HARPE ÉLÉGANTE. Harpa elegans. Nob
PI. LXXXVI, fig. 16, 17, 18.
I. testä ovatd, costis longitudinalibus, supernèé subspinosis ornatä; costulis transversis, distantibus et longitudinalibus, tenuissimis decussatd; aperturd ovato-oblongä; columelld basi subumbilicatd.
Localité : Valmondois.
Coquille fort belle et fort remarquable, dont nous n’avons vu, jusqu'a présent, qu'un très-pelit nombre d'individus, parmi lesquels un seul entier, que nous avons trouvé dans la belle localité que nous venons de citer.
Cette Harpe est ovale-oblongue , un peu plus cylindracée que l'espèce précédente ; sa spire est courte : on y compte six tours trés-étroits, dont les derniers sont aplatis en dessus. On compte treize ou quatorze côtes longitudinales sur le dernier tour; ces côtes sont plus épaisses que dans l'espèce précédente, et elles Salongent un peu à leur partie supérieure, comme dans le Harpa nobilis. Les intervalles des côtes présentent des stries transverses assez grosses, distantes, inégales, une, plus fine, étant placée entre les plus grosses. Ces stries forment un réseau élégant avec d’autres longitudinales, régulières et beaucoup plus fines. L'ouverture est proportionnellement plus large que dans l’autre espèce; le bord gauche est beaucoup plus
étroit, et surtout à la base de la columelle, où il laisse entièrement à découvert le bourrelet oblique et écailleux qui vient se terminer à l’échancrure terminale de l'ouverture. Le bord droit est simple et épaissi en dehors par la derniere côte.
Le plus grand individu que nous connaissions de cette espèce rare et précieuse est long de trente-trois millimètres et large de vingt.
Mon cabinet.
GENRE LylI.
BUCCIN. Buccinum.
Caractères génériques. Coquille ovale ou ovale conique; couverture longitudinale, ayant à sa base une échancrure sans canal; columelle non aplatie, renflée dans sa partie supérieure.
Testa ovata vel ovato-conica; apertura longitudinalis, basi emarginata ; canali nullo; columella non depressa, supernè turgida, undato-curva.
L'histoire que nous avons tracée du genre Strombe, et celle que nous avons faite des genres qui précèdent, nous permettra d’abréger ce que nous avons à dire sur le genre Buccin. Le mot Buccin était employé chez les anciens pour désigner les grandes espèces de coquilles de la Méditerranée, qui appartiennent aujourd'hui au genre Triton de Lamarck. Brisées au sommet, ces coquilles servaient alors d'instrument bruyant et sonore, et ce fut plus tard que, chez les Romains, on remplaça par un instrument métallique celui que précédemment les coquilles fournissaient. Ce mot Buccin , appliqué ainsi à ces grandes espèces, devint bientôt plus général, et déjà les anciens naturalistes l'avaient étendu à un grand nombre de coquilles tournées en spirale. C'est en le prenant dans une acception aussi générale, que Rondelet, Aldrovande et les autres commentateurs l'ont adopté dans leurs écrits. Cette maniere vicieuse se conserva même plus tard, car nous voyons les Buccins comprenant presque toutes les coquilles turbinées jusqu'au moment où Adanson, sur des observations précises, circonscrivit un genre Buccin d'une manière naturelle. Linné avait donné à ce genre une extension beaucoup trop grande: il y avait assemblé des coquilles réellement très-différentes les unes des autres, confusion qu'Adanson eut le talent d'éviter. Nous avons vu Bruguiere, réformateur de Linné, proposer plusieurs genres démembrés des Buccins qui, jugésnécessaires par Lamarck, furent adoptés aussi bien que ceux proposés par le savant auteur des Animaux sans vertébres. Parmi ces genres il en est un auquel Lamarck donna
DES COQUILEES FOSSILES. 645
