‹ Description de la varicelle qui a régné épidémiquement et conjoinement avec la variole, dans la ville de Millau (Aveyron) en 1817Chapitre 1 sur 4 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Topographie médicale de la ville de Millau,

M I L L A U est une ville d’environ huit mille âmes , située dans un petit vallon formé par trois montagnes principales ; une au nord, une au levant, et la troisième dans la direction du

levant au couchant par le midi. Ces montagneà, quoique de peu d’élévation au-dessus du niveau de la mer , sont assez hautes relativement à la position de la ville, qui est bâtie au pied de la montagne du nord , et renfermée dans un espace d’à peu près 4oo toises. Ses rues sont étroites et sales, sur - tout dans les quartiers qu’habite la classe agricole, et on y volt souvent du fumier. La majeure partie des maisons est sans latrines , et tous les soirs , dès qu’il est nuit , une puanteur insupportable l’annonce aux paSsans dans toutes les rues. Il n’y a point de boucheries publiques, et on y en compte vingt-deux particulières qui sont répandues dans divers quartiers. Les émanations de ces lieux ne peuvent qu’être très-nuisibles à la santé des habitans , sur-tout dans les temps chauds. On peut dire qu’on ne Voit pas , en général , à Millau , cette grande propreté du corps et du logement qui , chez les peuples du nord de la France , est un des grands préservatifs des maladies graves. Deux rivières viennent rapidement s’unira loo toises à l’est de la ville: le Tarn (i), coulant dans

(i) Lorsque celte rivière est dans son lit ordinaire , elle n’est ni bien profonde ni fort large , n’étant qu’à 12 ou J 3 lieues de sa source; mais, comme elle coule toujours entre des montagnes 'hautes , elle a quelquefois des crues qui l'élèvent à plus de 4 toises. Il y avait uu mauvais pont étroit , dans le genre gothique f qui

la rlirectîon du nord au couchant par le levant et le midi ; et la Dourbie , sortant des montagnes du levant. Il y a beaucoup de fabriques dans lesquelles on travaille les peaux des animaux ; presque toutes sont placées le long du Tarn , au midi de la ville , et il s’en exhale constamment des vapeurs putrides. Contre les règlemens de salubrité publique, le cimetière des catholiques est aussi placé au midi de la ville , au bord du Tarn , près de l’hôpital et des fabriques ci-dessus , et entre un faubourg et l’enceinte de la ville. L’étranger comme l’habitant s’étonnent de ne pas voir le lieu de la décomposition des cadavres placé au nord , et hors de la ville. Il faut espérer que les autorités locales, qui savent combien peut être nuisible à la salu-

eroula il y a plus de 6o ans , et qui n’a pas été rétabli |usqu’à ce jour , quoique Millau se trouve sur la route ta plus courte de Paris à Perpignan. Mais on construit dans ce moment un nouveau pont à côté de celui qui est en ruine. Il réunira la légèreté à la solidité ; on y eût aussi ajouté l’élégance, s^îl eût été construit aux frais de l’Etat , au lieu de l’être par souscription. La ville devra une reconnaissance sans bornes à son digne Sous-Préfet actuel, qui a été le principal pro-.. moteur du projet de ce monument , et à M* Lerouge ingénieur de l’arrondissement , qui a su trouver le lieu, le plus avantageux pour le faire économiquement, qui en a fait le plan et qui eu dirige l’exécutioa aveç ua e«le rare«^

brité publique la position de ce cimetière , surtout lorsqu’il y a une grande mortalité , et qu’il règne des vents de sud ou d’ouest dans la saison chaude, choisiront un local au nord, comme l’ont fait les protestans. La ville a trois sources principales d’eau pure et très-légère hors 4 la ville ; une au nord , une au levant et l’autre vers le midi. La première , qui a un réservoir assez profond à sa naissance , fournit de l’eau pour faire aller deux moulins ; sa position , relativement à la ville , est si heureuse , qu’avec peu de dépense on pourrait arroser les rues toute l’année , détruire leur malpropreté , et sur - tout en rendre l’air pur par l’agitation que le courant rapide de l’eau produirait , la plupart d’entr’elles ayant une* pente assez rapide. Les habitans sont en général sobres ; la plupart des femmes et des enfans ne boivent que de l’eau , et les hommes s’abreuvent , en général , du vin du vallon qui contient peu d’alkool. Les alimens de la généralité des habitans , sont un mélange de végétaux et de viande de boucherie , à peu près dans les mêmes proportions. Le bas peuple remplace la viande de boucherie par le cochon salé. Il y a , à peu de distance de la ville , deux petites sources d’eau minérale froide ; une vers le nord , et l’autre au midi, à quarante pas du Tarn. Celle du nord , dite du champ de M. Sapientis , a

deux petites fosses rondes, l’une à côté de l’autre, contenant chacune à peu près 4 pieds cubes d’eau. La température autour des fosses , le 20 août , à 6 heures du?,matin , était de n degrés au thermomètre de Réaumur. Le même thermomètre , plongé pendant un quartd’heure dans l’eau de chaque fosse, a présenté le même degré de chaleur que l’air ambiant. L’eau des deux fosses était limpide et sans couleur ; en l’agitant elle a paru , à l’odorat et à la vue , dégager un peu de gaz hydrogène sulfuré, que je n’ai pu recueillir; son goût était un peu cuivreux. L’évaporation de ^3 livres d’eau d’une des deux fosses , a produit 3 gros de résidu. L’eau des deux fosses , et le résidu obtenu , traités par les divers réactifs connus, ont fait reconnaître la présence du muriate de chaux , du sulfate de magnésie et du sulfate de chaux. Les 3 gros de résidu ont été un composé de :

Muriate de chaux « gros 4 grains ip.

