‹ Description des antiquités de la régence de TunisChapitre 25 sur 46 · Publié par Playfair · texte numérisé non relu

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(fig. 73) deux cavets superposés, mais cette partie du dessin est confuse et mal exécutée. Le dessin de Bruce (fig.72) est Lien plus clair et affirme lecontraire; la coupe citée exclut la supposition qu’il ait pu omettre, dans le travail consciencieux des mesures, une partie aussi importante et qui aurait mesuré om,57 de haut. D’énormes fragments de cette corniche gisent au has de la face sud et de la face nord, dans un étatde conservation complète. L’architrave, au lieu de 11e former que l’épaisseur du mur qui la recevait, se composait de quatre énormes plateaux carrés de pierre épais de om,4t> et mesurant im,53 dans les deux sens; ces plateaux étant placés aux quatre angles, des parties intermédiaires ayant im,6o de large sur im, 53 de long se trouvaient entre ces plateaux; au milieu une autre dalle était placée, reposant sur les cloisons intérieures des chambres. Toutes ces pierres étaient assemblées entre elles, ainsi que les colonnes engagées et leurs chapiteaux au moyen de tenons métalliques en queue d’aronde dont les encastrements existent. Au dessus de la grande corniche, s’élevaient trois gradins sur plan carré; suivant les diagonales de ces carrés; quatre socles en pierre de im,26 de haut formaient les angles de cette pyramide, comme l’indiquent les encastrements (fig. 96, 110 1 et A, B, G) de ces gradins dans ces piédestaux ’. La partie supérieure de ces piédestaux porte un encastrement rectangulaire de om,25 de profondeur, les derniers gradins empiétaient un peu sur ces socles légèrement entaillés pour les recevoir. Sur la face supérieure de ces socles et dans cet encastrement venaient probablement s’emboîter la partie inférieure de petits cavaliers dont nous avons retrouvé un fragment très mutilé au bas de la face ouest. (Sir Greenville Temple, cité par Playfair, en fait mention.) Un socle carré devait s’élever au-dessus, sur une moulure de soubassement. Ses quatre faces décorées des quatre quadriges (dont deux gisent à la base du monument, l’un au nord et l’autre au sud;, étaient terminées à leurs angles par des socles carrés servant de piédestaux aux statues ailées, de deux desquelles nous avons retrouvé des fragments. Ces quatre statues enlouraient probablement un couronnement en forme de prisme droit à base triangulaire, placé sur une de ses faces rectangulaires et dont les faces inclinées seraient indiquées en partie par la façon dont les ailes des statues sont rognées dans leur partie inférieure. Ce mode de couronnement s’accorde avec les dispositions des traces des pentes gravées sur la face des statues; il me semble d’ailleurs légitimé par la forme du couronnement des sé-

1. Ces piédestaux sont indiqués en place dans les dessins de Catherwood et de Bruce.

pullures puniques découvertes à ByrsaparleP. Delattre (lig. 101). Ce couronnement était peut-être terminé par une antéfixeà chaque extrémité et ces deux anléfixes reliées parunesorted’arcatureàjour(fig. 102).

Des fouilles seraient nécessaires pour établir exactement la restitution des statues et de la disposition suivante que j ai restituée par analogie.

Je crois qu’un couloir incliné 1 dans la direction du sud au nord aboutissait au bas de la face sud, à l'entrée de la chambre sépul-

1. Voy. coupe du tombeau d'Amrith, Renan, Mission en Phénicie, pl. 1-.

craie ; la configuration du terrain milite en faveur de cette nypotlièse; un mur en blocage, à quelques mètres en avant de cette face sud et

dont quelques parties sont visibles au ras du sol, pourrait appartenir à l’entrée de ce couloir incliné ou à la voûte qui le recouvrait.

Je ne crois pas que les chambres contenues dans le mausolée, audessus du sol, et indiquées dans les plans et la coupe de Bruce, soient des chambres sépulcrales. Les parements de ces chambres sont bruts et à peine dégrossis, ce manque de soin dans la construction

de l’intérieur s’accorde peu avec la perfection du travail des façades du mausolée. Je serais disposé à n’y voir que des chambres de décharge servant à alléger le poids qui pesait sur le caveau funéraire. Les portes qui donnaient accès à ces chambres étaient fermées par des dalles en feuillure. Il est probable que la construction, une fois terminée, aura été consacrée par des libations et des cérémonies religieuses accomplies dans ces chambres, et qu’après leur ac-

FhjwaQ'ue ®x pouc g a . facc ».

