‹ Description des collections d'antiquités conservées à l'Hôtel LambertChapitre 16 sur 128 · X XVII · texte numérisé non relu

X XVII

XYI

L’art du potier ou la céramique se divise, comme tous les arts, en deux parties bien distinctes : celle qui est purement mécanique et celle qui dépend du goût et du savoir-faire de l’artiste *.

La plupart du temps, 1 argile dont sont faits les vases est d’une grande finesse; sa couleur est d’un rouge plus ou moins vif, suivant le degré de cuisson auquel le vase a été soumis. La pâte est tendre et poreuse; aucun vase, s’il n’a reçu à l’intérieur une couverte, n’est propre à contenir des liquides. Il y a une grande différence entre les terres dont sont formés les vases et les analyses ' qui ont été faites suffiraient à elles seules à constater la multiplicité des lieux où étaient établies des fabriques.

Les vases, même ceux de grande dimension, ont été faits sur le tour à potier, qui, pour la forme et la disposition, devait différer fort peu du tour des potiers modernes , le pied et le col ont été travaillés à part et réunis au vase sur le tour. Quelquefois les pieds sont marqués en dessous de traits, de lettres ou de monogrammes destinés à indiquer les pièces auxquelles ils devaient être ajustés; les anses étaient également préparées à part et venaient se fixer, a la fin de 1 opération, au corps du vase. La surface extérieure est unie et

1. Les présentes recherches sont principalement puisées dans le travail du duc de Luynes sur la poterie antique, tiavail imprimé dans les Annales de l’Institut archéologique, vol. IV, 1832, pp. 138 et suiv.— On trouve aussi des aperçus intéressants dans un travail de A. Deville ( Recherches sur les peintures des vases antiques, Rouen, 1842, in-8°) et surtout dans les réflexions préliminaires imprimées en tète du catalogue d’Otto Jahn (Beschreibung der Vasensammlung Kônig Ludwig, in der Pinakothek zu München, pp. CXXXIX et suiv., Munich, 1854).

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polie avec le plus grand soin. C’est ce poli qui donne à 1 argile ce grain serré, toujours grossier dans la cassure, où la terre, quelque bien préparée qu’elle soit, paraît rude. Pour donner plus d éclat à la couleur rouge, on recouvrait légèrement la surface extérieure d un glacis auquel on ajoutait, au besoin, une matière colorante, puis on laissait sécher au soleil et on mettait au feu.

Selon les uns, les vases auraient été peints en sortant des mains du potier, et encore si frais qu’ils cédaient à l’impression du doigt. Tout aurait cuit ensemble, terre et couleur. Selon d’autres, ce n’est que lorsque le vase était parfaitement sec qu’il aurait passé dans les mains du peintre qui y dessinait le sujet qu’il voulait représenter. Une troisième opinion n’admet la peinture qu’après une première cuisson. Quoi qu’il en soit, cette peinture consiste dans l’application d’une couleur noire obtenue au moyen de 1 oxyde de fer. Était-ce l'eau, la térébenthine ou l’huile qui servait à étendre cette couleur? Cette question reste indécise. L’effet de la peinture consistait dans le contraste de la teinte noire avec la couleur rouge naturelle de l’argile. La couverte noire est d’un ton plus ou moins brillant; quelquefois elle tire légèrement sur le bleu.

Lorsque les vases recevaient un coup de feu, la couverte passait du noir au vert, ou même au rouge. Il ne faut pas confondre toutefois les accidents de la cuisson avec ceux qui sont produits par les bûchers. On a des vases qui ont été brûlés avec les corps et dont les fragments ont été soigneusement recueillis avec les cendres. La flamme chargée de matières animales, noircissait l’argile, faisait éclater la couverte et pénétrait jusqu’au cœur. L’aspect des vases qui ont été brûlés sur les bûchers est terne, et les peintures ont perdu leur teinte rouge pour prendre un ton gris et argenté.

Il est hors de doute que si on admet une première cuisson avant 1 application de la couleur noire, une fois peints, les vases devaient être soumis à une seconde action du feu, afin que la couleur noire pût s’unir intimement à l’argile. Mais avant de peindre les vases, on traçait légèrement les contours au moyen d’un instrument dur, et il est facile de reconnaître les traces des

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traits dus à un instrument à pointe émoussée ou arrondie, dans les endroits où le peintre, en appliquant la couleur, s’est écarté de ces contours. Ordinairement, dans les figures vêtues, le nu est dessiné à la pointe sèche, quoique des draperies dussent recouvrir le corps ; mais rarement l’attitude d’une figure est changée, ce qui prouve que les peintures des vases étaient toujours des copies. Ces traits légers n’étaient employés que dans le dessin des figures; on ne les retrouve pas dans les ornements.

