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CHAMBRES DES TAPISSERIES DE RAPHAËL

On a tendu récemment 3 sur les murs de cet appartement , qu'on appellait autrefois de S. Pie V y toutes les Tapisseries en laine 5 soie et or que Léon X fit fabriquer à Arras 5 dans la Flandre Française , d'après les cartons originaux dessinés et coloriés par Raphaël d'Urbin ; et c'est de la Ville d'Arras qu'elles ont pris le nom y\x\g2Lir c di Arazzi . Ces tapisseries coûtèrent 70 mille écus d'or ( 1^508,700 fr. ) et les cartons originaux sont en partie dans le palais royal de Southampton en Angleterre : Charles I en fît l'acquisition .

Autrefois on conservait ces tapisseries dans le local de la Floreria , où avait été d'abord l'ancienne bibliothèque Vaticane : on les exposait le Jour de la Fête Dieu ^ suspendues aux murailles du portique qui précède l'escaliei* royri : elles sont divisées en deux séries : la première se compose des douze plus grandes ; elles représentent l'histoire de la vie de jésus- Christ ; Les gardiens 5 pour les distinguer ^ appellent celles-ci , les Tapisseries de la nouvelle école : ils prétendent qu' elles ont servi > lors des solemnités y a orner l'ancienne Basilique de S. Pierre , dans la partie que Paul V fit démQlir ;' et peut-être c'est de ce premier usage qu'était venu celui d'exposer cette série ^ sous le portique de S. Pierre , dans les circons-

tances extraordinaires des béatifications . Cependant 5 le nombre de celles-ci est rédni: aujourd'hay à onze , parce que vers la fin du dernier siècle 5 celle de la descente du Sauveur aux Limbes , qui était de la grandeur , et le pendant de celle du deuxième massacre ^ fut volée et brûlée .

La seconde série comprend onze morceaux dont les sujets , en petites figures y sont pris des Actes des Apôtres. Quelques uns d'entr'eux ont 3 sur les côtés , des pilastres remplis de gracieux ornemens en figures et emblèmes ; mais tous ont dans le bas une plinthe aVv^c de feints bas- reliefs , en clair obscur , représentant des faits historiques de la vie de Léon X. 0 1 prétend qu'elles ont servi dans les chambres habitées par ce Pape; et les gardiens les distinguaient des premières par le titre d'école ancienne : l'on s'apperçoit qu'elles sont en e^'et plus usées que les autres^ quoique peut-être mieux exécutées .

Toutes ces tapisseries furent voHes 5 pour la première fois , dans le sac de Rome , qui fut donné sous Clément Vil : et ensuite ayant été retrouvées 5 elles furent restituées au Pape par le Général des troupes françaises , Anne de Montmorency , auquel l'art est redevable d'avoir ainsi rendu les plus belles compositions de rimmortel Raphaël 5 faites dans son plus beau tems , avec tout le soin dont il était capable . Elles ont éprouvé un sort semblable dans le XVI IL siècle 5 et le Pape Régnant ^ Pie VII 5 les a rachetées .

D'aDord en entrant dans la chambre k droite 5 dont la voûte a été peinte par Guido Re-

ï57 ni 5 sous Paul V , dans laquelle il a représenté

la Transfiguration , l'Ascension et la Descente du Saint Esprit avec un LMillsnt coloris , la première tapisserie à droite est la Lapidation de S, Etienne Protomartyr 5 t.\ habit de Diacre , qui étant à genoux 5 et ayant les yeux tournés vers le Ciel , prie pour ses meurtriers , et donne sa vie pour jésus-Christ . La rage et la barbarie des Juifs forme un beau contraste avec la résignation du Saint Lé/ite .

S. Pierre qui s'étant rendu au temple avec l'Apôtre S.Jean , guérit un estropié de naissance 5 qui lui demanda l'aumône devant la porte Speciosa du temple ^ est le sujet de la tapisserie suivante . Le portique inventé par Raphaël 5 est riche et orné d'après ces colonnes spirales de marbre qui , de son tems 3 étaient à la confession de S. Pierre , et qui suivant une tradition vulgaire, proviendraient du Temple de Jérusalem . La figure des deux Apôtres est majestueuse ^ et la diformité du mendiant bien imaginée .

