CHAPITRE U
Bénédiction du Cimeterre , les Iiois chantent le commencement de la V, Leçon , les Empereurs la VII. ex ,ü,t edictum a Caesare Augnsto .
.Avant de commencer matines, le Pape a coutume de bénir chaque année un cimeterre, dont le pommeau est en or ; et tvn chapeau de velour cramoisi doublé d’hermine contourné de perles, entouré d’un cordon en or avec une colombe au milieu , simbole du S. Esprit . Ce rit , selon l’opinion de quelques écrivains , rappelé celui qu’on lit au III. livre des Macliabees C. XY. de Juda , qui étant sur le point d’en venir aux mains avec Nicanor général de l’armée d Antiochus Roi de Syre , eut la vision de l’ombre du grand Prophète Onias , qui priait le trèshaut en faveur du Peuple hebreu , et celle du Prophète Jérémie , qui présentait à Judas lui-même une épée dorée , en lui disant , reçois cette S le. épée , q ue Dieu t'envoie , avec elle tu détruira les ennemis de mon Peuple d'Israël «
Sixte IV. appelé ce Rit » usage approuvé par les SS. Peres , c'est-k-dire par les Souverains Pontifes, comme l'explique Christophe Marcel , parce qu'ils avoient coutume d'envoyer cette Epée , et ce chapeau béni aux Souverains , ou à quelque grand Capitaine, qui avait remporté une Victoire contre les hérétiques , ou les Infidèles , ou qui devait aller les combatre .
Cet usage en a suivi un plus ancien* celui de faire passer Fétendart de S. Piere avec les deux clefs aux Souverains , qui se préparoient à quelque expédition contre les ennemis de l'eglise . La formule delà Bénédiction se trouve dans le Ritu . Rom. L. I. §. 7. Philipe Mazeno a receuilli divers exemples de ces dons , dans la Vie de S. Fierre Tomasius Patriarche C. P. C. dans le Bollando T. II. janvier 990. Nie. Alamanni de Lateran . Parietinis C. 14. et iS. Pagi in cris. ad an. 796. et Evrard. Otton p. 1. D sp. juris publici et privati , Disp. 1. §. VIII. p. 5 11.
On trouve la première mémoire de cette Bénédiction dans le Concile de Constance , dans les actes du quel l’on Voit , que Jean XXII. en fit présent à 1 Empereur Sigismond qui chanta 1 Evangile exiit edictum . On raconte dans la vie d Urbain VI. dans 1 Oldouin , que le Pape se trouvant a Lucques Fan i385. bénit le cimeterre , et le bonnet , et qu'il en fit présent à Forteguerra Forteguerri Gonfalon de cette République ; on sait aussi que Nicolas V. le donna ad Albert frere de l'Empereur Fré-
deric , et au Conte Bentiroglio par l’entremise du Card. Bessavion , qui recita une harangue très éloquente . Calixte ITT. a Henri IV. Roi de Castille , après les victoires qu’il remporta sur les Maures . Pie II. h Louis XII. Roi de frauce , et à l'Empereur Frédéric III. qui le reçut une seconde fois de Paul II. tandis qu il se trouvait dans cette Ville.
Jules III. au Roi et à la Reine d’Angletere « comme on le voit par une lettie de Reginald Polo .
Paul IV. au Duc de Ferrare ; Saint Pie V, au Duc d’Alb. Ferdinand ; Sixte V. à Alexandre Farnese ; Clement X. à Frédéric Guillaume Duc de Cleves ; Innocent XI. à Jean III. Roi de Pologne : Clement XI. l’envoya au Prince Eugene en 1715. comme on voit par son allo-^ cution Concistoriale au a. Septembre dans son Bullaire et dans le d. S. du Diaire du Chracas n. i3. l’ayant béni » non le 8. du même mois dans Feglise de Sainte Marie du Peuple , comme l’assure le Pagi ; mais dans la nuit de Noël passé : Car on ne trouve pas de mémoire, qu’aucun S. Pontife ait jamais fait cette Bénédiction dans d’autres fêtes. Benoit XIV. l’an 1747. et Clement XIII. en ont fait présent au grand Maître de Malthe .
