PLAN
Fig. 1 59- — Mausolée de Bordj-Messaoudi , plan et essai de restitution.
Cette partie cylindrique portait-elle un cône, ou servait-elle de socle à un groupe ou à une statue, protégés par une colonnade comme au célèbre mausolée de Saint-Remi? Rien ne l’indique et même aucun des rares fragments placés autour de ce mausolée ne peut le faire pressentir.
Trois niches ou columbaria sont pratiquées dans la paroi nord, la seule intacte. La voûte d’arête, dont la clef est légèrement surhaussée, a ses arcs de tète en pierre de taille ainsi que ses pieds droits. Le reste est en blocage enduit, et sur l’enduit probablement autrefois peint, se voient de curieuses arabesques figurant des feuillages modelés en stuc et ornant les deux côtés de chaque arête de la voûte. C’est le
Fig. iGa. — Fragments d’architecture provenant de Rordj-Messaoudi. Actuellement au Bardo.
premier mausolée de ce genre que je rencontre dans la Piégence.
Je donne ici le plan intérieur et le plan supérieurdu mausolée, une vue perspective vers le sud, une vers le nord et une élévation restaurée. Ce monument est exécuté avec soin et en beaux matériaux; l’inscription est bien traitée et tout porte à croire qu’il date de la fin de l’époque des Antonins.
Rordj-Messaoudi est une sorte de caravansérail ou de fondouk (au-
berge) qui se trouve à une petite distance au sud de l’emplacement de l’antique Thacia dont les ruines couvrent la colline Dj. Djouaouda. Les restes de Thacia consistent en pans de murs, blocages, voûtes écroulées dont je n’ai pas eu le temps d’étudier les détails. Bordj- Messaoudi près duquel nous avions pu dresser notre tente a été occupé pendant quelque temps par une garnison française. Les officiers de la petite garnison y ont fait pratiquer quelques fouilles auprès du bordj même; on y a découvert (cf. Poinssot, loc. cit.) des mosaïques très belles, parait-il, qui ont été enlevées ou détruites. Combien n’avons-nous pas déploré le nombre incalculable de monuments précieux perdus depuis l’occupation par les fouilles mêmes qui les avaient découverts, perdus faule de ressources suffisantes pour les démonter et les envoyer à Tunis ou à Paris, et aussi par le manque d’habileté spéciale de la part, de ceux qui les découvraient; encore si l’on en avait conservé le souvenir soit par des photographies, soit par des dessins! Il aurait été si simple, lors des découvertes faites par les officiers, de les faire constater par un agent spécial, puis de les faire acquérir et d’en assurer la conservation.
Les fouilles y ont fait découvrir aussi plusieurs fragments intéressants dont les plus beaux sont au Musée du Bardo (fîg. 162). Je les ai rapprochées [Bull, des Antiquités africaines, t. III, p. 107) de fragments que j’ai trouvés à Feriana et à Haouch-Khima-mta-Darrouïa (v. Rapport). D’autres fragments avaient été disposés dans le jardin de l’infirmerie; ils ont été depuis transportés au Musée du Bardo. Ce sont des bas-reliefs funéraires que je vais décrire ici L
Le premier, partie supérieure d’une stèle funéraire, représente probablement une scène de sacrifice, une figure revêtue d’une tunique, tient sa main gauche sur un autel sur lequel elle maintient l’objet du sacrifice. Deux figures, l’une à sa droite, l’autre à sa gauche, portent des corbeilles, dans lesquelles sont les offrandes; la scène est surmontée par deux serpents qui semblent s'échapper de deux arbres grossièrement figurés. Au-dessous de cette scène, une corbeille contenant des pains, une coupe et d’autres offrandes et de chaque côté un animal, on pourrait voir dans celui de gauche, d’après l’allure générale de l’ensemble, un bélier ou plutôt un mouton, dans celui de droite on a représenté, à ne pas s’y méprendre, un porc. La tête surtout est très reconnaissable. Ce monument est excessivement fruste et d’un travail très barbare. Les figures, une fois dessinées
1. Je dois la communication de ces documents à l'obligeance de M. S. Reinach qui en a fait des photographies, lors de son voyage dans cette région eu 1884, en compagnie de M. Cagnat.
