TOME
Adanson le premier donna le nom de Sigaret à une coquille qui depuis servit de type au genre dont nous allons nous occuper. Avant Adanson, d'autres coquilles du même genre avaient été figurées, notamment par Lister, Gualtierri, Rumphins, etc. Lister, dont nous avons eu souvent occasion de faire remarquer l'esprit de sagacité, introduisit les Sigarets parmi les Natices, preuve qu'il en avait très-bien jugé les rapports; il n’en fut pas de même des auteurs qui suivirent: Rumphius, Gualtierri, Klein et Adanson lui-même, confondirent ce genre avec les Haliotides; Adanson cependant pressentait que les Sigarets différaient beaucoup des Haliotides, etil s'exprime ainsi à leur sujet (Voy. au Sénég. pag. 24.): « La coquille que « Jai fait représenter, appartient vraisemblablement à un animal bien « différent de celui de l'Haliotude.”
Linné rassembla, comme appartenant à une seule espèce, toutes celles qui avaient été figurées jusqu'à lui, et ce qui a droit de surprendre de la part d’un aussi grand classificateur, c’est qu'il la rangea dans son genre Helix, sous le nom d'#elix haliotoidea. Muller, dans sa Zoologie danoise, en fit une bulle, à laquelle il donna le nom de Zulla velutina, ce qui est préférable à la maniere de voir de Linné, qui sans doute n’ignorait pas que le Sigaret est un animal marin. Mais il est plus que douteux que le Bulla velutina soit un Sigaret, quoiqu'on l'y rapporte ordinairement. M. Cuvier pense que ce pourrait être un Cabochon; mais il est bien plus probable que c’est le mollusque avec lequel M. Gray, et ensuite M. de Blainville, ont fait leur genre Vélutine.
Lamarck fut le premier qui institua le genre Sigaret; on le trouve entre les Natices et les Stomates, dans son premier Essai de classification des coquilles, publié en 1799 dans les Mémoires de la Société d'histoire naturelle de Paris; depuis ce moment ce genre fut introduit dans toutes les méthodes, où il éprouva des variations assez notables dans les rapports qui lui furent assignés. Deux ans après, Lamarck, modifiant sa première opinion, retira les Sigarets du voisinage des Natices, pour les jeter entre les Limaces et les Onchidies, avec lesquels ils n’ont aucune analogie.
Sous l'influence de cet arrangement méthodique, M. de Roissy adopta dans le Buffon de Sonnini des rapports presque semblables, puisqu'il les mit entre les Bullées et les Limaces; cependant M. Cuvier avait déja publié, dans le N° 51 du Bulletin de la Société philomatique, des observations anatomiques sur le Sigaret d’Adanson; mais ces observations étaient incompletes : elles apprirent néanmoins que cet animal porte sa coquille sur le dos, cachée presque entièrement dans l'épaisseur du manteau; mais
on ne connut pas alors les organes de la respiration, ce qui était indispensable pour déterminer des rapports naturels.
Nous avons vu précédemment, en traitant de la famille des Macrostomes, quels changemens Lamarck a fait éprouver dans les rapports des Sigarets, soit dans sa Philosophie zoologique et l'Extrait du cours, soit dans son dernier ouvrage. M. Cuvier, dans la premiere édition du Règne animal, fit du genre Sigaret lui seul la famille des Pectinibranches cachées, qu'il rapprocha le plus qu'il pût des Scutibranches non symétriques, qui commencent par les Haliotides.
M. Gray, dans la Méthode naturelle des mollusques qu'il publia en 1821, ne suivit pas les opinions de ses devanciers ; il comprit les Sigarets avec les Cryptostomes, les Vélutines, les Stomates, les Crépidules, etc., dans son ordre des Trachelobranches, qui est le quatrième de sa deuxième sous-classe. M. Gray n'avait pas reconnu alors, comme aujourd'hui, les rapports des Sigarets et des Natices.
Nous ne mentionnerons pas la méthode de M. de Férussac, ée serait répéter ce que nous venons de dire de celle de M.Cuvier; il est cependant à remarquer qu'il a ajouté le Lamellaria de Montague comme synonyme des Sigarets, et que cependant il donne ce même Lamellaria comme genre distinct. À ces deux genres il ajoute celui des Cryptostomes de M. de Blainville, qui est encore un double emploi des Sigarets; de sorte que, par une surabondance vraiment remarquable, le genre Sigaret est répété trois fois dans une même famille, qui semble par conséquent formée de trois genres, et qui réellement n’en contient qu'un seul.
Les caractères que M. Cuvier donne des Sigarets, dans l’une et l’autre édition du Règne animal, ne disent pas d’une manière précise, si la coquille est complétement interne, ou si elle s'aperçoit au dehors par une petite ouverture du manteau. Si les Sigarets sont définis avec une coquille tout-à-fait intérieure, il faudra supprimer le genre Coriocelle de M. de Blainville; si au contraire on admet que les Sigarets ont la coquille subintérieure, alors c’est le genre Cryptostome du même auteur qui devra disparaitre de la méthode; l’un vu l’autre sont évidemment double emploi. Pour nous, si nous avions à supprimer un de ces genres, nous retrancherions les Cryptosiomes, parce que le Sigaret d’Adanson, qui dans lorigine a servi de type au genre, est aussi celui dont l'animal a été dés longtemps décrit par M. Cuvier, et que c’est encore lui que M. de Blainville a nommé Cryptostome.
Dans le genre Sigaret, tel que Lamarck l’a composé, on trouve en même
temps les coquilles des vrais Sigarets et des Coriocelles. Les différences notables que présentent les animaux des deux genres, rendent leur séparation indispensable; les coquilles des Coriocelles se reconnaissent à leur transparence, leur peu d'épaisseur et leur état subcorné.
Ainsi, des trois genres Sigaret, Coriocelle et Cryptostome introduits par M. de Blainville dans son Traité de Malacologie, et adoptés par M. Cuvier dans sa seconde édition du Règne animal, l’un d’eux doit être nécessairement supprimé.
Les coquilles desSigarets ont beaucoup d’analogie, quant à la forme, avec celles des Haliotides; elles ne sont jamais nacrées à l’intérieur , et ne sont jamais percées latéralement d'une série de trous. Elles sont minces et cependant solides; la plupart sont revêtues d'un épiderme mince et caduc; la spire est très-courte, formée d'un petit nombre de tours; le dernier est très-grand, et terminé par une ouverture tres-ample, dont les bords sont minces; le bord gauche ou columellaire est lui-même peu épais, et on le voit se contourner en spirale intérieure ; il est contourné d'autant plus fortement qu’on l’observe dans les espèces plus aplaties; mais à mesure que l’on arrive par des transitions insensibles à des espèces globuleuses, on voit peu à peu la columelle se redresser, et offrir la forme de celle de certaines Natices.
Les Sigarets ne se sont jusqu'a présent rencontrés à l’état fossile que dans les terrains tertiaires ; plusieurs espèces sont remarquables en ce qu’elles se trouvent dans un grand nombre de localités, et ont encore aujourd’hui leurs analogues vivans. Nous ne connaissons que trois espèces aux environs de Paris; autrefois une seule y était signalée.