L’orsqu’on l’offrait à quelque Prince , qui se trouvait présent à la Cérémonie , il mettoit le surplis , et par dessus le cimeterre béni , ensuite la chape ouverte du coté droit , non par devant , ante pectus , comme l’Empereur >
ou les Evêques , il mettoit le chapeau sur la tête , il le levait , et le donnoit a un domestique,tandis qu’il chantait la leçon , qui commence par ces mots , in conflictu . Avant de demander la Bénédiction ox*dinaire , il tiroit le Cimeterre du foureau trois fois, il en touchoit la terre , trois fois il le relevait , et le remettoit dans le foureau . Après la leçon , il quittait les ornemens , et selon le cérémonial ; deinde descendons associants in domnm sitae kabitalionis a fatniliaribus , et Praelaùs dôme sïicis Papae , et ab oratoribus , et nobilibits qui voluerint ilium honotare , sei vientes armo~ rum praecednnt ilium , qui ense/n cum pileo ante Principern praefevt , et in Jioc actit ipsi debent habere pt aecipitam strcnam , sicut cursores in liota .
Si l’Empereur , à qui on en faisait présent, assistoit à la Cérémonie ,, il chantait la "VII. leçon au lieu de la V. ensuite , selon Alberto Argentinénse dans sa chronique . In die quoique sancto Nativitatis Domini , liex Carolus IV* communicants fuit , legitque in Missa Galli canut alla voce , habens in manu evaginalum gladium , exiit edictum a Caesare Auguslo ÿ nous savons encore du Gard. Papiense, et d’Augustin Patrizio , que l'Empereur Frédéric III. en 1478. après avoir reçu le Cimeterre de Paul II. assista à matines , donna le Bonnet à un domestique,le Cimeterre à un ecuyer , arrivé au trône dn Pape , il le reprit , et l’agita trois fois en l'air , pour montrer qu’il était
prêt a défendre l'Evangile ♦ qu’il eîianta jusqu’ au commencement de l’homelie de la VII. leçon qui fut continuée par un Card. Diacre ; tandis qu’ayant quitté lui-même le Surplis * i’étole , et la chape , il retourna à son poste , l’ecuyer remit le Cimeterre dans le foureau» sur lequel il plaça le Bonnet ; en 1529. Charles V. fit la même cérémonie à Bologne * ou il s’ètait transporté pour être couronné par Clcment VII. dans l’eglise de S. Petronio , qui fut ensuite transformée sur les modèles de la Basilique du Vatican .
Théophile Rainaud » E. Pighio , Olimpio Ricci * Angelo Rocca -> Jos. André Zaluslu * le ch. Lnnadoro » Mons. Mondelli » traitent au long de cette cérémonie , en expliquent le sens mistique , et les formules , dont se sert le Pape dans la Bénédiction , et en offrant le cimeterre et le Bonnet , dont nous avons la gravure dans les Relations antiques et modernes de l’an 1726.
Il est fâcheux •> qu’on n’ait continué 1 édition du Diaire Cérémonial du P. Gattico ? qui dans son manifeste , qui en fut publié par Barbiellini en 1752. avait promis « que dans le IV» V. Qunrn de Beaedicùone ensis „ pilei ? et Aosae aiueae diaria excerpta edentur ? Epistolae quaedam sive opuscida his apprime convenientia adjungentur .
Ce Bonnet posé sur la pointe du Cimeterre 9 étoit soutenu pendant la nuit à Matines par un Massier d’un coté de l’autel de la Chapelle Si-
xtine , et du côté de la Confession de S. Pierre , pendant la messe pontificale le matin , comme on peut le voir sur notre gravure , ou bien il ests transporté par un clerc de la chambre, qui le reprend apres la messe , et le raporte à la Salle des orne mens . L’Evêque de Cahors dans le Quercy tient aussi sur l’autel une epée et un casque .
§. II
Matines , Grand* Messe ; pourquoi ici et •dans la Chapelle de S, Marc à Venise , on la chanté avant minuit ? Si le Célébrant doit tire à jeun ? Si en assistant à La Messe de minuit seulement , Von satisfait au precepte pour le jour de Noël ?
est le seul office, que l’on célèbre a présent de Nuit dans la chapelle du Pape ; jusqu’à l’année 1517. l’on commença constamment à 8. 9, où a 10. heures , mais comme Leon X. s en ■trouvait incommodé » son maître de Cérémonies , le fameux Paris Grassi , lui conseilla de commencer l’office à 5. h. d’Italie . Adrien VL Tan 1 5a 3. le fit commencer à 9. h. Clément VII., et ses successeurs après a. 3. et 4« du soir , comme à présent , c’est-à-dire , vers trois heures et demi .