La troisième^ qui est plus étroite que les autres tapisseries 5 porte le nom de Tremblement de terre , parce qu'elle représente cet événement qui eut lieu quand S. Paul était emprisonné à Philippes en Macédoine avec Silas . Une. demi-figure gigantesque 5 qui , dans un souterrain 5 semble secouer avec des mains robustes 5 les fondations de la prison , a servi à l'auteur pour exprimer ce que 5 ni le Peintre 5 ni personne n'ont jamais pu voir , et pour donner au spectateur une idée juste de ce sujet illisible .

La Conversion de Saiil qui , effraye de la voix du Seigneur , est renversé de cheval , et demeure par terre frappé de la lumière céleste , qui le rend aveugle , forme le sujet de la quatrième tapisserie. L'attitude du Saint, qui était alors un guerrier , et un persécuteur des Chrétiens , est belle et convenable . Les autres figures 5 qui entendent aussi la voix sans rien appercevoir , sont fort expressives : l'étonnement et la confusion y sont aussi bien indiqués^ que sagement disposés •

La cinquième tapisserie est composée d'emblèmes allusifs aux armes de Léon X , qui ordonna ces tapisseries à Raphaël ; et les trois vertus 5 c'est à dire la Religion , la Charité et ia Justice y soit représentées dans le haut, sous ÔQs figures assez gracieuses .

La partie du Massacre des Innocens , qui occupe y en grandeur 5 la seconde place 5 est celle où Raphaël eut pour but de représenter la confusion de cette barbare boucherie . La variété dts încîdens imaginés , la quantité des figures qui y sont introduites ; les beaux caractères des têtes > expressives au plus haut degré , sont véritablement admirables . Enfin le magnifique édifice 3 que l'artiste y a trace dans le champ 5 ne contribue pas peu à ennoblir cette surprenante invention .

Il n'est resté que la moitié de la dernière tapisserie de cette chambre après le sac donné à Rome par le Connétable de Bourbon; heureusement tout le sujet y est resté de manière à être bien discerné . Le Proconsul Paul Sergius voyant que Saiil fait devenir aveugle , par un seul

geste 5 l'imposteur magicien Elima , en est

touché 5 et se convertit à la foi Chrétienne . La figure du Magicien et celle de l'Apôtre sont extrêmement expressives ; la dignité , la Majesté de celui-ci , la terreur , l'état de cécité de celui-là sont en vérité des pensées nobles et dignes du grand Auteur .

Sortant maintenant ^ et commençant à droite , dans la chambre suivante , on trouve la tapisserie dans laquelle Jésus-Christ , sous la forme d'un Jardinier , apparait à la Magdelame qui 5 surprise ^ se jette à genoux pour lui baiser les pieds y selon son usage ; mais elle entend que son divin Maître la prévient de ne pas le toucher : JVo/t me tangere : elle en est émerveillée . Le champ présente un beau jardin où l'on voit le lever du soleil «

On a représenté dans la seconde tapisserie le Rédempteur instituant son Vicaire dans la personne de S. Pierre ^ et lui conférant la souveraine autorité y indiquée par les clefs que l'Apôtre, à genoux devant Jésus-Christ , tient en ses mains . Le suprême Pasteur lui confie le soin du troupeau chrétien en lui montrant ses brebis . Le groupe des Apôtres , qui sont présens 5 est admirable pour la variété des caractères 5 et des actions toutes expressives et bien raisonnées .

Le morceau suivant est le plus petit des trois parties du Massacre des Innocens . On est frappé de la fureur du désespoir des mères contre les assassins de leurs fils : elles sont toutes dans d'horribles agitations pour les soustraire à la moit ; mais la plus malheureuse est celle qui

tient dans son sein son enfant déjà égorgé : elle n'est occupée qu'à exhaler sa douleur par un torrent de larmes : c'est un groupe qui intéresse au plus haut degré .