Sulfate de magnésie « 32 1/2.

Sulfate de chaux 2 23 v/0.

Total 3 gros.

La source située au midi , dite du champ du Prieur, qui a à peu près 6 pieds cubes d’eau , a présenté , comme l’autre , la même température que l’air ambiant. Elle est limpide et sans couleur ; elle a un peu l’odeur et le goût

<3a etrivre; elle dégage , en petite quantité , un gaz qui me paraît de la même nature que celui de l’eau du champ de M. Sapientis. L’évapo-< ration et le^rêactifi ont fait reconnaître du muriate de chaux , des carbonates de fer et de magnésie , et des sulfates de magnésie et de chaux. Le résidu de l’évaporation de 20 liv» de cette eau a été de 6 gros 8 grains , et composé de

Muriate de chaux. ... « gros 20 grains.

Carbonate de fer. ... « 12.

Carbonate de magnésie « 18.

Sulfate de magnésie . . i 18.

Sulfate de chaux. . . 4*

Total. ... 6 gros 8 grains (i).

(i) J'ai agi , pour cette analyse , d’après les procédés de M. Thénard. Je dois dire ici que j’ai été bien secondé par M. Gui , pharmacien , reçu depuis peu d’années à l’école spéciale de Montpellier, Sa probité à toute épreuve , et son amour ardent pour la chimie pharniaceuti'-jue , lui méritent la conHauce des ineüecins et du public. Il n'est aucun de mes confrères qui ne sente vivement , comme moi, combien il nous est nécessaire d’être assurés de la probité des pharmaciens : malheureusement elle n’est pas aujour.* d’hui commune. Je vois avec la plus grande peine que les préparations chimiques les plus importantes pour les malades et le plus en usage . sont devenues des objets de commerce , et que les droguistes en fournissent aux

D’après cette analyse , on peut conclure que Teau dite du champ de M. Sapientis , est trèspeu avantageuse comme médicament , et que si elle produit le vomissement et la diarrhée chez la majeure partie des personnes qui en font usage dans la saison chaude , on ne doit l’attribuer qu’à l’état bilieux des organes digestifs, ou à la trop grande quantité de cette eau qu’on avale et qui agit alors par indigestion. Le bien-être que quelques personnes ressentent après quelques jours d’usage de cette eau , ne me paraît attribuable quà l’.évacuation de la bile (qu’aurait aussi bien opérée une grande quantité d'eau de la rivière ), à l’air pur et frais du matin, à l’exercice modéré du corps et à la gaîté qui règne dans cette petite réunion champêtre.

L’eau dite du champ du Prieur , tenant en dissolution une plus grande quantité de divers sels, et sur-tout de rfuf^hte de chaux, est plus active. Il y a quelques années que les habitans de la ville allaient prendre de cette eau , d’après l’avis des médecins. Si j’en crois ce qu’on m’en

pharmaciens. J’ai vu, chez ces derniers, du kermès mipèral mêlé avec de la brique pilée , du mercure doux qui contenait du suhhmé corrosif, etc. 11 est bien important que le Gouvernement s’empresse de remédier à ce désordre. J’ai appris, avec une bien douce satis."* faction , qu’il s’en occupe particulièrement,

a dit , elles combattaient avec succès les affections bilieuses. Je suis porté à croire qu’elles peuvent être* utiles, comme atténuantes, dans les commencemens d’obstructions lentes des organes du bas-ventre , et sur-tout de celles du foie, de la rate et même des reins , dépendantes de l’altération de l’humeur bilieuse.

Il n’existe , dans le vallon , d’autre animal dangereux que la vipère , qui n’est pas même commune.

Quoique l’air du vallon soit en général pesant , les vapeurs qui se dégagent soit de la surface du sol , soit des rivières , soit enfin des habitations et des fabriques, n’ont jamais le temps de le vicier extrêmement , parce que la grande ouverture entre les montagnes du nord et du levant, entre celles-ci et celles du midi, et le peu de hauteur de celles du couchant, facilitent de grands courans d’air , provoqués , d’ailleurs , par lit coulant rapide des deux rivières.