et légèrement modelées par un trait gravé sur la pierre, ont été réservées sur le fond général qu’on a abaissé d’un centimètre et demi, à peu près. Je ne serais pas éloigné de voir dans cette œuvre barbare, non pas un travail romain, mais un travail punique de l'époque romaine, le costume des figures qui sont certainement des figures de femmes n’est pas un costume romain, la tunique qui y est représentée ressemble, au contraire, d’une façon frappante, au costume actuel des femmes bédouines qui n’est, à peu de chose près, que la fallu ou le féplos grec. L’auiel figuré grossièrement est un de ces autels sur plan triangulaire, appuyé sur trois pieds bas (sphinx ou pieds à griffes) dont les musées conservent de si jolis spécimens de l’époque romaine.
Le second, partie supérieure d’une cippe funéraire, pilier carré en forme d’autel, surmonté de deux rosaces entre lesquels un fronton triangulaire était décoré d’une petite figure ailée tenant de la main droite un canthare renversé; de la main gauche, elle tenait un autre objet indéterminé. Au-dessous de la corniche formée de deux moulures, une niche demi circulaire contient les deux bustes des défunts dont les tètes ont été mutilées. Ces deux figures (celle de gauche féminine, celle de droite virile) sont vêtues de larges draperies et ont une main relevée. Dans la partie du nu du cippe laissée libre entre la partie circulaire de la niche et la corniche sont représentés en basreliefs d’une délicatesse vraiment exquise, à droite, le soleil 1 représenté par une tète de profil sortant d’un croissant à peine indiqué, à gauche la lune profil à gauche, au centre une étoile à huit branches devant laquelle s’envole un génie tenant un flambeau à la main.
D’autres fragments enfin de style très barbare représentant des animaux et des chasses (?) des fragments d’architecture- et des débris de bases et de chapiteaux.
KHANGUET-EL-KHÉDIME (fig. 161 et 162).
A peu près à moitié chemin de Bordj-Messaoudi et du Ivef, bien avant d’arriver au pont romain, les travaux faits par les entrepreneurs de la route pour trouver des matériaux dans un monticule de débris antiques qu’ils ont complètement démoli ont fait dégager les
1. Peut-être pourrait-on rapprocher ces représentations sidérales de celles qui sont figurées sur les bas-reliefs mithriaques.
ruines d’un monument antique ruiné assez considérable, si l’on en juge d’après ce que disent les témoins de la découverte. Ce mausolée était en pierres de taille, le centre en blocage. Deux statues l’ornaient; ces statues décapitées à l’époque de la destruction du monument, étaient relativement bien conservées, elles ont été mutilées tant au moment de leur découverte que depuis ce temps.
Ces statues sont en marbre blanc et d’une exécution aussi soignée que celle des statues que je vais décrire au Kef. L’une représentait un guerrier revêtu d’une cuirasse décorée de griffons, avec les bandelettes tombant sur les cuisses, le torse mutilé subsiste seul (rapprocher ce torse de celui que nous avons décrit à Monastir, Rapport, p. 5, fig. 4) ; une jambe appartenant probablement à cette statue est près de la deuxième qui est une statue de femme vêtue d’une longue
tunique dont les plis serrés et traités avec une
, , , . . . l’ ig. îbi . — Fragment
grande surete de ciseau 1 enveloppent jusqu aux de statue d’empereur.
pieds; la partie supérieure de la main gauche
est encore visible. Comment se fait-il que ces statues découvertes plus de six mois avant mon passage n’aient pas été préservées des mutilations qu’elles ont subies, comment n’a-t-on pas pu les faire
Fig. 162. — Fragment de statue d’impératrice.
transporter par exemple au Kef, par les soins de l’entrepreneur qui fait la route et qui avait tous les moyens d’en effectuer le transport s’il en avait reçu l’ordre de Tunis1? L: 'administration des travaux publics aurait même pu, si on n’avait pas voulu ef-
j. Ces statues out été depuis i885 transportées au Musée du Bardo,
fectuer ce transport, faire abriter ces fragments intéressants dans la cantine qui sert aux ouvriers de la route et qui se trouve tout auprès. Ces précautions si simples auraient suffi pour préserver d’une destruction presque totale ces deux fort belles sculptures.