Le Prince des Apôtres 5 prononçant la Sentence de mort contre l'imposteur Ananie 5 forme le sujet de l'autre tapisserie . On apperçoit celui-ci 5 objet d'horreur pour ceux qui l'environnent 5 couché psr terre 5 frappé du châtiment céleste ; la troupe Apostolique montre toute sa dignité unie à la simplicité de ses habiUemens et du local . Que d'art dans la disposition de tant de figures si savamment variées ! On voit aussi des Diacres occupés d'une distribution aux fidèles qui concourent à rendre le sujet toujours plus clair , et mieux expliqué .

Vient ensuite la partie sur laquelle on a représenté la pêche miraculeuse sur le lac de Génésareth . Là S.Pierre, touché du prodige, se tourne vers son maître avec l'expression la plus afîertueuse et la plus vive : tout intéresse dans ce tabler u , la tranquillité de la mer , le concours des spectateurs sur le rivage , qui est garni de coquillages et d'oiseaux , exécutés avec le plus grand soin : quelle belle peinture ce sujet nous aurait oflert , si la main du maître l'eût exécutée î

On prétend que la prédication de S. Paul dans l'Aréopage d'Athènes , est le principal morceau de cette magnifique collection : on lui reproche toutefois que la figure de S. Paul prêchant a été copiée d'une semblable figure peinte par le Masaccio : elle n'est cependant ni ïa seule 3 ni la plus belle du grand nombre des

figures de cette surprenante composition . Raphaël Tx'a donc copié le Masaccio que pour se montrer supérieur à lui par la compar2ison .

La dernière tapi.^serie de cette chambre représente S. Paul et S. Barnabe qui se trouvent dans le plus grand trouble . On veut les reconnaître comme des Dieux : on leur fait déjà un saciilice : consternés , ils déchirent leurs vêtemens pour prouver aux habitans de Lystras qu'ils ne sont que des mortels . L'action du sacrifice est exprimée selon la coutume d'alors , et peut-être l'a-t-cn imitée de monumens antiques ; mais les figures animiées des Apôtres , Testropié guéri , et tant d'autres personnages , soiît du plus grand effet , et appartiennent indubitablement li Faphacl .

On passe ensuite dans le cabinet rond , qui fut autrefois une Chapelle de S. Pie V , dédiée à la \^ierge : il est orné de peintures de George Vasari et de Frédéric Zuccheri . Ici, par le moyen d'une porte à tambour , qui introduit dans un'escalifr secret , on descend à la Chapelle Sixtine , et plus bas , à celle du Saint-Sacrement dans la Basilique Vaticane : mais en traversant seulement le Cabinet y on trouve la troisième chambre oh l'on voit à gauche la première tapisserie . représentant l'Enfant J^^sus présenté par ses parens au Grand prêtre dans le temple . Le champ qui est miagnifique 3 rapi^elle le fameux temple de Jérusalem . L'habillement des femm.es est riche et varié ; celui du grand Prêtre et des autres ministres est majestueux ; la cérémonie est sérieuse, et il n'y a poi-it de passions à exprimer ^ toutefois l'En-

fant Jésus en est rempli ; car k h vue inattendue du prêtre , il se retourne , et serre le sein de sa mère avec le mouvement le plus vif et le plus naturel •

Ensuite vient la tapisserie de la Cène du Sauveur à Emmaiis avec deux de ses disciples , sujet fort stérile , mais que le peintre adroit a rendu intéressant par les accessoires traités et disposés avec la plus grande vérité 5 et avec une rare intelligence . Il y a quelque défaut de perspective y ma's il y fut introduit par celui qui fit le champ sans le mettre d'accord avec les figures 5 content de dessiner exactement les différens objets .

La première des tapisseries plus grandes est celle de la Résurrection du Seigneur qui y est représenté sortant du tombeau , saisissant l'étendard de la croix , et foulaat à ses pieds la pierre qui l'avait renfermé . Les Archers saisis de frayeur et émerveillés , sont dans la plus grande confusion : les uns fuyent , les Putres se renversent et tombent ; mais tous paraissent n'avoir d'autre sentiment que celui qui nait de la circonstance , Les cuirasses ^ les casques , les armesjtout est de la forme la plus élégante et ^ d'après l'antique : Aussi les accessoires conviennent parfaitement à l'époque , et rappellent les vetemens militaires des Soldats Romains de ce tems .