Il résulte des notes météorologiques que j’ai faites pendant plusieurs années , et à diverses époques , que le vent du midi, appelé vent de mer , qui est chaud et humide , et celui du nord , quart nord-ouest, nommé dans le pays vent de montagne , qui est froid et humide, sont ceux qui prédominent dans ce vallon, et on peut dire qu’ils régnent autant i’ua que

l’autre. J’ai observé très-souvent que , lorsque le vent de montagne sort , il fait de suite rentrer celui de mer , et que lorsqu’il doit cesser lui-même , il est presque toujours remplacé par le nord droite qu’on nomme bise , et qui dure toujours peu. Cependant en 1817 , le vent de mer, qui prédomina depuis le mois de janvier jusqu’au mois de mai , fut presque toujours remplacé par le vent d’ouest , vulgairement appelé vent de Bordeaux, qui n’était ni froid ni chaud , mais très-humide, charriant et déchargeant presque constamment beaucoup de nuages. La mortalité, en 181 7 , a été de 38i individus, dont 262 enfans : il en est né 3i4»

Ce court exposé suffira pour s’apercevoir que, pendant à peu près cinq mois , la constitution de l’air a été tantôt chaude et tantôt tempérée, mais presque toujours humide; aussi a-t-on vu prédominer pendant ce temps , et même durant le reste de l’année, la diathèse communément appelée catarrhale , et sur tout les lésions des membranes muqueuses.

Avant de faire connaître les principales affections aiguës épidémiques qui ont régné pendant cette année, je crois devoir dire quelques mots sur les affections chroniques endémiques qui s’observent dans la ville. Pendant de longs voyages que j’ai faits en France, en Italie, en Allemagne et en Prusse, j’ai toujours

eu l’attention d’observer la position des lieux habités, et de prendre des informations de mes confrères sur les maladies endémiques. Je puis assurer que , dans aucune des petites villes que j’ai vues , il n’existait , relativement à la population , autant d’affections scrophuleuses et rachitiques qu’à Millau. Depuis long-temps je cherche à en connaître la cause, et tout me porte à penser qu’elle doit dépendre des qualités de l’air du vallon. J’ai vu les Crétins des Alpes , et sur-tout ceux de la Morienne, je les ai bien examinés , ainsi que le lieu qu’ils habitent , et je ne sais faire dépendre la cause du grand engorgement des glandes du cou , qui est , en général , le commencement du crétinisme , que de l’air pesant qu’ils respirent , et qui les comprime presque constamment dans des vallons resserrés par ces hautes montagnes. A mi-mont , on en voit peu , et sur les sommets , pas du tout. Par analogie, l’air pesant du vallon de Millau ne peut-il pas prédisposer au vice scrophuleux qui, le plus souvent, se montre par l’engorgement des glandes du cou ? On ne voit pas ce vice chez les enfans des paysans qui habitent les flancs et le haut des monta-r gnes qui forment le vallon. Quant au vice rachitique, on sait, par le traitement sur-tout, qu’il est frère du vice scrophuleux.

H n’eat pas de maladie qui ait plus fixé moa

lô

attention que l’affection scrophuleuse, tant souâ le rapport du traitement que sur la cause qui la produit. J’ai employé plusieurs méthodi’s; j’ai même alterné celles que je croyais opposées l’une à l’autre, et, jusqu’à présent, presque toujours en vain. Les premières révolutions septénaires font plus en général dans un mois , que tout mon savoir dans dix années entières. Je sais qu’un de mes confrères , habitant à six lieues de Millau , qui est souvent consulté pour cette maladie , n’est guère plus heureux que moi dans ses traitemens. Il est vrai que les plus grands praticiens ont reconnu, jusqu’à ce jour, que c’est une des maladies qui opposent le plus de résistance aux meilleurs moyens de l’art. On ne saurait cependant trop chercher quelque nouvelle ressource contre cette affection qui tend à faire dégénérer l’espèce , et qui s’observe chez tous les peuples civilisés. Si jo ne me trompe , l’électricité , employée par des médecins éclairés, pourrait avoir du succès. On sait combien elle stimule la fibre nerveuse des vaisseaux lymphatiques ; elle peut, par ce moyen , faciliter la circulation de la lymphe stagnante dans les glandes. J’emploie, dans ce moment, le protoxide d’arsenic, dont je corrige la trop forte impression sur la fibre nerveuse par le mélange de l’opium. Je pense que cette substance doit atténuer puissamment

la lymphe. Le sujet , pour qui je l’emploie, est une fille de i8 ans , menstruée depuis trois, et chez qui le vice scrophuleux a commencé, dès son enfance, au cou et à la figure , surtout à la lèvre supérieure qui a été très-enflée. Depuis trois mois qu’elle fait usage de ce remède , le vice paraît entièrement détruit , du moins tous les symptômes ont disparu. Comme nous sommes encore dans la saison chaude , il est possible qu’il ne fasse que se cacher. J’aurai occasion , dans le temps , de dire s’il a reparu. Voici comme j’ai administré le remède.

La malade a pris quatre fois par jour, à 3 heures d’intervalle , une prise de la poudre composée comme suit , buvant par-dessus chaque prise un verre de décoction de racines de guimauve.

Protoxide d’arsenic bien porphyrisé, 2 grains ;

Partagez en seize prises égales.

Muriate de mercure doux bien porphyrisé , 16 grains ;

Partagez en seize prises égales , et mêlez chacune de ces prises avec celles de protoxide d’arsenic.

Opium du commerce , en poudre, 2 grains;

Gomme arabique et sucre raffiné, de chaque, 1 gros ;

Unissez bien ces deux substances , partagezles en seize prises , et mêlez chacune d’elles

avec celles de protoxide d’arsenic et de muriate de mercure doux.

