix, sans parler de l’admiration générale qu’ils excitent. L’amateur sera charmé de la nombreuse collection des dessins rares de Mortimer, d’Hamilton, et de Wheatley ; et les personnes d’un goût classique, ou d’une imagination poétique.
regarderont avec ravissement la belle Psyché. Ceux qui aiment les compositions gaies et familières s’arrêteront ayec plaisir devant la Salle à Fumer de Ckelsea, où le vieux soldat
“ Shoulders lus crutcli, and tells how fields were won
et l’admirateur de paysages éprouvera une vraie jouissance à contempler les Ruines de l’Abbaye de Kirkstall, et la Vue de l’Hôtel des Invalides de la Marine à Greenwich. Tous les yeux se reposeront avec délices sur les fleurs magnifiques de Mme Pope : le plan et l’exécution de ce charmant tableau font également honneur à cet estimable artiste ; car le premier est très-poétique et d’une pureté féminine, et la dernière est tout ce que les admirateurs les plus passionnés de ces belles productions de la nature peuvent désirer. C’est l’ornement le plus convenable à une chambre du matin (à un boudoir), qui demande
“ gay daffodils,
That corne before the swallow dares, and take The winds of March with beauty ; violets dim,
But sweeter than the lids of Juno’s eyes,
Or Cytherea’s breath.”
En passant de la chambre du matin dans la galerie, chacun se trouve d’abord porté à regarder avec ravissement la vue étendue du panorama de Londres, telle qu’elle se présente autour du beau jardin de Lincoln’s Inn Fields : le dôme de St. Paul, le clocher de Ste. Bride (Ste. Brigitte), d’autres clochers et des tours de diverses formes, animent le lointain, qui est borné par les collines de Surrey. Plus près, on aperçoit à travers le feuillage la façade du Collège Royal des Chirurgiens, la Maison Lindsey, et plusieurs autres, jadis habitées par la noblesse, et qui ont conservé un air de supériorité.
En très-peu de temps on éprouve que le plaisir et l’importance de la vue dont on jouit de cette galerie sont augmentés par les impressions classiques qu’elle communique. En dehors, on voit de chaque côté les belles statues du Temple de Pandrose , en dedans sont des plâtres d’après de superbes sculptures, et des tableaux de ruines à Palerme et à Syracuse. Sentant bien que notre imagination a été vivement excitée par les différents objets pleins de grandeur et de beauté que nous venons de contempler, qui flottent encore dans notre esprit et ajoutent un ornement idéal aux bâtiments environnants, nous nous tournons avec gratitude vers la source d’où émane cette sensation, et nous portons avec empressement nos regards autour de la Salle des Modèles.
Notre attention se fixe d’abord comme par force sur Pompéi; car quel sujet plus puissant et plus terrible dans son caractère général, ou plus touchant dans ses détails, pourrait arrêter l’esprit humain, ou en employer les facultés, soit à des recherches effectives, soit à des suppositions idéales ? Les excavations faites quand ce modèle fut terminé nous montrent un Temple d’Isis, qui doit avoir été magnifique, un amphithéâtre capable de contenir quinze mille personnes, et un théâtre pour la tragédie, où cinq mille spectateurs pouvaient assister commodément. On a fait une grande partie de cette excavation dans ce que l’on regarde comme le quartier des soldats, et qui parait avoir été orné de colonnes. Il y a aussi une basilique où l’on administrait la justice.
un forum, des boutiques nombreuses, et des maisons particulières, chacune desquelles prouva, par la situation où s’y trouvèrent des ustensiles culinaires et des aliments que l’on y préparait, combien fut soudaine et terrible cette destruction qui anéantit les habitants, et rendit le site de leur ville inconnu pendant des siècles en effaçant jusqu’aux vestiges de son existence.