Fig. 102. — Face latérale restituée du couronnement du mausolée punique de Dougga.

complissemenl on aura fermé définitivement les portes en laissant retomber les dalles. La chambre sépulcrale serait donc, suivant toute probabilité, encore intacte, contenant un ou plusieurs sarcophages de

pierre analogues à ceux rapportés au Musée du Louvre par M. Renan et aux sarcophages anthropoïdes du Musée de Palerme. On voit quel intérêt il y aurait à pratiquer des travaux sur ce point : i° pour conserver et déterminer tous les éléments constitutifs de ce moment si intéressant ; 20 pour faire des fouilles, afin de découvrir la chambre inférieure qui, d’après l’inscription, doit contenir les restes d’un personnage de famille royale; on y trouverait non seulement le sarcophage mais peut-être encore de nombreux bijoux, des armes, des ustensiles de bronze, etc.

Étude des proportions et des mesures du mausolée punique de Dougga.

Ces proportions dérivent du triangle équilatéral, comme l’indiquent les figures ci-jointes.

Plan (fig. io3), sur la face du carré formé par les axes des quatre colonnes extrêmes (8 coudées), on trace des triangles équilatéraux, dont les côtés se coupent en M. Des lignes parallèles aux côtés des triangles équilatéraux issues de M coupent les lignes (SS'S") SS', S'S" en M'M", etc., et déterminent les axes des colonnes engagées des faces du mausolée. Le diamètre du cercle S"0'S" est égal à la moitié de la diagonale du mausolée mesurée du nu extérieur d’une colonne d'angle au nu extérieur de la colonne d’angle correspondante. Le cercle S" passe par les sommets des

Fig. io3. — Tracé théorique des proportions du plan du mausolée.

quatre trian les équilatéraux construits sur les lignes SS'.

La base inférieure EF (fig. 104) mesure 18 coudées (2 fois 9), si l’on prend comme niveau, le niveau du premier gradin (qui est à i/3 de coudée du sol antique) et que des extrémités de EF, on mène en E une ligne à 6o° (côté d’un triangle équilatéral) et de l’extrémité du premier gradin obtenu en coupant celte ligne par le niveau à i/3 de coudée, une verticale vers G on obtient : i° l’inclinaison des gradins du soubassement (hauteur, 4 coudées i/3) ; 2° à la rencontre de l’axe, le niveau inférieur du linteau des portes et le point G, sommet du monument (à 3o coudées i/3 du sol). Ces coudées (de om,52ô. ou pied

philétérien) étaient l’unité de mesure usitée par les Grecs de l’Italie méridionale; subdivisée en 12 onces, elle a servi à mesurer les temples de la Grande-Grèce; (voir plus loin l'étude sur les proportions du

temple de Ju piler à Dougga) forment l’unité de mesure du monument. Si nous divisons cette hauteur totale en p parties ou modules (échelle extrême à droite de la figure), nous obtenons : au point ]I, le niveau inférieurde l’assise médiane du soubassement : en III, la face inférieure

de l’architrave; en IV, le sommet des gradins de l’étage; en VI, la ligne supérieure de l’architrave; et en VII, la ligne supérieure des gradins du couronnement.

L’ordre mesure 2 modules de hauteur et dans cette mesure est comprise l’architrave; voilà encore un point de ressemblance de plus avec les édifices égyptiens, dans lesquels la mesure de l’ordre comprend toujours l'architrave avec la colonne, et non pas la colonne seule comme dans les ordres grecs et romains. Si de part et d’autre de l’axe on porte un module, les verticales élevées sur ces points donnent en J', à la rencontre deEG, la hauteur de la corniche. Les lignes ON, ON' à Go° donnent la largeur du soubassement à leur rencontre avec III; remontées à 60° depuis N, elles rencontrent III en 1 et déterminent l’axe des colonnes. 1 et 2 prolongées jusqu’au sol et relevées en I (à 6<>") donnent I, extrémité du gradin supérieur du soubassement par sa rencontre avec la ligne à 6o°. issue de F et homologue à EG. La longueur de la corniche comptée de bout à bout est donnée par la rencontre avec VJ' déterminée avec les lignes à 6o° issues de O'. L’inspection de la figure montrera que les autres points sont déterminés par des tracés analogues, hauteur des statues des cavaliers, de la frise, des gradins supérieurs, etc., etc.

