‹ Description des coquilles fossiles des environs de Paris (volume 2)Chapitre 306 sur 678 · GENRE XLI · texte numérisé non relu

GENRE XLI

CÉRITE. Cerithium.

Caractères génériques. Coquille turriculée; ouverture oblongue, oblique, terminée à sa base par un canal court, tronqué ou recourbé, jamais échancré. Une gouttière à l'extrémité supérieure du bord droit; un opercule petit, orbiculaire et corné.

Testa turrita. Apertura oblonga , obliqua, basi canaliculo brevi truncato vel recurvo, non emarginato terminata; labrum supernè in canalem sub distinctum desinens; operculum parvum , orbiculare, corneum.

Le genre Cérite, l’un des plus considérables que possède aujourd’hui la conchyliologie, a été créé par Adanson, dans son excellent ouvrage sur les Coquilles du Sénégal. Sa création n’est donc pas due à Bruguière, comme plusieurs auteurs l'ont affirmé. Les premières figures que l’on trouve de ce genre, sont dans l'ouvrage d’Aldrovande, à la page 354 de son traité De exanguibus; il les confond avec d’autres coquilles turriculées, et leur donne indistinctement le nom de Turbines. Lister, Bonani, ont également représenté des espèces de ce genre, sans les distinguer d’une manière pré-

cise des autres coquilles turriculées. Lister, cependant, en rassembla le plus grand nombre sous le nom de Buccins à canal court et courbé;il y laissa quelques Tritons.

Columna, dans son Traité des animaux aquatiques, fut le premier qui appliquät la dénomination de Cerithium à une espece de ce genre, latinisant ainsi le mot grec Kerix, que les commentateurs traduisent habituellement par Murex. D'autres auteurs, tels que Langius et Gualtierri, ont rassemblé sous le nom de Turbo apertus les coquilles turriculées ou canaliculées à la base; les Cérites, sous cette dénomination, se trouvèrent confondus avec les Vis; quelques autres furent introduits parmi les véritables Turbos, et nous verrons que quelques auteurs modernes ont eu la même opinion. En empruntant le mot Cérite à Fabius Columna, Adanson en fit l'application à un trés-bon genre, qu'il caractérisa d'une manière rationnelle, et dont il fit connaître les animaux. Malgré la création de ce genre Linné, dans les premières éditions du Systema naturæ, avait confondu les Cérites en partie dans les Strombes et en partie dans les Murex, et conserva dans les dernières la mème distribution, que ses imitateurs s'empressèrent d'adopter.

Bruguière, dans l'Encyclopédie méthodique, adopta le premier le genre d'Adanson, qui, alors composé d’un grand nombre d'espèces, présenta un ensemble satisfaisant par les caractères. Bruguière considérait le genre Cérite comme intermédiaire entre les Fuseaux et les Vis. En 1798, M. Cuvier, dans son Tableau élémentaire, mentionna les Cérites de Bruguière comme un démembrement du grand genre Murex de Linné; bientôt après Lamarck, dans son premier Essai méthodique, adopta le genre Cérite tel que Brüuguière l'avait fait et le mit à la fin de la série des coquilles échancrées ou canaliculées à la base, de manière à le rapprocher de la série suivante, qui commence par les Trochus.

Deux années aprés, dans le Systeme des animaux sans vertébres, cette classification n'éprouva aucune modification. Adoptant d’autres rapports, M. de Roissy, dans le Buffon de Sonnini, classa le genre qui nous occupe à la fin des Mollusques céphalés, à la suite des Casques et autres coquilles canaliculées.

Lorsque Lamarck établit la famille des Canalifères dans la Philosophie zoologique; il mit les Cérites en rapport avec les Pleurotomes, les Turbinelles, les Fuseaux, etc:, ce qui était une amélioration aux méthodes précédentes : dans le même temps Montfort publiait son Traité systématique des coquilles, et proposait de démembrer ce genre si naturel et de former

à ses dépens les genres Piraze et Télescope. Quoique sans exception tous les auteurs aient reconnu que l'ouvrage de Montfort était fait avec légèreté, cela n'a pas empêché que quelques-uns n'aient tenté d'introduire dans la science la plupart des genres de cet auteur; ils se sont même laissés entratner à de fausses opinions, qu'ils n'avaient pas eues précédemment. C'est ainsi -que M. Cuvier, dans la première édition du Règne animal, après avoir placé les Cérites entre les Buccins et les Rochers, comprend le genre Telescopium parmi les Trochus. Lamarck, au contraire, dans l’'Extrait du cours et dans son dernier ouvrage, conserva aux Cérites leur intégrité et les rapports qu'il leur avait assignés: cet exemple, qui aurait pu être utilement suivi, ne fut cependant pas adopté, et M. de Férussac préféra l’opinion de M. Cuvier, sans la modifier.

