‹ Description des cérémonies de la semaine sainteChapitre 19 sur 26 · IX · texte numérisé non relu

IX

Matines du Samedi saint.

Le Samedi fut le jour de répos du Seigneur, après la création du monde, et dans la plénitude des tems, après la rédemption. Le repos mystérieux du corps du Sauveur dans le tombeau,, la descendente de son ame dans le limbe , l’état de Jesus-Christ tout le tems que son ame fut séparée de son corps, sont le sujet de Poflice de ce jour.

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Comme l’on anticipe le matin du samedi l’office de la nuit de Pâques, de même on anticipe^ ce soir celui de demain; les pseaumes de matines sont adaptés à ce mystère. Le second des laudes, et le cantique sont pris de l’olfice du mardi, comme plus propres que ceux du samedi, à exprimer la sépulture du Rédempteur.

Le Pape s’avance, avec la grande chape et lé capuchon sur la tête tout le tems qu’on chante les pseaumes.

. L’on suit le même ordre que les autres jours; la lamentation à quatre yoix , est de la composition d’Àllegri, un soprano entre au verset Jérusalem. Le Miserere à deux choeurs est du même compositeur; l’on termine la fonction par l’oraison: quesumus Domine etc.

Bénédiction des Reliques, de la varie croix , du volto sarilo et de la lance, dans la basilique du Vatican .

Après l’ofïice, les Cardinaux quittent les chapes, qu’ils gardaient anciennement, et prennent la man tellettaj et la mozzetta, pour accompagner le Pape, qui quitte la chape dans la salle des ornemens, et reprend la mozzetta , le camail, et l’étole ordinaire ; ils descendent dans la basilique du Vatican

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précédés de la croix portée par le dernier Auditeur de Rote en mantelletta et suivi des palefreniers avec des flambeaux et des prélats domestiques en soutane violette , portant les chandeliers croisés, au milieu de la garde noble, des gardes suisses, et de toutes les personnes qui composent son antichambre; ils vont révérer le Reliques de la croix, du volto santo, de la lance, que les chanoines exposent à la vénération publique. Les Cardinaux prêtres et évêques , sont* à la gauche du Pape à génoux devant un banc couvert d’un tapisverd; et les Cardinaux diacres du côté opposé, à génoux sur un coussin violet, que doit porter leur Decano: après la bénédiction des Reliques , chacun se retire quand il veut, sans attendre le Pape.

S- xi.

Notices sur les mêmes reliques .

On ajonte ici -quelques notices sur ces trois insignes reliques. Celle de la sainte face, fut placée, l’an 707 par Jean VII sur un autel qu’il érigea* dans un oratoire de cette basilique dédié à la sainte vierge, comme on peut le voir par les preuves rapportées par Martinetti, dans les statuts de l’hôtël des monnoies du Pape de l’an 1432 (rapportés par le Cardinal Garampi, dans Vappendix des documents sur la même 33) on l’appelle signum sanctae Ve -

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ronkae. La vénération qu’on avait pour celte sainte image était si grande, qu’on en grava souvent la figure sur la monnoie. Le père Mabillon traite de son culte; ainsi que le bullaire du Vatican T où dans l’appendix on rapporte une bulle d’Eugene IV qui appelle cette image sanctam , ou comme on dit, sanctam Veronicam , appellée encore Veronica > c’est-à-dire vraie image du Sauveur, comme aussi la relique sancti sanctorum . Ensuite elle fut. transportée à l’église du saint Esprit in saxia, comme le prouve le passage suivant d’une ancienne eronique manuscrite. Six maisons nobles romaines avaient la garde du suaire; chaque maison en avait une clef, et elles étaient toutes differéntes; on ne pouvait ouvrir l’une sans l’autre; ces familles avaient cette charge successivement , leur lignée durant: voici quels étaient leurs noms: Ve Rcola, casa de Capo de ferro ; de Parione , delli Tartan; de Ponte, casa delli Mercatanti; de Campo marzo, casa de Ricci ; de Colonna, casa délit Tosecti; de Trastevere, casa delli Stefçmeschi. Le Suaire à saint Esprit in Saxia, était dans une petite chambre incrustée de marbre et de fer , fermée à six clef, comme* il est dit ci-dessus; on ne le faisait voir qu’une seule fois dans l’année: et tous ces gentilshommes, qiii tenaient ces clefs, étaient libres, ensorte qu’il ne leur était jamais ordonné d’aller à la guerre; et si quelqu’un . d’entre eux devenait maréchal, il n’était pas tenus d’aller rendre la justice.