d'abord le nom de Nasse, dans ses premiers essais de classification. Ayant reconnu depuis toute son analogie avec les Buccins, il supprima lui-même ce genre Nasse et en fit seulement une section du genre Buccin. Aujourd'hui la plupart des auteurs ont adopté le genre Buccin à la manière de Lamarck, et en effet, ce genre est naturel, quoiqu'il soit quelquefois dificile de déterminer rigoureusement ses limites. Lorsque nous avons traité des Fuseaux et des Rochers, nous avons fait voir qu'il existait plusieurs points de contact entre ces genres et celui qui nous occupe. Muller, dans sa Zoologia danica, a fait connaître l'animal d'un Fuseau commun dans les mers du Nord, et cet animal a une ressemblance incontestable avec celui des principales espèces de Buccins. Ce fait infirme la valeur que l’on attribue généralement à la forme des coquilles de ces deux genres. Il faudra, par une conséquence nécessaire, admettre parmi les Buccins des coquilles non échancrées à la base, mais terminées par un canal court. Si l’on pouvait être assuré que tous les Fuseaux à queue courte appartiennent aux Buccins par leurs animaux, on parviendrait à circonscrire les deux genres d’une manière plus naturelle qu’ils ne le sont aujourd'hui. Mais, sous le rapport de la longueur du canal terminal, les Fuseaux sont tellement nuancés, qu'il est nécessaire d'attendre que l’on connaisse un grand nombre desanimaux,pour enfaire le départ dans chacun desgenres auxquelsils devront appartenir. Cette difficulté n’est pas la seule qu'offre le genre Buccin. Ce passage, qui se montre entre les Fuseaux, existe aussi entre les Pourpres, de telle sorte qu'il y a encore de ce côté un certain nombre d’especes flottantes en quelque sorte entre les deux genres, et dont on ne pourra déterminer rigoureusement la place qu'au moment où les animaux seront connus.
Le genre Buccin est composé de coquilles marines d’un médiocre volume, en général oblongues ou arrondies, ayant une ouverture ovale-obronde, terminée à la base par une échancrure profonde : le nombre des espèces actuellement connues est assez considérable; nous en connaissons près de deux cents, tant vivantes que fossiles, parmi lesquelles les espèces du bassin de Paris ne sont comptées qu’en petit nombre. Lamarck en fit connaitre six espèces seulement, parmi lesquelles deux doivent être supprimées : la première, le Buccin térébral, est un Fuseau, Fusus lævigatus, Lamk.; l’autre, Buccin clavatulé, est un véritable Pleurotome, Pleurotoma striarella, Lamk., qui, ayant été mutilé, a été pris ici pour un Buccin. À ces quatre espèces nous en ajouterons onze que Lamarck ne connut pas.
Sous le nom de Buccinum crassum, Chemnitz a fait connaître une coquille singulière, à laquelle on trouvela plupart des caractères des Buccins, mais
qui cependant en a quelques-uns qui lui sont propres. La forme de la columelle est un peu différente de celle des Buccins; l’'échancrure de la base offre également quelque légère différence; mais ce qui la rend particulierement remarquable, c’est un sillon étroit et profond qui circonscrit la base de la coquille et vient se terminer vers l'extrémité du bord droit en une petite dent canaliculée assez semblable à celle des Monocéros. Cette coquille cependant n’a pas tous les caractères propres à ce dernier genre, et ne doit pas par conséquent y être rapportée; parmi nos espèces fossiles il en est plusieurs qui ont exactement les caractères de ce Buccinum crassum de Chemnitz. En attendant la connaissance de l'animal de l’espèce vivante, nous formons, à la fin du genre Buccin, une section pour les espèces fossiles ayant un sillon terminé par une petite dent sur le bord droit. Il est à remarquer que parmi les espèces fossiles des environs de Paris il n’y en a qu'une seule qui appartienne à la section des Nasses, tandis que dans d’autres terrains ces espèces y sont très-communes.