L’on vera ici avec plaisir ce que Benoit XIV. écrivait à ce sujet à Louis Yalenti ; tout le
monde sait ce, qni arrive chaque année dans la chapelle Papale pendant la nuit de Noël ; le Prêtre , qui chante la première Messe, n’a pas jeûné le jour précédent ; quelques auteurs ont écrit , que le Pape expedie chaque année un Bref de dispense , mais cela est faux . Le Pape sachant l'heure , eu l'on chante la Messe, et connoîssant , que celui , qui la chante , n’a pas toujours observé le jeune , puisqu’il ne dit rien la dessus , qu’il ne fait aucune disposition , il y a une dispense tacite , qni doit tranquiliser la conscience de celui qui chante la Messe de minuit , quoiqu'il ne soit pas à jeun , comme nous l’avons évidemment démontré dans notre traité du Synode Diocésain de la derniere édition au 1. 6. c. 5. n. B. cela se permet , afin que cette nuit on puisse célébrer cette fonction ste dans la chapelle du Pape , n’etant pas aisé de trouver toujours un Cardinal , qui a raison de son âge puisse soutenir le jeune naturel de minuit à un autre , ou l’on chante la messe dans la chapelle; j'ajoute , que l’on ne peut en aucune maniéré commencer la Messe après minuit , tandis que les Cardinaux , les Archevêques , les Evêques qui y assistent , doivent retourner le matin suivant à bonne heure aux autres fonctions de la chapelle , ce n’est qu’après avoir célébré la 3. Messes dans leurs Oratoires privés, comme nous en l’avons expliqué au long dans notre discour dans le traité du Synode Diocésain .
Mais Macri apporte une autre raison de
«et usage , qui se pratique non seulement dans la Chapelle Papale ». mais encore dans l'eglise de S. Marc h Venise : disant que Bethlem on naquit le Sauveur étant a un degré 66. o. de longitude » et Rome au 38, 3o. , ainsi la différence qu’il y a entre le Zènit de l’un et de l'autre degré de longitude » seroit de 37. 3om. degrés , et comme le soleil parcourt 1 5. degrés par heure» ainsi il est minuit a Bethlcem deux heures avant Venise et Rome» d où il est évident que puisqu on chante la messe dans l’une et l'autre ville deux heures avant minuit de Bethleem » l’on imite la nuit phisique du lien ou naquit le sauveur . Mais ce raisonnemente posant sur un faux principe » tombe de lui-même , puisque Jérusalem étant plus a l Orient que Rome d une heure 3 1, minutes et a 3. secondes » et de Venise d’une heure 3a, minutes » delà Bethleem étant plus à l'occident que Jérusalem d une seule minute de tems » la différence est d’une heure et demi environ .
L’on demande » si celui-là satisfait au précepte qui assistant a cette messe n’en entendrait pas un autre le matin suivant . Mais tout le monde sait' » que le jour de la tête est plus solemnel que la Veille ; il répugnerait à l’ésprit de l’eglise » si les fideies se dispensoient d assister au rédoutabie sacrifice de la Rédemption » le jour de la naissance du Seigneur » qui est le premier de ce mistere ; le S&medy St, les Latins célèbrent le matin »
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les Arméniens le soir ? la messe que l’on chantait anciennement à minuit la vieille de Pâque en mémoire de la Résurrection qui arriva à l’aurore de ce St. jour ; personne n’a jamais cru en assistant à cette messe de la veille , satisfaire an precepte pour le jour de Pâques .
Outre les six cierges de l’autel ? et les six torches de la Balustrade ? la chapelle est encore éclairée par 12. flambeaux placés au grand- Autel , entre les Protonotaires Apostoliques? et les chefs d’ordres, et par 12, torches portées par autant de Bussolants , en soutane rouge , placés debout h côté des marches de l’autel , et entre les Caudataires des Cardinaux de chaque coté. Il y en a deux aussi a côte du pupitre placé au milieu de la chapelle ? ou Ton chante les leçons .
