OYULE TUBERCULEUSE. Ovula tuberculosa. Duclos
PI. XCVI, fig. 16; pl. XOVII, fig. 17.
O. testd magnd, ovatd, inflatd, lævigatd, dorso bituberculatd; latere postico subplano , angulis callosis circumdato; apertur& elongatd, angusté&, arcuatd, anticè latiore; labro supernè exserto, subauriculiformi.
Cypræa Deshayesi, Gray, monogr. des cypr., Zool. journ.; t.4, p. 83, n. 64.
Cypræa tuberculosa, Sow., Addit. et correct. à la monogr. des cypr., Zool. journ., t. 4, p. 221, pl. 30, Suppl.
Localités : Rétheuil, Guise-Lamothe.
M. Duclos, le premier, fit connaître cette coquille, en distribuant aux collecteurs une figure lithographiée qui la représente exactement. Cette planche, isolée et sans texte, n’appartenant à aucun recueil connu de publication, n’a sans doute été connue que d'un très-petit nombre de personnes, et nous aurions pu, malgré cette publication peu usitée, donner à cette espèce un autre nom; mais nous avons préféré celui-ci, déjà inscrit dans quelques collections.
L’Ovule tuberculeuse est une des plus rares et des plus précieuses coquilles du bassin de Paris; elle est remarquable par sa taille et par les caractères qu’elle présente ; elle se rapproche à quelques égards du Cypræa mus, ayant comme elle des tubercules sur le dos. Mais elle n’appartient pas aux Porcelaines proprement dites; l'absence des dents sur le bord de l'ouverture lui fait prendre place parmi les Ovules. Elle est ovale-oblongue, très-ventrue, fort élargie postérieurement et aplatie de ce côté postérieur. Cet aplatissement est rendu plus remarquable, parce qu'il est circonscrit de chaque côté par une callosité oblongue, qui remonte et disparaît vers le dos. Sur la ligne médiane et dorsale s'élèvent deux tubercules inégaux:
n8 DESCRIPTION
celui qui est le plus en arrière est le plus saillant, et il est comprimé d'avant en arrière; le second tubercule ressemble à une grosse pustule arrondie, placée à peu de distance du premier. La coquille est aplatie en dessous. L'ouverture est alongée, courbée dans sa longueur et principalement vers son extrémité postérieure; elle se dilate légèrement vers la base, et dans l'endroit de cette dilatation les bords sont évasés et un peu infundibuliformes : le bord droit est très-épais; il porte du côté de l'ouverture quelques grosses rides irrégulières. À l'extrémité postérieure de l'ouverture il se prolonge en une sorte d’oreillette recourbée, qui cache toute l’échancrure de ce côté, lorsqu'on la regarde de face. Toute la surface de cette coquille est lisse; mais l’état fossile lui a ôté le brillant qu’elle devait avoir durant la vie de l'animal.
Les grands individus ont cent vingt-cinq millimètres de long et quatrevingt-douze de large.
Mon cabinet.
2. OVULE INTERMÉDIAIRE. Ovula intermedia. Nob. PI. XCV, fig. 54, 35, 56.
O. testä ovato-oblongä, minimd, lævigatd, fragilissimä, apice mucronatd , basi attenuatd; aperturd angustd; labro tenuissimo, basi sinuoso.
Localités : Grignon, Beyne.
Ce n'est qu'avec doute que nous plaçons cette coquille parmi les Ovules: elle n’en a pas tous les caractères, et peut-être conviendrait-il de la mettre au nombre des Tarrières; mais, comme elle n’a pas non plus exactement les caractères de ce dernier genre, nous la plaçons ici, en attendant à son sujet de nouvelles observations.
Nous n'avons vu jusqu’à présent que quatre ou cinq individus de cette espèce : ils étaient tous de la même taille et offraient les mêmes caractères. Nous avions d’abord pensé qu'ils étaient de jeunes individus du Terebellum convolutum ; maïs, dans une de nos dernières excursions à Grignon, ayant eu occasion de voir un assez grand nombre d'individus de tous les âges de cette espèce, nous ne leur avons jamais trouvé, à un degré quelconque, les caractères particuliers de l'espèce qui nous occupe.