L'Ascension de N. S. est la dernière tapisserie de cette pièce . La figure du Sauveur y est dans une atritude majesteuse ; il s'élève dans le Ciel vers lequel ses yeux et ses bras sont'tournés • Les Autres qui^à peine croyent ce qu'ils voyent>

expriment leur surprise dans def caractères différents 5 ainsi que leurs sentimens de vénération et d'étonnement : les têtes sont animées ; les hàbillemens , les attitudes sont v priés ; tout atteste , dans ce chef-d'œuvre 5 l'imagination féconde du grand Raphaël.

La première tapisserie qu'on trouve à droit^c en entrant dans la quatrième chambre , est le plus grand dts trois morceaux du Massacre des Innocens : ici la barbarie des satellites est l'expression dominante : ce sont des hommes ne resp-rant que la férocité y opposés à l'amour des mères ; d'^s assassins , à d'innocens et tendres enfans. Il résulte un effet admirable de caractères si contraires . Voilà le motif pour lequel ce m.eme sujet est traité par tant de maîtres : mais comment atteindre Raphaël qui , sans dégénérer en exagération, émeut, et fait verser des larmes au spectateur que de telles scènes plong':nt dans l'attendrissement .

La trpisserie suivante est son pendant égal en dimension , mais elle est unique ^pour le nombre inSni des figures et des objets . Et comment pourrait il en être autr.^ment ? C'est l'Adoration des Mages , c'est à dire la réunion de trois Rois reprisentls avec la pompe de con.êge , et d'habillemens dont les Orien-caux étaient si prodigues . La dévotion des grands personnages domine ici : plusieurs de leur suite les imitent ; mais la curiosité des autres diversifie aussi les passions et les expressions de cette foule ; et quoique tous concourent à admirer ^ et à adorer l'enfant 3 néanmons on n'y "voit ni confusion

ni répétition : tout est varie , expressif , mais avec clarté et avec ordre .

La troisième représente la crèche . C'est ici que Raphaël a imaginé une lumière de nuit accidentelle y qui jailHsant de l'Enfant , éclaire tous les environs; et si cette partie n'eut été altérée par les fabricans dans son exécution , elle produirait un effet suprenant . Mais les expressions de la tendresse maternelle et filiale : la dévotion delà mère et celle des pasteurs unie à la simplicité , à la magnificence de leurs caractères robustes , en opposition avec l'agilité des anges légers ^ sont des avantages qui ont survécu 5 et que l'exécution n'a pas détruits .

La tapisserie qui fait le pendant de celle dont nous venons de parler , et qui est la dernière , représente la Descente du S. Esprit sur les Apôtres : les disciples et les femmes , sont réunis dans le Cénacle , où ils attendent en prières cet effet de la promesse du Sauveur. L'expression de toutes les figures est recueillie : quelques unes témoignent de la surprise : elles sont toutes disposées d'une manière égale et symétrique ; mai. il y règne une variété toute naturelle . L'auteur avait fait en sorte que le jour provenant de la gloire , tombât dans le milieu , et y produisit un elTet de lumière très vif dans tout l'ensemble ^ mais les fabricans n'ont malheureusement pas sçu conserver cet eflet dans leur travail .

t4S LOGES DE RAPHAËL •

Ces Loges , ou galeries , furent décorées par ordre de Léon X sur les dessins et sous U direction d^ Raphael^pour servir d'introduction aux chambres déjà peintes par ce maître . Aussi €n prirent-elles le nom . Elles consistent en 1 1 arcades , soutenues par des pilastres et de* contrepilastres , ^t couvertes d' une voûte à voile : elles sont toutes richement ornées de stucs dorés 5 agréables, et de pdntures très gracieuses en arabesques ^ fruits , animaux et en petites figures assez bien disposées et exécutées avec une grâce et une iatelligence ex-i trêmes . On y observe aussi d^ petites figurines en bas-reliefs de stucs si "légans , «t d' un style si pur, qu\lbjs ressemblent à des camées ^ Le Bramante tivait inventé cette sorte de stuc fort et poli , qui se rapprochait de l'antique ; et Raphaël - en l'employant ici , récuisit csns cette forme et dans cette grandeur de carriées ^ des figures antiques et modernes ,