J’observe que , chaque huit jours , j’ai fait augmenter la dose d’une prise. Ce remède , ainsi administré , n’a été en excès que lorsque la malade en a pris huit prises par jour ; alors elle est revenue à sept, et a continué ainsi jusqu’à ce que tous les symptomee de l’affection scrophuleuse ont eu disparu.

Je me propose d’employer ce remède lorsqu’il se présentera quelque autre cas de cette nature. Je désire que mes confrères m’imitent, afin de s’assurer , le plutôt possible , si ce nouveau moyen peut avoir plus de succès que tous ceux connus jusqu’à ce jour.

La phthisie pulmonaire est aussi assez commune dans Millau ; cependant le nombre des personnes qui en sont atteintes n’est pas assez grand pour qu’on puisse lui assigner une cause locale particulière. Je ne doute pas pourtant que le vice scrophuleux n’en soit une des principales.

Parmi les affections aiguës qui ont régné épidémiquement , deux sur - tout qui ont eu leur siège sur la membrane muqueuse des organes pulmonaires ont été très-remarquables , le croup et la coqueluche. La première de ces maladies n’était guère connue que de nom , dans ce pays , avant 1817. Cette'affection , tou^-

|ours très-grave par sa nature et son siège , a été meurtrière : elle commença les premiers jours de mai. Sur une population de 8000 âmes , comme je l’ai dit plus haut, il n’y eut , heureusement , que dix - huit enfans qui en furent atteints; on n’en put sauver que cinq. Le traitement fut cependant assez actif et conforme à celui généralement adopté , c’està-dire composé de sangsues , de vésicatoires , de vomitifs répétés , de muriate de mercure doux, de pommade d’Autenrieth, etc., (i).

(i) N’ayant pu sauver, par ce traitement , les trois premiers que je vis , et informé que deux de mes confrères n’avaient pas été plus heureux, je voulus tenter un moyen auquel me fit penser le siège de la maladie. Réfléchissant que tous les secours de l’art généralement employés n'ont qu'une action indirecte sur l’organe affecté, j’imaginai de combattre directement le mal en tenant le malade constamment dans un air imprégné d’acide nitrique. Un de mes confrères avait été appelé , le matin du premier juin , pour un enfant de cinq à six ans, blond , frais , qui , depuis douze ou quinze heures, était atteint d’une forte fièvre avec dyspnée et inspiration sifflante. Les sangsues avaient été déjà appliquées à la partie antérieure du cou lorsqu'on vint me prendre : je recommandai de bien laisser couler le sang; il eu perdit beaucoup ; la belle couleur rose de sa figure disparut j il devint pâle comme un cadavre: aussitôt que le sang fut arrêté , je lui fis prendre , par cuillerées souvent répétées, une dissolution d’un grain de tartrate de potasse et d’antimoine dans six onces d’eau sucrée ; il vomit

Il disparut à l’arrivée des grandes clialeiîrs >

plusieurs fois quelques matières glaireuses : le soir je lui fis appliquer un emplâtre de cantharides au milieu de la colonne cervicale.. Le lendemain matin le mal avait empiré : j’entendis (^e l’escalier le sifflement de la respiration / l’enfant s’agitait dans tous les sens; sa figure devenait violette.; il y avait à craindre la suffocation : je le fis de suite placer dans un lit à rideaux que je fis fermer ; je plaçai au milieu du lit un verre dans lequel je jetai quelques pincées de nitrate de potasse légèrement humide, et je versai dessus dcmi-ouce d’acide sulfurique, ayant soin de remuer le mélange avec un tube de verre; Je recommandai qu’on répétât la fumigation toutes les deux heures , et qu’on fît boire à l’enfant , peu et souvent, de l’eau sucrée stibiée ; à midi la respiration était moins sifflante, le soir encore moins; l’agitation n’existait plus; la nuit fut assez bonne ; les fumigations se firent avec exactitude. Le lendemain matin je n’entendais presque plus de sifflement : on répéta les fumigations tout ce jour et tout le lendemain ; le mieux augmenta toujours, et l’enfant fut parfaitement rétabli le dixième jour de la maladie.

Encouragé par ce succès , que je devais attribuer à l’action de la vapeur nitrique, puisque les moyens ordinaires que j’avais mis en usage auparavant n’avaient pas empêché les progrès de la maladie , quoique employés dans le commencement , je désirais de répéter l’expérience , et l’occasion s’en présenta bientôt : le y du même mois y je fus appelé pour un enfant de i8 mois , qui, depuis la veille , avait de la difficulté à respirer et de la toux sans fièvre ; l’inspiration n’était pas encore décidément sifflante , mais on remarquait que l’air , en passant dans la trachée-artère, rendait un son sec, qui annonçait un

et il ne s’était plus revu jusqu’au commen-

commencement de lésion de la membrane muqueuse: je mis de suite en usage les mêmes moyens que pour le précédent , mais sans succès : l’enfant périt dans quarantehuit heures, avec tous les caractères du croup. Le 22 du même mois je vis un autre enfant , âgé de deux ans ; il avait la voix rauque depuis deux ou trois jours ; il y avait peu de dyspnée , mais l’inspiration était sifflante : l’enfant toussait a peu près coninie font les petits chiens enrhumés. J’employai les mêmes moyens que. pour les deux autres ; les fumigations furent même variées , je les fis d’abord avec la vapeur nitrique et ensuite avec la vapeur muriatique , mais sans succès ; le mal empira toujours et la victime succomba le septième jour.

