GENRE XLIX
ROCHER , Murex. .
Caractères génériques. Coquille ovale ou oblongue, canaliculée à sa base, ayant à l'extérieur des bourrelets rudes, épineux ou tuberculeux.
Ouverture arrondie ou ovalaire. Bourrelets triples ou plus nombreux sur chaque tour de spire; les inférieurs se réunissant obliquement avec les supérieurs par rangées longitudinales. Un opercule corné.
Testa ovata vel oblonga, basi canaliculata, extus varicibus asperis, tuberculatis aut spinosis onusta. Apertura rotundata. Varices in anfractibus ternæ vel plures; inferioribus cum aliis per series longitudinales obliquë adjunctis. Operculum corneum.
Les anciens ont signalé sous le nom de Xeryx, des coquilles dont les caractères paraissent assez se rapprocher de ce que nous nommons aujourd’hui des Tritons. Aristote mentionne ces coquilles au chapitre IV de son Histoire des animaux. Presque tous les auteurs latins qui ont eu occasion de parler du Xeryx d’Aristote et des auteurs grecs, ont traduit ce mot par Buccinum. Cette dénomination paraissait convenable en effet, puisque le Keryx des Grecs était une grande coquille, dont l'extrémité brisée à dessein servail d’instrument propre à répandre un bruit considérable. Le mot de Buccinum , dont l'étymologie n’est point douteuse, a reçu depuis daus la science moderne une application toute différente.
Pline traduisit plusieurs fois le mot Xeryx par Murex, et Belon prétend que Murex est le résultat de la corruption du mot grec, et, pour le prouver, il change l’une pour l'autre plusieurs lettres dans les deux mots et parvient ainsi à donner la preuve, selon lui, de leur origine commune. En conséquence de cette opinion, que les mots Xeryx, Buccinum et Murex ont la même signification, Wotton, Belon et Rondelet les donnérent à la suite des descriptions qu'ils firent de certaines coquilles, dans lesquelles ils crurent retrouver les caractères assignés par les anciens. Ces trois auteurs furent assez d'accord, car ils donnèrent toujours, comme type de Murex, ce que nous nommons aujourd'hui Tritons, tandis que l’un d'eux, Rondelet, appliqua plus particulièrement le nom de Purpura aux coquilles nommées Murex par Linné.
Ces changemens, faits autrefois dans la dénomination des coquilles conaues par les anciens, ont en réalité aujourd'hui peu d'importance, et nous ne chercherons pas à étendre davantage une discussion sur ce point historique d'histoire naturelle, qui pourrait avoir de l'intérêt dans une dissertation particulière, mais qui en a beaucoup moins dans un ouvrage comme celui-ci. Nous ajouterons cependant que le savant compilateur AARe HE ainsi que plusieurs autres auteurs, ses imitateurs, adoptant, à l'exemple de Rondelet, la dénomination de Purpura pour les vrais Murex de Linné,
y confondirent plusieurs coquilles étrangères qui appartiennent au genre Strombus de Linné. Nous verrons plus tard que ce genre Strombus lui-même a éprouvé, quant à son nom, des changemens analogues à ceux que nous venons de signaler pour les Murex.
Dans son Synopsis conchyliorum , Lister, si souvent judicieux pour grouper les coquilles analogues, rassembla sous le nom de Buccin toutes les coquilles enroulées, ayant un canal ou une échancrure à la base. Il ne fut pas imité en cela par Langius, qui, à cet égard plus judicieux que Lister, conserva la dénomination de Rondelet et d'Aldrovande et les appliqua de la même manière. Touruefort, dans l'ouvrage de Gualtieri, conserva scrupuleusement l’opinion des anciens et consacra le nom de Murex à nos Strombes, et celui de Purpura à nos Rochers. Klein paraît être le premier zoologiste qui ait substitué l’une à l’autre les dénominations consacrées avant lui, et Linné, s'étant conformé à cette vicieuse nomenclature de Klein, la consacra pour toujours. Il reste donc démontré que le genre Murex de Linné correspond assez exactement aux Pourpres des anciens.
