‹ Description des antiquités de la régence de TunisChapitre 18 sur 46 · Eu punique et en libyque · texte numérisé non relu

Eu punique et en libyque

principes filii Aam filii-Joplii

schat filii regis

filii Abd-Mokarti

Schalgi filii Carsachal

quum intro abiisset in domum plénum

et esset luctus ob memoriam sapientis

viri instar adamantis, qui tu Ht

omnis generis calamitutis, quum esset

viduus matris meae

qui erat fons pellucidus, nomen

purum a fascinore. Extruxit in

pietate filius patri.

Cette inscription était gravée sur la face est du monument, sur

l’assise qui comprend les chapiteaux des pilastres et qui a om,52 de haut, c’est-à-dire une coudée, à très peu de chose près. On n’a qu’à examiner la restitution de l’ensemble pour se rendre compte de la destruction actuelle du monument : toute la face est a dû être démolie pour qu’on puisse en arracher l’inscription.

Plajfair raconte qu’il a trouvé à Dougga des gens du village qui

i. Playfair ( ouvr . cité) rapproche ingénieusement ce monument du Medreçen en Algérie, qui possède, lui aussi, un ordre grec et une corniche égyptienne et porte ainsi le caractère de l’art phénicien.

ont assisté à cette démolition barbare et qu’ils lui ont décrit la façon dont le mausolée a été démoli pierre par pierre, à coups de levier pour arriver enfin à dégager l’inscription bilingue. Playfair ajoute avec raison que, même quand il s’agirait d’enrichir un grand musée public, comme le Louvre ou le British Muséum, un pareil acte de vandalisme ne serait pas admissible, et par conséquent on ne saurait assez blâmer S. Th. Reade d’avoir commis une destruction aussi inutile dans le but d’enrichir sa collection particulière, d’autant plus qu’un estampage fait avec soin aurait largement suffi. A la mort de S. Th. Reade sa collection fut vendue et l’inscription bilingue fut acquise à cette vente, en 1802, par le British Muséum, où elle est encore.

On doit d’autant plus déplorer la démolition partielle de cet intéressant monument que jusqu’ici c’est le seul monument de « physionomie » franchement punique qui soit resté debout dans la Régence (MM. Cagnat et Reinach ont découvert en 1884 à Aïn-Dourat1 un mausolée inachevé (fig. 74) qui me parait devoir être attribué à l’époque punique.

L’opinion, exprimée par Playfair, que ce monument semble avoir été élevé en l’honneur d’un Numide et non d’un Carthaginois, s’appuie sur ce que l’inscription lybiqueest d’un travail beaucoup plus soigné que la punique, qui semble d’ailleurs en être la traduction. Nous ne croyons pas que cette raison suffise, en présence de noms d’un caractère aussi franchement sémitique que ceux énumérés plus haut.

Seulement n’est-il pas possible que le graveur de Dougga ait été d’origine berbère et non pas phénicienne, de même que nombre d’artisans employés par les Carthaginois 2, ce qui expliquerait suf-

1. L’architrave de ce monument ressemble à celle du mausolée punique de Dougga: de plus les pilastres du soubassement sont semblablement placés et il serait facile, comme le montre le croquis A, d’inscrire dans l'épannelage du chapiteau de ce pilastre un chapiteau à double volute comme celui de Dougga.

2. On sait que les Sémites n’ont généralement pas eu de véritables artistes de leur race, dans les arts plastiques. Les Juifs et les Sémites de Syrie ont imité, à tour de rôle, les Égyptiens (monument de Selwan [Siloé], Clermont- Ganneau, Arc h. des Missions, t. XI, p. 217); les Égyptiens et les Grecs à la fois (tombes dites de Zaccharie et d’Absalon) ; les Grecs (monuments de l’époque d’Hérode), pour arriver à l’époque romaine à subir l’influence romaine dans toute sa force. On sait les emprunts que les Arabes ont faits aux arts byzantins : leurs premiers architectes ont été des chrétiens (mosquée de Touloun, au Caire) et ce sont certainement des architectes syriens de religion chrétienne qui ont inventé et développé l’architecture arabe, au moins dans les deux premiers siècles de l’hégire. Nous n’avons pas à rappeler les nombreux emprunts faits par les Phéniciens à l’art de l'Egypte et de l’Assyrie et plus tard à l’art asiatique et à l’art grec.

fisamment qu’il fût plus habile à graver le libyque, sa langue maternelle, que le punique, langue officielle. On pourrait faire une comparaison analogue de nos jours avec les Arabes qui ont à écrire le français : l’arabe est la langue du pays; le français, la langue officielle.

Quoi qu’il en soit, ce monument est d’une étude excessivement intéressante au point de vue de l’histoire et de l’art : i° parce qu'il est actuellement le seul monument d’architecture punique encore debout sur le sol de la Piégence de Tunis ; i° parce qu’il fournit un nouveau

terme dans la série des mausolées à forme carrée surmontés d’une pyramide, série qui commence aux sépultures égyptiennes de la XVIIIe dynastie (fig. 75) (tombe d’Apis : Mariette, Perrot et Chipiez, fig. 190), et qui finit aux vi® et vne siècles (tombeaux du Haourân. Dànâ, Hars, et El-Barah), série dont j’ai déjà parlé dans mon premier Rapport de 1 882-83 (p. 222).

On sait combien nombreux sont les emprunts que l’art phénicien a faits aux arts égyptien et grec. Ici nous retrouverons ces caractéristiques bien nettement affirmées. Les caractéristiques du style égyptien 1 sont: 1 0 la corniche en forme de cavet ou gorge en quart de cercle,

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