‹ Description des collections d'antiquités conservées à l'Hôtel LambertChapitre 41 sur 128 · LXX1II · texte numérisé non relu

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pas arrivé tout d’un coup; on y reconnaît des phases, des périodes diverses; il y a eu des artistes qui ont su conserver les bonnes traditions, comme il y en a eu d’autres d’une capacité des plus médiocres qui ont poussé la négligence et la maladresse à leurs dernières limites. C’est ce qui arrive à toutes les époques où l’art vient à déchoir. Jusqu’à la disparition complète de la céramographie, on a su conserver une certaine grâce, une certaine élégance dans les compositions, même les plus vulgaires. Bien entendu que nous ne parlons pas des poteries tout à fait grossières qui se trouvent dans toutes les localités, où il y a eu des fabriques de vases, ni des imitations étrangères à l’art grec dont nous aurons occasion de dire un mot plus loin.

Les vases de Ruvo et en général ceux que l’on trouve dans l’Apulie et dans la Lucanie sont regardés comme les types de l’art à son déclin. Toutefois, on rencontre encore de très beaux vases dans les tombeaux de ces contrées; les plus remarquables ont la forme de l’oxybaphon et du cratère. Mais ce n est pas seulement dans les hypogées de l’Italie méridionale que l'on découvre les vases de la décadence, on en trouve également en Sicile, en Étrurie, dans l’Attique et jusque dans la Chersonèse Taurique.

Nous citerons ici un bel oxybaphon à figures rouges, trouvé à Armento et conservé aujourd hui au Musée du Louvre. On y a représenté 1 expiation d’Oreste, réfugié à l’autel d’Apollon à Delphes1. On retrouve encore dans cette belle composition toutes les qualités de l’art hellénique.

1. Monuments inédit» de l'inst. arch., vol. IV.pl. xlviii. — Annales, vol. XIX, 1847, pp. 413 et suiv.

INTRODUCTION

L’exagération dans les proportions des vases de la décadence nuit souvent à l’élégance des formes. A cette exagération s’ajoute la profusion des ornements. Les anses ont des volutes, des nœuds, des rotules, des enroulements de toute espèce; des mascarons peints, quelquefois dorés, sont appliqués aux volutes; des bas-reliefs ornent les cols.

Les grandes surfaces sont couvertes de peintures et, comme dans les vases d’ancien style, on cherche à embellir de fleurs et d’ornements toutes les parties du vase; on semble n’être préoccupé que d’une seule chose, d’une seule pensée : celle de multiplier les peintures, sans chercher à faire des compositions tranquilles et harmonisées, comme nous en offrent les vases du v° et du iv° siècle. Le progrès dans le dessin, l’adresse acquise font admettre toutes sortes de poses; on ne se borne plus à peindre des figures de profil, l’emploi des têtes de face et de trois quarts devient fréquent; on ne recule même pas devant les difficultés des raccourcis. On arrive ainsi à produire des compositions vastes, riches, pittoresques; le talent n’y manque pas; mais souvent, à côté de figures bien comprises, bien dessinées, on en voit d’autres très médiocres d’exécution et qui se groupent mal avec celles qui sont auprès. Bref, on trouve dans ces sortes de peintures une grande adresse à s’approprier certaines figures, certaines poses, certains groupes, à rendre des détails d’une manière fidèle; mais on ne reconnaît nulle indépendance ni dans la composition, ni dans l’exécution. On voit trop qu’on n'a sous les yeux que des imitations plus ou moins heureuses.

Le plus souvent, on a partagé les grandes surfaces en plusieurs zones ou

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bandes qui ont chacune une composition indépendante; quelquefois ces compositions ont des relations entre elles et sont les épisodes d’un seul et même fait mythologique ; d’autres n’ont pas le moindre rapport les unes avec les autres. Dans les peintures de la décadence, où les plans ne sont pas séparés par des lignes bien arrêtées, où les figures se trouvent au-dessus les unes des autres, sans aucune idée des règles de la perspective, on reconnaît cependant qu’on a eu l’intention de faire divers plans. Assez fréquemment les lignes pointillées, qui courent dans le champ et séparent les rangées et les groupes, indiquent les inégalités du terrain. Quelquefois les personnages, dans le plan supérieur, ne sont représentés qu’en buste, comme s’ils se trouvaient placés derrière une colline; par suite de cette disposition, ces personnages ne semblent être que des spectateurs de la scène qui est représentée au-dessous.

