CHAMBRES DE RAPHAËL
Les quatre Chambres y dans lesquelles nou9 entrons maintenant , appartiennent à cette partie du palais élevée par Nicolas V 5 et qui donne sur la Cour du Belvédère , et dans laquelle Alexandre VI avait fait orner de peintures le second étage , qui est Tappartement Borgia déji dé:rit plus haut • Jules II avait commencé a faire peindre ce troisième étage par Pierre délia Francesca , le Bramantino de Milan , Luc de Cortone 5 Pierre délia Gtuta et Pierre Pérugin, peintres renommés de cette époque . A p^iiie Raphaël 5 appelle à Rome , eut-il montré sa supériorité dans l'art , que Jules lui même ordonna que les peititures ^ déji faites ^ fussent effacées de ces quatre chambres , et que Raphaël les peignît toutes suiv^ant son goût ..Cet Artiste entreprit donc alors d'exécuter ces peintures 5 que nous indiquerons par ordre de tour ^ et non de tems ..
On entre dans la première pièce que l'on appelle la salle de Constantin , parce qu'on y a peint les hauts faits de cet Empereur, Il faut d'abord observei^, le' soubassem.ent qui fait le tour 5 et sur lequeLon a disposé des Cariatides^ de deux en deux 5. avec les emblèmes de la maiaon Médicis : entre ceux-ci r\i. a placé des basreliefs en figures,! mitant le bronze doré et dont les sujets se rapportent à l'histoire de Constantin;^ peinte au dessus , On veut généralement
que ces figures soyeat de Polidore de Caravag-
gio .
On a peint sur le soubassement y dans chaque fsçade , à droite et à gauche du grand tableau^ îa figure entière et majestueuse des Papes les plus ' élcbres en sainteté et en science , revêtus de rhabit pontifical , et a- sis sur un siège placé "sous un baldaquin . Ils sont au nombre de huit, et repré.' entent S. Pierre , S. Clément 5 S.Gré-
toire . S. Urba'n y S. Damase , S. Léon I , . . Sylveare et S. Alexandre I : quelques noms inodernes^ assez mal refaits , ont jette de la confudon , et fait naître des incertitudes : mais Ja nomenclature , que nous venons de donner y est la véritable » Au bas de la figure de chaque Pontife 50,1 1 deux figures assises allusives aux t^ertus qui lui sent propres ^ et qui k distinguent : chaque Pape est accompagné de deux petits anges gracieux ^ dont 1' un soutient le inanteau y P autre le livre y ou 1' assiste de quelqu'autre manière . Au dessus des deux pi* îastres , chaque trône offre deux belles figures de jeunes gens , qui ayant les bras sur la tête , en forme de Tt la mon s y semblent soutenir U corniche , et un joug sur lequel est écrit le jfTîot SUAVE ; on attribue ces idées à Léon X et à. Cl-ément VU ,. Parmi les fi.gures de ces jeunes f^cns > il en est quelques unes de femmes agréa-blés : Celles qui sont vis-à-vis de l'entrée , représentent Apollon et Diane avec ces mots : CAiSDOR ILLESVS . Raphacl peignit lui même ^ k l'huile , sur un récrépi préparé avec un mélange y les Vertus de la Mansuétude et de la Jus- ,tice pour faire un essai de cette méthode avec
Laquelle il se proposait de peindre aussi la grande bataille . On prétend qu'il a peint , sur le même enduit 5 la tête de S. Urbain .
En passant aux principaux tableau"5c du milieu, on voit à gauche l'apparition de la Croix à Constantin avant son combat contre Maxence , dans laquelle il fut prévenu qu'avec ce signe 3 il remporterait la victoire : in hoc vince . Raphaël y a figuré une allocution ancienne qui convient assez à la circonstance: elle y est représentée suivant Pusage des médailles et sculptures antiques: mais il y^ introduit aussi quelques figures bizarres pour accessoires ( si toutefois ce ne fut pas une licence de son élève ) y et y a dessiné dan$ le champ , le Château et le pont Saint-Ange , vus du Vatican , dans leur ancien état inventé, par lui ; et un peu plus loin ^ le mausolée d'Auguste également imaginaire . Cependant P exécution de ce tableau , certainement postérieur^ à la mort de Raphaël y est si pleine de vigueur 3 de sentiment ^ et de savoir ^ qu'on ne peut presque pas douter qu'elle ne soit de Jules Romain 5
Vient ensuite sur la façade , \âs-à-vis des fenêtres ^ la fameuse bataille livrée par Constantin , au de l;ï du Ponte Molle , ( Milvius ) , au tyran Maxence qui fut vaincu et noyé dans le Tibre . Elle fut peinte à fresque par Jules Romain 5 après la mort de Raphaël qui avait déjà fait préparer le récrépî^dont il vient d'être question 3 pour la peindre lui même à l'huile . Oe tableau a 34 pieds de long ^ sur 15 de large 3 ou de hauteur ; et néanmoins dans cettD .seule extension l'Artiste a su pemdre tout au na-
turel 5 îa grande action de deux armées trèsoombreuses en cavalerie , en infanterie, la me-. lée 3 une grande variété d'incidens 5 la supériorité du vainqueur^ la défaite , la submersion du, tyran et la totale destruction de son parti : le libre 5 le pont ^ le camp y le mont Marius n'y ont pas été omis 5 et enfin le secours du ciel apporté à Constantin par trois anges qui prennent i'épée en sa faveur . Tout y est clair et bien ordonné y malgré l'extrême confusion d'un horrible combat : chaque chosey est dessinée et conçue en maître sous les formes, les plus élégant'es et les plus multipliées ;. il n'est rien au monde en peinture de ce genre qui puisse être comparé à ce tableau pour la force ^ la netteté , îa vérité et h noblesse de ton .
Celui^ qui suit représente le Pape S. Silvestre baptisant 1- Empereur Constantin ; ce Prince aud 5 un genoux par terre , reçoit 5 avec recueillement 5 l'eau que le Pontife lui verse sur la tête . Les Ministres du Pape et le cortège de l'Empereur assistent à la cérémonie 5. chacun occupé de la fonction qui le concerne . Le lieu de cette cérémonie pieuse est k.p eu près le même que celui qu'on voit encore- aujourd'huy près de l'Eglise de S. Jean de Latran 5 et qu'on appelle le Baptistère de Constantin .. On ne sau* lait douter que la belle invention de ce tableau ue soit de Raphaël 3 mais l'exécution est de François Penni 3 et elle date de 1524-3 sous Clément VIL .
