TREIZIÈME FAMILLE
LES MACROSTOMES.
Coquille auniforme, à ouverture très-évasée et à bords désunis. Point de columelle ni d'opercule.
Les caractères de cette famille, tels que nous venons de les donner, sont pris de l’ouvrage de Lamarck : il semblerait, lorsque l’on voit dans leur ensemble les coquilles des genres qu’elle contient, que ces caractères sont bons et naturels; nous pourrions même ajouter que la famille des Macrostomes, quoique par le fait très-artificielle, est cependant l'une de celles que l’on aurait le plus de tendance à conserver.
Établie par Lamarck, dans sa Philosophie zoologique, sous le nom de Stomatacées, cette famille était alors composée des trois genres, Haliotide, Stomate et Stomatelle; mais en lui donnant le nom de Macrostomes, dans l'Extrait du cours, il la réduisit aux deux genres Stomate et Stomatelle, mettant les Haliotides à la suite des Ombrelles et des Patelles dans la famille des Phyllidiens, et les Sigarets dans celle des Aplysiens, entre les Bulles et les Dolabelles. Cet arrangement, qui n’est point tout-a-fait naturel, est cependant préférable au is qu'a proposé Lamarck dans son Histoire des animaux sans vertèbres. Dans cet ouvrage on trouve la famille des Macrostomes formée, dans l’ordre suivant, des genres Sigaret, Stomatelle, Stomate et Haliotide.
Si l'on ne fait atiention qu'à la forme extérieure des coquilles, on ne peut contester les rapports qui existent entre les genres que nous venons de citer; mais si l'on veut interroger l’organisation des animaux qui les produisent, il faudra reconnaitre qu'ils appartiennent à des 1iypes différens. La plupart des zoologistes l'ont senti, et n’ont point admis dans leur méthode la famille des Macrostomes. Cest ainsi que M. Cuvier, dans la premiére édition du Règne animal, rangea les Haliotides, avec les sousgenres Padolle et Stomate, dans les Scutibranches non symétriques, tandis qu'il fit des Sigarets la dernière famille des Pectinibranches; de sorte que dans la série linéaire des genres les Sigarets se trouvent tout à côté des Haliotides. M. de Férussac imita entièrement M. Cuvier, dans ses Tableaux systématiques des Mollusques.
M. de Blainville n'adopta aucune des opinions émises avant lui; les Haliotides étant hermaphrodites, il dut leur chercher des rapports avec des mollusques qui le fussent également. Lun des caractères particuliers des animaux de ce genre, c'est d'avoir la branchie à gauche, tandis que les autres Pectinibranches l'ont à droite. Croyant trouver dans les Ancyles les mêmes conditions d'organisation, M. de Blainville rapprocha ces deux genres, et en fit sa famille des Otidés. Quant au genre Stomate, M. de Blainville en fait un sous-genre des Haliotides et l’entraîne à leur suite. Les Sigarets et les Stomatelles font partie des Chismobranches, ordre qui appartient aux mollusques monoïques, et qui est par conséquent fort éloigné de celui où se trouve la famille des Oudés. Il est à présumer que cette opinion de M. de Blainville n’a pas été sans influence sur celle que M. Cuvier a adoptée dans la seconde édition du Règne animal. Sous le uom de Pectinibranches capuloïdes, ce savant zoologiste forme un groupe avec anne partie de ses anciens Scutibranches et ses Pectinibranches cachés, et
au lieu de mettre ces capuloïdes à la fin des Pectinibranches, pour les rapprocher des Scutibranches, il les place à la fin de la longue série des Pectinibranches trochoïdes et avant les Buccinoïdes. Les Scutibranches sont réduits à quatre genres, dont les Haliotides et les Stomates font partie. Nous ne pensons pas que cette dernière manière de voir de M. Cuvier doive être préférée à la première. Quant à nous, nous n'adoptons aucune de celles que nous venons de rapporter, et nous nous appuyons sur des observations importantes. Les Haliotides sont hermaphrodites, les Sigarets sont monoïques. Les Haliotides ont les branchies au côté gauche; les Sigarets les ont à droite, comme le plus grand nombre des Pectinibranches. D'apres des caractères aussi essentiels que ceux-là, il est évident que ces deux genres doivent être très-éloignés; mais celui des Haliotides se lie aux Troques et aux Turbos par une série de modifications remarquables, tandis que les Sigarets proprement dits (Sigaret et Cryptostome de M. de Blainville) se joignent aussi aux Natices par une série de modifications comparable à la premiere. Ces modifications se trouvent non-seulement dans les coquilles, mais encore dans les animaux. On peut conclure de ce qui précède que les Haliotides, ainsi que les Stomates et les Stomatelles, qui en sont très-voisines, doivent aller former une petite famille dans le voisinage des Turbos, et les Sigarets, avec quelques autres genres environnans, en constituer une autre à côté des Natices.
Ces changemens de rapports, que nous indiquons pour les genres de la famille des Macrostomes, sont considérables, et si nous avions à traiter chacun d'eux en particulier, nous donnerions les preuves de la nécessité d'admettre dans la méthode les changemensque ces observations réclament.
Les genres Haliotide, Stomate et Sigaret sont actuellement connus à l’état fossile; le dernier est le seul qui ait été observé dans le bassin de Paris.
GENRE XXYVIN.
SIGARET. Sigaretus.
Caractères génériques. Coquille subauriforme, presque orbiculaire, à bord gauche, court et en spirale. Ouverture entière, très-évasée, plus longue que large, à bords désunis. Un opercule corné très-petit.
Testa subauriformis, suborbiculata ; labio brevi spiraliter intorto. Apertura integra, dilatata, rotundato-oblonga; marginibus disjunctis. Operculum parvulum , corneum.