Revue numism., 1837, pp. 1 et suiv
INTRODUCTION
faire d’immenses progrès aux arts. Cimon de Cléones, qui vivait, à ce que l’on croit, vers la 80° olympiade, 460 ans avant J.-C.1, passait pour avoir le premier peint des figures vues de trois quarts.
Après la défaite des Perses, la civilisation hellénique se développa d’une manière prodigieuse, et dans les arts il y eut un mouvement dont il reste des témoins dans tous les musées et dans toutes les grandes collections de l’Europe. Quand Phidias rompait avec les vieilles traditions et opérait une révolution complète dans les œuvres de la sculpture, ce mouvement, cette expansion se faisaient sentir dans toutes les branches de Part. Mais qu’on ne s’imagine pas que le type du beau jaillit tout d’un coup du génie créateur de Phidias, comme Minerve sortit tout armée de la tête de Jupiter. Les artistes qui avaient précédé le grand sculpteur avaient préparé les voies à ce développement et leur talent, leur savoir avaient produit cette révolution. Une génération après la mort de Phidias, les deux peintres rivaux Zeuxis et Parrhasios, pour me servir des expressions de Pline2, franchirent les portes déjà ouvertes de l’art. Les peintres des vases suivaient de loin, il est vrai, le mouvement; mais l’influence des grands artistes se faisait sentir partout, et, à défaut des chefs-d’œuvre des maîtres, on doit s’estimer heureux de posséder des peintures d’un mérite très inférieur sans doute, mais dans lesquelles on retrouve un reflet du génie grec.
Les artistes antérieurs à Phidias, tout en conservant à leurs compositions un caractère grave et sérieux, cherchaient déjà à donner plus de liberté et plus de vie à leurs personnages. Les scènes bachiques peintes sur les vases fournissent des exemples de ces changements, car si Dionysos conserve son air grave et solennel, son joyeux thiase, animé par les vapeurs du vin, se livre aux mouvements les plus violents et les plus désordonnés. On peut citer pour
1. Voyez Ch. Lenormant, Mémoire sur les peintures que Polygnote avait exécutées dans la Lesché de Delphes, pp. 32 et 36.