On a représenté dans le dernier tableau la donation 5 que plusieurs personnes croyaient faite alors explicitement par Constantin au Pape S.Sil--
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vestre 5 de la Ville de Rome pour la résidence du. Vicaire de Jésus-Christ ; donation exprimée par la présentation d'une petite statue d'or^ armée d'une lance et représentant Rome . Cette fonction est remplie dans le milieu de l'ancienne basilique Vaticane en présence de tout le cortège et du concours de peuple romain : l'on y a introduit quelques personnages contemporains du Peintre , parmi lesquels, sous la figure d'un Vieillard de la famille Flavla y placé derrière Constantin ^ avec la croix sur la poitrine ^ on voit le Grand Maître de l'Ordre de S. George , que l'on croit fondé par Constantin même . On observe 5, dans le fond 5 l'ancienne tribune , et plus en avant 5 la Confession sur le tombeau de S. Pierre, environnée 5 en carré , de colonnes spirales dont les quatre , qui sont visibles , indiquent que ce sont celles dont nous avons déjà parlé, et que l'oncroyait provenir du temple de Jérusalem; mais cette invention, de Raphaël fut exécutée par Raphaël <iei Colle .
On commença les peintures de la voûte de cette salle sous Grégoire XIII dont on voit les armoiries ; et on les acheva sous Sixte V . On doit y observer le tableau, du milieu : il présen^ te, dans son vrai point, b. magnifique perspective d'un riche temple , orni de beaux marbres ^^ au milieu.duquel on voit s'élever , sur un piédestal y, un crucifix en or qui a à ses pieds une idole en marbre renversée , et en pièces , ce qui est l'emiblême du triomphe de la Religion ca-tholique sur l'idolâtrie . Cette production , fort précieuse dans son genre , est de Thomas Laui.eti: y Paiermitain . Tout le reste de la voûte.
est décoré de grandes figures et d'emblêmés relatifs à Grf goire , k Sixte et au domaine de l'Eglise ; m^is le style de ces peintures est bien difïtM-ent de ce style sublime de Raphaël et de son école ;, qu'un demi siècle après sa mort , les Peintres ne se mettaient plus en peine de conserver .
Passant dans la seconde chambre, on y trouve les œuvres du grand Raphaël encore plus sublimes 5 parce que non seulement il les inventa ^ et en dirigea l'éxé:ution5 mais parce qu'il y travailla de sa main , et fit ainsi connaître tout son génie . Qu'on jette d'aboTd un coup d'œil sur le socle composé de 17 statues en clair-obscur dont partie représente des hommes et des femmes 5 et partie des thermes , toutes figures allusives aux vertus et aux taîens de Jules II : ell.s supportent avecla tête un élégant chapiteau soutenant la corniche qui règne autour de î* salle . Dans l'espace qui se trouve entre Its figures 5 on voit deux compartimens ; le plus grand est uni et au dessus ; l'autre au dessous , plus petit 3 figuré en bronze doré avec divers sujets 3 en forme de bas-relîc fs parmi lesquels on observe les quatre Saisons 5 qu'on dit avoir été exécutés 5 dans l'oriijine , par Polidoie de Caravaggio, puis renou vielles par Charles Maratte. Examinons maintenant les grands tableaux supérieurs .
On a représenté dans le premier le châtiment d'Héliodore , Préfet -"u Roi Séleucus 5 qui, entra par sou ordre ^ dans le temple de Jérusalem, pour en enlever les dépôts des veuves et despupilles y qu'on y conservait . Ce profanateur
du lieu Saint tst renversé à terre par les jambes
de devant du Cheval d'un guerrier céleste : et deux jeunes gens de même nature , survenus tout-à coup 3 et comme suspendus en l'air , se jettent sur lui, pendant qu'il est prosterné et tremblant 5 pour le flageller . On ne saurait désirer pour l'Histoire , ni plus de fidcl.té , ni une expression plus énergique dans un sujet qui inspire l'etfroi . Dans le milieu du tableau ^ le grand Prêtre Onias à genoux devant l'autel 5 est occupé à implorer le secours divin , accompagné des saints ministres et du peuple: il n'est pas encore informé de ce qui se passe^et prie dans la plus grande tranquillité ; mais déjà quelques femmes moins éloignées s'en apperçoivent : elles sont surprises et effrayées . La magnificence intérieure du temple , le candélabre 5 le voile^ l'autel ;, tout annonce le nouveau temple majesteux de Jérusalem . Enfin ce nouvel Onias 5 le grand Jules 11 , restaurateur et libérateur de 1' Etat de l'Ei^ise , forme la covollaire du sujet . As^is sur le «iége pontifical , il est porté sur les épaules par ses Sfggettavj , qui sont des portraits ; Tun est celui de Jean Pierre Fogliar} 5 Crémonais , Secrétaire des Mémoriaux 5 c( lui de Marc-Antoine Raimoadi , trcs-C'.'ièbre graveur y et élève de Raphaël . Le grand Pontife regarde d'un air sévère Héliodore renversé , comme s'il terrassait en lui les usurpateurs , et .les ennemis de P Eglise 5 déjà contenus et réprimas p?r son courage , La force 5 avec laquelle ce tableau est peint , a f^ic croire à quelques uns qu'il avait éié exécuté par Jules Romain 3 mais la grace^ l'empâtement bit»
îSo
ordonné des couleurs , le sentiment avec lequel ce travail a été conduit , ne peuvent appartenir qu'à la main de Raphaël ; et l'époque même antérieure à l'an 1512^ année oh il fut exécuté , ne peut être admise pour l'élève romain qui n'avait pas encore atteint sa vingtième année .