3 3. — Monuments romains, byzantins et chrétiens.

Avant d’aborder l’étude des bionuments d’architecture romaine existant encore à Dougga, je vais décrire un petit monument funéraire où l’influence de la tradition punique se mélange à l’art romain. C’est un cippe ou stèle funéraire qui sert de linteau à une des portes des chambres qui donnent sur la cour centrale, dans la maison de Lecheb, sur la petite place, un peu avant d’arriver au temple (v. plan en L).

La maison Salah ben Lecheb (ainsi nommée du nom de son propriétaire) est située sur la petite place qui est en face de la rue qui conduit directement au temple et est à droite en descendant du temple, formant l’angle de la place et d’une rue qui descend. Elle est construite en grande partie sur un édifice antique dont nous n’avons pas pu définir la destination. Sur la façade qui regarde le temple une porte antique est intacte, avec sa corniche et son chambranle, le tout un peu lourd d’exécution et de conception. Cette porte a 2m,62 de

large et le mur antique qui se continue jusqu’à l’angle de la maison, à gauche, est décoré de deux pilastres corinthiens rasés à une faible distance du sol. (Nous en donnons (fig. io5) un croquis avec les détails de la porte, — à rapprocher de la porte trouvée dans les ruines du temple NE (fig. 121). Ces pilastres sont cannelés et les cannelures sont remplies par une baguette demi-cylindrique. Ils sont espacés de 2 m , 2 5 à partir de la porte, et celui près de l’angle de gauche est à im,75 de celui qui le précède.

La cour intérieure de la maison arabe actuelle est formée par un dallage en grandes pierres dans lesquelles sont creusés des canaux de om,o8 à peu près de largeur. Il me semble que ces canaux ont dû servir d’encastrement à des dalles verticales de pierre formant cloisons ou balustrades. La disposition en est assez confuse, et je n’ai pas pu la relever, faute de temps. Les Arabes prétendent que sous ce dal-

POf- TX

Fig. ni!'. — Porte antique; maison de Salah ben Lecheb,

lage il y a des voûtes étendues et un puits qui donne de l’eau excellente *.

Ils prétendent que c’est là que se dressait le hammam (c’est-à-dire le bain) des Romains. Il faut dire que M. M. Boyé prétend placer ces thermes au bas de la ville auprès de citernes où aboutissent les eaux du haut de la ville (un peu au-dessus de la source du sud) ; de grands pans de mur, des parties de voûte, deux petites constructions voûtées, ayant autrefois servi de moulins à huile, sont rattachés par lui à un ensemble qu’il attribue aux thermes; nous en parlerons plus loin. A mon avis, les thermes seraient mieux placés ici, dans la ville que dans

1. La déclivité du terrain sur lequel est construite cette maison peut faire supposer que la construction antique rachetait cette différence de niveau par un étage inférieur, au-dessus du sol, du côté de la descente, souterrain du côté de la montée.

