‹ Description des antiquités de la régence de TunisChapitre 17 sur 46 · Procop., De æclif. Just., 1. VI, cap. vi · texte numérisé non relu

Procop., De æclif. Just., 1. VI, cap. vi

2. Je 11e saurais trop insister sur les services rendus aux études d’archéologie africaine par les officiers de l’armée. En encourageant leurs communications, en les guidant et en les dirigeant surtout du côté des renseignements topographiques et photographiques, on arrivera certainement à utiliser le zèle que beaucoup d’entre eux montrent en Afrique pour l’étude de l’archéologie.

3. Bien que les Phéniciens et les Carthaginois n’aient pas eu d’art propre, c’est-à-dire d’art franchement original, je crois néanmoins pouvoir me servir de ce terme pour caractériser les formes d’art employées dans les monu-

lution jusqu’à la conquête romaine. La stèle de Dar-Lecheb sera décrite aussi, ainsi que deux fragments libyques. Je ne dois pas oublier les deux nécropoles anté-romaines, sépultures mégalithiques au nord, nécropole punique au sud.

Nous entreprendrons enfin en troisième lieu l’étude des monuments suivants :

Le temple de Jupiter, Junon et Minerve ;

Le temple du nord-est;

Le théâtre ;

Un édifice indéterminé;

Les citernes les aqueducs et les thermes ainsi que les sources;

Les portes triomphales;

Les nécropoles romaines ;

Le stade et les carrières;

Les fortifications.

L’importance de ces ruines n’échappera pas, Monsieur le Ministre, à votre attention, et j’ose espérer que le temple corinthien et le mausolée punique vous paraîtront d’un intérêt artistique et archéologique suffisant pour que, grâce à votre sollicitude, des mesures efficaces soient prises immédiatement pour leur conservation, et même peutêtre pour leur restitution partielle, au moins pour le mausolée punique.

§ 1. — Desckiption générale de Dougga.

Le village actuel de Dougga s'élève sur une partie du plateau supérieur et sur les pentes sud-sud-est d’une colline assez élevée, formée, ainsi que toutes les montagnes de cette région, par le relèvement d’une couche très épaisse de calcaire. Cette formation, que nous avons si fréquemment remarquée en Sicile et en Tunisie, donne au paysage un aspect tout particulier. Du côté où le soulèvement s’est produit, une brisure profonde a fissuré, dans toute son épaisseur, la couche relevée qui se dresse à une très grande hauteur en forme de falaise escarpée. De l’autre côté, la pente, plus douce, s’étend par de longues parties inclinées jusqu’aux points les plus bas des vallées adjacentes. Dougga présente cet aspect . Le flanc nord composé de rochers abrupts est presque inaccessible, le côté oriental est moins difficile à aborder quoi-

ments d’époque punique, car ces monuments ne peuvent être raisonnablement désignés sous le nom de monuments égyptiens, égypto-grccs ou grecs, quoique les formes adoptées par les artistes africains aient revêtu successivement ces trois caractères.

que le chemin qui mène de Teboursouk à Dougga soit très escarpé dès qu’on approche du village. Les côtés sud-est, sud et sud-sud-ouest au contraire forment des pentes peu rapides couvertes aujourd’hui d’oliviers, de figuiers de Barbarie et de jardins fertiles. Le village arabe occupe à peine un quart de la superficie de la ville antique; ses maisons grossièrement construites s’étagent confusément sur les lianes de la colline, au sommet de laquelle se détache le temple de Jupiter, avec son fronton intact et ses élégantes colonnes corinthiennes ; plus loin, à gauche, les teintes grisâtres des rochers limitent les belles plantations d’oliviers qui s’étendent de ce côté. Sur les flancs du village, à droite et au centre, les jardins, les plants d’oliviers et les cactus se succèdent jusqu’à la vallée au fond de laquelle circule le petit ruisseau produit parla source du sud.

Quand on arrive de Teboursouk à Dougga par le chemin du bas de la ville, on aperçoit, en haut et à droite, quelques pans de mur indéterminés qui indiquent le temple du nord-est. Si l’on pénètre dans le village, on rencontre une petite place encombrée de fragments de colonnes antiques. De ce point nous allons partir pour examiner le site de chacun des édifices de Dougga. D’abord par le chemin qui se trouve à droite, on arrive aux ruines du théâtre, puis en franchissant les cactus qui encombrent le passage, on suit la crête de la colline jusqu’au temple nord-est; mais en continuant vers la gauche la ligne terminale de la falaise où se voient de nombreux restes de murs de l’acropole, à l’angle extrême de cette partie, on rencontre des murs encore debout qui limitent ici la ville antique : une partie de ces murs est antérieure à la conquête romaine, une partie byzantine. Sortant de là par une brèche, nous atteignons une nécropole contenant des sépultures mégalithiques et des tombes romaines, le stade et après lui les carrières. Revenant sur nos pas, par le chemin indiqué sur le plan, nous arrivons aux grandes citernes et à la source du nord; de là, à travers les oliviers et les cactus, nous parcourons les jardins qui s’étendent au nord-ouest du village, et nous découvrons la partie postérieure de la cella du temple, la porte Bab-er-Roumia, de grandes citernes, une nécropole romaine (cippes), un édifice rectangulaire au milieu d’une enceinte demi circulaire, qui pourrait être considéré comme un petit temple, et à l’ouest les nombreux regards de l’aqueduc de la source du nord et des citernes ; plus loin, sur la colline, un tombeau romain en ruines. Reprenant le chemin indiqué en pointillé, nous rentrons dans Douaga en laissant à notre droite les ruines d’une abside trilobée