Quelque désastreux et désolants que soient les effets de la guerre, quand des machines affreuses et des assaillants intrépides attaquent une ville dévouée, appelant à leur aide la famine et les maladies — quelque horrible que soit la peste, quand chaque aspiration attire le fléau dans le corps frémissant, et que le danger dégoûtant qui nous assiège de toutes parts dissout les nœuds les plus saints de la nature et de l’amour — toutefois, même ces calamités effroyables sont moins révoltantes, moins redoutables, que le choc imprévu de la catastrophe, objet de nos pénibles réflexions. En effet, tout soudain que fut ce désastre, il condamna cependant à des douleurs prolongées plusieurs infortunés ensevelis tout vivants et réduits au désespoir, et une multitude d’êtres errants, en proie à la dernière misère, privés de tout ce que le cœur a de plus cher, de tout ce qui est nécessaire à l’existence, et en si grand nombre, que la compassion la plus active ne pouvait suffire à leur soulagement. Il serait difficile de dire lesquels furent le plus à plaindre, ou ceux qui succombèrent après une longue et cruelle agonie, ou ceux qui échappèrent et ne vécurent que pour souffrir —
“ Then, why pursue the theme? They are no more —
Their day of woe is past : we should not waste The tribute of our charity in vain,
Nor give to the long-buried that kind tear Winch may embalm and sootlie the aching hearts Still beating near us.”
Front an uvpublished Poem.
Regardons plutôt ces objets et plus beaux et moins affligeants — ces représentations exquises d’édifices anciens, superbes, et lointains, que nous ne pouvons jamais espérer de voir que par l’entremise des Arts, et qui sont rendus ici avec autant de vérité que d’élégance.
La transition de Pompéi à Pæstum parait être naturelle, car la solitude mélancolique et l’atmosphère mortelle qui entourent ces trois temples éternels, les rendent au plus haut degré imposants dans l’austère simplicité de leur grandeur. Auprès est le petit Temple de Tivoli; — combien il parait léger et gracieux par un tel contraste ! Tout ancien qu’il est sans aucun doute, l’imagination en assigne l’origine à une date beaucoup plus récente, et à un peuple plus policé, que ne l’étaient les fondateurs de Pæstum ; et pourtant ces derniers étaient aussi puissants qu'intelligents.
Trois piliers gigantesques sont les seuls restes du Temple de Jupiter Tonnant, et trois autres dans le Campo Vaccino ; mais qu’ils nous paraissent majestueux ! Et là aussi sont des restes de Palmyre : que ce tombeau est superbe ! — que ce Temple de Neptune est élégant ! Cependant, ces monuments sont moins magnifiques que le Portique de Dioclétien et le Piédestal à quatre colonnes. Pendant que nous errons en imagination parmi les édifices jadis si beaux de la Ville du Désert, notre mémoire nous rappelle l’histoire de l’Amazone Zénobie et de son précepteur et ministre Longin ; et nous
donnons un soupir au sort de ce littérateur accompli, qui fut la victime de sa fidélité à sa maîtresse, et de son zèle pour sa cause.
Le Temple de Vénus à Balbec, autre édifice admirable de Syrie, réclame notre attention, et nous reporte vers l’époque où la grandeur romaine remplissait l’ancien monde et en faisait l’ornement. Dans cette disposition, et après avoir admiré, comme il le mérite, le monument unique élevé à Mausole par la piété conjugale, nous cherchons particulièrement les modèles qui représentent la gloire de Rome.
On voit ici le Temple d’Antonin et Faustine, dont les colonnes sont de cipolin, chacune d’un seul bloc, de quarante-trois pieds de haut, et de quatorze de circonférence ; puis le Temple de Vesta, entouré de vingt colonnes cannelées d’ordre corinthien, dix-neuf desquelles sont encore debout ; le superbe Arc de Constantin ; enfin, le majestueux Panthéon, dont le magnifique portique de seize colonnes forme une entrée convenable au temple le plus riche (dans tous les sens) dont Rome pût se glorifier, quand tous les trésors de l’Europe, de l’Asie, et de l’Afrique, étaient versés dans son sein, et que tout ce qu’il y avait de connaissances, de goût, et de science, était à ses ordres.