Nous ne citerons pas les démembremens du genre Cérite que l’on trouve dans l'ouvrage de M. Schumacher; ils ressemblent à ceux de Montfort, et par conséquent ne peuvent être introduits dans une bonne méthode. Il n'en est pas de même d’un genre qui semble plutôt devoir être adopté et que M. Brongniart a proposé sous le nom de Potamide; il a du moins l’avantage d’avoir quelques caractères zoologiques, principalement des caractères géologiques, qui peuvent le rendre utile; mais si l’on examine ses caractères comparativement à ceux des véritables Cérites dans un grand nombre d’espèces, on trouve une telle fusion, des nuances si multipliées, qu’il devient impossible de poser unelimite, si ce n’est arbitrairement, entre les deux groupes.

Malgré la difficulté de séparer nettement les Potamides des Cérites, quelques auteurs ont cependant conservé ce genre, et nous pourrions citer principalement les géologues, mais surtout M. Sowerby, dans son Mineral Conchology , ainsi que M. Latreille, dans ses familles naturelles du Règne animal. M. de Blainville ne l'a mentionné qu'à titre de section des Cérites, et en cela il n’a fait qu'adopter l'opinion que nous avions manifestée plusieurs années auparavant à l’article Cérite du Dictionnaire classique d’histoire naturelle. Le même auteur, entraîné par l'opinion de Montfort, en adoptant le genre Telescopium , que sans doute il n’observa pas en nature, le mit à la suite des Trochus, quoique véritablement il appartienne aux Cérites; cetle même erreur a été reproduite par M. Cuvier, dans la dernière édition du Règne animal, de sorte que, dans cette nouvelle méthode, le genre Cérite n’a éprouvé aucune amélioration ni dans sa composition, ni dans ses rapports. à

Les Cérites sont des coquilles turriculées, pointues au sommet, ordinairement étroites à la base, quelquefois un peu renflées dans le milieu

de leur longueur; la forme de leur ouverture est ce qui les distingue le plus essentiellement de toutes les coquilles connues. Cette ouverture est toujours obliquement inclinée de gauche à droite, sur l’axe perpendiculaire ; le bord droit, presque toujours épaissi, est ordinairement dilaté, et présente dans presque toutes les espèces un petit canal décurrent intérieur à l’endroit de sa jonction sur l'avant-dernier tour; la base de l'ouverture est toujours terminée par un canal plus ou moins long, selon les espèces; dans les unes il est droit, dans les autres il est fortement recourbé vers le dos, et un certain nombre sont intermédiaires entre ces trois extrêmes.

Parmi les espèces qui ont le canal court et droit, il en est quelquesunes qui ont ce canal tout-à-fait tronqué, de sorte qu’elles ressemblent à certains égards à quelques espèces de Turritelles que nous avons précédemment signalées : ce sont ces espèces qui, se trouvant habituellement mélangées avec des coquilles d’eau douce, dans les terrains lacustres, ont été comprises dans le genre Potamide, avec quelques espèces vivantes qui présentent les mêmes caractères. On avait pensé d’abord que les Potamides étaient des Cérites d’eau douce, mais on a été bientôt convaincu que si quelques-unes se trouvent à l'embouchure des fleuves, quelques autres se trouvent constamment dans les mêmes mers que les autres Cérites; à l'égard des Cérites les mieux canaliculés, il arrive souvent qu'ils remontent assez haut à l'embouchure des fleuves pour vivre tout-àa-fait dans l’eau douce, et cette circonstance, observée dans la nature actuelle, se montre la même dans certains gissemens à fossiles, où l’on trouve à la fois des Potamides, des Cérites à canal alongé, mélangés à un grand nombre de coquilles d’eau douce. Il résulte de ce que nous venons de dire que le genre Potamide, appuyé d’abord sur quelques caractères suflisans en apparence, n'est en réalité qu'une modification peu importante du type des Cérites, et ne doit pas être admis à titre de sous-genre dans une méthode rationnelle. On peut dire que les Cérites, dans leur ensemble, sont des coquilles essentiellement marines, qui, à l'exemple de la plupart de celles qui habitent les rivages, peuvent vivre dans les eaux saumâtres et remonter assez haut dans l'embouchure des fleuves, mais ne sont point habitans des eaux douces; car aucune espèce n’a été jusqu’à présent observée dans les amas d'eaux douces éloignées de la mer.

