VILLA D’ESTE
Il faudrait un gros volume pour décrire,avec exactitudedes diverses parties de cette V ilia . Nous nous bornerons à observer seulement les plus remarquables .
La façade principale du palais , se présentant sur le penchant d’une colline couverte de pinsj, offre la plus agréable perspective . On trouve, vers la moitié de la colline , une allée de 400 pieds de long , îur environ 1 1 de large : elle est décorée, du côté du palais, de vases, d’aig les , de petites barques et d’ autres ornemens de ce genre , disposés avec art , et d’oS l’eau jaillit de mille manières différentes .
Ces fontaines étaient anciennement ornées de très-bons stucs : les bas-reliefs , qu’on voit dans les bases représentant les métamorphoses d’Ovide , ont été beaucoup endommagés par le tems . Des fontaines , des -ieux d’eaii et divers édifices de Rome antique , représentés en petit , terminent cette allée du côté du couchant , et offrent une perspective qui est vraiment théâtrale . , I A #
A l’autre extrémité de cette allée , du cote du Levant , on admire la célèbre fontaine ap- Tom. III. i
pelléô de VQvale y sur laquelle sont jetés 3 en forme de demî-lune , quatre rochers de pierre ponce et tartreuse^ornés d’un Pégase, comme si cette fontaine représentait la Fontaine Castalie qui coule dans le bas. Il y a, dans la cavité de ces rochers^trois statues colossales: celle du milieu est la Sibylle Tiburtine , appuyée sur un enfant représentant Tivoli : à sa droite , est la statue de l^Herculaneusytt à sa gauche, l’Aniène , rivières qui arrosent les campagnes de Tivoli . En face de ces statues , on voit un balcon en demi-ovale , au milieu duquel est un vase semi-circulaire d’où l’eau sort en forme de lys entre deux dauphins, et qui offre , dans sa chûte , une espèce de pavillon ou de miroir; elle tombe ensuite dans une tasse sculptée assez élégamment .
On a placé dans les grandes fenêtres d’ un mur voisin , des statues de Naïades qui jettent Teau dans une grande coupe , On admire aussi , dans cette Villa , la
Vontaine des Dragons •
Cette fontaine a aussi le nom de Girandola elle est au dessus d’une tasse embellie de quatre dragons ailés, et Jette une eau abondante à la hauteur de 54 pieds : cette eau en tombant , devient écumeuse , et imite , dans sa chute , l’explosion d’armes à feu . Elle se répand ensuite en forme de pavillon , et produit un autre bruit semblable à celui d’ une pluie violente . Ainsi , on peut dire qu’elle rappelle, dans le même tems , une fontaine de lait , une
déchargé d’artillerie 3 et le bruit d’un épouvantable déluge •
Enfin, cette Villa est décorée d’une immense quantité de platanes , de c> près et d’arbres de ce genre , plantés ça et là avec intelligence ; c’est ce qui a pu donner à Giustîniani l’idée d’appeller cette Villa le prenîier jardin de l’Eu-
rope.
La façade principale de cette Villa , donne sur les gradins , et offrejdaiis le milieu, un Fro«tispice 5 formé de deux balcons l’un sur 1’ autre 3 et de l’un desquels on jouit d’un magnifique point de vue .
Cet édifice est à trois étages : les chambres, dont il est composé , sont ornées de stucs dov^s , peints par Frédéric Zucchéri , Muziano et autres célèbres artistes de cette époque . La plupart des peintures sont relatives aux magnifiques antiquités de Tivoli parmi lesquelles la première place est due au
TEMPLE DE VESTJ .
Le Temple de la Déesse Vesta , communément appelle de la Sibylle, a toujours été, et est encore aujourd’ huy un objet digne d’exciter la curiosité du voyageur instruit . U suffit de voir les superbes restes de ce Temple magnifique et élégant , pour juger que c’est un travail du plus beau siècle des arts . Le mur de cet édifice , ta^ft intérieur qu’ extérieur , est formé de petits morceanx de tuf de forme irrégulière , genre de travail que Vitruve appelle opus incertum . Parmi les observations
Palladio^qui le prend pour le Temple à^^Vena^i parce qu’il est d’ordre corinthien ^ on trouve qu’il a noté que 1’ entre-colonnement ek de deux diamètres \ que le pavé est élevé pour un tiers des colonnes ; que leurs bases n’ont point eu de plinthe , afin que l’ambulacre qui est autour ^ fût plus spacieux et plus libre ; que les colonnes ont de hauteur la largeur intérieure de la cellule , et que les chapiteaux sont parfaitement exécutés et à feuilles d’ olivier ; ce qui le porte à décider que ce Temple avait été construit dans le siècle du bon goût; d’ailleurs on peut prendre une idée complète et exacte de ce monument dans l’ouvrage que M.Féoli, graveur, a publié à Rome, sur le Temple de Faustine et sur le Temple rond de Vesia, existant près de la rive du Tibre . Le texte de cet ouvrage est de M.Alexandre Visconti, écrivain plein de mérite, fort exercé dans ce genre de matières-.
L’Eglise la plus voisine , qui est au)ourd’ huy paroissiale et dédiée à S. George , fut probablement le vrai