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Toutes les fois qu’on montrait le Suaire, ils étaient obligés de se faire accompagner chacun par vingt hommes bien armés, et d’entourer le suaire avec leurs armes découvertes , jusqu’ au lieu où on le montrait, qt ensuite où on l’enfermait sous les clefs. La maison du saint Esprit donnait chaque année à ces six seigneurs deux vaches , le jour du saint Esprit, dont on faisait grande fête, car on les mangeait sur le lieu. Après que cette relique eut été guardée pendans quelque teins dans l’eglisse de la Rotonda (le Panthéon) où elle fut transportée, et où on en conserve encore la chasse; elle fut transférée au château saint Ange, ainsi qu’il resuite d’un journal antique où on lit: le, 4 octobre 1400, le suaire dé la Véronique, fut porté de la sacristie de Saint Pierre, dans le château , afin qu’il ne fut pas exposé aux insultes de soldats. Anton, de Pétri rapporte , qu’au 1 janvier 1410 à l’heure de tierce , Jacques de Calvi , chanoine, prieur, vicaire, et sacristain de la basilique de Saint Pierre, avec six autres chanoines, alla au château s. Ange, prit la Véronique et la rapporta dans la dite basilique dont elle n’est plus sortie: puisque le 25 janvier de 1605, elle fut transportée avec les reliques de la lance, et de la tète de saint André dans la sacristie, et ensuite dansTarchivc de la basilique, où elles furent enfermées dans une caisse de fer, couverte d’un riche drap , sous trois clefs; une des quelles était toujours entre les

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mains du Pape. Ces reliques en furent retirées deux mois après, et le 21 mars, furent placées dans la niche ouverte dans le pilier de la Véronique. La chasse de cristal, marqueté de différentes plaques d’argent doré, fut donné le 6 mai 1350 par trois vénitens, appellés Nicolao Valentini, Bandino de Guarsonibus et Francischino in Glostro, comme on le trouve écrit dans un passage de l’ancien livre des bienfaiteurs de la basilique, que j ai rapporté dans l’ouvrage des sacristies des anciens chrétiens. Le fer de la s. lance, que sainte Helène trouva à Jérusalem, fut transporté à Constantinople sur la fin du sixième siècle, et conservé en deux pièces, dont Tune, qui était le bout, se gardait dans le palais de l’Empereur, et l’autre dans l’église de saint Jean de Petra,

• En 1492 Bajaset , fils de Mahomet II, qui en 1458 s’était emparé de cette capitale, envoya, par un ambassadeur au Pape Innocent VIII le second morceau, comme un présent, pour le détourner de protéger son frère Zimzim , réfugié à Rome depuis l’an 1489, qui liii disputait encore l’empire, quoiqu’il eût été défait plusieurs fois, depuis la mort de Mahomet leur père. Le Pape envoya à Ancône deux prélats pour le recevoir , et deux Cardinaux légats à latere , pour aller au devant jusqu’à Narni. Le dernier jour de mai de la même année , le même Pape revêtu de ses habits pontificaux, reçut la relique à l’église de sainte

