‹ Description des coquilles fossiles des environs de Paris (volume 2)Chapitre 307 sur 678 · CÉRITE GÉANT. Cerithium giganteum. Lamk · texte numérisé non relu

CÉRITE GÉANT. Cerithium giganteum. Lamk

PI. XLIT, fig. 1, 2.

C. testd maximd, elongato-turrit4, basi subdilatatd ; anfractibus numerosis, prèmis Carinalis, alleris tuberculatis et striatis, ultimis basi tuberculis compressis triangularibus coronatis; aperturd ovatä, obliqud utrinque attenuatd; columelld uniplicatä ; labro maximo , supernè producto, incrassato , foliaceo.

Lamk., Ann. du Mus., tom. 3, pag. 439, n.57,ett. 7, pl. 14, fig. 1.

Sow., Min. conch., pl. 188, fig. 2.

Fav., Conch., pl. 66, fig. O, 4.

Knorr, Trait. des pétrif., part. 2, pl. C, 7, fig. 1, :

Localités : Grignon, Beyne, Courtagnon, Montmirail, Mouchy-le-Châte], Parnes, Damery, C. G.; Valmondois, Acy, Betz, G. M. S.; Barton, bassin de Londres.

Cette coquille est l'une des plus grandes connues parmi celles que l’on trouve soit vivantes, soit fossiles et dépendantes des Gastéropodes à coquilles turbinées. Les individus figurés ou décrits jusqu’à présent ayant été recueillis dans un mauvais état de conservation, n’ont pu être représentés comme nous le faisons ici, d’après le seul exemplaire entier connu, et qui appartient à notre collection. Nous avons fait représenter cet individu dans sa grandeur naturelle et nous n’y avons ajouté que le sommet, qui s'est trouvé mutile.

Lamarck a donné comme l’analogue vivant de cette espèce, un troncon de coquille dont il raconte l’histoire dans son Traité des animaux sans vertébres. Recueilli par un marin anglais sur les côtes de la Nouvelle- Hollande, Montfort en fit l'acquisition au Hävre, et Lamarck le pressa de lui céder cet individu unique, sentant combien il était important de constater son identité avec l'espèce actuellement fossile aux environs de Paris. En effet, la ressemblance entre l'individu vendu par Montfort et ceux qui sont fossiles, est tout-àa-fait parfaite. Connaïssant le peu de bonne foi de Montfort, nous nous sommes toujours défié de la narration qu'il avait faite à Lamarck; aussi la première chose que je m’empressai d’examiner dans la collection de ce savant zoologiste lorsqu'elle fut acquise par M. le duc de Rivoli, ce fut cet individu unique du Cerithium giganteum.

Il me sembla reconnaitre des traces de supercherie, et il m'a paru que si l'on plongeait dans une décoction de plantes marines un tronçon bien conservé, provenant de Grignon, on obtiendrait un individu semblable à celui qui nous occupe.

Lorsque l’on trouve à Grignon ou dans les localités circonvoisines des morceaux plus ou moins complets de cette coquille, ils ont conservé à l'intérieur un lustre, un brillant aussi vif que s'ils étaient encore vivans, et même, lorsque l’on a lavé ces tronçons, ils finissent par perdre à l'insufllation l’odeur propre à tous les fossiles, de sorte qu'il aura suffi à Montfort de donner une odeur marine à la partie extérieure de la coquille pour la faire passer comme vivante. Quant à la narration, on sait bien que Montfort en a quelquefois introduit de fort extraordinaires jusque dans ses ouvrages, et l’on sait également qu'il était capable d'employer un pareil subterfuge pour donner plus de valeur aux objets qu'il possédait et dont il cherchait à se défaire.

En parlant de Montfort comme nous venons de le faire à l’occasion de ce Cerithium giganteum, c'est dans la seule intention d'empêcher les zoologistes de donner trop d'importance à ce fait isolé, qui, comme on le voit, ne doit être cité qu'avec beaucoup de circonspection.

Le Cerithium giganteum se reconnaît non-seulement à sa taille, mais encore à plusieurs caractères qui lui sont propres, en le suivant depuis le jeune âge jusqu’à l’état de vieillesse. Les premiers tours des jeunes individus soni lisses et fortement carénés dans le milieu. A cette carène s'ajoute d’abord à la partie inférieure des tours un rang de petites granulations, puis bientôt paraît une petite strie granuleuse; une seconde strie sajoute au-dessus de la carène. Peu à peu cette carène diminue, tandis que les stries augmentent, ainsi que les granulations de la base des tours, de sorte que vers le vingtième tour environ, c’est-à-dire lorsque la coquille a acquis une longueur de près de deux pouces, la carène est réduite au volume des stries qui l’accompagnent. Ces stries, qui sont granuleuses, finissent par devenir lisses, et enfin elles ont une tendance à seffacer, lorsque la coquille est parvenue vers le trentième tour. Alors elle a environ cinq pouces de longueur. Les tubercules de la base se sont constamment accrus, et sur les dix derniers tours ils sont très-gros, obtus au sommet et un peu comprimés sur les côtés. La différence qui existe entre les jeunes individus et les vieux est telle, que l’on pourrait facilement en faire deux espèces, si lon n'avait des intermédiaires qui servent à établir leurs rapports. D’après ce que nous venons de voir, la coquillese trouve donc composée de quarante

tours étroits, aplatis, ayant une suture superficielle, si ce n’est sur les derniers tours, où elle est canaliculée; le dernier tour est fort grand: il se termine supérieurement par un canal alongé fort large, recourbé en arriere et en partie recouvert en avant. La columelle est subcylindrique; elle est fort épaisse et offre vers son milieu un seul gros pli, et l'on irouve à la base du canal un bourrelet saillant qui le circonscrit et qui simule un second pli lorsque la columelle est mise à découvert dans des individus mutilés; un bord gauche épaissi, mais étroit, s'étale sur l’avantdernier tour. La lèvre droite est d’une épaisseur considérable : elle est formée de lames épaisses, reployées en dehors, et dont les bords sont irrégulièrement découpés. Cette lèvre savance beaucoup au-dessus de l’ouverture et la cache en partie. Cette proéminence est augmentée par une sinuosité fort large que fait ce bord au moment de se joindre à l’angle inferieur de la coquille.

Cette grande coquille n’est point rare dans le bassin de Paris; on en rencontre très-souvent des morceaux mutilés, et lorsque les sables sont taillés à pic, on voit saillir des individus plus ou moins grands de cette espèce; c’est ainsi qu’on les voit à Damery, près de Courtagnon. L'individu que nous possédons est le seul entier connu jusqu’à présent; il a été

recueilli par nous-même dans le voisinage de Parnes. Cet individu, dont le sommet est tronqué, a cinquante-deux centimètres de longueur depuis l'extrémité du canal jusqu’à la troncature; mais en ajoutant la partie qui lui manque, il a six décimétres cinq millimètres, «c’est-à-dire deux pieds moins dix-huit lignes. Son diamètre à la base de l'ouverture est de deux décimètres.

Mon cabinet,

Page 1