On a raison de croire que ces décorations ont été copiées , au moins imitées , des an- -ciennes peintures des Thermes de Tite, et qu'il est certain que Raphaël les avait vues : le vulgaire dit qu'il les fit de nouveau couvrir de terre . Si la première circoi:stance est vrcie , 1 n'en est pas de même de la seconde^qui répugne su caractère loyal de ce sublimie génie • On sait que bien auparavant ^ i.^es peintures avaient été dessinées par d'autres peintres. En 1506 avant que Raphaël vînt à Rome, on trouva dans ces Thermes le Laoccion , Ces mêmes peintures Tom, I. G

ayant été mîeux découvertes sous Léon X^ Jean Baptiste Armenini , raconte que toute Rome se rendit sur les Uqu^ pour en admirer les compartimens ^ les stucs déliés et les peintures qui sont accompagnées de bizarreries si diverses 5 en si grande quantité , et si bien entendues . Sous le Pape Urbain VIII y elles étaient certainement plus visibles qu'en 177^5 et en î8o8 5 lorsqu'on a commencé à sortir les terres, des grottes , ainsi appellées quand Jules Mancini 5 Ârchiâtre de ce Pontife , les vit , et en parla dans son ouvrage manuscrit sur la peinture , Comment peut-on donc en attribuer la découverte à Raphaël , et plus ridiculement lui supposer la volonté , la facilité et le di-oit de les recouvrir ? et commeat concilier cette barbare jalousie dans Raphaël qui , pour des études de l'Architecture , dans laquelle il était trèssavant 5 avait creusé tant d' anciens édifices , et avait présenté à Léon X le projet de les découvrir ? Bellori est très sage quraid il dit qu'on voyait des peintures à peu près remblables dans les autres ruines antiques de Rome , de Tivoli, de Pozzuolo et Jusqu'en Grèce ; et chaque jour nous en voyons de tous cotés ce nouvelles presque pareilles , et qui ont été trouvées dans Ja Villa Négroni, et gravées . Combien n' en 2-î-on pas vu aussi dans les malsons de Pomvei et à^ Uercuianum ? D'ailleurs , avant les loges, une telle manijie de peindre avrit été mise en œuvre dans la forteresse d'Ostie , sous Jules If. Nous accorderons donc à F.aphael et à son écolier Jean d'Udine , le mérite d'en avoir si savamflient fait usage dans cet endroit ; et d'au-

très maîtres ont suivi avec profusion cet exemple , dans les loges contfgiies , malgré les plaintes raisonné !s qu'en a Faites Vitruve. Après cette dissertation préalable, que nous avons cru devoir faire enlionneur de Raphaël y nous revenons à ses loges .

Elles ont beaucoup souffert pendant ^espace des trois derniers siècles . Aussi a-t-on pensé k leur conservation en fermait , pr.r des vitraux ^ tous les vuides des Arcs , précaution p ut-être insuffisante pour les garantir de l'humidité et de l'eau de pluy-e , provenant des loges supérieures restées ouvertes ; l''€au filtre dans les voûtes au dessous , et gâte ainsi les peintures qui ont beaucoup souffert précisément dans cet endroit ; si la fermeture des vitraux , en interceptant l'air 5 venait à prolonger le dessèchement de l'humidité , le remède pourrait bien êti'e plus pernicieux que le mui .

Aiuii , nous bornant \ la description das cinquante deux petits tableaux des voûtes qui forment une série très intéressante , nous dironfî qu'ils renfermiCnt des faits de l'ancien Testament ; inventions toutes sublimes, et indubitablement du grand Maître , qu'il n'exécuta pas toutefois de sa mai;i , mais mû furent peintes au moiiis par ses élèves . On vo't dans la première arcade , au dessus de 1^ entrée , le Ciéateur qui tire le m.onde du néant ^ et qui avec l'expression énergique de ses pieds et de ses m?ins , divise le cahos en quatre éléinens . On prétend que cette peinture est de la main même de Raphaël y qui voulut donner à es éièves^par cette idée grande et élevée, un exemple

