‹ Description de Paris et de ses édifices, Volume 1Chapitre 33 sur 72 · BARRIÈRE DU TRÔNE · texte numérisé non relu

BARRIÈRE DU TRÔNE

JLa porte Baudeyer faisait partie de renceiote dç Philippe -Auguste y et se trouvait daD$ 1^ rue Saint- Antoine y vis-à-vis de la rue de la Gultujfe-Sainte-Car therine. Elle devint inutile sous Ghaxle^ V, lors de la construction dcnouveaux murs, et el)efut remplacée par une autre porte dite de Saint- Antoine , laquelle répondait aux, rues Jean-Beausire et dés.Tournelles.

Henri III fit reconstruire cette dernière porte audelà des fossés delà Bastille, et Jean Qoujon la décora de quelques sculptures , peut-être en i^'ji, à Toccasion de Feutrée de ce prince comme roi de Pologne.

En 1670, la Ville de Paris la fit restaurer par F. Blondel, qui la convertit en un arc de triomphe à rhonneur de Louis XIV. Des raisons d'utilité publique en ont fait ordonner la démolition il y a* près de qua-*' rante ans, et il n'en reste que deux figures de fleuves, ouvrage de Jean Goujon, qui ont été placées par Beaumarchais à l'entrée de son jardin..

Enfin , pour remplacer toutes ces portes on construisit en i'}88 la barrière actuelle qui .fait partie du système de clôture dont nous, avons donné l'historique dans l'article précédent.

La barrière du Trône , terminant une belle avenue et une rue d'une largeur remarquable , présentait à l'architecte le motif d'une composition intéressante. Deux colonnes de cent pieds de hauteur marquent le milieu de la route, et annoncent au loin l'entrée d'un grande ville : elles sont élevées sur un soubassement qui se lie avec deux édifices placés de front à 4^ toises de distance l'un de l'autre. Les façades en regard , qu'on ne peut voir dans la gravui[e, ont un porche ouvert , formant une seule arcade dont les retombées portent sur des pilastres. Un entablement à consoles^ quatre frontons, un attîque, terminent ces bâtiments et leur donnent un air de richesse qui accompagne très bien les colonnes, lorsqu'on aperçoit cette fabrique au-dessus des sommités des arbres. Cet édifice est un de ceux qui n'ont pas été absolument finis ; les colonnes sont destinées à recevoir un fanal servant d'amortissement; et leur fût doit être décoré de sculptures , pour lesquelles on a ménagé des bossages d'attente. Ces accessoires achèveront de rendre la barrière du Trône Tune des plus belles de Paris.

Ledoux n'était point un homme ordinaire ; il avait une tête fortement organisée, et, jusque dans les écarts de son imagination ^ il portait un sentiment très juste des beautés réelles de Tarchitecture. On a violemment critiqué ses ouvrages, et sur-tout ceux-ci; nous ne les citons point comme des modèles, mais nous doutons qu'aucun architecte de son temps eût réussi comme lui dans un travail qui exigeait tout à-la-fois

DE PARIS. i33

un style uniforme pour Tensemble, et une' grande variété pour les détails. Ce n'est pas d'ailleurs un petit mérite que d'avoir enfanté avec une rapidité sans exemple, une multitude de projets qui eurent presque en même temps leur exécution.

On passe par la barrière Saint-Antoine pour aller à Vincennes, dont elle a pris le nom : on la nommait auparavant barrière du Trône , et nous avons préféré lui conserver cette dénomination , parcequ'elle rappelle un souvenir historique. Lorsque Louis XIV et Marie-Thérèse d'Autriche ^rent leur entrée solennelle dans la capitale, le 26 août 1660, on éleva sur la place dite depuis du Trône, et près de cette barrière, un trône superbe, sur lequel le monarque et la nouvelle reine reçurent l'hommage et le serment de fidélité de leurs sujets.

Dix ans plus tard, la Ville de Paris voulut offrir à Louis XIV un témoignage durable de sa reconnaissance pour les bienfaits qu'elle en avait reçus. La construction d'un arc de triomphe à l'avenue de Vincennes fut arrêtée , et , pour que rien ne manquât à la magnificence de ce monument, les artistes les plus c&> lèbres furent invités à donner l'essor à leur génie. Un dessin de Perrault fut choisi, et l'on se hâta de mettre la main à l'œuvre. Les fondements commencés le 6 août 1670 furent bientôt hors de terre ; et le stylobate était déterminé, lorsqu'on s'avisa de continuer cette fabrique en modèle de plâtre , sans doute pour mieux juger de son effet. Soit que ce modèle n'ait pas rempli l'attente générale, soit que le roi eût montré peu

Page 1