J’ai eu occasion d’employer ces fumigations, cette année, pour trois autres cas semblables et toujours sans succès. Voilà donc que , de six exemples que je donne , un seul est à l’avantage des fumigations : cela n’est pas , il est vrai , bien encourageant j cependant la raison me paraît être en leur faveur. Les moyens ordinaires , mis en usage •à temps , dans le cas où elles ont eu du succès, n’avaient pas empêché le progrès du croup ; la vapeur nitrique , employée presque seule (car l^enfant ne but presque pas de l’eau stibiée dont j’ai parlé), améliora de suite son sort : dans trois jours le sifflement eut disparu. Si ce remède n’a pas eu le même avantage dans les cinq autres cas , on peut dire seulement que , dans ces cas, il n’a pas plus fait que tous les moyens généralement employés j et le premier cas reste toujours un fait positif, qui doit engager les praticiens à mettre en usage le moyen que j’ai imaginé , ou les faire penser à quelqu’autre substance qui , réduité CQ vapeur et respirée , puisse îLvoii: plus d’effet.

cernent de i8i8 , qu’il atteignit deux enfans de la campagne , à trois quarts de lieue à V Ést de la ville. Je fus appelé pour le premier, qui mourut deux heures après ma visite. L’autre n’avait alors qu’un peu de toux. Je les avais trouvés tous les deux dans le même lit. Je dis aux parens qu’il y avait à craindre que la maladie du premier ne se déclarât chez le dernier ; ce qui eut lieu effectivement. Je ne fus point appelé , et l’enfant périt, dans trois jours, sans aucun secours de la médecine. Au commencement de mars, deux autres enfans de la ville, vus par un de mes confrères , moururent aussi de cette terrible maladie, dans très-peu de jours. Nous sommes au mois de septembre , et j’en ai traité trois, cette année , qui sont morts.

La coqueluche fut moins mortelle , mais bien plus répandue ; plus de cent cinquante individus en furent atteints. Elle fut tx-ès-opiniâtre ; elle tourmenta long-temps les mêmes individus , quoique combattue avec soin. Elle se maintint toute l’année. J’observai , cependant , qu’elle se borna à très-peu d’individus dans les temps très -chauds et jusqu’à la fin de l’année : alors elle sembla avoir cessé. , J’en traitai une assez grande quantité. Il y eut plusieurs adultes qui en furent tourmentés. Leux enfans de la même mère succombèrent. J’ouvris le cadavre de l’aîné , âgé de 5 ans ,

je trouvai tous les tubes aériens , jusqu’aux plus petites cellules bronchiques , gorgés d’une mucosité blanchâtre , épaisse, et assez ressemblante à l’écume que rendent, en les pressant, les pommes reinettes en fermentation vineuse. Je ne trouvai ni tubercules , ni suppuration. La trachée - artère était aussi enduite d’une mucosité dense , qui n’était cependant pas écumeuse. Les autres organes de la poitrine et du ventre étaient très - sains. L’estomac , organe où de grands praticiens ont cru que résidait la cause matérielle de la coqueluche, était dans l’état le plus naturel, et il ne renfermait qu’à peu près une once de sucs blancs, très - liquides et inodores. Je n’avais jamais douté que le poumon ne fût le seul siège de la coqueluche, en ayant jugé d’après les symptômes les plus constans et les plus prononcés , moyen presque infaillible de reconnaître le siège des maladies. Je fus cependant bien aise de m’être assuré de l’état de cet organe , lorsque la cause de la maladie est parvenue à faire mourir Tindividu sur lequel elle agit.

Cette autopsie cadavérique se trouve conforme à celles qu’on a faites dans ces derniers temps , particulièrement en Allemagne.

Le traitement ordinaire , c’est - à - dire , les évacuans par le haut et par le bas , les vési-

catoires, les caïmans, les bains, ne produisirent presque aucun effet. J’obtins du succès sur sept à huit enfans, et même sur une demoiselle de 2,4. à ans , de l’emploi de la feuille de belladona, et sur-tout de sa racine, Tune et l’autre en poudre excessivement fine; condition qui, depuis 20 ans que j’exerce la médecine, m’a toujours paru nécessaire pour obtenir de l’avantage des médicamens administrés sous cette forme. La bella-dona, si vantée par les médecins allemands, pour cette maladie, ne fut pas cependant d’un succès très-général ; elle no produisit aucun bon effet sur plusieurs enfans ; et quoique administrée avec prudence , elle occasiona, chez quelques-uns , de la céphalalgie , et une vive rougeur momentanée à la figure.