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Marie du Peuple, à la porte flaminienne, accompagné du sacré collège, de la prélature, de la noblesse, et d’une foule de peuple, la porta en procession au Vatican: ensuite, comme on le voit dans le journal manuscrit de Filippo Moroni de 1644, la garda dans sa chambre. Le 12 janvier 1500, elle fut placée dans une magnifique chapelle bâtie là ouest la ètatue de saint Longin, par le Cardinal Lorcnzo Cybo, qui éxécuta la volonté du Pape son oncle, empéché pour la mort de l’effectuer. Mais dans la démolition de la partie supérieure de la basilique, sous Jules II, cette chapelle ayant été détruite, le fer sacré fut replacé dans le ciboire de la Véronique. Depuis lors ces reliques n’ont plus été séparées, ayant été, comme nous l’avons dit, transportées dans l’archive de la basilique et ensuite dans 1’ endroit où on les conserve présentement.

Bénoit XIV raconte , que dans • le temps qu’il était chanoine de cette basilique, il fit venir de Paris la mesure exacte de la pointe de cette lance sacrée, qu’on conserve dans la chapelle royale; et que l’ayant confrontée avec le fer qu’on vénéré ici, il trouva que les deux morceaux correspondaient parfaitement, et avec tant d’uniformité, qui ôtaient tout doute* sur l’identité du fer, et l’autenticité des deux reliques. .

En effet l’orateur ottoman avertit Innocent VIII de la division de ce fer. qu’on croit avoir été faite

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on par Constantin II, pour faire un présent à Charlemagne, ou par le roi Baudouin, qui l’engagea aux vénitiens, des mains des quels le relira saint Louis, roi de France, à ce que certains disent. La lance qu’on conserve à Nuremberg a été faite sur le modèle de celle-ci avec le fer ordinaire, mais avec quelques morceaux d’un des clous de la croix. En sorte qu’on ne peut douter que la lance, qui se trouve dans cette basilique, ne soit la vraie, quoique sans pointe. Le beau vase de cristal de roche garni en or, dans le quel on la conserve, a été donné à la basilique en 1643, par le Cardinal François Barberini, qui en etoit archiprètre.

En 1629 Urbain VIII ajouta à ces deux reliques, celle de la croix, enfermée- dans un riche reliquaire d’argent, couvert de pierres d’azur aux quatre côtés de la partie ; intérieure; et défendu par un cristal dans celle îdu milieu. Cette croix fut formée avec certains morceaux de la croix, qui était à Si Anastasie, et à s. Croix in Gerusa lèmmv .

Ces trois insignes reliques, selon le rit antique illustré par Pierre Morelti; s’exposent le second dimanche après l’Epiphanie, et le lundi de la Pentecôte, à l’archiconfraternité du saint Esprit; le mercredi saint après matines: le jeudi, et vendredi saint, plusieurs fois le jour; le samedi saint le matin après la messe, le dimanche de Pâques, après le pontifical; le lundi de Pâques, avant, et

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après vêpres avec toutes les autres reliques; le jour de l’Ascension après lnf messe; le trois mai, jour de l’invention de la Croix, après la messe, après vêpres, et pour la dédicace de la basilique: on ne peut les faire voire à personne, hors de ces jours, sans un induit. spécial du Pape. C’est pourquoi on lit dans le bullaire du Vatican plusieurs diplômes de Clément IV, d’I rbain Y, de Léon X, et d’Eugène IV, où l’on trouve la concession de celte grâce, faite néanmoins de jour, et à portes fermées.

Si quelque Souverain à désiré monter pour voir ces reliques de près, il à été auparavant admis au nombre des. chanoines surnuméraires, et en à pris l’habit; pareequ’il n’est permis à personne qu’aux chanoines de monter à l’endroit où on les conserve. Frédéric III après avoir reçu la couronne impériale des mains de Nicolas Y et avoir endossé la chape canoniçale , monta pour vénérer le visage saint dans le ciboire où on le conservait. Urbain VIII créa chanoine de saint Pierre le prince Ladislas, fils du roi de Pologne, ce que fit Innocent XII avec Cosme III grand duc de Toscane, an quel, comme chanoine de la meme basilique, tout le chapitre fit apres sa mort les obsèques solemnelles.

