‹ Description des coquilles fossiles des environs de Paris (volume 2)Chapitre 286 sur 678 · GENRE XL · texte numérisé non relu

GENRE XL

TURRITELLE. Turritella..

Caractères génériques. Coquille alongée, turriculée, non nacrée. Ouvers ture arrondie, entière, ayant les bords désunis supérieurement; le droit sinueux dans sa longueur; un opercule corné, multispiré.

Testa turrita,elongato-acuminata , non margaritacea. Aperturarotundata, integra ; marginibus supernè disjunctis, labrum sinu emarginätum. Operculum corneum multispiratum.

C'est dans l'ouvrage d'Aldrovande que l’on trouve la première figure d’une coquille du genre Turritelle : elle est confondue avec des coquilles de genres fort différens, sous le nom de Turbines. Langius les distingua mieux, et donna aux coquilles alongees, à ouverture entière, le nom de Salpinx. Lister, en augmentant le nombre des espèces connues jusqu’à lui, les distingua très-nettement, et en fit un groupe qu'il mit à la suite des Turbos et des Scalaires. Mercati, dont le Wetallotheca vaticana ne parut qu'en 1717, quoiqu'il ait été composé depuis plus de deux cents ans, avait indiqué d’une manière assez naturelle aussi le genre Turritelle, en lui donnant le nom de Buccinum lapideum. Cet auteur ne figura que des espèces fossiles. Gualtierri, qui eut si souvent le mérite de former de bons genres, fit avec les Turritelles, des Maillots, un Scalaire, des Cérites, et une Mélanie, un groupe mal circonscrit, auquel il donna le nom de Turbo

integer. Adanson, dans son Voyage au Sénégal, figura parmi les espèces du genre Cérite deux Turritelles, ayant soin d’avertir qu'elles ne dépendent pas du même genre, mais que, ne connaissant pas les animaux, il les a ainsi placés en attendant qu'ils fussent connus. Comme on le voit, le genre Turritelle jusqu’à cette époque n'avait été nettement indiqué que par Lister, et il n’est pas étonnant qu’entrainé par une analogie un peu forcée, Linné ait réuni toutes ces coquilles dans son grand genre Turbo. Il forme plusieurs divisions dans ce genre, et l’une d'elles est destinée aux coquilles turriculées. On croirait trouver là l’origine du genre qui nous occupe ; mais on serait dans l'erreur, car avec quelques Turritelles se trouvent des Maillots, des Scalaires, des Clausilies, et d’autres coquilles non moins étrangères les unes aux autres.

Les auteurs systématiques qui suivirent Linné n’apportèrent aucun changement à la composition de son genre Turbo; Bruguière lui-même, qui avait tenté si heureusement la réforme des genres du Systema naturæ, ne fit rien pour celui-ci, et en cela il fut imité par M. Cuvier, lorsqu'il publia son Tableau élémentaire de zoologie. Ce fut Lamarck le premier qui apporta de grands et utiles changemens dans la méthode linnéenne et qui proposa plusieurs démembremens dans le genre Turbo. Le genre Turritelle fut un des premiers proposés: il fut convenablement caractérisé, dès 1799, dansles Mémoires de la Société d'histoire naturelle de Paris; il fut placé entre les Cyclostomes et les Janthines, dans des rapports peu naturels sans doute, mais qui ne doivent pas trop étonner, lorsqu'on se reporte à l’état où était l'étude des animaux sans vertèbres à cette époque; ces rapports furent modifiés, mais non améliorés, dans le Système des animaux sans vertèbres. Les Turritelles se trouvant entre les Maillots et les Janthines, M. de Roissy, dans le Buffon de Sonnini, eut le premier l'avantage d'indiquer avec la sagacité qui lui est propre les véritables rapports des Turritelles. On les trouve en effet dans le voisinage des Turbos, des Scalaires, des Cadrans et des Troques. Lamarck profita de l'indication de M. de Roissy, lorsque dans sa Philosophie zoologique il créa la famille des Turbinacés, dans laquelle les Turritelles sont entre les Scalaires et les Vermets. La création de la famille des Scalariens, dans l’Extrait du cours que Lamarck donna quelques années après, vint déranger les rapports si naturels du genre qui nous occupe, en mettant les Scalaires et les Vermets dans une autre famille que celle des Turritelles et des Turbos.

Dans la première édition du Règne animal, M. Cuvier évita les derniers changemens proposés par Lamarck. Il adopta les divers démembremens

du genre Turbo de Linné, mais à titre de sous-genres seulement; parmi ces sous-genres se trouvent les Turritelles entre les Vermets et les Scalaires. Dans son dernier ouvrage, Lamarck persista dans l’arrangement qu'il avait proposé dans l'Extrait du cours. M. de Férussac apporta de fort grands changemens dans la distribution des Pectinibranches trochoïdes de M. Cuvier. Le genre Turritelle fut compris, dans la famille des Sabots, avec les Paludines, les Vermets, les Valvées et les Natices.

Les auteurs qui vinrent après M. de Férussac ne furent pas ses imitaieurs, et la plupart adoptèrent soit l'opinion de Lamarck, soit celle de M. Cuvier. Cest cette derniere que nous avons préférée, et nous avons vu sur quels motifs nous nous étions appuyé pour l’adopter exclusivement.

Les Turritelles sont des coquilles marines qu'il est assez facile de distinguer de tous les genres qui sont actueliement connus; elles sont tres-alongées, ordinairement assez minces, mais cependant Te leur spire, terminée par une pointe très-aigué, est composée d’un grand ne de tours, sur lesquels se montrent, dans presque toutes les espèces, des côtes ou des stries transverses, régulières ; l'ouverture est médiocrement grande, comparée à la longueur de la coquille. Elle est entière, ovale-arrondie, quelquefois subquadrangulaire ; la columelle est mince, un peu tordue dans sa longueur, etse termine à la base de l'ouverture, en se confondant insensibtement avec le bord droit. Ce bord droit est mince.et tranchant; il présente toujours dans sa longueur une sinuosité plus ou moins profonde, qui est indiquée par les stries d’accroissement, lorsque l'ouverture a été mutilée. Dans un certain nombre d'espèces connues à l’état fossile, on voit à la base de l'ouverture une large échancrure, qui contribue à rendre plus saillante l'extrémité antérieure du bord droit.

Lamarck a indiqué dix espèces fossiles aux environs de Paris; l'une d'elles est des plus remarquables par le grand nombre de ses variétés; parmi ces yariétés une a été prise pour une espèce distincte et a été désignée sous le nom de Turritella subcarinata. En supprimant cette espece, il en reste neuf, qui doivent être conservées et auxquelles nous en ajoutons quatorze qui sont entièrement nouvelles; en voici la description.

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