Le second tableau représente un miracle arrivé à Bolsène lorsqu'un prêtre doutant , dans la célébration 5 de la présence réelle du Corps de Jésus Christ- dans l'hostie après la consécration 5 en voit sortir du sang sur le corporal , et demeure confondu de cette apparition . Les assistans ^ qui apperçoivent le prodige^, sont pénétrés de respect : la, foule se pr.:sse 5 et par une de ces licences permises aux peintres etaux poètes , on fait trouver présent à l'événement Jules II qui 3 avec des Cardinaux , des Prélats et les Seggettarj y tous àgenoux , adorent le Saint-Sacremeat . La componction du célébrant, la vénération causée par le miracle^, la pieuse curiosité d' un peuple chrétien ^ sont dignement retracées. Raphaël a traités les sentimens plus doux avec cette même vérité , et cette âme qu'il apportait à. peindre les passions fortes et généreuses . Cependant le vuide d'une fenêtre ôtait la meilleure portion du tableau 5 et lui donnait une forme irLégulière ; maio Raphaël ne connaissait point d'obstacles : il dispose son sujet d'une manière qui fait paraître inutile l'espace qui manque ;. bien plus , il en tire parti pour élever le grand autel du plain-pivd de l'Eglise 5 et le placer sur un majestueux gradin . Le p.u de champ 5 qui y reste ^ offire un htau. Temple , et il a^, entre le fond.
et P autel , un Chœur , sculpté en boîs de noyer > qui rend ce local toujours plus décent et plus magnifique. La pureté du dessin, les ombres naturelles ^ l'harmonie du coloris > l'effet et la grâce qui dominent partout , nous confirment que c'est un travail du plus beau tems de Raphaël ^ qui n'avait pas encore sa trentième année .
La façade qui suit présente au contraire > dans son tableau , la confusion et le tumulte . C'est la marche d'une armée de barbares , et d'un Roi furibond qui porte au loin le carnage et la désolation . Attila 5 Roi des Huns , surnommé lé fléau de Dieu , s'avance pour détruire Rome . Le grand S. Léon, qui en est prévenu par l'Empereur Valentinien , va au devant de l'ennemi jusques près de la rivière du Mincio : il le voft, lui parle , le persuade et l'appaise par son éloquence divine . Attila , levant les yeux vers le ciel 5 apperçoit les Apôtres S. Pierre et S. Paul armés d'un glaive qui le menacent : il s'arrête épouvanté y et reprend ^ avec son armée ^ le chemin de la Pannonie. Si Ton infère du portrait que c'est Léon Xjet non Léon le Grand, qui marque dans l'action , e si les individus , qui forment la suite , appartiennent , non pas à l'ancien Léon y mais au noble Médicis , c'est encore une licence , et peut-être une obligation naturellement imposée à l'Artiste par le Pape qui lui commanda ce travail ^ Cep:ndant Raphaël Sviit tout allier par un accord de juste flatterie et de respect pour le Saint ; il sait les réunir y et de deux sujets si différents , il forme un tout, bien disposé 5 bien expressif , dans.
lequel chaque figure conserve son caractère : le calme et la Majesté de la troupe romaine offre un beau contraste avec la fureur et la pompe de l'armée barbare qui a rempli de ruines et d'incendies les contrées qu'elle a envahies . Cette p-^inture est aussi de j? main de Raphaël , qui avait alors environ tr nte ans y et qui donna à la iigure du massierprès du Pape 5^ le portrait d€ son Maître 3 Pierre Perugin . Quelques personnes ont cru reconnaître dans le champ l'Amphithéâtre de Flavius avec s(s m''mes ruines d'aujourd'huy ; mais cette opinion ne saurait tenir à un examen exact .
Il nous reste la prison qui est îe dernier tableau à voir dans cette Salle : c'est une prison qui n'excite point l'horreur en la voyant , mais bi'.n le plaisir et l'admiration ; une prison qui nous offre une triple objet ; une prison en.^'n sur h quelle contrastent quatre différentes lumières . le Prince des Apôtres y dort tranquillement dans l:'s fers , au mili-n de deux gardes qui tiennent ses chaînes: la piison reluit de la splendeur céleste d'un ange qui réve'Ue Pierre , et lui indique que la porte est ou-'ertepour sa délivrance • Tout le sujet y parait clair et distinct à travers les barreaux de la prison , qui est d'ailleurs à l'extérieur , laissée dans l'obscurité à. cause des ombr^^s de la nuit . L'Ange et le jaint , déjà délivré ^ et qu'il conduit par la main, sont le second sujet : ils passent au milieu des gardes ensevelis dans un profond sommeil : L'Ange rend encore ici ^ par sa splendeur ;, tous les objets clairs et lumineux; mais cette lumière est moins vive que la première 3 parce que le
guide n'a plus besoin de se faire connaître à l'Apôtre 3 et parce qu'il n'a point d'obstacles à rédouter : cependant cette lumière, déjà si modifiée 3 se réfléchit encore sur les armures des soî^ dats 5 et fait distLigu'.r l'escalier, la prison et les figures . Un murmure qui s'élève parmi les gardes , ou éveillés ou endormis ^ forme le troisième sujet . Déjà on sUume un finmbeau pour visiter la prison : d^ji quelques uns éprouvent de ,1'effrci : ceux-ci accourent ; ceux ià interrogent, et tous se distinguent à la lueur du flambeau et à la clarté de la lune qui n'est pas entièrement lumineuse. C'est ainsi que termine cet adm.iruble tableau dans leouel Raphaël exprima , de sa main , quatre lum.ières différentes avec une telle vérité, et tant d'harmonie, que personne ni avant , ni après lui , n'est parvenu à l'égaler . Ce travail porte la date de l'année 1514.. Raphaël avait 3 1 ans .-
Dans l'ornement de la voûte on voit des compartimens et dts clair-obscurs que d'autres peintres avaient exécutés avant Raphsel : il se contenta d'y adapter les sujets de quatre tapisseries feintes qui représentent N. S. prom.ettant à Abraham une innombrable postérité par son fils Isaac : Abraham au moment d' imimoler son fils par ordre de Dieu ; il en est empêché par un ange ; Jacob qui voit en songe une échelle miraculeuse par laquelle les Anges montent et descendent , et au sommet de laquelle le Sei* gneur est placé . Enfin Moyse 5 pieds nuds et à genoux en présence du buisson ardent , d'oi\ le Seigneur lui fait entendre sa voix ; coûtes ces
inventions sont belles y maïs elles ont un peu souffert .