ou

d’époque chrétienne, celles de quelques mausolées et des pans de murs. A l’entrée du village, nous nous arrêtons pour remonter le long

des murs byzantins, puis nous rentrons à Dougga, et en laissant à notre droite la maison de Lecheb, où se voient un bas-relief néo-punique, un bas-relief libyque et une porte romaine, nous nous dirigeons vers le temple dont on aperçoit le fronton et les six colonnes au-dessus des terrasses des maisons. De là, nous revenons au point où nous sommes entrés dans Dougga ; nous suivons pendant quelque temps le mur de fortification jusqu’aux thermes et à la source du sud, puis nous descendons à travers les jardins jusqu’au mausolée punique et à la nécropole punique. Vers l’est, nous relevons les restes très reconnaissables d’un arc de triomphe, qui de ce côté servait de porte à la ville, et nous remontons ensuite vers Dougga à travers les oliviers, au milieu desquels surgissent de tous côtés des pans de murs, et s’ouvrent des constructions dont les voûtes effondrées sont béantes à nos pieds.

§2. — Édifices antérieurs a la conquête romaine et monuments de cette époque.

i° Dolmens' (fig. 65). — Ces dolmens se trouvent en dehors de enceinte fortifiée, plusieurs près de l’angle nord-ouest de cette en-

Fig. 65. — Dolmen à Dougga.

ceinte, d’autres au delà du stade. Ils consistent en larges pierres posées au-dessus d’un espace vide limité par d’autres pierres analogues posées debout. Je les signale après M. Marius Boyé, qui est le premier à les avoir mentionnés. Il est fort possible que ces dolmens ne datent que de l’époque punique, car il est probable que malgré l’établissement des Phéniciens en Afrique, les autochtones auront conservé leurs traditions relatives au mode de sépulture, et que même

i. Pour plus de simplicité nous nommerons dolmens ces sépultures mégalithiques, sans pour cela prétendre pour ces monuments à la moindre analogie d’origine avec les monuments semblables existant en France.

après l’occupation carthaginoise, cette tradition se sera maintenue, de même que par exemple, de nos jours en Océanie, la fabrication des outils et des armes de pierre se poursuit encore traditionnellement et parallèlement aux travaux enrepris par les colons européens avec toutes les ressources de la civilitsation moderne. Je n’ai pu les fouiller, faute de ressources suffisantes ; néanmoins je donne une vue des deux dolmens à l’angle nord-ouest de la citadelle. Celui de droite a été mutilé, car la dalle de recouvrement a été brisée. Celui de gauche est intact.

2° Fortifications. — Une partie du flanc nord de l’acropole sur les rochers à pic est construite en gros blocs réguliers de forme parallélipipédique rectangle; ces blocs sont d’une assez grande dimension, et contrairement aux autres matériaux employés dans la construction des murs de Dougga qui sont taillés généralement avec soin, ceux-ci sont seulement dégrossis comme par éclats. L’aspect fruste de ces matériaux me porte à y voir des murs antérieurs à la conquête romaine, postérieurs à la construction des dolmens, mais antérieurs à la construction du mausolée punique, dont les matériaux sont taillés avec une si grande perfection. Ces fortifications auraient donc appartenu à la forteresse prise par Archagate, fils d’Agathocle.

3° Stèles libyques. — Dans la maison de Lecheb nous trouvons incrusté dans le dallage un fragment de stèle de o,n,4o de large (fig. 66); deux autres fragments ont été reconnus auprès du mausolée punique, à 5o mètres environ en contre-bas de ce monument. Voici un croquis du plus intéressant de ces fragments (fig. 67).

Le premier fragment (fig. 66) consiste en une stèle de pierre dont la face légèrement défoncée présente en relief une figure humaine tenantles bras élevés au-dessus de la tête et les mains jointes, le tout traité d’une façon très barbare. Je le rapprocherai des fragments que j’ai décrits dans un rapport précédent. [Rapport de 1882, fig. 362, nos 7-8.)

Le second fragment (fig. 67) est la partie supérieure d’une stèle en

Fig. 66. punique.

- Stèle d’époque maison Lecheb.