à imiter après luî • Le second sujet représente le Créateur qui pose des limites aux eaux réunies, et fait paraître la terre desséchée produisant des herbages , et surnageant légèrement sur l'eau suivant la description qu'en donne la Genèse • La troisième représente le Créateur qui forme les deux grands luminaires , le Soleil et la Lune 5 leur donne les lois du mouvement exprimées par ses bras qui sont sur le point de placer ces deux astres dans les régions supérieures. Enfin 5 dans le quatrième 5 on observe l'Auteur de la nature qui , sous l^'aspect d'un père bienfaisant 5 crée les animaux, chacun selon son espèce , et leur commande de croître et de multiplier . Ces quatre figures du Créateur ont été inventées avec toutes les qualités qui conviennent au grand Architecte de l'Univers , et d'après les diverses circonstances à exprimer: toutefois , l'exécution en est attribuée à Jules Romain par quelques auteurs .

Dans la seconde arcade , le premier tableau présente la création de la femme tirée de la côte d'Adam à qui Dieu la présente . Dans le deuxième , on voit Eve qui trompée par le serpent 5 goûte le fruit défendu , et le donne à son époux pour le même objet . Dans le troisième 5 ces deux infortunés .désobéissans sont chassés du Paradis terrestre .par un Ange que Dieu a placé à la porte pour en garder l'entrée , et qui est armé d'une épée de feu . Dans le quatrième 5 on observe ces deux exilés 5 accompagnés d'Abel et de Caïn leurs fils , et réduits à gagner leur subsistmice à la sueur de leur front et par le travail de leurs mains , On veut aussi

que Jules Romain ait exécute ces quatre rableaux .

Dans la troisième arcade , le même Artiste peignit 5 dans le premier tableau 5 Noé qui, avec ses enfans 5 s'occupe de la construction de l'Arche , ainsi que Dieu le lui avait ordoiv né : dans le second , le Déluge universel qui fit périr tous les hommes et tous les animaux , tabl-^^aux d'une grande force et de la plus vive expression . Dans le troisième , Noé sortant de l'Arche avec sa famille et les animaux . Dans le quatrième , on observe le sacrifice des animaux purs qui attira à Noé la bénédiction du Ciel . Dieu en même tems l'assure qu'il n'enverra plus désormais un semblable châtiment au genre huma^'n .

Dans la quatrième arcade , le premier tableau représente l'offrande du pain et du vin faite par Mdchisédech ^ Roi et prêtre du Trèshaut 5 pour Abraham qui en reçoit la b-éiiédiction . Dans le deuxième , Abraham se voit promettre une postérité innombrable . Dans le troisième 5 il se prosterne pour adorer les trois Anges . Dans le quatrième , on observe Loth fuyant avec ses filles , l'incendie de Sodomie et de Gomorhe^ et sa femme changée en statue de sel en punition de ce que^ malgré la défense que lui en avaient faite les Anges 5 elle regarda derrière ell^ . François Penni ^ dit le Fattore est auteur des quatre tableaux de cette arcade .

Dans la cinquième 5 on voit i.**Dieu qui défend à Isaac d'aller en Egypte . 2."* Abimélech qui apperçoit Isaac caressant sa propre femme . J."* Isaac donnant la bénédiction à Jacob qui>

par les soins et hs conseils de sa mère Rébeccaî te dit Esaù à son père aveugle . 4.° Esaii qui crie en présence de Jacob pour qu'il lui donne iiussi ja béaédiction < L'exécution est également du Penni .

Dans la sixième , Pelîegrino de Modène peignit les quatre tableaux . Dans le premier , on voit réchelle que Jac^b apperçut en songe 3 et par laquelle les anges descendaient et montaient au Citl 5 et te Seigneur appuyé sur le sommet. Dans le deuxième ^jacob qui se passione pour Kachel tn la voyant près du puits. Dans le troifièmc j il reproche à Laban de lui avoir donné Lia pour femme , et non Rachel pour Tamouf /de laquelle il Tavait servi sept ans . Le quatrième représente Jacob , riche de troupeaux et ii'esckves 3 s*Qn retournant, avec ses femmes et ses enfans , à la maison paternelle ,

Dans la septième arcade 5 on observe ï.* Jck «eph racontant ses songes à tes frères . 2.* Le moment où ceux-ci le vendirent aux Marchands Ivladiaiiites ^ après qu'il? l'eurent renfermé dans îa Citerne , 3.** Joseph qui s'arrache des bras de la femme de Putiphar , lui laissant son manteau entre les mains . 4.° Joseph , présenté à Pharaon 5 lui explique un songe que ce Roi avait oublié 3 et qui le troublait . Le coloris beau et vigoureux de cette arcade est de Jules Romain .