Maintenant on entre dans la troisième chambre 5 dite délia Se^natura^ où sont les premiers ouvrages du Peintre . On y voit un socle feint plus bas cependant que les autres . Aussi les tableaux en sont plus grands • Quelques femmes gra.ieuses 5 et des hommes avec la barbe peints en clair-obscur 5 soutiennent , comme autant de Cariatides 5 sur un Chapiteau ionique^ la corniche qui fait le tour ; parmi ces figures ^ il y a , suivant l'usage, des bas-reliefs simulés , dérouleur d'orjet dont les sujets sont relatifs au tableau qui est au dessus. Ainsi,à la gauche de la fenêtre, on voit d'abord Moyse qui donne les tables de la loi 3 et sous le tableau du Saint -Sac rement , un prêtre faisant un sacrifice : puis S. Augustin méditant sur le Mystère de la Trinité , et enfin la Sybille qui indique à Auguste la Vierge , nière df: Dieu , En fa:e , sous le tableau de l'Ëcole d'Athènes , on observe une réunion de Philosophes, qui discutent sur le globe 3 \ts efforts naturels de l'univers j le siège et la prise de Syracuse , le sac de cette ville ^ et Archimède mis à mort par un soldat romainjparce qu* il le trouva absorbé , -s'occupant à tracer sur le pavé àts figures géométriques ; enfin à côté de la feiiètre , Marcellus victorieux au milieu de ses soldats^ Puis sous le Parnasse , le Peintre a feint deux bas-reliefs plus grands . à clair-obscur représentant la découverte des livres sy-^ billiques dans le tombeau de Numa Pompilius , et le moment où ils furent brûlés dans le Co* mice .
Le premier grand tableau qu'on remarque dans cette pièce ^ ( premier travail de Raphaël dans le Vatican ) est appelle la Dispute du Sacrement 5 de ce que dans le bas on voit sur un autel un ostensoir avec une Hostie consacrée : cependant on n'y traite pas seulement cette question , mais tout ce qui a rapport à Dieu et à la foi . Là des SS. Pontifes, des Docteurs, des SS. Pères et des Théologiens renommés-sont occupés à écrire^a prêcher^à méditer sur les augustes mystères . Les SS* Docteurs Grégoire, Jérôme , Ambroise et Augustin sont assis aux quatre angles de l'autel : les autres ont pris place à l'en tour ^ et plus loin , est une troupe d'écrivains ^ d'-'étucians et de jeunes gens qui sont attentifs à écouter ce que l'on doit croire sur les mystères . Il n'est pas facile .de répéter avec quelle conve;";ance admirable le Peintre a su donner à chacun son propre caractère,! chaque objet l'expression propre . Dans le haut on voit une scène en rapport avec l'auguste Concile qui est au dessous . Dans la partie la plus élevée , le Père éternel domine au mâlieu , donnant la lénédiction , et soutenant le monde entier . Au des.'^ous 5 «st son fîls unique , le Rédempteur du genre humain , avec les bras ouverts pour nous démontrer son amour . A, côté de lui , et à sa droite , est sa mère assise , tournée vers lui avec Tex-pression la plus aHectueuse , et à sa gauche , également près ce lui , on voit le Précurseur , S. Jean Baptiste , prêchant , comme il le fit autrefois dans le désert . Plus bas , le Saint Esprit en forme de colombe , est entouré de quatre petits anges qui portant les
quatre livres des évangiles , ouverts . Le cortège de cette divine représentation , disposé en demi-cercle et assis sur des nuages , est composé^ à la droite , de S. Pierre , d'Adam , de S. Jean le bien-aimé du Christ , de David , de S. Etienne Protomartyre et d'un autre Saint qui se perd dsns les nuages ; à la gauche sont S. Paul 5 Abraham , S.jacques^ Moyse , S. Laurent et S. George : ces ligures sont si bien variées dans leurs attitudes et les proportions , que la vérité même ne ferait pas une plus grande illusion , Au sommet , un autre demi-cercle 5 composé d'un chœur de petits anges , forme une couronne au Père éternel . Il est impossible d'imaginer une représentation plus sublime de la Divinité ; et si Raphaël n'eût pas interposé ces rayons et ces points dorés en relief dans la gloire ( étrange décoration d' un temple où l'on pens-it à rehausser la peinture par de l'or ) , ce serait le plus magnifique tableau , comme il est le plus élégant , le plus étu^'ié 5 et le plus fait pour laisser une idée juste du vaste génis de ce grand artiste ,
Raphaël ayant renoncé à l'usage d'employer la dorure dans ses peintures , se montre plus en maître dans le tableau en face , son second travail , appelle l'Ecole d'Athènes dans laquelle, au devant d'un majestueux édifice ^ orné de statues et de bas-reliéfs ;, placé en perspective avec les règles exactes ^ et ombré avec art et avec vérité, se trouvent réunies les différentes sectes des anciens Philosophes 5 occupi's de ces études qni tirent leur origine de la Philosophie . Platon à la droite et Aristote à la gauche.