Dans la vue de décorer un grand espace avec le plus de luxe possible, on eut recours à une foule de moyens et de procédés qui rappellent les vases d’ancien style. On chercha d’abord à étendre les compositions et à y faire entrer un grand nombre de personnages secondaires et souvent complètement étrangers aux scènes qu’on peignait; et, pour remplir les espaces vides, on sema dans le champ des rosaces, des fleurons, une sphèra, un tympanon, une ciste, un vase et mille autres accessoires.

Les vases de l’époque de la décadence sont décorés de compositions beaucoup moins variées, beaucoup moins intéressantes que les vases plus anciens; les sujets préférés sont les bacchanales, les mystères et les sujets funéraires. Dans les peintures funéraires on voit souvent un édicule soutenu par des

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colonnes et, an centre, l’image du défunt ou bien une stèle ornée de bandelettes. De chaque côté, des éphèbes et des jeunes tilles apportent des offrandes consistant en fleurs , raisins, couronnes,- bandelettes, rameaux, corbeilles, vases, miroirs, etc.

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Les dieux sont souvent représentés assis sur des animaux, des cerfs, des griffons, des panthères, des boucs, des cygnes, etc. ; d’autres fois ils sont placés dans des chars traînés par des animaux ; Aphrodite a même un attelage d’Amours; quelquefois Dionysos et sa compagne Ariadne sont également assis dans un char traîné par des génies ailés. Dans les combats des dieux contre les géants, ce n’est plus une lutte entre des êtres de même espèce, de même nature; c’est la force sauvage et brutale qui cherche à terrasser les êtres divins. Les sujets amoureux sont traités de préférence : l’enlèvement d’Europe, Zeus et Égine, Poséidon et Amymone, Aphrodite et Adonis, etc.

Les représentations les plus remarquables sont les tourments des enfers. Le palais de Hadès et de Perséphoné forme le point central; auprès figurent les trois juges infernaux; on y voit aussi les supplices de Tantale, d’Ixion, les Danaïdes, Orphée qui vient chercher Eurydice, Héraclès qui emmène Cerbère

Dans les mythes héroïques ce sont les combats contre les Amazones et les

1. Millin, Description des tombeaux de Canosa, Paris, 1816, in-folio. — Raoul Rochette, Monuments inédits, pl. xlv. — Monuments inédits de l’Inst. arch., vol. II, pl. xlix et vol. VIII, pl. ix. — Arch. Zeitung, 1844, pl. xm.

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Centaures qu’on a représentés le plus souvent. Les artistes se plaisaient à traiter ces sortes de sujets qui offrent des contrastes heureux, des poses variées et dans la disposition desquels on pouvait former des groupes d’une infinité de manières. Les travaux d’Héraclès ne sont pas représentés aussi souvent que dans les peintures d’ancien style à figures noires ou dans celles à figures rouges. C’est le jardin des Hespérides, la punition de Busiris, les aventures du héros avec Hésione ou avec Omphale, les noces avec Hébé, etc.

Les événements de la guerre de Troie, sujets chers aux artistes grecs de tous les âges, se voient sur les vases de la dernière période. On y trouve aussi les aventures d’Oreste , Cadmos combattant le dragon, la mort des Niobides, Actéon et ses chiens, etc.

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Les compositions que l’on voit sur les vases à figures noires et à figures rouges du v° au m° siècle environ avant notre ère, ont en général été inspirées par la poésie épique; celles des temps postérieurs ont un tout autre caractère; ces dernières compositions ont été faites sous l’influence des poètes tragiques1. Ce qui vient à l’appui de cette observation, c'est toute une classe de peintures qui ont pour sujets des scènes de théâtre, la plupart du temps des parodies ou des scènes comiques et burlesques2. Les masques grotesques que portent les personnages et leur accoutrement ne laissent subsister aucun doute sur l’intention qui a présidé à ces sortes de compositions.

1. Otto Jahn, Beschreibung der Vasensammlung Kônig Ludwigs, in der Pinnkothek zu München, pp. ccxxv et suiv.

2. Voyez Wieseler, Denkwdler des Bahnemvesens, Goettingen, 1831, in-folio. — Annales de l’Inst. arch., vol. XXV, 1833, tav. d’agg. A-E; vol. XXXI, 1839, tav. d’agg. N. — Monuments inédits de l’Inst. arch., vol. IV, pl. xu ; vol. VI et Vif, pl. xxxv. — Panofka, Arch. Zeitung, 1848, pl. m-v.

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