J’ai obtenu des effets merveilleux de l’acide prussiqiie , préparé selon la méthode de Scheele , sur quatre enfans de la même famille. Je fis mettre trois gouttes de cet acide par once d’eau distillée , et je fis prendre ce mélange par cuillerées chaque deux heures. Les enfans euxmêmes me rapportèrent ingénûment, qu’ayant corhmencé à prendre ce remède le matin , ils n’avaient pas eu le soir les quintes de toux qui menaçaient de les étouffer ; qu’ils avaient bien dorjni, et que, le quatrième jour de l’usage de ce liquide, la coqueluche avait entièrement

disparu chez deux d’entr’eiix , et chez les deux autres quelques jours plus tard. Je ne puis citer que ces quatre cas , parce que je n’ai pensé à ce moyen que depuis peu. Ces exemples se sont présentés ce printemps, où on a vu reparaître la coqueluche comme le croup, quoique chez très-peu d’individus. Au moment où j écris , je n’entends pas dire que la coqueluche soit commune.

Ce qui me donna l’idée d’employer l'acide prussique fut la lecture d’un mémoire de M. Magendie, qui annonçait le succès de ce remède dans les toux nerveuses. Considérant la coqueluche comme ayant son siège particulièrement sur les nerfs de la membrane muqueuse du poumon, je pensai d’imiter ce savant médecin chimiste qui annonce tous les jours à la science combien elle lui sera redevable. Je ne cite pas assez de faits pour qu’on puisse décider que cet acide est particulièrement utile dans cette maladie ; mais je prie mes confrères de vouloir bien répéter les expériences que j’ai faites, pour s’assurer si on pourra généraliser l’emploi de cette substance , qui , il est vrai , exige la plus grande prudence dans son achninistration*

Il y a deux autres substances presqu’identiques qui me paraissent pouvoir être utiles dans ces mêmes cas; l’eau de laurier-cerise, et celle

d’amandes amères. Je me propose d’en faire usage lorsque l’occasion s’en présentera. J’en ai vu obtenir les plus grands succès , et 4’en ai obtenu moi-même de la première de ces deux substances, dans les péripneumonies ||sthéniques. Je désire cependant que, pour le bien de l’humanité , et l'avantage de la science , ces substances ne soient jamais employées que par ceux de mes confrères instruits qui sauront les administrer avec la prudence quelles exigent. Leur emploi par des ignorans pourrait avoir des conséquences funestes , et produire même le grand inconvénient de les faire décrier et proscrire , comme on fit dans le temps d’autres substances , et sur-tout du tartre émétique , reniède si puissant et si généralement administré avec succès aujourd’hui (i).

(r) J’ai annoncé, dans la Iraduclion non encore imprimée dêjld. le prof. Rasori , sur la fièvre pétéchiale qui régna à Gênes pendant le dernier siège qu’y sonlinrent les Français , que je publierais un mémoire sur l’action vraie qu’ont certains remèdes actifs sur la vitalité. J’ai déjà fait , sur des lapins et des cochons d’Inde , des expériences tendant à prouver l’action opposée de l’alkali volatil avec l’eau de laurier-cerise. Je suis occupé à en faire encore pour connaître l’action d’autres substances, telles que le tartre émétique , l’acide prussique , la digilale , la bella-dona , etc,

M. le professeur Rasori m’a eu dit qu’il avait fait depuis long-temps des expériences de celte nature sur

J’ai cru qu’avant de faire connaître les deux.

plusieurs espèces d’animaux , mais je ne connais ni te résultat ni l’interprétation que l’auteur a cru devoir en donner. Cet, homme célèbre et malheureux est auteur d’une thétfrie médicale qui , quoique susceptible de perfectionnement , me paraît une des meilleures que la science possède. Je ne la connais pas en entier , et j’ose dire qu’il n’y a encore que lui - même qui la possède j cependant ses détracteurs ont eu l’effronterie de la publier pour en faire une critique. 11 m’est pénible, mais je dois à la vérité, à l’estime et à l’amitié que j’ai pour ce digne et trop malheureux Professeur , de dire que l’envie, qui ne devrait loger que dans le cœur des sots et des ignorans , s’est malheureusement emparée d’un homme , d’ailleurs de beaucoup de mérite , pour persécuter horriblement cet infortuné savant. Si je dois m’en rapporter à ce t^ue m’a dit M. Piasori lui-même , M. le

professeur M a employé des moyens indignes de lui

pour lui nuire ; il s’est servi , à Milan, il y a trois ou quaire ans, d’un nom jusque-là très-obscur ( et que le professeur Rasori devait, par une correspondance imprimée , faire connaître au moment où il fut arrêté et enfermé dans la forteresse de Mantoue), pour publier une brochure dans laquelle on expose la prétendue théorie du contre - stimulus , et en faire une critique -maligne. J’ai beaucoup d® peine à me persuader qu’un homme

de grand mérite comme M. le professeur M, ait pu

s’avilir à ce point : il est vrai cependant que de Jlaën s’oublia bien aussi pour persécuter Haller.

Lçs connaissances théoriques et pratiques que j’ai acquises depuis vingt ans q\)e je suis médecin , et les diverses expériences que j’ai faites , m’ont amené à penser des plus graijds moyens d'expliquer l’ensemble des

fièvres éruptives observées à Millau , il con-

pliénomènes qui émanent de notre organisation saine ou malade, est la connaissance profonde de la nature et du mode d’agir des corps rais en contact avec elle. Cette manière d’envisager l’étude de la médecine m’a conduit à reconnaître quatre classes de phénomènes :

I. Phénomènes dépendans de la faculté générale qu’ont les soliues du corps vivant de réagir sur les êtres doAt ils reçoivent l’impression.