A l'exception des mers septentrionales, toutes les autres contiennent des Cérites; mais les espèces sont plus abondantes dans les mers chaudes que dans les tempérées, et on en trouve à l'état fossile dams tous les terrains tertiaires de l'Europe et de l'Amérique septentrionale. Quelques auteurs,

et MM. Cuvier et Brongniart entre autres, ont cherché à caractériser les calcaires grossiers des environs de Paris par ce caractère zoologique de l'abondance des Cérites; ils lui avaient en conséquence donné le nom de Calcaire à cérites, pensant aussi que ce genre de coquilles ne se montrait jamais dans les terrains secondaires; bientôt l'observation démontra que celte opinion n'avait rien de fondé, et il fallut renoncer à cette dénomination, d'ailleurs peu convenable, de Calcaire à cérites.

Dans aucun bassin les Cérites ne sont aussi abondamment répandus que dans celui de Paris : non - seulement les espèces y sont nombreuses, mais elles sont pour la plupart représentées par des myriades d'individus. Lamarck, à l’aide des recherches de M. Defrance et des siennes propres, avait caractérisé soixante espèces dans ses beaux Mémoires des fossiles du bassin de Paris. Ce nombre, qui parut fort extraordinaire, est en effet considérable, si on le compare à ce qui existe dans les autres bassins; mais toutes les richesses des environs de Paris n’étaient pas alors en la possession desnaturalistes, et il est à présumer que, malgré nos efforts continuels depuis bientôt quatorze ans, il restera encore bien des découvertes à faire.

Aprés un examen attentif de la collection de Lamarck, et de celle de M. Defrance ; après une étude minutieuse et long-temps continuée des espèces, nous avons reconnu que sur celles signalées par Lamarck, il était indispensable d’en retrancher plusieurs et de réduire au moins à quarantesept le nombre de celles qu'il avait signalées dans ses Mémoires; pour justifier la suppression de ces espèces, il devient nécessaire de donner sur chacune d'elles quelques explications.

1. Cerithium vittatum. Cette espèce a été faite sur un fragment de la Melania inquinata, coquille qui a été nommée Cerithium melanoides par M. Sowerby et dont un morceau a été représenté, sans dénomination, parmi les Potamides.

2. Cerithium clavatulatum. Wse lie d’une manière insensible au Cerithium echidnoïdes, qui n’est probablement aussi qu’une variété du Pleurotomoides, de sorte que ces trois espèces se réuniraient en une seule. L

3.” Cerithium umbellatum. Lamarck a caractérisé cette espèce sur une variété incomplète de son Cerithium tricarinatum.

4° On trouve deux fois la dénomination de Cerithium turritellatum , dans les Mémoires de Lamarck, l’une sous le n.° 25 et l’autre sous le n.° 60. Les deux coquilles qui portent ce même nom appartiennent à deux espèces fort distinctes, et nous avons conservé ce nom à l'espèce qui porte le n.” 60.

5° Cerithium mitra. Cette coquille n’est autre chose que le jeune âge du Ceri‘hium pleurotomoides.

6° Cerithium trochiforme. Celui-ci est formé avec de très-jeunes individus du Cerithium thiara.

7 Cerithium purpura. Ce n'est qu’une variété à peine distincte du Cerithium conoidale.

8° Cerithium petricolum. Les coquilles qui portent cette dénomination dans la collection de Lamarck sont tellement roulées et usées, qu’elles sont tout-a-fait indéterminables; cependant quelques-unes semblent se rapprocher du Cerithium tuberculosum.