En 1656 on montra d’une manière particulière le suaire, et la lance, à la reine Christine de Suède, et ce fut dans le vestibule, prés de la porte, par où l’on monte à la tribune où on les conserve.

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La môme année , Alexandre VH voulut les voir dans le ifiôme en droit , avec les reliques de la croix, et de la tôte de saint André, qui fut ensuite transportée dans l’autre tribune, où on la conserve avec le tapis des saints martyrs. L’an 1717 Cléemnt XI permit aussi à Jacques III roi d’Angleterre, de vénérer, dans le môme vestibule , le saint Suaire , et la lance. Le roi Charles Emmanuel, et la vénérable madame Adélaïde, reine de Sardaigne, sont aussi montés, pour vénérer les saintes reliques. Les clef sont entre les mains du Majordome, et des chanoines sacristains : le premier en tient deux, celle de la petite crédence où est le visage sacré , et une de l’armoire où sont les trois reliques: et les secondes les autres deux.

- §. XIL

Notices d’autres fonctions qu'on fait dans le jour , dans d’autres églises ; et de plusieurs images > et Crucifia» qu’on vénère à découvert .

Depuis plusieurs années , dans les églises du Jésus, de saint André de la Voile , de sainte Marie in Trastevere (au delà du tibre) de saite Marie du Suffrage, des Orphelins, de l’oratoire appelle du Caravita , et dans d’autres ausi, s’est introduite la louable dévotion, instituée à Lima, par le père AI-

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plionse Messi jésuite, des trois heures de l’agonie de J. C. pour méditer les sept paroles qu’il prononça sur la Croix.

Dans l’église de saint Athanase, au collège grec, on fait les obsèques fort dévotes à une image de stuc, où de plâtre, de J. C. étendue sur une somptueuse bière: et l’évèque grec qui fait la fonction selon son rit, distribue au peuple des fleurs, et des oranges. .

A’sainte Marie égyptienne, église des arméniens, prés de la la bocca délia venta , le peuple va, en grand concours visiter le saint sépulchre, qui est fait exactement sur le modèle de celui de Jérusalem. ATéglise de sainte Praxède, on vénère la colomne, à la quelle on croit que le Rédempteur fut lié, quand on le flagella.

Dans la basilique de saint Paul hors les murs , on vénère une dévote image du saint Crucifix, fait par Pierre Cavallini l’an 1364, semblable à celle qui se trouve dans la chapelle des reliques de la basilique du Vatican, à coté de la statue de la pitié, sculptée par Buonarroli; elle reste aussi toute la soirée, exposée au culte public; sprès qu’on à découvert la croix dans le choeur; on allume aux deux autels six chandelles qui brûlent toute la soirée.

Dans l’église de saint Augustin, de sainte Cécile au delà du tibre, de sainte Marie au delà du pont saint Ange, de saint Marcel, de saint Laurent et

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Damase on vénère d’autres images miraculeuses du Crucifix, devant les quelles on allume une grande quantité de cierges. La station est, depuis très longtemps, à sainte Croix en Jérusalem. Dans la maison du custode général d’Arcadie, appelée le Serbatojo ( mcontro al lavatorer del Papa) , il y à ordinairement , ce soir là une assemblée, où Ton récite un discours et des vers de toute espèce sur la passion. Les dames , et les étrangers le plus cultivés ne manquet pas de la fréquenter.

Dan ces trois jours de la passion, la congrégation des rit, par un décret du 11 d’août 1736 à défendu toutes les obsèques: et par un autre du 1 mai 1745, elle a ordonné de porter le viatique avec l’etole et la chape blanche, et de fermer le saint ciboire sans donner la bénédiction au peuple.

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