II. Phénomènes produits par l’action physique des corps agissant par leur gravité , leur pesanteur, leur élasticité , leurs formes , leurs attractions , etc.

III. Phénomènes résultant de l’action chimique des substances agissant par leur force d’agrégation, de composition, de décomposition , etc.

IV. Phénomènes résultant du concours des deux- ou des trois classes des phénomènes ci-dessus énoncés.

Je développerai ma manière de voir, dans le mémoire que j’ai déjà annoncé, sur l’action de certaines substances actives. Je dirai seulement, en passant, que, de l’immensité des corps dlfférens qui agissent sur nous , il n’en est peut-être aucun qui soit cause de tant de phénomènes , ou qui participe autant à leur formation , que le fluide électrique,

11 me semble cju’on n’observe pas assez , depuis quelque temps , le grand rôle que joue cet agent puissant dans la nature, et particuliérement sur et dans les corps oiganisés; il y a certainement des rapports entre sa nature ei celle de l’élément qui règle leur vie.

On le trouve dans l’intérieur du globe, sur sa superficie, dans tous les êtres qui l’habitent et dans les régions d’air qui l’enveloppent 3 une infinité de phénomènes de géologie , d’hislou's naturelle et de météorologie depeudeiU de lui}

venait de donner une idée du lieu où elles ont

on. connaît^ en medeciae , ses grands rapports avec le système nerveux j il est quelquefois employé comme remede j il le fut beaucoup plus , mais de fausses applications le discréditèrent injusfement.

Il paraît que les avantages de ce fluide dépendent beaucoup de la manière de l’employer. L’observation a prouvé , que , lorsqu’il n^a pas donné de bons résultats par les étincelles , on en a obtenu par le galvanisme et même par le magnétisme , qui ne me paraît être que l’électricité négative. La magnétisme aujourd’hui proscrit a cependant produit de très-bons effets ; il a été malheureux pour la science que sa découverte ait été accompagnée du charlatanisme, et que l’enthousiasme se soit mêlé de la partie ; l’un et l’autre ont fait armer contre lui le ridicule qui l'a terrassé : tel est le tice de l’esprit humain, que les erreurs que produit l’enthousiasme d’une découverte la discréditent souvent beaucoup plus qu’il ne faut } la médecine en offre malheureusement de grands exemples. Lorsqu’on commença à se servir de l’électricité comme remède , on obtint des cures surprenantes j mais, dans la suite , le mauvais emploi qu’on en fit la discrédita ; cependant les médecins peuvent en retirer le plus grand avantage dans leur pratique; il y en a peu qui aient une machine électrique ; les écoles de. médecine , en autorisant les jeune.s gens à exercer , devraient les inviter à en avpir une.

Le galvanisme peut aussi se pratiquer avec succès comme mode particulier de communiquer le fluide électrique , et sans grande dépense pour le médecin.

Le magnétisme, qui peut aussi se pratiquer à trèspetits frais , peut être utile dans des cas ou çn voit échouer tout ce que aou.s fournit de bon la matière

régné ; des constUutions atmosphériques qui

médicale. Quoique ce moyen ne soit pas , comme le dit M. Mesmer , auteur de cette découverte , un remède universel qu offre la nature pour guérir et préserver les hommes^ réduit à sa juste valeur, c’est-à-dire considéré comme moyen de régulariser ou d’extraire le fluide électrique par les métaux aimantés , mérite l’attention des praticiens. Des médecins vivans, d’un mérite reconnu, et des personnes très - éclairées , de beaucoup de sens et dépouillées de préventions , en ont vu des effets surprenans , sur-tout sur le système nerveux. Quoique les faits suivans ne présentent pas de la nouveauté , je me plais à les citer, comme méritant toute confiance sous le rapport de la personne respectable de laquelle je les tiens.

a J’ai vu, dît M. le eomte Dqlac , sous-préfet actuel « de Millau, chez M. Murat - d’Aubin , médecin , qui ce mérite , par son savoir et ses qualités morales , toute M la réputation et la considération dont il jouit , une « jeune personne de onze ans, attaquée de convulsions « terribles : ses bras se tordaient ; ses jambes venaient <( se joindre à son dos : tous les secours de l’art avaient K été infructueux. M. Murat, ne sachant plus quel moyen « employer, pensa d’user du magnétisme, sans cependant « ajouter foi à ce moyen : la malade devint bientôt « somnambule, et dans cet état elle raisonnait juste sur « les causes de sa maladie ^ elle indiquait même les « remèdes qu’on devait lui administrer , et annonçait « l’epoque de ses attaques. On lui fit les remèdes qu’elle « avait désignés , et au bout de dix-huit mois ou deux « ans elle fut guérie. Je l’ai vue plusieurs fois daiis l’état « de somnambulisme 5 j’ai tenu note de ce qu’elle <( annonçait , et cela s’est toujours vérifié. »