Le Pape assiste a cet office en grande chape de velonr cramoisi doublée d’hermine , ou bien avec la mitre ? et chape blanche ; après une courte priere , il va au trône , ou s’il est en chape , il est assis sans être assisté des deux Card. Diacres , qui cette nuit sont assis à leurs postes . Après s’être un peu repose ? il se leve , dit Pater , Ave ? Credo « secrètement ; ensuite il entonne Domine labia mea apcries ? et D eus in adjutorium . Aussitôt les deux premier hautes-contre , commencent l’invitatoire , Chrislus natus est nobis , venite adoranus , le choeur répété les mêmes paroles en contrepoint des même que la derniere fois les autres sont eu plain-chaut •
Apres r invitatoire , et le psaume venite exnltemus domino , le Pape n'entone ni l’hyinne •> ni l’Antienne ; l'hymne Jesu redemptor omnium composée par St. Ambroise est entoilée par deux hautes- contres , et 1 antienne par un seul , celle-ci est continuée a contre point , les autres , en plain-chant .
Lorsqu’on a répété la troisième antienne du ï. nocturne , et que deuv dessus Ont chanté le verset, auquel le choeur répond , le Pape se levé , il dit , Tâter noster , et ensuite l'absolution exaufli domine . Cependant le dernier des Gard. Diacres , qui doit chanter la première leçon , s'avance vers le pupitre , placé au milieu de la chapelle , accompagné d’un maître des ceremonies » il demande la Bénédiction ? entonnant, jubé Domne benedicere ; le Pape répond , benediclione perpétua bene dicat nos Pater aeternus .
Les leçons du Prophète Isaie se chantent sans titre ; car selon Ruiz , ja,m non per Pro phetas , sed in filio Deus loquitur . Au troisième nocturne on multiplie V alleluja , parce que le teins de grâce commençant , l'on se réjouit de la naissance du Christ , qui nous la communique .
A la fin des leçons chantés également par d’autres Card. Diacres, ou a leur defaut par les derniers Card.pretres on répond deo gratins., et on commence a chanter les répons . La 3. leçon du 3. nocturne est chantée par le Pape ; mais le choeur s'arrête un moment 9 avant de
1 repondre amen * après jubé Domine benedice re , il ne dit pas domne , mais domine , pour marquer , qu'il n'y a point de supérieur •> qui puisse donner la bénédiction au Pape .
Si le Card. , qui doit chanter la messe * (c’est ordinairement le Camerlingue ) se trouve a sa place au commencement du 3. nocturne >> il part de la chapelle accomj agné d'nn maitre des cérémoines ? et faisant l’inclination h l'autel et au Pape , il va a la sacristie prendre les ornemens i et après le verset te ergo quaesumus du te Deum , il retourne à la chapelle avec les autres ministres .
Après la leçon du Pape -, un Auditeur de Rote en chape fait la genuflec ion à l'autel et an Pape , et. lui p rte l'entonation du te Deum . Il l'entonne avec le même livre avec lequel il a lu la leçon , le choeur le continue en musique . Le Pape dit enfin dominus vobiscurn , deux hautes-contres chantent bcne dicainus domino ? le choeur répond deo gialias . Le Pape quitte la chape 5 prend la chape Liai che , et assiste à la messe selon la coutume .
S'il n'assiste pas à Matines i c’est le Card. Camerlingue qui cl ante la messe „ les musiciens ci antent les leçons ; a la bénédiction de la neuvième que chante le céléb;ant , le Card. le plus digne répond veiba sancti Evangelii . Le célébrant entonne ensuite le te deum ( il quitte immédiatement la cape , prend la ©hape , et dit l’oraison •> il quitte ensuite la
cape , prend la chasuble » et commence la Messe •
Le S. Colege ne va point à cette Messe prêter l'obèissanc an. Pape , parce que , comme j nous avons dit , on ne la rend , qu’un fois i dans le même jour , quoiqu’il y ait plusieurs fonctions.
Anciennement on chantait le Gloria in excelsis en grec, l’offertoire quem vidistis pastores motet du Yictoire , est a deux parties , la Messe est en tout réglée comme les autres , | Lorsqu'elle est finie, les Card. se retirent chez eux , et retournent le matin pour assister à la i grand Messe chantée par le Pape .
Ce matin , un massier en habit présente } dans l’antichambre au Card. Camerlingue , ou | a celui qui a chanté la Messe de minuit, au nom de sa Sainteté , pro Missa bene caniata , une tourte portée par un Garçon du Palais . Le Cardinal la reçoit , en fait présent à son Caudataire , il donne un écu d’or au massier , trois paoles au garçon , outre les cinq paoles distribués dans la chapelle aux clercs pour les Burettes .