Cette petite coquille est ovale-oblongue, ventrue à sa partie supérieure, rétrécie à sa base; sa surface est lisse, polie, si ce n’est vers l'extrémité antérieure, où l’on trouve, à l’aide d’un grossissement convenable, quelques stries transverses; la spire semble saillante, et ne l’est cependant pas;
elle est complétementinvolvée par le dernier tour: ce qui donne au sommet de la coquille l'apparence d’une spire saillante, c’est parce que du centre s'élève un petit cônerésultant du prolongement des deux bords de l'ouverture et de leur enroulement : ces deux bords, dans le prolongement, ne laissent entre eux qu'une fente extrêmement étroite et non un canal élargi, comme dans les Ovules. L'ouverture est peu élargie; elle est subquadrangulaire; son bord droit, très-mince et tres-fragile, est légèrement courbé en avant et infléchi à son extrémité antérieure. Cette inflexion ressemble un peu à celle des Tarrières; mais elle n’est pas semblable à celle du Terebellum convolutum, lorsqu'il est encore à la taille de notre coquille. Cette espèce curieuse semble intermédiaire par ses caractères entre les Ovules et les Tarrières, et peut servir à indiquer les rapports des deux genres.
La longueur de cette coquille est de sept millimètres, et sa largeur de quatre.
Mon cabinet.
GENRE LXIIT.
PORCELAINE, Cypræa.
Caractéres génériques. Coquille ovale ou ovale-oblongue, convexe, à bords roulés en dedans. Ouverture longitudinale, étroite, dentée des deux côtés, versante aux deux bouts. Spire tres-petite, à peine apparente.
Testa ovata vel ovato-oblonga, convexa, marginibus involutis. Apertura longitudinalis, angustata, utrinque dentata, ad extremitates effusa. Spira minima , Obtecta.
Il serait curieux de rechercher, dans une dissertation particulière, l’origine et l’étymologie du nom consacré depuis long-temps aux coquilles connues vulgairement, ainsi que dans la science, sous le nom de Porcelaines; les Grecs les désignaient par le nom de @Qogwæ, et ce mot, qui se traduit littéralement par Porcellus, avait une autre signification, que nous ne chercherons pas à expliquer, il nous suflira de dire que, sur un conte populaire, ces coquilles étaient consacrées dans le temple de Vénus de Gnide. Les Latins, en conservant l'équivoque, traduisirent le mot grec par Porcella ou Porcellana, et c’est cette dernière dénomination qui, au renouvellement des lettres, a été introduite dansla langue française. Chez les anciens, lesgrandes espèces de Porcelaines étaient taillées de manière à pouvoir servir de coupe, et il est bien à présumer que c’est par imitation et par un emprunt assez naturel que l’on donna le nom de porcelaine aux vases faits d’une terre particulière et couverte d’un vernis dur et brillant, comparable à
celui qui recouvre les coquilles dont nous nous occupons. Sans aucun doute les anciens connurent plusieurs espèces, qui habitent en grande abondance dans la mer Rouge; probablement aussi ils eurent quelques-unes des espèces de l'océan de l'Inde, et c’est de ces dernières, plus grandes que les autres, dont ils se servirent pour faire des coupes à boire. Belon rapporte qu'il fut témoin du départ d’une caravane de vingt chameaux uniquement chargés de Porcelaines de la mer Rouge et qui étaient envoyées en Europe; ces coquilles étant alors recherchées pour lisser le linge etle papier, et pour servir d'ornement propre à suspendre les clefs. Les Porcelaines avaient déjà, dans le même temps, un autre usage; certaines espèces étaient employées comme monnaie à la côte de Guinée et servaient à l'achat des esclaves. Il y a tant d'analogie entre toutes les espèces de Porcelaines, qu'il était presque impossible de les confondre avec d’autres coquilles. Rondelet en rassemble quatre espèces sous le nom de Concha V'eneris ou de Porcellana. Gessner en ajouta quelques-unes, et Aldrovande en augmenta encore le nombre. On pourrait dire que ces auteurs ont créé le genre Porcelaine. Nous dirons qu'ils l'ont seulement entrevu, aussi bien que quelques autres genres aussi faciles à reconnaître que celui-ci; mais, comme ils n'avaient aucune idée systématique sur le rapport et l’arrangement des êtres, il faut attribuer l’origine des genres à ceux des auteurs qui, tels que Lister et Gualtieri, firent les premiers efforts pour établir des systèmes de classification. C'est dans ces deux auteurs, en effet, que l’on trouve réunies, pour la premiére fois, et dans des sections naturellement circonscrites, un grand nombre d'espèces de Porcelaines. Lister, comme nous l’avons vu, distingua très-bien les Ovules, ce que fit également Gualtieri, à son imitation, mais moins heureusement : de sorte que Linné, en admettant dans le Systema naturæ un genre Porcelaine, le trouva tout préparé et même trés-bien caractérisé. Adanson, pendant son Voyage au Sénégal, ayant observé des Porcelaines encore jeunes, se laissa imposer par quelques caracteres peu importans de la coquille et de l'animal encore jeunes, et il créa un genre Péribole, Peribolus, pour rassembler ces jeunes Porcelaines, ne se figurant pas que, dans le jeune âge, elles fussent différentes de ce qu’elles sont dans l’âge adulte. Il suffisait cependant d'un petit nombre d'observations pour détruire l'erreur d'Adanson; aussi le genre Péribole ne fut mentionné dans ces derniers temps que par M. de Blainville. Ce savant professeur, confiant dans les observations d'Adanson, adopta légèrement ce genre Péribole; mais peu de temps après il reconnut et rectifia son erreur. Tel qu'il a été constitué par Linné, le genre Porcelaine pouvait être adopté, après en avoir
retiré les deux ou trois espèces d'Ovules qu'il y confondait. Après avoir subi cette amélioration, le genre, caractérisé de nouveau, fut introduit dans les méthodes par Bruguière et Lamarck. Depuis cette époque, il a été maintenu dans toutes les classifications.