L’exécution variait, selon que les figures se détachaient en noir sur le fond rouge de couleur naturelle, ou bien en rouge sur le fond teint en noir. Dans le premier procédé, qui est le plus ancien, il fallait réserver un fond rouge pour le sujet, et l’encadrer dans des lignes et des ornements, afin de le détacher du reste entièrement noir. Une fois les contours des figures légèrement indiqués, on les peignait intérieurement en noir. Plus lard on employa un instrument aigu pour dessiner par des lignes gravées les contours et les différentes parties du corps, les muscles, les vêtements, les plis, aussi bien que les ornements, de façon à attaquer la couverte et à faire reparaître la couleur naturelle de l’argile. Dans les vases les plus soignés, cette opération se faisait avec une netteté et une précision minutieuse jusque dans les moindres détails. La gravure des détails et des accessoires ne pouvait avoir lieu qu’après une première cuisson. Cette gravure, exécutée au moyen d’une pointe de bronze ou de fer, a été prise par quelques savants pour l’esquisse ou la première pensée de l’artiste, ce qui est inadmissible.

Tout démontre que cette opération ne pouvait avoir lieu qu’après l’application de la couleur et quand cette couleur avait déjà obtenu un certain degré de densité et de résistance. D’un autre côté, si l’artiste avait attendu, pour exécuter la gravure à la pointe, que le vase eût passé pour la seconde fois au four, la couleur noire incorporée à l’argile et devenue dure se serait refusée au travail de la pointe et aurait éclaté sous les efforts du graveur. C’est ce qui fait que les gravures modernes, les traits ravivés, les lettres et les inscriptions

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ajoutées par des restaurateurs ou des faussaires, sont faciles à reconnaître, car les faussaires n’ont pu exercer leur coupable industrie que sur des couvertes brillantes et durcies.

Quant à la seconde méthode, celle où les figures sedétachent en rouge sur le fond noir, on traçait l’esquisse, comme dans le premier cas; puis, au moyen d’un pinceau plein de couleur noire liquide, on couvrait rapidement ces contours de lignes si fines qu’on peut croire qu’elles étaient tirées au centre, espèce de tire-ligne. On se servait ensuite d’un large pinceau pour couvrir toute la partie extérieure des contours, afin de les préserver quand on peignait le vase tout entier et qu’on le revêtait d’une couverte plate, noire et brillante; c’est pour cela qu’on remarque à ces endroits une certaine épaisseur, des traits doubles et une teinte noire différente. Les détails étaient également exécutés au moyen de lignes noires très fines tracées au pinceau ; rarement cette couleur était appliquée pleine; elle l’était pour les cheveux et encore il y a des exceptions.

On se servait aussi, suivant les époques, les différents styles et les fabriques, d’autres couleurs, surtout pour relever certains détails. Premièrement, c’est le blanc et le pourpre ou rouge violacé, plus tard, on y ajouta le jaune clair, le rouge brun et même le vert et le bleu. Ces couleurs sont des produits naturels. Le blanc est ce qu’on appelle vulgairement terre de pipe; le rouge est l’oxyde rouge de fer; le bleu et le vert sont tirés des sels de cuivre.

Ces couleurs étaient appliquées quand le vase peint avait déjà été soumis au feu; elles n’ont pas reçu de cuisson, ou, si elles en ont subi une légère, comme on serait porté à le croire, elles ne sont pas incorporées à l’argile; aussi ces couleurs d’application se détachent-elles et s’écaillent-elles très facilement. Les acides, qui n’attaquent au encune façon la couverte noire, enlèvent à l’instant les couleurs d’application; ces couleurs résistent à peine à l’eau, si, en lavant les vases pour les nettoyer, on ne prend pas les plus grandes

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précautions; le pourpre ou rouge violacé résiste cependant mieux que le blanc. Souvent, sur les vases à figures noires, les couleurs blanche et pourpre traversent et bouchent les traits de la gravure, ce qui démontre que la gravure précédait l’application des peintures de retouche.

Les inscriptions sont peintes en noir sur le fond rouge, avec la couleur brillante qui a été employée pour les figures et pour le fond; d’autres sont gravées en creux au moyen d’un instrument aigu, mais le plus grand nombre des inscriptions ont été écrites au moyen du pinceau en blanc ou en pourpre ; elles s’appliquaient comme les retouches ; c’est pour cela qu’elles disparaissent souvent; cependant, il reste ordinairement une marque mate à l’endroit où les lettres ont été tracées et on parvient à les distinguer en présentant les vases à la lumière et en les tournant en divers sens.

