GENRE XXXI
SCALAIRE. Scalaria.
Caractères génériques. Coquille subturriculée, garnie de côtes longitudinales, élevées, interrompues, obtuses ou tranchantes. Ouverture obronde; les deux bords réunis circulairement et terminés par un bourrelet mince, recourbe.
Testd subturritä : costis longitudinalibus elevatis ; obtusis acutisve, interruptis. Aperturd rotundatd ; marginibus connexis , marginatis , reflexis.
A la page 57 du second livre des Poissons couverts de test dur, Rondelet, dans son traité si précieux et si remarquable pour le temps où il fut publié, donne la figure assez reconnaissable d’une Scalaire, qui est, selon toute apparence, la Scalaria communis des auteurs modernes; ici elle est confondue avec quelques autres coquilles de genres différens, parce que, comme elles, elle est couverte de bosseites. Aldrovande, Gesner et d’autres imitateurs de Rondelet, en copiant la figure dont il vient d’être question, n’en ajouterent aucune qui ait avec elle de l’analogie, et ne donnèrent aucun détail descriptif. À cette espèce de Rondelet Lister en ajouta deux autres : ignorant alors que certains maillots à coquille épaisse sont terrestres il les en rapprocha et, ce qui est remarquable, les mit tout à côte des Turritelles. Depuis Lister, Rumphius et presque tous les conchyliologues figurèrent la plus grande et la plus belle espèce de Scalaire, à laquelle Linné donna le nom de Turbo scalaris; Klein, qui ne voulut pas adopter la méthode de Linné, et qui voulut même critiquer les travaux de ce grand homme, proposa, dans son Tentamen methodi ostracologicæ( p.52), un genre Scala, qui est du très-petit nombre de ceux que l’on aurait pu conserver de lui. Dans cette méthode, où l’on trouve un fortgrand nombre de genres,
tous fondés sur les caractères les moins importans, on doit s'étonner que par hasard il y en ait quelques-uns de bons; ce genre Scala peut donc être regardé comme l’origine du genre que Lamarck, dès 1801, caractérisa d'une maniere rationnelle dans le Système des animaux sans vertèbres. Depuis cette époque le genre Scalaire fut introduit dans toutes les méthodes, le plus ordinairement, comme nous l'avons vu, dans le voisinage des Turbos et des Turritelles : ces deux opinions ne furent pas adoptées d’une maniere si exclusive que l’on ne puisse remarquer quelques variations qu'il est bon de noter. C'est ainsi que M. de Férussac, sans que nous ayons pu deviner les motifs qui l’ont déterminé, met les Scalaires loin des Turritelles, entre les Pleurotomaires et les Mélanopsides, et M. Latreille les comprend dans la même famille que les Paludines et les Valvées, tandis que M. Cuvier, dans l’une et l’autre édition du Regne animal, ne les admet qu'a titre de sous-genre des Turbos.
Les Scalaires sont des coquilles marines élancées, turriculées et ornées de côtes ou de lamelles longitudinales plus ou moins multipliées, selon les espèces; ces côtes représentent les anciens bords de l'ouverture et indiquent les accroissemens successifs de la coquille. L'ouverture est arrondie, quelquefois ovalaire, mais toujours à bords continus; il existe entre toutes les espèces, soit vivantes soit fossiles, du genre Scalaire, des modifications successives qui indiquent d'une manière évidente ses rapports avec les Turritelles. Si l’on commence la série par les espèces dont les tours sont disjoints, on voit peu à peu cette disjonction diminuer, les tours se souder, se confondre et paraître continus, comme dans la plupart des Turritelles. Relativement aux côtes ou lamelles longitudinales des Scalaires, on remarque qu'elles ont une tendance à s'effacer d'autant plus que les tours sont plus contigus; cependant nous ne connaissons aucune espèce de Scalaire qui manque de côtes longitudinales, et celles qui en ont le moins, conservent toujours le bourrelet marginal qui sert à caractériser le genre.
Parmi les espèces que Lamarck a décrites dans les Annales du Muséum, il en est quelques-unes qui ne sont point admissibles; la Scalaire dénudée que nous avons vue dans la collection de M. Defrance, æest autre chose qu'un individu mutilé et mal conservé de la Scalaire crépue; M. Defrance partage avec nous celte opinion. La Scalaire monocycle a été faite avec un trés-jeune individu de l'espèce qui, plus tard mieux connue, fut nommée Scalaire lamelleuse par M. de Basterot.
Aux quatre espèces indiquées par Lamarck nous pouvons en ajouter
DÉS COQUILLES FOSSILES. d 192
quatre autres, ce qui double le nombre des espèces connues avant nous dans le bassin de Paris.