au milieu , et dr.ns h partîe la plus élevée , l'un à côté de l'autre , avec un grave maintien, enseignent leurs préceptes à t'es disciples qui les entourent sémidrculairement . Sur le même plan à droite du tableau ^ Socrate vu de profil, reconnaisable à son fro:it chauve , et à son nez camard , debout et tourné vers Alci')iade , Jeune homme vêtu e i guerrier , lui montre le mode d' argumenter , en lui indiquant , avec le pouce , l'index et le doigt du milieu y les trois parties de l'argument , là majeure , la mineure et ia conséquence . Près de Socrate on voit ses sectat-urs . Au dessous , et du même côté 5 on apperçoit Pythagore qui écrit sur les proportions harmoniques indiquées sur la tablette que lui soutiens un jeune homme : il a autour de lui Empécocie , Epicharme , Architas et d'autres disciples : on croit que ce jeune homme eiiveloppé d'un manteau blanc avec de3 franges en or , qui s'éloigne de lui comme pour aller ver'^ Platon , «st François Marie délia Rovera , Duc d'Urbin , neveu de Jules H . A une certaine distance d'eux , vers la fin d-u tableau , Epicure , couronné de pampres , écrit aussi sur un livre de sa secte , faisant peu de cas de la Pythagoricienne ; Raphaël l'a peint bien diiférent de bon vrai portrait que l'on connait aujourd'huy ; il est seul et couché sur les marches de Tescalier ; vers le milieu et dans le bas on leconnait Diogène surnom.mé le Cynique , à demi-nud , sans sectateurs ., tandis qu'un jeune homme qui parait hésiter , et tendant la main vers lui , demande à un vieillard s' il doit s'en approcher ; il en est détourné , et on lui
indique Platon et Aristote qu'il doit suivre . Le côté gauche du tableau présente les maîtres de Mathématiques ; et d'abord Archimède incliné traçant sur une planche , avec le compas 3 un hexagone en présence de divers jeunes gens qui l'observent -avec une très grande attention . On veut que le portrait du Bramante se retrouve dans Archimède , et celui du Duc de Mantoue , Frédéric II , dans ce jeune homme qui 5 les bras ouverts , admire la figure gé ométrique . Ce tableau finit avec les deux figures qui tiennent en main les globes céleste et terrestre , et que l'on prend pour Ptolomée et Zoroastre , Roi des Bractrians. Dans les deux têtes placées au derrière d'eux ^ on reconnait Pierre Pérugin, et Raphaël même, qui 5 en composant cette Ecole de philosophie , nous a laissé une véritable école de la plus sublime et de la plus belle peinture , dans laquelle l'idée 5 les caractères , le dessin et l'exécution sont vraiment admirables . Qn croit que 5 pour la partie de l'érudition., Raphaël consulta 1' Arioste . Le carton original de ce tableau est dans la bibliothèque Ambrosienne de Milan •
On observe , sur le troisième côté de cette chambre ^ trois tableaux ; celui qui est au dessus de la fenêtre ^ est vulgairement appelle la Jurisprudence : il consiste en trois figures assises représentant la Prudence , la Force et la Tempérance . La Prudence est dans le milieu et plus élevée 3 ayant deux faces l'une d'une jeune personne 5 et l'autre d'un vieillard avec la bai^e ; cette dernière est tournée vers nnflamb.au^ et l'autre vers un miroir. La
Force qui est a sa droite 5 tient un rame?.u de chêne 5 armoîries de Jules li 5 et auprès d'elle lui lion . La Tempéritice à gauche , indique son caractère par un mors ou fiein qu'elle tient en main : elles sont accompagaées de petits génies ailés qui contribuent à faire distinguer plus clairement les fonctions de chacune 1 Le style de ces trois figures est majestueux , plein de gra* ce et du plus beau tems de Raphaël ,
Le tableau au dessouSjCt à gauche de la fenêtre 5 représente Iules U qui 5 sous la figure de Grégoke IX , présente le livre des Décré taies à un Avocat consistoral , à genoux à ses pieds : le Pape est assisté par les Cardinaux , Jean de Médicis , qui fut ensuite LéonX , Antoine deî Monte 5 et Alexandre Fai*nèse qui devint Pape sous le nom de Paul ïll.
Dans le cote droit de la fenêtre , siège l'Empereur justinien qui donne les Digestes à Trébonianus à genoux ; Théophile et Dorothée assistent debout 5 en habit de jurisconsulte avec àts robes rouges doublées de peau . Ce tableau a beaucoup souffert .
Reste enfin le grand tableau en face appelle le Mont Parnasse , parce que cette peinture représente ce sîre . Apollon , le Dieu des Muses 5 et des Poètes 5 est assis an sommet du mont à l'ombre de lauriers verds 5 au milieu dts Mu«îes qui l'entour» nt .. La fontaine Hyppocrèn^" jaUlit à ses pieds . Les figures sont vives et animées ., ainsi que les visages de ces Divinités qu'on saura démêler par soi-même ^ et distinguer l'une de l'autre en se rappellant les attributs et les symboles de chacune d'elles* Si Tvm. /. ' H
' t'Jù Apollon ne conserve pas dans son aspect ^ et dans son instrument d'une forme moderne , le costume antique , il faut l'attribuer à l'obligation enjointe au peintre d'y faire le portrait d'un virtuose de son tems . A sa cécité , et à sa physionomie connue , on s'apperçoit que le plus près des Muses , à la droite , est le diVia Homère chantant des vers , écrits par un jeune homme assis ^ qui l'écoute attentivement . Ici vient le Dante couronné de lauriers , en manteau rouge y conduit par son guide Virgile au sommet du Mont . Cette tcte du Dante a été gravée dernièrement , avec un beau talent, par M. Coiny, pensionnaire du Roi de France à Rome . On veut que la figure couronnée de lauriers près de V'irgile , soit celle de Raphaël lui même, qui mérite d'y occuper cette place . Assise en avant -et dans ie bas , la savante Sapho tient de la main gauche un volume dans lequel son nom est écrit , et de la droite le coniet d'une lyre : elle est tournée vers un groupe de quatre figures , dont ks deux téces couronnées de laurier sont prises pour celles de Pétrarque 5 et de Laure sous la forme de Coi inné « Cette figure sur le devant 5 habillée de jaune, et dont on ne voit pas le visage , est peut-être celle d'Ovide ; et la quatrième appuyée sur l'arbre , un de ces anciens chantres d' amour auxquels toute cett-e partie du tableau est destinée, Dl l'autre coté , on observe , vis-à-vis Sapho 5 Pindare , le prince des Poètes lyriques , chantant'les héros victorieux ; Horace , debout sur le devantjl'écoute attentivement ; et le second, qui tient an doigt sur la bouche , montre qu'à
est liiî aussi un chantre héroïque ; c'est peutôtre le grec Callymaque . Dcrrièie yux , s' avance un peu Sannazzaie , toiidu et sans barbe^ avec un noble aspec*: . Puis au dessous de l'ombre des lauriers verdoyans :, deux aucres poètes qui pourraient bien représenter quelqu'un de? anvùens tels qu'En-ius, Tibullc , Catulle et Properce : ce qu'on ne peut cependant ni distinguer , ni assurer . Les deux autres^ couronnes de lauriers, représentent Tibaldeo , et Boccacce qui a la barbe couple et les mains sous son manteau . Ce charmant et fameux ^ujet fut exécuté par Raphaël en 1 5 1 1 , avec goût, avec une rare intelligence et avec des renseignemens pleins d'esprit , et d'érudition , que l'Arétiu lui fournit •
•Les compartîmens et les décorations de cette voûte n'ont point été faits par Raphaël : on prétend qu'ils sont de Balthazar Péruzzi auquel on attribue les clr.ir-obscurs : mais les quatre ronds et les qtiatre petits tableaux 5 feints en mosaïque , sont de la main de Raphaël . Les Vertus peintes dans ces fonds sont belles et d'un excellent goût . Ce sont la Théologie ;, la Philosophie , la Jurisprudence et la Poésie : il parait naturel de penser qu'elles furent le premier essai qu'il donna de son savoir , dans lequel il se montra aussitôt supérieur à tous les maîtres ; Le premier jil ne s'astreignit plus. à cet usage mesquin ( refuge de i'ignornnce ) de tracer le nom des figures sur des rubans , flottant autour de la tête ; le Mantegna même ne sut pas échapper à ce travers . Au contraire Raphaël ? ingénieux 3 et clairvoyant 5 accompa-
gna chaque figure des Vertus , de petits anges enfantins qui 5 jouant avec quelques simples tablettes 3 présentent , non le nom , mais un mot écrit qui fait cciinaître le sujet en l'enrichissant ; invention digne de ce sublime génie .
