‹ Description des antiquités de la régence de TunisChapitre 43 sur 46 · EL-KEF · texte numérisé non relu

EL-KEF

Avant de décrire les belles statues trouvées près de l’emplacement, des thermes (voy. Rapport , p. 204, fig. 354) et les têtes provenant

Fig. i63. — Vue de la première travée de la nef de Dar-el-Kous, au Kef.

de fouilles faites au Kef et appartenant à M. Roy, je vais présenter ici un plan restitué de la grande église du Kef (Dar-el-Kous), d’après la disposition des voûtes du narthex et de la nef, voûtes dont les

sommiers existent encore. Je donne [ici un croquis perspectif des voûtes V ( Rapport , p. 206, fig. 358) et de leurs sommiers. On voit par ce croquis (fig. i63) que ies voûtes d’arête en pierre dé taillé étaient parfaitement connues à l’époque chrétienne et par conséquent à l’époque romaine (les exemples en sont, à ma connaissance, très rares) et ces voûtes prouvent, une assez grande connaissance de la stéréotomie, tandis que les linteaux des portes faits d’architraves et de frises antiques prouvent de même que les ornements sculptés sur le linteau de la porte latérale (Rapport, fig. 35g), une grande pauvreté d’imagi-

Fig. 164. — Porte de Dar-el-Kous, au Kef.

nation en fait de décoration architecturale. 11 est très probable qu’on aura employé dans la construction de cette église des colonnes, des hases et des chapiteaux empruntés à des monuments antiques. Je donne l’état actuel de la façade d’après une photographie de J.Poinssot.

L’état actuel du plan ( Rapport , fig. 358) permet de restituer facilement les portiques formant les nefs latérales, les colonnes de l’abside et de l’arc triomphal sont toutes indiquées et le transept l’est aussi parles portes latérales (fig. 1 63, 164, i65 et 166).

Il est très probable que les tympans A des arcs ont été décorés de sculptures l’apportées (analogues à celles de l’église de Kasrin) et que ces sculptures auront été détruites à l’époque de la conquête arabe. Les fouilles qu’on a faites à Dar-el-Kous, au moment de l’occupation française, n’ont pas donné le résultat qu’on était en droit d’attendre.

Peut-être doit-on attribuer cet insuccès à la méthode incertaine avec laquelle ces touilles ont été exécutées. Il serait intéressant de déblayer cette église, lorsque la population chrétienne du Kef sera assez considérable pour que l'établissement d’une église paroissiale soit nécessaire ;

Fig. i65. — Plan de Dar-el-Kous, au Kef; état actuel.

on pourrait alors la restaurer et la rendre au culte: nul doute que cette opération intéressante au point de vue archéologique ne soit plus économique que la construction d’une église neuve, car les colonnes des nefs sont tombées à terre et doivent être enfouies sous le sol actuel *.

1. J'ai restitué la forme des points d’appui par analogie avec ceux de la basilique déblayée à Médinet-el-Khedime par le commandant Pedoya [Bull, archéologique, i885, n° 1). Ce parti s’accorde avec les dimensions que donnent les mesures des retombées des voûtes.

b ragmenls trouvés près des thermes1 { pl. X). — Ces fragments très remarquables sont d’abord ceux d’une grande statue féminine (fig. 1

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Fig. 166/ — Kef. Dar-el-Kous, essai de restitution du plan.

et 2, n°sJi et 2). Cette statue, donf le torse, le bas des hanches et une

jambe ont été découverts, représentait probablement Rome divinisée.

1. Je dois les photographies de tous ces morceaux intéressants à l’obligeance de M. J. Poinssot qui a bien voulu m’autoriser à les publier.

Debout, revêtue d’un manteau retenu sur l’épaule par une agrafe circulaire, les jambes découvertes au genou par la tunique courte et les pieds chaussés de brodequins en peau1 de panthère (dont une patte et le mulle sont visibles), et une jambe appuyée (la droite) contre un tronc d’arbre, Rome est représentée avec une grande noblesse d’attitude, la beauté des plis, le soin et la largeur avec laquelle la poitrine et toutes les draperies de l’épaule ont traitées, la fermeté et la sûreté du modelé des jambes et les détails délicats de la chaussure et des pieds (l’un d’eux est dans la collection de M. Roy), font de cette statue une œuvre remarquable2. Le marbre blanc très fin dans lequel elle est sculptée n’a pas souffert de son séjour dans la terre. Malheureusement ce beau morceau de sculpture a été mutilé, probablement au moment de la destruction de tous les simulacres des dieux au commencement de l’époque chrétienne. La tète manque. La partie qui comprend l’épaule droite et les draperies qui s’y rattachaient était un morceau rapporté et dont le joint était habilement dissimulé par les draperies qui, à cet endroit, sont dirigées parallèlement au joint (les deux parties étaient jointes par un tenon dont l’encastrement est visible) . Le corps a été brisé en deux au moyen d’un coin en fer qu’on y a enfoncé à coups de masse, l’énorme brisure au bas du torse porte le caractère de cette opération.

On a trouvé dans les mêmes fouilles deux statues de magistrats revêtus de la toge. L’une de ces statues est presque intacte, sauf la tête qui manque. Le travail n’en est pas très remarquable, il est un peu sec. L’autre, beaucoup plus belle (n° 3, fig. 2, pi. X), a sa partie inférieure brisée, la toge est rendue avec une ampleur et une souplesse remarquables. C’est peut-être à cette statue qu’appartient la tète imberbe de la collection de M. Roy (pi. X).

On a trouvé au même endroit la partie supérieure d’une stèle votive à Diane et à Mercure. Ce morceau d’un travail intéressant est mutilé, on ne remarque plus que le caducée de Mercure, la tète de Mercure a été brisée ; celle de Diane a sa partie supérieure conservée, avec le croissant lunaire dans la chevelure. — Ce morceau est sculpté dans la pierre dure (fig. 6, pi. X).

Collection de M. Roy. — (Fragments de statues en marbre blanc). Tête n° 4 3 (fig- 5, pl. X), tète imberbe, probablement de la statue de magistrat (fig. 2, n° 3, pl. X). Celtetète est absolument romaine comme

1. Ces brodequins lacés laissent le bout du pied à découvert; c'est une variante du calceus patricius.

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