Chaque modèle offert à notre vue a probablement été emprunté des Grecs, dont le génie original, assisté de leurs communications avec l’Egypte, avait atteint à la perfection dans les Arts de l’Architecture et de la Sculpture tandis que Rome était encore dans l’enfance. A l’heureuse facilité avec laquelle les Romains adoptèrent les arts et les armes des nations voisines peut être attribué le pouvoir qu’ils obtinrent finalement sur elles — fait que les étudiants ne devraient jamais perdre de vue, puisqu’il peut ranimer ceux qui se laissent aller au découragement, les porter à faire de nouveaux efforts, et apprendre aux esprits enthousiastes et bizarres à peser la valeur des anciens exemples, avant de les abandonner pour les visions creuses d’une imagination brillante mais indisciplinée.
Une montre contenant des idoles orientales, divers petits bronzes de Pompéi et d’Herculanum, un très-beau modèle du rez-de-chaussée de la Banque d’Angleterre, deux plâtres de l’Espérance et de la Charité, par Flaxman, et des dessins variés du premier ordre, rendent cette pièce fort intéressante pour tous les observateurs, et plus particulièrement pour ceux qui ont voyagé en Italie. Ces derniers peuvent retrouver ici les émotions qu’ils ont éprouvées en contemplant des ruines majestueuses ou des temples qui ont survécu aux siècles : remplis de souvenirs glorieux touchant leur origine, et fiers du triomphe de l’Art qui les a elevés, ils peuvent, avec le noble poète, dire de cette terre chérie —
“ Thou art the garden of the world — tlie home Of ail Art yields and Nature can decree:
E’en in thy desert what is like to thee ?
Thy very weeds are beautiful ; thy waste More rich than other climes’ fertility :
Thy wreck a glory, and thy ruin graced With an immaculate charm that cannot be defaced.”
En traversant la Maison et le Musée, on a été sans cesse étonné de 1 habileté peu laquelle l’espace y a été créé, pour ainsi dire, de rien. Dans aucune
commune avec
portion de l’édifice ce talent ingénieux n’est plus admirablement exercé que dans la disposition de cette partie où l’on entre maintenant.
La petite bibliothèque, le cabinet de toilette, la chambre à coucher, et l’oratoire, sont au dernier point commodes, élégants, et agréables. La vieille porcelaine, les beaux verres colorés et peints des portes et des fenêtres, la vue que de ces dernières on a de sujets d’ Architecture ; les peintures, les sculptures, et les estampes, dont ces chambres sont ornées, — tout y indique la retraite convenable de quelqu’un qui s’est long- temps dévoué aux beaux-arts, et qui se plait à consacrer toutes les heures du jour à méditer sur leur sujet. Le modèle d’une église est surtout remarquable par la manière extraordinaire dont le jour y est admis ; ce qui produit un effet des plus nouveaux et des plus agréables.
En revenant à l’escalier, nous examinons plus particulièrement ces plâtres de fragments d’antiquité qui ont attiré notre attention lorsque nous montions. Le premier, et peut-être le plus hardi d’exécution, est au-dessus de la porte qui conduit à la salle du matin : c’est un Aigle et un Chien, du Musée du Vatican, Les plumes des ailes étendues ne sont pas seulement représentées avec la légèreté et la beauté de la nature, mais encore avec le tressaillement qui indique la rage dont l’oiseau de Jupiter est transporté contre l’infortuné quadrupède. Au bas de l’escalier est un buste de M. Dance, au-dessus duquel se trouve un très-beau plâtre de la Diane d’Ephèse. Cette statue vérifie l’observation du Père Montfaucon sur l’apparence générale et en même temps sur la variété données à cette ancienne divinité. Celle qui est devant nous ressemble à la statue de marbre du Musée dans tous les points importants ; mais elle a une forme plus gracieuse, et les bandages de la partie inférieure sont entièrement ornés de têtes de cerfs ; tandis que ces animaux ne forment qu’une petite portion des embellissements donnés à la déesse que l’on voit dans le bas de la maison. Laissant l’idole (qui, comme tant d’autres, était un objet d’adoration, parcequ’elle produisait des gains considérables aux Ephésiens), on s’arrête ensuite pour admirer des Plâtres d’un basrelief du Musée du Vatican, représentant un petit Garçon qui conduit deux Sangliers attelés à un char ; un autre d’un Bouc et d’un Serpent, qui est excellent ; deux Autels, fragments du Temple de Vesta, avec des Abaques et des Volutes du même Temple. Trois figures de femmes des plus gracieuses, largement drapées et le front couronné, que l’on désigne sous le nom des Trois Princesses, et qui viennent de la Villa Borghèse, offrent un plâtre très-attrayant, non seulement par sa beauté, mais aussi par sa nouveauté. En montant au haut de cet escalier, on arrive à une autre fenêtre supérieurement peinte. Les médaillons de chaque panneau sont des sujets délicatement dessinés de l’Ecriture Sainte ; mais la couleur du reste est d’un rouge foncé, qui fait paraître les objets vus à travers comme s’il y avait un incendie dans le voisinage immédiat, de sorte que chacun pourrait presque
“ warm himself, amid December’s snow,
By barely looking on this summer heat.”