©nt èu part à leur développement ; des mala-

« M. Murat fut appelé pour une maladie à peu près « semblable, dans une petite ville nommée Yilleneuve : 41 les médecins voisins s’y transportèrent. A la première « magnétisation , la malade , âgée de dix ans , tomba « en somnambulisme. Son père a continué à la magnéliser « pendant deux ans , lui faisant suivre le régime qu’elle « indiquait elle-même. Elle est aujourd'hui entièrement a guérie. »

« J’avoue, dit M. le comte Dulac , qu’il faut avoir « vu les faits pour croire à la clairvoyance que démontrent « les magnétisés ; mais il faut se rendre à l’évidence , « sans admettre toutefois l’entière doctrine de M* de a Poységur , et en se gardant bien, comme lui, de «prétendre que le magnétisme est bon pour tontes « les maladies ; Je pense , au contraire , qu’il faut « en user très - sobrement ; qu’il est dangereux dans « certains cas, mais qu’il doit être salutaire pour toutes « les maladies ou il faut augmenter le mouvement des « fluides. »

Je n’ajouterai rien à ce qu’observe M. le comte Dulac j s.ur le phénomène qui s opéra dans les facultés mentales de la convulsionnaire de onze ans ; mon inlerition n’est pas de l’expliquer j je me bornerai à dire qu’on ne peut méconnaître , dans ce fait , l’action d’un fluide sur le système nerveux.

Ma pratique journalière m’a convaincu que le fluide électrique doit être aussi considéré , en médecine , sous un autre aspect non moins intéressant que ceux dont je viens de parler. Il y a des substances médicamenteuses qui jîaraissent éminemment pourvues de fluide électrique , et d’autres qui , en étant entièrement privées , ont la faculté de s’emparer de celui de notre corps Ipxsqu’èlles sont

dies rares et le? plus remarquables qui ont

mises en contact avec lui. Je vois quelquefois disparaître en moins d’une heure , sans aucune évacuation sensible , des douleurs qu’on nomme vulgairement rhumatismales , par l'application de certains médicamens , soit en frictions, soit en forme d’emplâtre. Peut-on dire que la douleur provenait de la présence d’une humeur viciée 1 Non, sans doute , puisqu’il n’y a pas eu d’évacuation , et que d’ailleurs la disparition a été si prompte, que l’humeur n’aurait pas eu le temps de sortir par les émonctoires naturels. On ne peut pas dire non plus qu’elle venait simplement de trop ou de manque d’excitation des solides , et que le remède a rétabli l’équilibre , puisque toute autre substance reconnue analogue à celle employée , n’a pu produire le même effet. Cela tient donc à une qualité particulière du remède appliqué. D’après cela, ne pourrait - on pas admettre l’explication suivante : ou la douleur provenait d’une accumulation trop grande d’un fluide subtil qui me paraît être l’électrique , et le remède ayant eu la faculté de se l’attirer, en a délivré la partie affectée 5 ou la douleur dépendait d’un manque de ce fluide , et le remède qui en possédait a communiqué à la partie la quantité qu’il lui fallait. ,

Il me semble qu’en admettant ma manière de voir , on a un des grands moyens d’expliquer la presque incompréhensible et cependant vraie spécificité de certains médicamens. Cette action particulière qu’on observe constamment dans l’emploi de certaines substances , est, selon moi, un des phénomènes les plus intéressans à expliquer pour l’avantage de la médecine. Les grandes lumières répandues de nos jours dans la physique et dans la chimie, peuvent être aussi infiniment utiles pour donner raison de la spécificité des remèdes. Plusieurs écrivains célèbres

régné épidémiquement avec elles. J’ai tâché d’être précis dans mon narré. L’amour de la vérité m’a seul guidé; c’est encore lui seul qui dirigera ma plume dans le chapitre suivant.

ont cherché à expliquer ce phénomène surprenant , et je pense que, s’ils n’ont pas été heureux dans leurs explications, on doit l’attribuer à l’application qu’ils ont faite ^ yjL de celte physiologie transcendante, qui, lianT|les phéno- ^***’mènes de la vie animale, a produit un roman bien plus nuisible au corps de l’homme que lés romans immoraux ne l’ont été à son cœur. Si nous voulons être heureux dans l’explication des phénomènes qui émanent du corps vivant , tenons-nous en garde contre l’énorme nuée obscure des sensations , qui ne sont que le produit des rapports du système nerveux avec les facultés mentales , et ne détournons jamais notre attention des phénomènes de la vie animale, et de leurs rapports avec ceux de la physique et de la chimie.

Nousne devons pas cependant ne donner aucune valeur au rapport que font certaines personnes des sensations nombreuses et variées qu’elles éprouvent dans l’état maladif : il est des sensations qui dépendent de certaines altérations d’organes difficiles à reconnaître , mais qu’un médecin habile sait apercevoir en même temps qu’il voit l’impossibilité de remédier au mal.

L’explication que j’ai donnée de l’action prompte de certains remèdes peut être très-hypothétique, mais les faits sont certains. Il n’est pas de praticien observateur qui ne puisse reconnaître, par exemple , qu’en faisant appliquer l’emplâtre de cantharides comme rubéfiant sur une partie douloureuse , la douleur disparaît quelquefois dans moins d’une heure , et qu’en faisant faire des frictions avec une

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