‹ Description des collections d'antiquités conservées à l'Hôtel LambertChapitre 29 sur 128 · L VI · texte numérisé non relu

L VI

INTRODUCTION

démontre que, dès avant les guerres médiques, on fabriquait déjà à Athènes des poteries à peintures rouges. Quant à l’Occident, cet art a dû y arriver un peu plus tard, et les fabriques de l’Italie n’ont pu le connaître que plusieurs années après la défaite des Perses.

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Les vases à figures rouges sur fond noir nous permettent pour ainsi dire de suivre pas à pas le développement et la marche progressive de l’art. D’abord ce sont des dessins pleins de raideur et où la première manière, celle à figures noires, n’a fait autre chose que de changer de couleur, sans abandonner la sévérité et la sécheresse ; mais peu à peu cette sévérité prend un caractère grandiose; les artistes affranchis des entraves qui arrêtaient le progrès, acquièrent un talent individuel qui se prononce de plus en plus dans la suite des temps.

Ce qui fait la différence essentielle de ces vases et de ceux de style ancien à figures noires, c’est qu’on a abandonné tous les moyens de convention. Ainsi ce n’est plus par la couleur des chairs, ni par la forme des yeux, qu’on cherche à distinguer les sexes; ce sont les traits de la physionomie, ce sont les formes du corps qui font cette distinction. L’expression dans les traits de la figure est mieux sentie; ceci s’observe surtout dans certaines figures de Silènes ou de Satyres, figures auxquelles on a voulu donner une expression passionnée.

On n’emploie que peu de couleurs, et plus l’art tend à se perfectionner, plus les ornements disparaissent pour faire place à une élégante simplicité, où la pureté des lignes, la grâce des contours, la noblesse du style tiennent lieu de tous les artifices, de tous les moyens conventionnels, employés par les céramographes des siècles précédents.

INTRODUCTION

On n’a en vue que le beau; c’est ce sentiment qui domine tout, c’est là le but vers lequel tendent tous les efforts. On ne cherche plus à couvrir les vases d un grand nombre de figures, divisées par bandes ou par zones, quoique ce système ne soit pas complètement abandonné, mais bien à faire ressortir et à faire valoir les figures par elles-mêmes; les vases qui n’en ont que deux ou trois sont souvent ceux qui se distinguent par la perfection des dessins. Quant aux ornements, la décoration se simplifie de plus en plus jusqu’à ce que l’on arrive à dessiner seulement quelques méandres et quelques palmettes, comme ornements qui encadrent les sujets. Toutefois on rencontre encore quelques vases de la forme de 1 œnochoé qui ont un vernis éclatant et où l’artiste semble avoir cherché à montrer son talent d’invention, en multipliant les plus gracieux enroulements de feuillages, en dessinant des palmettes, en faisant courir sur les bords des perles, des oves, des godrons, etc.

Si déjà, à l’époque de la fabrication des vases d’ancien style à figures noires, les formes deviennent plus élégantes, quand arrive la période des vases à figures rouges, on remarque un nouveau progrès; le galbe acquiert encore plus de grâce. L’amphore à deux anses prend une proportion plus heureuse; 1 hydrie à trois anses s’arrondit et parvient à la forme la plus parfaite; le cratère à larges bords s’évase comme une cloche; l’œnochoé légère, élégante, s allonge; son col, avec son embouchure en forme de trèfle, s’harmonise et vient se joindre à une anse délicate. Les coupes, qui sont nombreuses, ont un charme particulier. Enfin jusqu’aux plus petits vases à parfums, tout se ressent de l’heureuse impulsion donnée à l’art. L’influence de l’héllénisme, c’està-dire le goût le plus pur et le plus raffiné, s’étend et se développe de plus en plus.

A ces progrès de l’art du dessin, à ces perfectionnements apportés aux formes répondent le travail plus soigné du potier, la finesse de l’argile et enfin la belle couleur luisante de la couverte noire.

Les compositions conçues dans le style sévère ont, comme nous l’avons déjà

INTRODUCTION

dit, quelque chose de raide; on y retrouve, dans l’expression des traits, la forme employée dans les figures noires, et cependant on sent que l’art est prêt à rompre les entraves qui s’opposent à sa liberté et à son expansion. Les cheveux et la barbe arrangés avec soin, les boucles frisées, les vêtements aux plis raides et tombant droit appartiennent au style sévère. Les femmes sont ordinairement vêtues du chiton ou tunique talaire aux manches longues et larges que recouvrent l’himation ou le péplos ample et fait d’une étoffe épaisse. Les cheveux sont serrés par une simple bandelette ou recouverts du cécryphale. Les hommes en général, et particulièrement les jeunes gens sont vêtus d’un chiton court et souvent n’ont pour tout vêtement que la chlamyde; les dieux comme Zeus, Poséidon, Dionysos, les rois des temps héroïques et tous les personnages d’un âge mûr ont pour costume le chiton talaire et par-dessus un riche et ample manteau.

On peut citer, comme un exemple remarquable du soin apporté par les céramographes de l’école archaïque à dessiner les détails, la célèbre coupe signée du nom de Sosias, une des merveilles du Musée de Berlin.

On y voit à l’extérieur un grand nombre de divinités, les unes assises, les autres debout et accompagnées d’inscriptions qui indiquent leurs noms. A l’intérieur est représenté Achille qui panse les plaies de son ami Patrocle blessé'.

i. Monuments inédits de l Inst, arch., vol. I, pi. xxi v et xxv. — Gerhard, Trinkschalen, pl. vi et vu.

INTRODUCTION

Les vases de style archaïque ont un caractère sévère, mais la grandeur et la noblesse s’accordent très bien avec la sévérité. On peut mentionner ici comme exemple la célèbre amphore du Musée du Louvre sur laquelle est représentée la mort du roi Crésos assis sur son bûcher1, et la grande et magnifique amphore de la Pinacothèque de Munich, autrefois de la collection du prince de Canino, où l’on voit la famille de Cécrops et l’enlèvement d’Orithyie2.

Le style sévère et grandiose était en pleine vigueur vers le commencement du ve siècle avant notre ère, et les appréciations de Charles Lenormant se trouvent confirmées par les réflexions de Prosper Dupré3, sur la ville deNaxos en Sicile, ville fondée en 736 et détruite par Denys le Tyran en 401 avant J.-C.

Pour atteindre à la beauté la plus grande que Part hellénique est parvenu à réaliser, la marche a été lente, et ce n’est que par degrés que l’on est arrivé à ce but. Il a fallu passer par bien des phases avant de parvenir aux dernières limites du beau par excellence que l’on admire dans les œuvres sorties des mains des Grecs.

Les grands peintres du ve siècle, Polygnote, Micon et d’autres, avaient fait

1. Monuments inédits de l’inst. arch., vol. I, pl. liv et lv. — J. de Witte, Cat. Durand, n° 421.

2. Monuments inédits de la section française de l’inst. arch., pl. xxn et xxm. — Otto Jalin, Beschreibung der Vasensammlung K. Ludwigs, in der Pinakothek zu München, n° 376. — Voyez Welcker, Nouvelles Annales publiées par la section française de l’inst. arch., vol. II, pp. 389 et suiv.

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