On s’est servi quelquefois d’une autre méthode; elle consistait à enduire le vase d’une couche blanche qu’on avait soin de polir avant la cuisson, de manière à lui donner du brillant et de l’éclat. On dessinait sur cet enduit des figures ou des ornements au simple trait en noir, en brun ou en rouge et quelquefois on peignait et on relevait ces dessins par des couleurs vives : rouge, bleu, vert, pourpre, etc. On possède un assez grand nombre de vases blancs, qui ont la forme du lécythos; ces sortes de vases sont la plupart de fabrique athénienne ; ils sont enrichis de dessins au simple trait1.

Les dessins, quoique tracés souvent avec négligence, sont d’une élégance, d’une simplicité et d’une pureté qui, au premier aspect, révèlent ce que l’on est en droit d’attendre du goût attique. On connaît aussi quelques grandes coupes à fond blanc; ces coupes ont à l’extérieur des peintures rouges sur fond noir.

Quand on appliquait l’or pour donner de l’éclat à la décoration, on se servait d or battu qui était fixé au moyen d’un stuc très fin appliqué sur des

1. Voy. supra, p. is, où a été cité un nouveau travail de M. Pottier.

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bossettes ou des reliefs formés de la même pâte que le vase lui-même. Les ornements dorés se trouvent sur des vases de la belle époque et même sur des vases dont le style annonce déjà le déclin de l’art1.

XYII

Quant à l’exécution des peintures, il est impossible d’admettre qu’on se soit servi de poncis ou de calques, ainsi qu’on l’a supposé. Pour cela on aurait dû trouver des répétitions fréquentes des mêmes sujets, des mêmes figures, vu la grande quantité de vases que l’on connaît. Or, on ne rencontre que de loin en loin des compositions parfaitement semblables, et, en général, pour des vases d’un travail peu soigné; encore, la plupart du temps, si l’ensemble d’une scène présente des dispositions semblables, il y a des différences dans les détails. Il est toutefois probable que, dans les ateliers, il y avait des modèles pour les sujets qui devaient se répéter fréquemment; on les imitait avec plus ou moins de liberté et souvent d’après l’espace dont on pouvait disposer. De là vient que, quoique pareils dans l’ensemble, ils diffèrent pourtant dans les détails. On ajoutait des figures accessoires, on en retranchait, on modifiait une composition d’après les besoins du moment. Mais comment étaient faits les modèles destinés aux artistes qui étaient chargés de peindre les vases? On l’ignore complètement, ajoute le duc de Luynes, les anciens n’ayant pas connu le papier, et par conséquent n’ayant pas eu les moyens dont disposent les artistes de nos jours pour multiplier, autant qu’ils le désirent, les croquis et les dessins. Toutefois, il convient de faire ici une réserve par rapport à un

\. Nous avons cité, dans nos Études sur les Vases peints (p. 32), plusieurs vases et coupes enrichis de dorures. — Cf. Revue arch., janv. 1863, p. 1 et suiv.

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passage de Pline1 sur lequel Letronne et Raoul Rochette ont beaucoup disserté.

Il est tout naturel que, dans la fabrication des vases, on n’ait employé qu’exceptionnellement des artistes de talent, et l’on se tromperait fort si l’on s attendait à autre chose qu’à des produits d’ouvriers et d’artisans d’un certain mérite et d’une certaine capacité. Dans l’antiquité, il n’y avait pas une séparation aussi tranchée entre l’artiste et l’artisan, entre l’art et le métier, telle qu’elle existe aujourd’hui. On regardait comme une condition essentielle et indispensable, dans les arts plastiques, la perfection des procédés matériels et mécaniques. Nulle part ailleurs, peut-être, cette action réciproque de l’art et du métier ne se fait mieux sentir que dans la fabrication des vases peints. Il serait difficile de distinguer ce qui, dans ces peintures, appartient à l’invention. La plupart du temps, les compositions sont tellement bornées et disposées de manière à faire croire quelles ont été faites pour l’espace, tandis que d’autres peintures prouvent, au contraire, quelles ont été prises de compositions plus étendues ou de sujets auxquels on a donné plus de développement, en y ajoutant des personnages accessoires.il faut une grande habitude pour s’apercevoir de ces dispositions rendues nécessaires par l’espace qu’on voulait décorer. On a supposé que les peintres de vases nous avaient transmis des copies d œuvres d art célèbres; il est possible que, dans le nombre, il se trouve quelques copies de ce genre, mais la grande quantité, la variété de ces peintures ne permettent pas de croire que toutes dérivent de quelque composition en renom. Nous n’avons donc, dans les vases peints, à quelques exceptions près, que des œuvres d’art d’un mérite secondaire; mais ces productions, quoique pour la plupart exécutées par des artistes inférieurs ou des artisans, ne montrent pas moins le grand développement des arts chez un peuple doué au plus haut degré de sentiments poétiques. Sans ces peintures, on ne se douterait guère de l’activité, de la vie, qui régnaient dans les arts chez les Grecs.