Bruguière, ce savant et judicieux observateur, s'était fait une idée tresfausse de l’accroissement de la coquille des Porcelaines. Ayant observé des individus de diverses tailles appartenant à une même espèce, il se figurait que l'animal d’un petit individu, ne pouvant plus prendre d’accroissement, abandonnait une enveloppe devenue gênante pour lui, s'en construisait une autre plus grande et plus en rapport avec son développement. Aujourd’hui l’on sait de quelle manière les mollusques sécrètent leur coquille, commentils y sontattachés, et dès-lorsil devient presque inutile de réfuter sérieusement celte singulière opinion de Bruguière. Probablement qu'il ne l’'aurait jamais eue, s'il s'était souvenu que, dans toutes les espèces d'animaux, il y a des individus de taille très-différente, quoique tous du même äge. Il aurait dù se souvenir également des expériences de Réaumur sur la structure des coquilles, et il aurait été convaincu qu'il n’est pas plus facile à un mollusque attaché à sa coquille par des muscles de l’abandonner qu'à un animal vertébré, de rejeter tout ou partie de son squelette. Il est à présumer que Bruguière regardait les coquilles comme une partie comparable à la peau durcie des crustacées. Si les crustacées peuvent abandonner leurs parties solides pour s'accroitre, pourquoi disait-il, cela n’aurait-il pas lieu chez les mollusques? Cette question n’était point juste; car la coquille n’a rien en soi de comparable à la peau segmentée des crustacées. Les Porcelaines sont de belles coquilles marines, servant à l’ornement des cabinets par la richesse et la variété de leurs couleurs : elles sont généralement ovales-globuleuses, tres-brillantes: presque toutes sont lisses; celles qui sont sillonnées ou tuberculeuses sont en petit nombre : celles qui sont adultes, ont pour la plupart la spire tout-à-fait intérieure et enveloppée dans le dernier tour. l'ouverture est en fente étroite, aussi longue que la coquille. Lorsque la coquille est jeune, le bord droit ressemble assez bien à celui de certaines Volutes. Mais lorsque l’animal a acquis tout son développement, ce bord droit se rapproche du gauche, s'enroule sur lui-même, en dedans, et ne laisse plus à l'animal, pour sortir, qu'une petite ouverture étroite, ayant ses bords presque parallèles et plus ou moins fortement dentés ou plissés de chaque côté. À chaque extrémité de l'ouverture on voit une échancrure ou seulement un canal très-court, qui n’est jamais relevé en dessus. Il est fort difficile de distinguer les espèces dans un genre
où la forme est peu variable, et dans lequel on compte actuellement un nombre considérable d'espèces. On trouve des Porcelaines dans toutes les mers; mais les plus grosses habitent les régions chaudes de notre globe.
Les Porcelaines fossiles sont en petitnombre: presque toutes celles quisont connues actuellement, proviennent des terrains tertiaires; Lamarck n’en a cité que trois ou quatre espèces aux environs de Paris, et parmi elles il mentionne le Cypræa pediculus, vivant actuellement dansl’océan Européen. Nous avons vu l'espèce fossile de Grignon, à laquelle Lamarck donne le nom de Cypræa pediculus, et nous avons reconnu en elle une espece curieuse et bien distincte, à laquelle nous consacrons le nom de lillustre professeur. Les nouvelles recherches que nous avons faites dans plusieurs localités des environs de Paris, ainsi que les communications bienveillantes de plusieurs personnes occupées des mêmes recherches, nous ont fait connaître plusieurs belles espèces de Porcelaines. Nous en comptons neuf actuellement; en voici la description.