Le tableau voisin, placé dans les angles 5 correspond au sujet de chaque rond . Ainsi Adam et Eve , trompés par le serpent 5 appartiennent à la Théologie ; la figure de la Spéculation^ qui s'appuye sur un globe étoile , et qui pose par terre dans le centre , appg,rtisnt à la Philosophie , Le Jugement de Salomon , invention sublime et de la plus belle exécution 5 a rapport à la jurisprudence 5 et enfiii le châtiment de- Marsyas écorché vivant ^ pour avoir osé lutter au chant avec Apollon ., fait allusion à la Poésie.
On passe à présent dans la derme re chambre oîi l'on doit reconnaître le troi sième travail de Raphaël , exécuté entièrement sous Léon X, vers l'an 1 5 17. U y a autour de cette chambre^ 14 nuds de différents caractères , peints en clair-obscur , et qui du milieu à l^extrêmité inférieure 5 finissent en forme de Termes • Ils soutiennent la corniche du socle majestueux qui règne autour de la chambre . Parmi ces espèces de Termes 3 on a interposé quelques btlles et grandes figures assises , en métal simulé 5 représentant les Souverains qui ont bien mérité de l'Eglise . Ce sont, en commençant par la droite 3 Ferdinand II , Roi d' Espagne . Puis sur la cheminée on voit le seul titre de Pépin 5 Roi de France ; l'Empereur Lothaire ; Godcfroi de Bouillon 5 qui refusa le Royaume
de Jérusalem après l'avoir délivré; Astolphe
Roi de la Bretagne ; Charlemagne et enfin le grand Constantin . Au dessus de chacun est un placard avec une inscription qui indique la qualité de leur mérite • On croit cependant que ces figures ^ après avoir beaucoup souffert de la négligence des soldats , lors du sac de 1527, furent refaites par Charles Maratte qui nétoya aussi toutes les autres peintures ^ par ordre ie Clément XI.
Le tableau le plus renommé de cette cham^ bre est appelle Ï^Incendio di Borgo 5 Incendie du Bourg . Le quartier du Vatican y qui porte ce nom 3 prit feu vers la moitié du IX. siècle, avec tant de violence 5 que la Basilique de S. Pierre courait un grand danger ; mais S. Léon IV en arrêta sur le champ les progrès avec le signe de la Croix . Aussi on admire 5. dans le milieu du tableau 5 la façade de 1' ancienne Basilique , et à côté 5 le balcon delà bénédiction d' où le Pape opéra le miracle . Mais la flamme, les ruines, la confusion et l'horreur sont exprimées sur le devant avec une grande énergie : A la droite un Jeune homme robuste porte sur ses épaules un vieillard affoibli, peut-être son père, qu'accompagne sar malheureuse femme et un enfant nud . Heureusement ils sauvent de ces flammes leur vie et quelques haillons ^ On ne peut douter que Raphaël ne pensât alors à Enée décrit par Virgile dans une pareille circonstance. Au dessus d'eux on observe un autre homme entièrement nud , accroché à un mur à moitié détruit par la flamme , se jettant par terre pour éviter le feu^
A côté parait à la fenêtre une femme nue qùî tend en dehors un enfant à un homme ému de com.passion : celui-ci s'élevant sur la pointe des pieds -i tend aussi , de la rue 5 les bras pour le recevoir . Le màlieu offre un admirable groupe de femmes et d'enfans qui ^ par de fortes et vives expressions ^ montrent la consternation 5 la crainte et la terreur qui les agitent . Celle-ci crie à genoux avec les cheveux épars ; elle semble ^ avec ses bras élevés 5 implorer secours et miséricorde : celle-là couchée par terre ^ presse contre son sein son enfant nud , et tourne ses regards pleins d'effroi y vers l'incendie : l'une exhorte sa petite fille à genoux 5 et les mains jointes 5 à adresser ses prières au Saint Pontife ; l'autre, qui n'est pas entièrement vêtue^ pousse en avant ses enfans tout à fait nuds ^ qui épouvantés et confus, ne savent dequel côté se tourner . De mille autres manières , hommes et femmes , parvenus près du balcon pontifical , ils présentent une scène de tumulte touchante ; mais l'horreur et l'activité sont du côté gauche ; tous accourent apportant de l'eau pour éteindre l'incendie, et c'est en vain; un fumée noire, qui s'élance en épais tourbillons , ne permet pas même de respirer à un vieillard qui, étant le plus près , est contraint de tourner la tête , D'autres personnes des deux sQ:Kts portent en main et sur la tête , des vases pleins d'eau 3 et leur bouche ouverte manifeste l^agitation et la peine . Le vent , souflant avec violence 3 aide à l'incendie , agite les vêtemens des femmes ; mais tout est propice à l'artiste pour faire ressortir , sous leurs habillemens 5
leurs membres beaux et vigoureux 5 ou pour mieux dire , les formes surprenantes que Raphaël sut leur donner , Dans hs trois colonnes isolées qu'on y observe , on voit que le Peintre a copié celles du Temple de Castor et Pollux dans le Forum Romain ^ alors ruiné comme aujourd'huy . Telle est cette peinture qui;> bien considérée , afflige et intéresse, en même tems le spectateur sensible et ami dts arts .