9 Cerithium columnare. Un tronçon du Terebra pertusa, Lamk., communiqué à Lamarck comme ayant été recueilli dans le bassin de Paris, aux environs de Nogent-sur-Marne, a été décrit sous cette dénomination, quoique cette coquille n’appartienne ni au genre Cérite, ni au bassin de Paris.

10. Cerithium acicula. Ce n’est qu'une variété un peu plus étroite du Cerithium perforatum.

11. Cerithium gracile, n’est autre chose que le jeune âge du Cerithium denticulatum.

12. Cerithium incertum. Cette petite coquille est le jeune âge de la variété 8 du Cerithium subulatum, Lamk., variété qui doit constituer une espèce particulière.

À ces observations nous en ajouterons d’autres qui sont relatives à certaines variétés qui nous semblent devoir constituer des espèces distinctes; c'est ainsi que la variété B du Cerithium calcitrapoides, Lamk., appartient au Cerithium cristatum de la collection de M. Defrance. A l'égard de ce Cristatum, nous ferons observer que dans la collection Lamarck ce n’est qu'une variété du Cerithium lapidorum, tandis que dans celle de M. Defrance, étiquetée de la main de Lamarck lui-même, elle constitue une espèce bien distincte que nous avons adoptée.

M. Sowerby, sous le nom de Potamides margaritaceus, a figuré une variété de Cerithium involutum; le même auteur met parmi les Potamides le Cerithium cinctum.

Lamarck a confondu deux espèces distinctes sous le nom de Cerithium quadrisulcatum; sa variété B est parfaitement distincte, et nous lui donnons le nom de Cerithium quadrifidum. Par suite d'une erreur assez singulière, Lamarck a cité deux fois et pour deux espèces différentes la même figure des Vélins du Muséum; il la donne pour son Cerithium vittatum ,

que nous avons vu être un morceau de la Welania inquinata, et il l'indique de nouveau pour son Cerithium emarginatum; c’est à cette espèce seulement que nous rapportons la citation de cette figure.

Nous pourrions ajouter quelques autres observations, mais elles seront faciles à faire, en consultant notre synonymie. Après avoir réduit à quarante-sept les espèces décrites par Lamarck, nous en ajoutons quatre-vingttrois de nouvelles, ce qui porte à cent trente le nombre des espèces parfaitement circonscrites, actuellement connues dans le bassin de Paris. Il est à remarquer que tous les autres terrains tertiaires contiennent à peine la moitié de ce nombre, et cependant, si on vient à ajouter ces espèces étrangères au bassin de Paris à celles qui sont vivantes, on obtiendra un total de plus de trois cents espèces renfermées dans le genre Cérite.

Il aurait été à désirer que l’on püt trouver le moyen de diviser les Cérites en plusieurs groupes, pour rendre la distinction des espèces plus facile. M. Defrance, ayant remarqué qu'il en existe quelques-unes qui ont un pli sur la columelle, et d’autres qui n’en ont pas, les a partagées d’abord d'après ces caractères, mais sans beaucoup d'avantage; car la section de ceux qui ont un pli n’est composée que d'un très-petit nombre d'espèces, et la difficulté subsiste pour la section de ceux qui n’ont point de plis, puisqu'elle en contient un très-grand nombre. M. Defrance a sous- divisé ces deux groupes d’après la présence ou l'absence des varices sur les tours de spire; mais ce caractère a cela de défectueux, que dans la même espèce il y a des individus qui sont variqueux et d’autres qui ne le sont pas, d’autres ne sont variqueux que dans le jeune âge, et dont les varices s’effacent facilement, même pendant la vie de l'animal. Ces difficultés nous ont fait renoncer à ces divisions arbitraires; nous avons cherché à rapprocher les espèces d’après leur analogie, de manière à faire voir autant que possible les passages qui existent entre elles, et par quelles séries de modifications on passe depuis les Cérites proprement dits et fortement canaliculés jusqu'a ceux à ouverture très-courte et à canal tronqué, dont on a fait les Potamides. Par ce moyen nous avons pu mettre en contact les espèces qui sont subépineuses, celles qui sont tuberculeuses, celles chargées de granulations, et enfin celles qui sont nues ou presque nues. Ces quatre groupes d'espèces seraient peut-être préférables, s'ils n’offraient aussi une difliculté assez grande, puisque dans certaines espèces on rencontre des variétés presque lisses et d’autres qui sont très-tuberculeuses.

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