‹ Description des antiquités de la régence de TunisChapitre 20 sur 46 · Fragment tiré du Musée de Girgenti · texte numérisé non relu

Fragment tiré du Musée de Girgenti

remarque également dans

3° Les détails de l’ordre supérieur (fig. 86). Les chapiteaux sont

Fig. 84. — Cippe punique au Musée de Saint-Louis, à Carthage.

Fig. 85. — Détail du chapiteau d’angle du cippe précédent.

d’ordre ionique et d’un sentiment très élégant ; la moulure de l’abaque porte un rang d’oves; sous le canal, un rang d’oves décore l’échine du chapiteau, soutenue par une astragale formée de perles et de pirouettes. J’ai remarqué avec surprise que ces perles et pirouettes sont traitées avec un sentiment tout particulier, où je retrouve le caractère des ornements de même nature que j’ai dessinés, en 1 882, au Musée de Palerme, d’après les fragments de terre cuite peinte prove-

nant de Sélinonte. Les oves sont bien grecs de sentiment, les spires de la volute sont creusées suivant une courbe très aplatie, ;la spirale est formée par l’intersection de deux courbes voisines; les palmeltes qui raccordent l’angle du canal et des volutes avec la surface supé-

Fig. 86. — Chapiteau ionique des colonnes du 1er étage du mausolée punique

de Ilougga.

rieure de l’échine sont remplacées, dans un autre de ces chapiteaux, par une sorte de gousse large en son milieu et effilée à la pointe. L’œil de la volute est assez grand et n’est pas terminé comme le reste du chapiteau; il est probable que I on aura conservé à cette partie son état rugueux afin que la décoration, probablement en stuc, qui y était appliquée, y fût plus adhérente. Sous le chapiteau, le fût est lisse sur une longueur de om,2o environ, le fût cannelé venait s’y appli-

quer, les cannelures butant directement sur le plan formé par la section inférieure du chapiteau (comme dans l’ordre du tombeau dit de Théron, à Agrigente). De cette façon, les cannelures se terminent

Fig. 87. — Vue des statues du mausolée punique de Dougga, face.

dans leur partie supérieure par un plan perpendiculaire à leur axe, et, dans leur partie inférieure, part un raccord en quart de sphère. Ces colonnes étaient légèrement diminuées et avaient douze cannelures, donc une arèle dans l’axe, ce qui est une exception aux règles généralement adoptées. Je n’ai pu retrouver aucune des bases, je les

ai restituées dans mon essai de restauration, au moyen du croquis donné par Bruce (Playfair, 7 ravels on the footseps of Bruce).

4° Les gradins peuvent aussi être considérés comme un élément particulier à l’art grec, ou plutôt asiatique; ils sont fréquemment employés dans les édifices funéraires en Asie Mineure et en Grèce-

5° Les petits cavaliers qui surmontaient (probablement) les quatre piédestaux ou socles disposés sur la corniche de l’étage supérieur’ suivant les diagonales du plan de l’édifice; sur la surface latérale de ces socles on remarque l’indication en creux des gradins de la pyramide supérieure. Ces statues étaient au nombre de quatre. Nous avons trouvé en outre deux des quatre statues qui couronnaient probablement l’édifice (fig. 87 et 88). Ces statues, dont jedonne un dessin et une photogravure, sont, comme on le remarquera, d’un travail assez lourd. Elles sont néanmoins très intéressantes, en ce qu’elles portent au plus haut point le caractère d’une œuvre grecque. L’arrangement des draperies sur la poitrine et la ceinture indique un costume grec, le «eitXôç. Ce vêtement était relevé sur la jambe droite, qui paraît nue jusqu’au milieu de la cuisse. Cet arrangement est traduit avec maladresse. Le haut du bras gauche, près de l’épaule, était orné d’un bracelet en relief; l’avant-bras, replié sur la ceinture, tandis que le bras gauche, légèrement infléchi, pendait le long du corps. Ces figures de femmes sont ailées, et, chose singulière, dans ces deux statues, la partie inférieure de l'aile droite est dessinée d’une façon naturelle, tandis que, sur le côté gauche, cette partie est coupée par une ligne inclinée (probablement suivant la pente du pyramidion supérieur). On peut rapprocher ces figures, comme style, des métopes du plus récent des temples de Sélinonte. Les têtes de ces statues manquent, ainsi que les mains et la partie inférieure des figures. On voit que ces statues ont une physionomie plutôt archaïque,

qui s’accorde, d’ailleurs, avec ce que nous?allons remarquer au sujet du bas-relief que je vais décrire.

Ce bas-relief, qui représente un quadrige monté par deux person¬

nages (dont les tètes sont] très mutilées), traîné par quatre chevaux au galop, allant vers la droite, sont dans un état déplorable de dégradation ; exposés à la pluie et à toutes les intempéries, ils sont

Fig. 90. — Chapiteau ionique du temple de la Victoire Aptère (Athènes).