Fig. 67. — Stèle d’époque punique, trouvée près du mausolée punique.

pierre. Le haut de la stèle se termine en demi-cercle; dans un faible défoncement on a réservé en relief une figure humaine dont la tête et le haut du torse subsistent seuls, très grossièrement indiqués.

En comparant ces fragments avec les monuments de la basse époque romaine que nous connaissons, nous ne pouvons que les trouver essentiellement différents de ceux-ci :1e faire absolument primitif de ces fragmenls nous porte à les croire de l’époque punique, et à les attribuer à cette population libyque qui peuplait tout le massif montagneux de l’Afrique du nord.

4° Mausolée 'punique (fig. 68). — Ce monument remarquable n’était conuu jusqu’ici que par des croquis de Catherwood, croquis à petite

Fig. 68. — Vue du mausolée punique; état actuel.

échelle, et des dessins de Bruce qui n’avaient pas été mis au net efqui sont restés à l'état d’esquisse *. J’en donne ici de nombreux dessins : l’ensemble des faces ouest et sud2, les mieux conservées, montrant l’état actuel du monument; une vue de la face est montrant le détail de l’intérieur bouleversé; l’ensemble donné par Bruce; le détail du

• i. L. Playfair, Travels in the footsteps of Bruce.

i. Le monument est orienté exactement nord-sud-est-ouest.

chapiteau de l’ordre inférieur des pilastres d’angle; le chapiteau ionique des colonnes du premier étage; vue perspective, d’après Bruce

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Fig. 69. — Face ouest du mausolée punique.

A. Étage supérieur. — B. Corniche. — C. Colonne. — D. Chapiteau du soubassement F. Fausse-porte. — GGC Gradins. — H. Corniche de soubassement.

et Gathervvood ; les plans à différents niveaux; une élévation d’ensemhle et les détails des deux statues et des bas-reliefs.

Le monument dans son état actuel (sur la face ouest qui est le mieux conservée) présente un soubassement carré décoré sur ses

1. )1 mesure 6m,a6 sur 6m,3o. Ou peut attribuer cette différence de 4 centimètres à une dislocation produite par la démolition brutale opérée par les Arabes de S. Th. Reade.

faces d’une fausse fenêtre dans l’axe. Ce soubassement repose sur six gradins de om,42 de hauteur en moyenne. La base du soubassement est une plinthe surmontée d’un talon renversé et d'une seconde plinthe. Des pilastres surmontés de demi-chapiteaux à volutes décorent les angles de ce soubassement. Son entablement se compose d’une architrave unie surmontée d’une corniche peu saillante consistant en un larmier et un talon surmonté d’un listel. Trois gradins surmontent cette corniche au-dessus de laquelle s’élèvent une portion de l’étage supérieur, la partie de l’angle à droite et la partie du milieu; l’in-

Fig. 70. — Face suri du mausolée punique.

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tervalle est le logement d’une des colonnes engagées d’ordre ionique pont les fûts sont tombés à terre, devant cette face. Parmi ces décombres, on trouve des morceaux de l’entablement supérieur et des piédestaux placés aux angles de la pyramide qui surmontait l’édifice. Devant la face sud, mêmes débris, corniche, etc. Un bas-relief représentant un quadrige s’y trouve aussi, ainsi qu'au bas de la face nord. Devant la face est, fragments de la porte du premier étage, et trois chapiteaux ioniques de l’ordre de cet étage, à 5 mètres de l’angle sudouest. Grand fragment de statue ailée, à 28 mètres au sud-sud ouest de cette façade sud, grand fragment de statue sans tète et chapiteaux de l’ordre ionique du premier étage. La vue prise sur la face est montre une partie des chambres intérieures. Je la donne ci-dessous d’après

Fig. 7 2. — Vue perspective du mausolée de Dougga d’après Bruce.

A, Pierres d’angle portant l’indication des gradins. — C. Corniche. — D. Bases.

Bruce, qui a vu le monument encore presque intact sauf le couronnement.

Fig. 73. — Vue perspective du mausolée de Dougga d’après Catherwood*.

i° Historique sommaire des recherches sur ce monument.

La première fois que ce monument fut signalé à l’attention du monde savant, il passa, pour ainsi dire, inaperçu, puisque depuis que Thomas d’Arcos en i63i eut envoyé une copie de l’inscription bilingue1 2 3 à Peiresc, on demeura jusqu’en i8i5 sans s'occuper de ce monument. Camille Borgia en fit alors une nouvelle copie. Deux autres ont été faites par sir Greenville Temple et Honnger et publiées par Gesenius. La dernière a été faite sur un estampage pris sur l’original qui est déposé au British Muséum et publiée par V. Guérin, Voyage archéoolgique dans la Régence de Tunis , en 1862.

La traduction de Gesenius est celle-ci:

Cippus Maolanii filii Jophi-schat flii regis

Harb-schema flii Schoter Aram

1. B, erreur dans ce dessin de la corniche que Catherwood a doublée. Le croquis de Bruce (fig. 72) montre qu’il n’en était pas ainsi.

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