I. Ilist. nat., XXXV, 2, II. — Mais il reste encore bien des objections à faire à ce sujet.

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Les plus anciens vases n’avaient pas de peintures; ils étaient faits de terre et sans couverte. Il est vrai cpie, dans tous les temps et dans tous les pays, on a fabriqué des vases sans ornements qui étaient destinés aux usages domestiques, et il faut bien se garder de confondre ces sortes de vases communs et grossiers avec ceux qui ont été fabriqués dans les siècles reculés.

Les premiers vases à ornements semblent être ceux qui sont formés d’une terre blanchâtre ou jaune pâle; ils n’ont pour toute décoration que des zones d’un noir brun sans luisant, des chevrons et des cercles concentriques. Les ornements imbriqués, tracés au moyen d’un instrument aigu et gravés dans l’argile, annoncent déjà un âge moins ancien. On voit quelquefois sur ces poteries primitives des rosaces ou des fleurons, des plantes, des poissons, des reptiles, des insectes, des oiseaux, des quadrupèdes, etc. Mais, en général, on est porté à croire que les vases décorés d’animaux sont d’un âge moins ancien que ceux qui n’ont pour ornement que des lignes ou des cercles concentriques.

Les plus anciens vases connus sont ceux que nous désignons sous le nom de vases de style primitif; la plupart ont été trouvés dans les îles de l’Archipel, où les Phéniciens avaient des établissements, dès la fin du xne siècle avant l’ère chrétienne, bien avant l’arrivée des Doriens. C’est surtout dans les îles de Santorin et de Milo qu’on trouve de ces vases à zones, sans figures d’animaux ni d’hommes *. On peut faire remonter la fabrication de ces vases à dix et même à douze ou treize siècles avant l’ère chrétienne.

1. Gerhard, Annales de l’Inst. arch., vol. IX, 1837, p. 13i. — Bull., 18*9, p. 126. — A. Brongniart et Biocreux, Description méthodique du Musée céramique de Sèvres, pl. xm, uu vol. gr. iu-4°, Paris,

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On donne le nom de vases de style asiatique ou oriental à une classe fiés nombreuse de poteries enrichies de peintures plus ou moins compliquées. La plupart sont de petite proportion; ce sont des aryballes, des alabastrons, des pyxis, des coupes profondes, etc. Ces vases, comme ceux de style primitif, sont faits d’une terre jaunâtre; la couleur en est terne et sans reflet. Il y a de ces produits céramiques où les figures et les ornements sont gravés, d’autres où ils sont simplement peints. Des rosaces, semblables à celles qu’on voit dans les monuments assyriens1, sont semées dans le champ, ainsi que des plantes et des fleurs. On y remarque quelquefois des figures humaines et assez souvent des monstres moitié hommes, moitié animaux 2, des divinités marines à queue de poisson, des sphinx, des sirènes ou oiseaux à tête humaine. Ces associations monstrueuses sont un des traits distinctifs de l’art oriental, où les conceptions les plus bizarres ont pris naissance. On voit aussi, sur quelques-uns de ces vases, des déesses ailées qui, de leurs deux mains, tiennent des animaux, tels que des lions, des panthères, des oies, représentations qui rappellent 1 Artémis du coffre de Cypsélos, figurée avec des ailes aux épaules et tenant dans ses mains une panthère et un lion 3.

Les grands vases, l’amphore, le pithos, le lebès, les vases d’une dimen-

1 845. On cite plusieurs autres endroits où des vases de style primitif ont été trouvés, surtout à Mycènes. Voyez nos Études sur les vases peints, pp. 3b et 36, et les ouvrages publiés par M. H. Sckliemann.

1. Raoul Rochette, Annales de l’Inst. arch., vol. XIX, 1847, pp. 240 et suiv.

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