Fig. 91. — Chapiteau ionique des Propylées de l’Acropole d’Athènes.

recouverts d’une épaisse couche de lichens de toutes couleurs, jaunes, gris et noirs, qui les défigurent complètement ; je puis néanmoins, grâce à une photographie que j’en ai faite, en donner une idée exacte. Les chevaux sont traités avec assez de liberté et de mouvement, les

encolures, un peu épaisses, sont garnies d’une crinière très courte; le char qui contient deux personnages, et les personnages eux-mêmes sont d’un travail assez sommaire, autant qu’on peut en juger par l’état actuel du bas-relief. Je n’ai pas besoin de taire ressortir ici la ressemblance de ce bas-relief avec celui qu’on a récemment trouvé au Pirée, avec la métope trouvée par Schliemann à Troie et les nombreuses répliques connues de ce motif classique.

11 serait très intéressant de chercher à déterminer la date de ce monument au moyen des indications provenant des analogies avec des monuments de style semblables. Et, d’abord, au point de vue

Fig'. g3. — Chapiteau du temple d'Apollon Didvme à Milet.

Fig. 92. — Chapiteau ionique du temple de Minerve Poliade

à Priène.

architectural, posons un principe qui résulte, pour l’ordre ionique grec, d’une observation facile à faire :

Plus un ordre ionique remonte à une époque reculée, et plus la courbe de la ligne AB, qui limite le canal cc' du chapiteau, s’infléchit et se creuse ; plus la date est relativement récente, plus cette ligne tend à se rapprocher de l’horizontale et à devenir parallèle à la ligne supérieure de l’échine. Nous en trouvons l’application dans quatre exemples familiers à tous ceux qui s'occupent d’archéologie monumentale :

L’ordre ionique : delà Victoire Aptère (vers 465, à Athènes) (fig. 90).

L’ordre ionique : des Propylées (de 437 à 432, à Athènes) (fig. 91).

L’ordre ionique : des temples de Minerve Poliade, à Priène (43o)

(fis- 92)-

L’ordre ionique : du temple d’Apollon Didyme, à Milet (premières années du ive siècle) (fig. p3).

Je vais appliquer ce principe à l’étude de l’ordre ionique de Dougga.

Je vais donc fixer deux termes entre lesquels sera placé notre ordre. Un terme auquel il sera antérieur, ce sont deux mausolées de la vallée de Josaphat, à Jérusalem, tombeaux dits d’Absalon et de Zacharie * ; ces monuments, comme le mausolée de Dougga, possèdent

i. J’en donne ici deux croquis que j’ai faits en Palestine dans l’automne de 1879.

un ordre ionique grec et une corniche égyptienne, celui dit de Zacharie (fig. 95) se rapproche plus encore de celui deDougga, en ce qu’il est couronné par une pyramide (il est vrai que celle-ci est sans degrés).

Fig. gL — Tombeau dit d’Absalon à Jérusalem.

Examinons les chapiteaux : dans les deux ordres nous retrouvons la ligne inférieure du canal parallèle à la ligne supérieure de l’échine (partie où sont les oves). Je pense que ces deux monuments ne peuvent pas remonter au delà desLagides; ils portent (quant aux parties de style grec) la marque des productions grecques de l’Asie Mineure de l’époque d’Alexandre. Les Lagides, en effet, étendirent leur domination sur la Judée, depuis Ptolémée Soter jusqu’à Ptolémée Philopator, dont les persécutions firent passer la Judée sous la domination

des princes syriens. Cette hypothèse me parait satisfaisante pour une raison, c’est qu’il est encore tout naturel de trouver cette influence égyptienne persister parallèlement avec une inspiration grecque, à une époque où s’étend sur la Judée la domination d’une dynastie grecque régnant en Égypte. Nous ne pouvons faire remonter ces monuments à une époque antérieure, les Grecs n’ayant point eu de rapports réellement importants avec la Judée qu’après le règne d’Alexandre (occupation de la Judée, 332 av. J.-C.). — Les caractères archéologiques des chapiteaux sont à considérer, et à comparer à ceux d’Apollon Didyme, à Milet. — Il n’y a pas non plus à les attribuer à une époque

Fig. g5. — Tombeau dit de Zacharie à Jérusalem.

postérieure à l'occupation romaine, car les antes, avec leurs chapiteaux, dans lesquels sont engagées les colonnes d’angle, sont des membres d’architecture essentiellement grecs. Les Piomains n’auraient pas manqué d’y mettre des chapiteaux de pilastre d’ordre ionique, c’est-à-dire des chapiteaux semblables à celui de la colonne, comme nous en avons vu un fragment, à Lamta, en 1882.

Le second terme auquel il sera postérieur est un chapiteau d’ordre ionique que j’ai dessiné, à Chypre, en 1879 et que j’ai donné plus haut (fig. 76).

Ce chapiteau ionique a été déjà publié dans V Histoire de l’Art de MM. Perrot et Chipiez1 ; la ligne inférieure du canal est fortement incurvée et le tailloir rudimentaire se confond avec la ligne supérieure de ce canal. Aux extrémités qui devraient former les angles du tailloir sont deux palmettes, l’échine n’a pas de ligne supérieure mais pénètre sous le canal et les coussinets; les angles curvilignes

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