ALBANO
On passe d’ abord devant V ancienne Fi7la Cibo qu’ occupe S. Ex. M, le Duc de Blaca^, Ambassadeur de France . Il a Fait arranger les jardins dans le goût moderne , et il y a multiplié des plantations très agréables .
On trouve à côté de la porte d’ Albano un grand reste du tombeau dit d’ Ascagne , fils d’ Enée , et fondateur d’Albe-la-Longue • Cette Ville est aujourd’huy le siège d’un Cardinal Evêque . On traverse Albano pour aller au
TOMBEAU BIT DES CURïACHS,
Ce monumént , situé sur la voie Appienne , était l’un des plus beaux qu’on eût construit jusqu’alors . Au dessus d’un grand socle carré, revêtu de pépérin, s’élèvent cinq pyramides dont quatre ont un diamètre de 5 pieds ; celui de la cinquième , qui est au milieu , est beaucoup plus grand . Ce tombeau , suivant le sentiment général , est celui du grand Pompée; il lui fut érigé en honneur des cinq victoires qu’il avait remportées .
La construction d’Albano date de 1 ans avant l’ère vulgaire : il fut détruit par les Romains 667 avant jesus-Christ , C’ est sur le mont Alban que les Romains étaient obligés d’aller pour faire le triomphe qu’on appellait Ovarium ,
A la distance d’un mille , on trouve la , Riecia 5 Jriccia , située sur la voie Appienne , où Alexandre VII fit construire un palais et une belle Eglise sur le dessin du Chev. Bernin ; on y voit des peintures du Bourguignon .
Près du XViïl mille, après la Riccia, on rencontre Gensano, pays d’un air sain , et riche en vins précieux ; mais il n’est pas fort antique • Cynlhia cui nomen dédit , et sua mimera Bacchus ê On y a bâti , dans ces dernières années, une Eglise, que peu de celles de Rome surpassent en grandeur . Le pays s’ome chaque jour d’édifices élégans : il y a aussi beaucoup d’ arbres qui forment des promenades délicieuses , couvertes et très fraiches dans la saison de 1’ été.
On va ‘^visiter la maison qu’ occupait Charles Maratte^et qui est ornée de peintures à fresque de ce maître .
A deux milles de Gensano cstNémî situé dansTendroit oh était très anciennement le Temple de Diane Taurique , qui prit le nom 4.ie Nemorensis , de la forêt dont il était entouré ^ car les Latins appellaîent cette forêt , Nemus . Leur grand concours 'i ce Temple donna naissance à ce village : il est sur le haut du cratère d’un lac qui a la dénomination de la : de Némi , et qui , par sa forme naturelle, offre une vue ombragée et solitaire .
A environ trois milles de distance de Gensano 5 on trouve Civita Lavinia fondée par Enée qui lut donna le nom de Lavinia sa femme , fille du Roi Latinus ^ ainsi l’on conçoit que Civita Lavinia est la plus ancienne Ville de ces contrées^et la plus mémorable pour l’histoire Romaine .
En reprenant la route pour revenir à Rome on trouve , à moitié chemin d’Albano , les aqueducs de l’ eau Claudia y et au ti'oisième mille du même chemin^on remarque deux petits Temples en briques que l’on dit avoir été construits par les anciens Romains . On prétend que l’un de ces monumens fut élevé , en honneur de la Fortune Muliebris^ à l’endroit même où Coriolan campa avec son armée des Volsques 5 et où sa mère Véturie, venant au devant de lui 5 l’arrêta dans sa marche sur la Ville , qu’il venait détruire ; mais on doute beaucoup que ce soit dans cet endroit que s’opéra cette rencontre qui fut le salut de Rome ^
CASCADE DE TERNÎ .