A la gauche de l'Incendie^ est la Victoire de S, Léon IV sur les Sarrasins qui , partis de la Sardaigne , s'avançaient vers O^tie pour ravager la Vaille et la campagne de Rome. Aidé des Napolitains et des peuplades voisines accourus à son secours , le S. Pontife s' étant rendu à Ostie avec l'assistance divine, les Sarrasinssont attaqués , défaits , et détruits par les Chrétiens . Le Pape est assis sur son trône près du rivage , où ses troupes lui présentent ces barbares prisonniers et garrotës , et dont une portion est déjà débarquée : Pautre est traînée au bord de la mxCr dans un bateau . Les soldats romains paraissent forts et courageux : Raphaël les a doués de ce caractère robuste et noble qui leur convenait ; mais les prisonnière sont accablés et abattus dans l'exprès sioa de leur physionomie farouche . D'un côté 5 la Ville d'Ostie et la plage forment un bel aspect; de l'autre 5 la mer , s^étendant dans le lointain 5 présente les conséquences de la bataille navale dans les bàtimens d^s barbares vaûicus et submergés .
L'autre peinture vis-à-vis , est celle où Pou a représenté le couronnement de Charlemagne
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par S. Léon III , dans la Basilique Vatîcane ; et 3 au milieu 3 un Choeur d'Evêques et de Cardinaux , vêtus des ornemens sacrés 3 qui font cortège au Pontife . Il est assis sur son trône, et place la couronne impériale sur la tête de Charlcmagne, qui est vis-a-vis de lui 5 un peu au dessous 5 et près duquel un page tient la couronne radiée des Francs , Le manteau impérial 5 qui laisse à découvert une jambe armée > caractérisant un grand guerrier , est en or . Toute la disposition de la cérémonie religieuse parait magnifique. On voit, dans le côté droit , les hommes qui portent une table d^or et des vases d'argent , devant servir aux oblations d'usage dans une telle circonstance , Ainsi la vigueur des membres nuds de ceux-ci présente une belle variété avec les riches et majestueuses chapes qui sont de l'autre côté . Cette composition est également un beau tableau; mais elle n'est peut-être pas toute de la main de Raphaël ; et l'on prétend que quelques figures de ceux qui portent les vases et la crédence , ont été refaites par Vanni .
Au dessins de la dernière fenêtre est la justification de S. Léon III , que l'on voit dans le milieu 5 près de l'autel 5 revêtu de ses habits sacrés , et qui levant les yeux aux Cieî y pose ks mains sur le livre dts Evangiles placé à côté de l'autel : à droite et k gauche , sont le Diacre et le Sousdiacre 5 soutenant la chape dn S. Pontife qui prouve , par cet acte , son innocence ùqs accusations qu'on lui avait faussement imputées . A ses côtés sont des Cardinaux ^ des Evêques et des Prélats avec leurs
ornemens sacrés , la tête découverte^ et tenant la mitre en main . On voit au bas des marches de l'autel, et tout autour 5 des Chevaliers , des Massiers et des Gardes ayant chacun sa barrette , son bonnet , son collier , ses brasselets 5 son manteau marqué de croix blanches suivant l'usage et le grade . Cette peinture a aussi souffert 5 peut-être plus que les autres , et l'on ne saurait assurer qu'elle est toute de la main de Raphaël.
Cet Artiste n'a peint aucune partie de- la voûte de cette chambre : les peintures ^ dont elle est ornée 5 sont dues au pinceau de Pierre Pérugin ; et c'est par respect pour son maître , que l'écolier ne l'a pas touchée ; mai^ quelques uns pensent que ce dernier n'a conservé ces peintures 5 que pour faire ressortir davan» tage son talent 5 eL sa supériorité dans 1' art . Néanmoins quoique les quatre ronds, qui y sont peints , soient couftis dans les sujets ^ et. n'offrent que des figures se ressemblant entr'el-les et d'un style peu élevé^iis ne laissent pourtant pas d'avoir quelque grâce, de la simplicité et du goût dans le soin avec lequel la couleur a été distribuée . Ainsi on ne saurait nier que le Pérugin n'ait fourni à son élève ces principes exacts qui sont les fondemens de l'ait , et dans lesquels Raphael5marchant ensuite en sûreté et d'un pas ferme y put parvenir à. cette hauteur où son talent extraordinaire l'éleva 5 en le pla— çant au dessus de tous les autres . Chaque grand tableau de ces trois chambres était payéàiRaphael i^zooécus d'or ( 10,000 fr. ).
Revenant maintenant a la Salle de Constantin 5 on trouve , dans le fond 5 et à la droite, rne porte qui introduit à la chambre dite dts clair-obscurs 5 parce que les principales figures sont peintes de cette manière . Les peintures de cette pièce furent 5 dans l'origine ^ exécutées par Raphaël et Jean d'Uduie ; mais ayant été malheureusement presque toutes effacées sous Paul IV^quand on forma dans cet endroit, de petites chambres 5 elles furent ensuite à peu près toutes renouvellées sous Grégoire XIII . On en rechercha alors les anciens contours ainsi que ceux de Tarchitecture , des niches , du soubassement 5 et le tout fut exécuté à fresque par les frères Âlberti 5 Jean et Chérubin, de Borgo S. Sepolcro • Mais les petits enfans et les Vertus furent peints par Thadée Zuccheri, qui fit aussi de sa main un petit S. Jean et les deux Apôtres , S. Pierre et S. Paul . Le reste fut continué par Frédéric son frère , avec l'aide de Liviiis Agresti de Forli , de Jean Baptiste Marcucci et par d'autres maîtres sous sa direction . Enfin les figures des Apôtres se trouvant un peu effacées sous Clément XI , elles furent restaurées par Charles Maratte sous le règne de PîeVI ; un faible mur qui est au dessus r donna quelques craintes pour cette chambre ; on la divisa par cinq pilastres, dont deux contruits contre le mur , firent disparaître les Apôtres qui étaient peints dans ces deux endroits .