l’extrémité sud. S’ils avaient été placésen contre bas, l’accès n’en aurait pas été agréable et il aurait été même très fatigant d'avoir à remonter toute la moitié de la ville pour en revenir. Néanmoins, comme nous n’avons rien pu voir dans cette maison qui puisse contribuer à affirmer cette hypothèse, je me borne à la mentionner comme appuyée par la tradition. Ces traditions arabes sont quelquefois justes, témoin le nom de hammam qu'ils donnent encore aux ruines des thermes de Thelepte (Ras-el-Aïn, près de Fériana, Rapport, p. 117, fig. 206). Il faudrait visiter en détail toutes les chambres de la maison arabe et les subslructions voûtées, pour s'assurer des restes antiques, et en dresser le plan, or on sait combien les Arabes aiment peu laisser un chrétien pénétrer chez eux, et Salah ben Lecheb, tout particulièrement, avait l’air de désirer que notre visite s’abrégeât le plus possible. Nous avons déjà mentionné le fragment du cippe néo-punique servant de linteau à une porte de cette maison : il est semblable à ceux qui sont déposés à la résidence de France à Tunis, et qui ont été déjà signalés par M. Cagnat. Je crois seulement celui de Dougga un peu antérieur à ceux-ci. C’est une stèle assez épaisse qui mesure om,4<> de large et est brisée dans sa partie supérieure. Elle forme le linteau d’une porte de la maison arabe. Ce petit monument figure la façade d’un édicule probablement d’ordre ionique, composé d’une cella dont la face est décorée d’un portique de deux colones cannelées qui devaient être surmontées d’un entablement complet et d’un fr onton. Il est pr obable que, de même que le pavage s’étendant devant ce petit édicule a été figuré ici, sans aucun souci de la perspective, par des carrés concentriques, de même les caissons du plafond de ce portique à deux colonnes devait être figurés en rabattement sous l’entablement (comme dans les stèles de Tunis pl. II).

Le pavage de la cella est indiqué, de la même façon et au fond de la cella, un piédestal dont les faces latérales sont contournées en consoles (comme un pied de table antique) porte sur sa face la représentation d’une urne cinéraire avec son couvercle. Sur ce piédestal est une statue d’homme debout en haut-relief (la têteaété brisée), vêtu de la toge et tenant dans sa main gauche un volumen. Ces deux détails sont les seuls points qui, romains de style, nous portent à dater ce monument de l’époque postérieure à la conquête romaine. Les bases des colonnes, au contraire, accusent une influence punique par leur aspect lourd et globulaire. Ces parties lisses des fûts en opposition avec les parties cannelées des colonnes ne sont pas non plus de tradition romaine et se rapprochent plutôt de données grecques qui dans cette contrée accusent toujours l’époque et les traditions pu-

niques. Les deux rosaces à six branches* et le style des deux palmes sculptées en très bas-relief, de chaque côté de la petite figure agenouillée dans la niche inférieure, tout cela porte bien le caractère particulier de la décoration orientale.

Dans la figure agenouillée (la tète a été mutilée) dans la niche inférieure, nous retrouvons la préoccupation de l’artiste qui a voulu, comme plus haut, rendre le sentiment des deux dimensions de son sujet, tout en ignorant les principes les plus élémentaires de la perspective. Son costume absolument différent de celui du personnage que nous avons décrit plus haut, se compose d’un vêtement à longues manches évasées1 2, relativement court par devant, et long par derrière, et de caleçons ou braies qui couvrent les jambes; cellesci sont indiquées fléchies pour bien montrer que le personnage est agenouillé mais elles sont indiquées dans toute leur longueur, avec les pieds, l’artiste n’ayant pas osé n’indiquer que les cuisses jusqu’au genou, de peur que les jambes ne parussent coupées, il résulte de cet arrangement naïf que cette figure a une allure très singulière. Ce petit personnage a les mains élevées et appliquées sur la poitrine, ce qui est encore maintenant en Orient un signe de prière et d’adoration.

L’inscription devait probablement se lire au-dessous de cette figure. N’ayant rien remarqué qui ressemblât à des caractères, j’ai choisi, pour faire la photographie de ce petit monument, le moment où, le soleil étant presque vertical, tous les moindres détails de la pierre étaient accusées par le jour frisant, espérant obtenir par ce moyen les moindres traces de caractères. On se rendra compte par l’héliogravure ci-jointe qu’il ne reste aucune trace de caractères de l’inscription.

Temple de Jupiter , de Junon et de Minerve (pi. III et IY).

L’inscription qui se lit sur la frise du temple a été l’objet de diverses lectures; la dernière, celle du Dr Schmit, me paraît être la plus exacte et celle qui s’accorde la mieux avec la lecture que j’ai tenté d’en faire après lui, non seulement au moyen de la lorgnette, mais encore d’après une photographie faite au moment où le soleil, commençant

1. Rosaces hexagonales sur des ossuaires juifs au Musée du Louvre. Emploi de ce motif dans l’ornementation juive et arabe jusqu’à nos jours en Tunisie.

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