Quoique le but de cette description ne soit que de faire connaître les. raretés que Rome et quelques ville? de ses environs renferment , nous avons cependant cru être agréable aux amateurs des beautés de la nature^-en faisant raen* tion aussi de la fameuse cascade de Terni ; car il n’est point de vayageur curieux qui, en passant par cette Ville , n’aille sur les lieux pour jouir de ce surprenant spectacle
De Terni , on se rend , ou à cheval ou en voiture , à la cascade qu’on appelle d elle Mar ^ more , et qui n’en est éloignée ,que environ trois milles . Elle est formée par la chûte da Vélino-i qui se précipite dans le Nar^ ou la JVera : elle tombe d’une hauteur de ' I5063 pieds romains ^ par un canal que Marc-Antoine Cw rius Dentatus fit creuser dans le rocher , l’an de Rome 480 , pour donner un écoulement aux eaux du lac Lucus y, qui souvent inondaient la vallée de Riéti,
On peut dire que cette cascade est une des plus belles de l’ Europe ; elle offre un coup d’œil étonnant et pittoresque y surtout quand on l’observe en bas . Cependant la. plûpart des voyageurs vont la voir^ de la hauteur, parce que le chemin est plus commode : Le fracas des eaux annonce la cascade à une grande distance : elle est composée de trois chûtes con- .sécutives : la première a 300- pied s romains de hautjCt les eaux tombent avec tant de violence sur les rochers , qu’une grande partie se réduit en vapeurs, et remonte au sommet de la cascade:
ie reste forme une seconde chûte, puis une troisième ..
Enfin ces eaux" se réunissent à la Néra , roulent en tourbillons ^et blanchissent d^écume toute cette profonde vallée . L’ eau du Vélino , qui traverse le \2l'zLucus avant d^arrîver a la cascade , est tartreuse et forme un dépôt non seulement sur les rochers où elle tombe, mais encore dans le Ik de la Nêra
Nous avons fait la Description de Rome , de cette Ville de: vingt cinq siècles , la plus célèbre 5 la plus antique \ la Ville où se sont succédés les événemens les plus imposans la Capitale du: peuple qui a vaincu le monde ; l’Auguste Chef-lieu de la Chrétienté , la résidence du Vicaire de Jésus-Chiist . Rome victorieuse et Rbme chrétienne se sont comme donné la main pour exciter l’intérêt de l’ univers 3 pour réunir 3 «ur un seul point 3 les grandes leçons de l’histoire 3 et les nobles préceptes de la morale évangélique .
Après des troubles 3 des communications difficiles 3 tous les Etrangers 3 à qui leur fortune. permet de voyager , ont voulu visiter Rome . Tous sont arrivés avec }oie et bonheur, et sont partis dans l’affliction , Les caractères les plus opposés 3 les préjugés des nations , les habitudes enracinées ne peuvent rien contre l’attrait de ce séjour , à-la-fois 5. animé et paisible . Les Romains sont bons 3 prévenants et hospitaliers : chez eux l’Etranger règne3et conserve ses u: âges comme dans une Ville de sa patrie .
■Sous le rapport si important des Arts , c’ Rome qui tient le sceptre pour la Sculpture , l’Architecture y le travail des pierres gravées y la connaissance des médailles . Elle offre des Peintres distingués 5 chefs d’ école et modèles du meilleur goût . Tous les Jours , l’art de mieux vivre^de répandre les améliorations connues dans d’ autres climats se perfectionne, et s’étend au milieu d’un peuple spirituel et sensible . Enfin 5 tandis que le Gouvernement embellit les places, agrandit les Musées ^ dispose le Forum comme un autre Pompeï , la Providence accorde de longues aimées au Souverain, Auteur et Mécène de tant de merveilles • Ces témoignages de reconnaissance, qu’aucune passion n^a exagérés , sont dans la bouche de tous les Etrangers , et font le désespoir de ceux qui n’ont pas visité la patrie de Numa , de Scipion , d’Auguste , de Titus , et qui ne se sont pas inclinés devant le trône de S^Grégoii*e leGrand,^ de Jules H, de Léon X, de Paul V, et de Pk VIL
JFin du Tome troisième et dernier ►