‹ Description de Paris et de ses édifices, Volume 1Chapitre 32 sur 72 · BARRIÈRE DE FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

BARRIÈRE DE FONTAINEBLEAU

XJeux portes y Tune au midi, l-autreau nord, suffisaient jadis à la' petite ville de Lutèèe, renfermée entre deux bras de ta Seine; aujourd'hui, cinquante-cinq barrières ouvertes dans un mur* de douze mille toises servent d-entrée à la capitale, de la France. II est à croire que cette enceinte sera la dernière : elle contient, comme ^nous Tavons ait, près de dix mille arpents , et cette surface immense ne saurait être habitée également dans toute son étendue. Le centre de la Cité réunira toujours la population la plus nombreuse; et si des causes accidentelles font, à quelques époques, préférer certains quartiers reculas , ce n'est pour ainsi dire qu'une transplantation qui se fait au. détriment des parties délaissées. Par exemple, le Marais était sous Louis XIV la demeure des personnes de distinction; il fut abandonné pour le faubourg Saint- Germain , et plus tard nous avons vu les gens riches se porter en foule à la chaussée d'Antin. La nature des choses exigeait donc que Paris fàt renfermé dans un cercle dont Téglise de Notre-Dame est à-peu-près le centre : c'est du moins du parvis de cette église que se mesurent les distan-

ra6 DESCRIPTION

ces sur les routes , et c*est à dix-huit cents toises environ de ce point qu^on a établi les nouvelles limites de la ville. Nous avops indiqué dans notre Abrégé historique, à quel temps il faut réporter tes différentes clôtures dont on retrouve encore quelques vestiges et des indices nombreux ; nous avons compté jusqu'à neuf de ces clôtures, mais la plupart ne sont que des appendices , et réellement il ne peut être ici question que de quatre enceintes circulaires.

Elles portent chacune le caractère particulier d^ leur siècle , et des circonstances qui l^s firent établir.

Lors de la réunion de quelques nautoniers danf rtle de la Cité, une simple berge garantissait des inon* dations les cabanes éparses de ces premiers fondateurs de Paris, deux ponts, fermés à leur tête, défendaient assez bien<:ette ville naissante.

Philippe- Auguste, roi d'un peuple guerrier, fortifia sa capitale et l'entoura d'un mur solide , flanqua de tours de distance en distance. C'est cette enceinte que nous classons au second rang , parcequ*elle agtan<r dit Paris sur les deux rives de la Seine, tandis que la clôture de Hugues- Capet ne couvrit qu'un faubourg formé au nord de la Cité*

Laissant de côté les fortifications partielles entre* prises sous Charles V et Charles IX, nous arrivons au siècle de Louis XIV. Ce prince détruisit ces remparts, devenus inutiles, et leur substitua de longues allées d'arbres et des aros de triomphe tnagnifiques.

De nos jours il fallut encore reculer l'enceinte de Paris; mais c'était le temps d0s spéculatioi^s finaiir

DE PARIS. lltf]

fiièreiSy 6C nous avons vu succéder aux courtm«8 et ^Qx tours de Philippe^ Auguste, aux promenades et aux arcs de triomphe de Louis XIV, une simple muraille et 4^s bureaux pour des commis^ . Il y aurait néanmoins une sorte d'injustice à critiquer sévèrement ce grand ouvrage : Tintérét n'en fut pas le seul motif; ceux qui l'entreprirent voulurent qu'il devint aussi u>i embellissement pour la capttald.

Jusqu'en 1787 , les barrières n'étaient autre chose que des murailles informes ou de faibles cloisons de planches : de simples guérites de bois étaient les bu«* reaux de recettes, et on âe s'était encore occupé que du premier but d'utilité, la perception des droits d'entrée; enfin , à la demande des fermiers-généraux , M. de Galonné conçut le projet d'enceindre la ville, pour empêcher la fraude, et de faire construire des monuments qui pussent concourir à-la-fois au service tdes barrières et à la décoration des avenues de Paris. Ledoux, architecte de la f$rme générale, fut chargé de l'exécution de ce vaste projet.