Quoiqu'on puisse reconnaître le sujet de ces peintures par les Symboles et les inscriptions placés au dessous de cliaque iigure ^ toutefois
nous allons en faire mention . Le premier Apôtre à la droite de l'entrie, est SJacques le Majeur 3 distingué par le bourdon ; il est représenté en or feint^ au dessous 5 au moment où il fut tenaillé pour la foi : on voit ^ à ses pieds , décapité, le soldat qu'il avait converti. Les seconds sont S. Pierre et S. Paul ^ l'un avec les clefs 5 l'autre avec le glaive 5 et conversant ensemble . Au dessous , on observe le premier mis en croix , et le second , décollé . Le troisième est S. André avec sa croix , à laquelle on le voit attaché sur le bas-relief qui est au dessous de lui , Dans la première niche, du côté suivant , est la demi-figure de S. Thomas avec l'équerre . Venait ensuite S* Barthélémy tenant un couteau 5 instrument de son martyre , figuré au dessous ; mais ni la figure , ni le bas-relief ne s'y trouvent plus 5 à cause du pilier qui y a été adossé . Au dessus d'une porte feinte , qui fut substituée à une cheminée de marbie , otée sous Pie VI , on observe un Su François assis , tenant un livre de la main droite , et une croix de la gauche . Dans la niche suivante est S. Laurent , qu' on voit au dessous placé sur un gril où il consomme son 4nartyre . On remarque au dessus de la petite porte, la demi-iigure de S. Mathieu, Apôtre et Evangéliste , qui a son Ange à côté de lui . Passant à la troisième façade , vient la porte de la petite Chapelle de Nicolas V . Le nom et les armoiries de Jules II sont au dessus. Dans la niche suivante est S. Luc , ayant le bœuf à ses pieds; et, au dessous, cet Evangéliste est représenté peignant la Ste. Vierge ; à quelque
distance ^ un jeune homo^e broyé des couleur?^ S. Marc Evangéliste , tenant un pied sur son lion aîlé , est au dessous , représenté au mo* ment où il est cruellement traîné. S. Jean Apôtre et Evangéliste qui suit y est distingué par un aigle j et au dessous , on voit lorsqu'il fut suis 5 près de la porte Latine 5 dans une chau- -dière d'huile bouillante d'où il fut miraculeusèment délivré . On observe au dessus de la porte suivante un petit S. Jean peint en clairjobscur y et deux très-beaux perroquets 5 kdroite 5 etagauche, peints par Jean d'Udine . La dernière façade a trois fenêtres : on. voit 3 entre la première et la seconde 5 S, Maîhias qui tient une lance , et au-dessous la scelle de son martyre . Autrefois les Apôtres S. Siiiioa avec la scie , et S. Thadée avec la halebarde , avaient leur place entre la seconde et la troisième fenêtres , et leurs martyres étaient également représentés au dessous ; mais ils ont été couverts par le pilastre qu'on a adossé à la muraille . La dernière niche présente S. Philippe qui tient un bâton noueux ; la scène peinte aa dessous 5 annonce qu*il a eus la tête tranchée . Il y a encore d'autres peintures et des ornemens entre les Apôtres , et plujsieurs petites gentilles figures de Vertus , qui; rendent cette chambre digne d'être observée .. Il reste la petite chapelle de Nicolas V : ellen'a que 20 pieds et demi de long, sur la pieds 4 pouces de large : elle fut peinte, sous ce Pontife 5 par le B.Jean Angélique de Fiesole , Peintre qui n'tst inférieur à aucun autre maître ik son teins y tant pour la, simplicité et le lu-
tirrel de sa composition , que pour le soin ^ lar pureté du dessin et du colons ^ ainsi que pour les belles architectures introduites dans les champs ; ce qui , à cette époque , était d'un prix au dessus du commun . Cette Chapelle fut restaurée 5 dans la suite , par ordre de Grégoire XIII y et enfin en 1712, par celui de Clément XI 5 après lequel Benoit Xllï y consacra l'autel de marbre ^ dépouillé présentement de son tableau peint par George Vasari y. retraçant la lapidation de S. Etienne , premier Martyr .
Au dessus d'un socle représentant des draperies tendues , on observe cinq tableaux : c'est l'histoire de S. Laurent Martyr , En commençant à gauche de l'autel , on voit la consécration du Saint par le Pape S. Sixte II ; puis ce Pontfe lui remet l'argent à distribuer aux pau- Très : ensuite vient le S. Diacre qui le dispense ; il est conduit devant l'Empereur 3 et enfin il est placé sur le gril par des bourreaux .
Dans le tour supérieur on. observe six exploits de S.Etienne Protomartyr, en commençant de la même manière . 1.** il est consacré! Diaci'e par S. Pierre : 2.** le S. Diacre distribue l'aumône ; 3."* il dispute contre les juifs qui ne pouvaient résister à la force de son raisonnement ; 4.* il est présenté au grand prêtre juif : 5.° il est traduit pour être lapidé 5 et 6.* enfin tombé à genoux ^il est mis a mort par les Juifs, à.force de coups de pierres dont il est frappé ,
On voit ensuite , dans chacun des quatre pilastres 5 4cux niches l'une au dessus de L'îau-
tre 5 contenant chacune la iîgure de Pun des huit Docteurs de l'Eglise grecque et latine , qui tous sont pleins de majesté , vêtus de leurs différents h- billemeii s , et rappellent de très beaux caractères de têtes .
La voûte à croisée de cette Chapelle a également 3 dans ses quatre lunettes , les figures des Evangélistes assis , avec leurs attributs : ils sont tous d'un très bon style .