Le genre Murex de Linné est très-considérable par le nombre d'espèces qu'il renferme, et peu naturel; car un assez grand nombre n'ont qu'un rapport très-éloigné avec les autres. Il comprend en effet la plus grande partie des coquilles canaliculées à la base; 1l était nécessaire de réformer ce genre, et Bruguiere, le premier, essaya d'y porter des changemens convenables. Nous avons vu, en traitant des genres qui précèdent, sur quel plan la réforme de Bruguière fut faite, et si nous n’en avons pas adopté toutes les conséquences, nous avons reconnu du moins combien ces tentatives avaient été utiles.
Bruguière, comme nous l'avons vu, sépara des Rochers les genres Pourpre, Fuseau et Cérite. Plus tard, Lamarck continua cette réforme et en sépara les Fasciolaires et les Pyrules, puis les Ranelles et les Strutiolaires, et enfin les Tritons; de sorte que huit genres dont la plupart doivent rester dans la science, ont été successivement séparés des Murex de Linneé.
Les rapports que les auteurs établirent pour le genre Rocher, ont peu varié. Linné le place à la suite des Strombes, et dès que le genre fut démembré, il trouva des rapports naturels au milieu des groupes nouveaux établis à ses dépens. Les petites variations dans les rapports immédiats de ce genre, ont, à ce qu'il nous semble, une trop faible importance pour être ici rapportées.
Les Rochers sont des coquilles marines remarquables par leur port et plusieurs caractères qui leur paraissent particuliers. Ce sont des coquilles
marines plus ou moins alongées et toujours terminées à la base en un canal plus ou moins long, selon les espèces. Ce canal se distingue de celui des Fuseaux en ce qu'il est presque toujours recouvert par une lamelle trésmince, s'avançant au-dessus de lui d’un bord à l’autre, se soudant quelquefois aux deux bords, ou ne laissant ouverte qu’une fente extrêmement étroite. Cette seule disposition n’est pas suflisante pour distinguer les Rochers; il faut y ajouter le caractère. plus important en apparence des varices de la coquille, de leur nombre et de leur disposition. C’est là, en effet, le caractère le plus saillant des Rochers. Leur surface est régulièrement divisée par des bourrelets longitudinaux plus ou moins épais, ordinairement foliacés, souvent chargés de digitations singulières ou d’épines plus ou moins longues. Ces bourrelets se correspondent habituellement d’un tour à l’autre, et leur nombre est constant dans les espèces; ils sont espacés régulièrement, et on donne le nom de varices à ces bourrelets. Dans les espèces où ces varices sont en petit nombre, et le moins que l’on en trouve est de trois, il est très-facile de reconnaître qu’elles appartiennent au genre Rocher. Mais il n’en est plus ainsi dans les espèces où les varices sont plus nombreuses : elles ont une tendance à se confondre avec les Fuseaux. II est assez facile de distinguer les Ranelles des Rochers : les Ranelles n’ont jamais que deux varices sur chaque tour; ces varices sont opposées, et comme elles se suivent d’un tour à l’autre, la coquille est réellement bordée de chaque côté par elles. Quant aux Tritons, ils diffèrent moins, à ce qu'il paraît, des Rochers que Lamarck ne l'avait cru. L'animal paraït semblable à celui des Rochers, et la coquille diffère en ce que les varices sont irrégulièrement dispersées sur les tours de spire.
Tel qu’il est caractérisé par Lamarck, le genre qui nous occupe est nombreux en espèces, soit vivantes, soit fossiles. Vivantes, elles habitent presque toutes les mers, mais particulièrement celles des climats chauds, et fossiles, on les rencontre dans presque tous les terrains tertiaires aujourd'hui connus. Les environs de Paris ne sont pas aussi riches dans ce genre que les terrains tertiaires d'Italie, de Bordeaux et de la Touraine. Parmi les espèces inscrites par Lamarck dans les Annales du Muséum, et reproduites, plus tard, à la fin du tome VII de ses Animaux sans vertèbres, il y en a plusieurs qui appartiennent au genre Triton, et lorsque l’on a restitué à ce genre les espèces qui en dépendent, les espèces de vrais Rochers connues par Lamarck aux environs de Paris se réduisent à huit. À ces huit espèces nous en ajoutons douze, et nous en donnons ici la description.