CSet artiste, doué d'un génie fécond, ardent, et même «xalté, conçut la plus haute idée de la missiôli dont il se vit chargé : il s'agissait de bâtir soixante monuments pour l'embellissetnent d'une ville que l'on regardait déjà çomiâe la plus belle du monde : 4iuGun architecte n'avait encore rencontré une occasion aussi ffivorable de montrer, à toute l'Europe, l'étendue et la variété de des conceptions ; aussi Ledoux donna-t-il:un libre essor à son itnagination.

Il construisit d'abord cette grande muraille qui

renferme la ville dans une enceinte de plus de.douze mille toises, et il éleva , à la rencontre de toutes les routes qui y aboutissent , des édifices de grandeurs et de caractères différents; il construisit encore aux angles que forme le mur d^enceinte, des pavillons d'observation ; et dans les intervalles, le long du mur en debors , des guérites en pierre et en brique, pour y placer des sentinelles; enfin cette immense clôture fut entourée d'un large boulevart, orné de trois allées plantées d'arbres , et formant ce qu'on appelle un chemin de ronde.

Pendant le cours de ces travaux, l'énormité de la dépense donna lieu à un grand nombre de réclamations. Un arrêt du conseil d'état ordonna l'examen des. plans , des dépenses faites et de celles qui restaient à faire. Une commission composée de quatre architectes, pris dans le sein de l'académie , devait en faire son rapport au contrôleur-général des finances ; mais cette mesure tardive apporta. peu de changements aux ouvrages commencés. A l'exception de deux ou trois barrières , dont les constructions n'ont pas été achevées, et dont les pierres taillées sont encore éparses sur le terrain, Ledoux a terminé ses travaux dans l'état oà on les voit aujourd'hui.

Nous n'entreprenons pas de publier tous ces édi* fices, la tâche en serait grande et l'intérêt médiocre. Un choix réduit à quatre des plus marquants suffira pour en donner une idée générale.

Dans notre premier volume, page â3i, il a été question de la barrière de l'Étoile^ à propos de l'en-

semble du Louvre et des Tuileries; nous avons fait Fanalyse de cette composition bizarre, et si nous reparlons ici de cette barrière , ce n'est que pour la classer avec trois autres dont nous donnons la gravure. Elles forment les extrémités de deux grandes traversées de Paris , et le caractère de leur architecture est très varié : ce sont les barrières de l'Étoile et du Trône > de la Villette et de Fontainebleau.

La barrière de Fontainebleau a porté plusieurs noms, suivant les différentes places quelle a occupées.

Correspondant à la porte du petit Ghâtelet, elle était située du temps de Philippe-Auguste, au coin de la rue des Fossés-Saint- Victor, à l'issue de la rue Bordet, et on la trouve désignée indifféremment sous ce nom y qui était celui d'une famille très-connue au treizième siècle, et sous celui de porte S.-Marcel, parcequ'elle touchait au bourg de ce nom, situé alors extra muras : on l'appela depuis barrière M ouffetard , lorsqu'elle fut établie vers les rues de Lourcine et d'Orléans , et dans la nouvelle enceinte elle a reçu de plus la dénomination de barrière d'Italie ou de Fontainebleau.

Elle consiste en deux corps de bâtiment pareils, placés en regard, de chaque côté de la route. Au rezde-chaussée de ces pavillons, cinq arcades portées sur des colonnes sans base, forment un porche en avant des bureaux et corps-de-garde. Un entablement dorique d'une bonne proportion couronne le tout et présente alternativement des métopes vides 2, 17

l3o DESCRIPTION

et pleins, les uns servant de fenêtres, les autres ornés de sculpture. C'est une forte licence que nous ne conseillerions pas d'imiter^ mais il faut en passer bien d'autres à Ledoux, qui, dans toutes ses compositions ^ a donné carrière à son génie original et capricieux. Au reste , cette barrière , Tune des plus considérables par sa masse , est Tune des moindres par son caractère , elle justifie trop bien le reproche fait à ces édifices , de paroitre toute autre chose que ce qu'ils sont réellement. Ces deux pavillons sont en effet déplacés à l'entrée d'une ville comme bureaux de recette ; isolés dans la campagne , au milieu de la verdure , ils deviendroient de charmantes maisons de plaisance.

DE PARIS. til

Page 1