Nous atteignons l’attique principal — la fin de notre voyage — et le terme de nos espérances ; et pendant que nous regardons avidement de tous côtés, pour que rien ne puisse nous échapper, nous sommes au moment de dire —
“ Is this indeed the last ? That chilling word Should never mingle with our sinless joys,
Nor damp the pure entliusiasm of those soûls Which Nature lias awaken’d and Art nursed,
Till they forget care, pain, anxiety,
And live in that bright world which charms the eye.”
En jetant un coup-d’œil autour de soi, on voit les murs couverts des ouvrages de Piranesi, des dessins du projet extérieur de la Chambre des Lords déjà mentionnée, et des intérieurs d’autres édifices projetés par le Chevalier Soane.
Si l’on regarde à travers une fenêtre intérieure, on voit cette partie de la maison qui est au-dessus de l’escalier, et immédiatement sous l’abat-jour ; les murs sont complètement couverts de dessins, dont l’un est un intérieur du Bureau de la Dette Nationale, où parait la statue de M. Pitt en costume officiel ; c’est une vue très attrayante, même dans ce lieu, où elle a tant de rivales.
Au-dessus est suspendu un portrait, qui, n’ayant que peu de prétentions comme ouvrage d’art, est cependant d’un grand intérêt ; car il parait avoir été la ressemblance fidèle du propriétaire dans sa jeunesse, de celui — au génie supérieur, à la persévérance infatigable, et à la splendide libéralité duquel le pays est redevable de tout ce que nous avons vu ici, et d’immenses collections de dessins et de livres qu’il nous est impossible de voir.
Mais ces trésors de l’art seront communiqués d’âge en âge aux générations futures ; et qui peut calculer l’étendue de leurs effets bienfaisants, en aplanissant le sentier des connaissances aux étudiants laborieux, et en excitant l’enthousiasme et l’énergie des jeunes gens plus favorisés sous le rapport des talents que sous celui de la fortune, et qui autrement
“ Might wage with fortune an eternal war,
Check’d by the scoff of Pride, by Envy’s frown,
And Poverty’s unconquerable bar ;
Then drop into the grave unpitied and unknown.”
Beattie’s Minstrel.
Qui dira combien d’honneur pour les Arts, de gloire pour le pays, de renommée toujours croissante pour le fondateur, jaillira de ce centre resplendissant de lumière, qui comprend des modèles de tous les pays et de tous les temps, l’instruction et 1 expérience de tous les cbmats, de toutes les situations, et de tous les goûts ; et qui, dans sa propre richesse, sa splendeur, et son arrangement, fournit des preuves incontestables de ce qu’un seul homme peut acquérir et accompbr pendant sa vie, quand il unit l’amour du travail au génie, et l’intégrité à la persévérance.