Périn del Vago exécuta les tableaux de la îiuitième arcade : On voit dans le premier , ÎYÎoyse enfant , trouvé sur les eaux du Nil par la fille de Phnraon : elle l'en fait retirer par ses suivantes . Dans le second, Di:u parlant à Moyse à travers un buisson ardent . Dans le

troisième 5 la submersion , dans la mer rouge . de l'obstiné Pharaon ^ et de toute son armée , Dans le quatrième , Moyse qui fait jaillir l'eau du rocher en le frappant .

Dans la neuvième , Rafîaelliao del Colle peignit dans le premier ^ Dieu donnant à Moyse sur le Mont Sinaï les tables de la loi . Dans le second , Moyse qui s'apperçoit , en descendant 5 que le peuple Juif adore le veau d'or : il en est indigné au point qu'il brise les tables au pied de la montagne . Dans le troisième , Dieu qui parle à Moyse du haut d'une colonne de nuages en présence des Israélites qui sont k l'entrée de leurs tentes . Dans le quatrième , Moyse tenant en main les nouvelles tables de la loi ^ les montre au peuple repentant : la foule prosternée par terre 3 les adore , et promet de les observer .

Dans le dixième Perin del Vago a représenta les quatre grandes en*-reprijes dejosué : i.° lorsqu'il traverse 5 à pied-se:^ le fleuve du Jourdain avec tout le peuple et l'Arche portie par les prêtres ; 2.** quand au son dçs trompettes , les murs dejh'icho sont renv rsis ; ^^.^Josué qui commande au .Soleil et à la Lune de s'arrêter dans leur course jusqu'à ce que les Lraélites ayent dftruit leurs ennemis ; 4 ° ]osui , avec le prêtre Eléazar , fait le partage des terres promises aux Tribus d'Israël ,

Dans le onzième 5 le même Artiste a représenté I.** David recevant , par ordre de Dieu , l'onction royale des mains du Prophète Samuet en présence de ses frères ; 2,® après avoir abattu le géant Goliath > il s'élance sur lui ^ et lui

coupe la tête -, 3.* Ce Prince voyant , de son balcon Bethsabee dans le bain, s'en rend amoureux ; 4.** le magnifique triomphe de ce grand Roi en Sj rie .

Pellegrino de Modène a peint les quatre tableaux de la douzième arcade : le premier représente Salomon recevant l'onction royale du prêtre Sadoc , par ordre de David ; le, second^ son fameux jugement par lequel il découvrit la vraie mère de l^enfant vivnnt ; le troisième ,, ce Roi s'ocGupant de la construction du temple ^ à jamais célèbre, et le quatrième 3 la Reine de Saba qui vient visiter Sabmon ^ et lui offrir des présens ..

Dans la dernière enfin 5- Jules Romain a peint y dans le premier tableau 5 la naissance de l'Eifant Jésus dans une étable ^ dans le second les Mages qui viennent l'adorer ; dans le troisième S. Jean Baptiste qui baptise Jésus Christ ^ans le Jourdain ; et dans le quatrième y Jésus assis au m.lieu de ses Apôtres 5 faisant la dernière Cène ,.

Oa trouve plusieurs éditions de cette collection gravée sur cuivre par différents. Artistes 5 mais la plus récente^xécutéeparde bons burins> appartient à l'éditeur de cette description : elle est en vente a Rome 5 chez Piale , pbice d'Espagne N. 1 . A^ Les pilastres ont été également gravés en cuivre par Volpato ; et c'est à leur publication ea Italie et au dehors , que l'on doit aujourd'huy le mode presque universel de peindre dans- les appartemens des arabesques , des figures et de l'architecture y ornemens biserres ^ il est vrai ^ mais assez agréables c

Après avoir vu les Loges 5 ori trouve a .droice uns porte qui introduit dans les

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