Quelque vives qu’aient été les impressions d’admiration et de surprise excitées dans l’esprit de celle qui a écrit cette portion de l’ouvrage, elle est pourtant bien persuadée de son insuffisance pour décrire les objets particuhers ou les effets généraux qui ont fait naître ses émotions. “ Le langage de la description,” dit un écrivain judicieux, “ est si borné, et les phrases en sont si peu nombreuses, que des objets semblables produisent souvent une similitude d’expressions ; de là les termes les mieux choisis deviennent ennuyeux par leur répétition, et ne laissent que des impressions faibles et imparfaites.
Les étrangers se formeront, d’après les planches et les vignettes nombreuses, ainsi que d’après leur propre connaissance des divers sujets désignés par le possesseur, une juste conception de l’apparence générale de chaque partie de la Maison et du Musée, et du caractère de ces ouvrages de l’Art qui y sont disposés en si grand nombre et si heureusement. Etrangers et Anglais — ceux qui verront les beux, et ceux qui en liront la description, jugeront également de leur haute valeur comme don fait à la postérité ; et les esprits capables d’apprécier la munificence et la bienfaisance, dirigées par la sagesse, trouveront les dernières pages de ce livre les plus intéressantes. Mais comme il m’est interdit de m’étendre sur ce sujet —
Farewell to thee, “ my pleasant task,” farewell !
If I hâve wrong’d thee by erratic flight —
By fantasies winch aye with woman dwell.
Or ignorance that wraps her soûl in night,
When most she wanders in “ excess of light,” —
Pardon I crave — from palace, mansion, cell —
From ail who feel the lofty theme aright.
For that too bold a toil was here assign’d To a worn heart — perchance a failing mind.*
But, sooth to say, a spell was on the place ;
A kind magician waved his p otent wand.
And countless forms of beauty, strength, and grâce —
Forms of ail âges and of ev’ry land,
He call’d, and bade them “ here for ever stand That future times their glories might retrace.
And hail them mingled here, a sacred band —
Glad on the Queen of Islands to bestow The wreath that glitter’d erst on proud Ausonia’s brow.
Hither he brought Ægyptia’s costly shrine,
Big with the honours of unnumber’d years ;
And many a marble urn, whose sculptures fine Were dew’d with Roman beauty’s tend’rest tears.
Here Dian stands, and great Apollo wears The mien that stamps him peerless and divine ;
And many an ancient capital uprears Its lofty head, and, scorning envious Time,
Enjoys its final doom, and makes its site sublime.
Pictures he gave with awful morals dight,
While some the mystic lore of Greece display ;
And Venice in her splendour looketh bright As when she made wide océan own her sway.
Here many a gorgeous fane you may survey —
* Le Chevalier Soane n’est pas le seul qui ait employé la plume d’une dame dans une occasion semblable : la Comtesse Abrizzi a décrit les ouvrages de Canova.
Palace, and senate-house, and temple light,
Meet for the mighty in their proudest day.
To these his goodliest skill he did impart ;
For long and well he loved the offspring of his art.
And tomes unnumber’d, in ail tongues, hath he ;
With costly missals, wondrous to behold,
Enrich’d with arabesques and tracery.
And decorate with ’broidery of gold ;
And volumes large, which whoso shall unfold,
The dômes gigantic of old Thebes may see.
And Pyramids whose taie is still untold.
One book ’bove ail the rest will poets prize —
’Twas writ by Tasso’s hand, embalm'd by Tasso’s sighs.
Jewels he gave — yea! gems of most rare worth,
Of cunning workmanship, and ancient date ;
Nor lacks he stores of whatsoever earth \
May yield the wealthy to adorn their state.
But most he values what is truly great —
That which high intellect had brought to birth Ere Tyre was crush’d or Persia desolate,
When Athens flourish’d, or Rome taught to rise Palmyra’s column’d fanes ’neath Syria’s glowing skies.
Of things like these ’twere not for me to tell ;
Yet, haply dazzled by the lucid rays That o’er th’ Etrurian vases frequent fell,
I fondly deem’d such objects sweet to praise.
But better ’tis the pow’rless eye should gaze In silent ecstacy — therefore, farewell!
And O ! he health, peace, pleasure, length of days To thee, who to thy native land hast given The guide of Genius, and Art’s earthly heaven.