GENRE LXIV
ANCILLAIRE, Ancillaria.
Caractères génériques. Coquille oblongue, subcylindrique, à spire courte, non canaliculée aux sutures; ouverture longitudinale, à peine échancrée à sa base, versante ; un bourrelet calleux et oblique au bas de la columelle.
Testa oblonga, subcylindrica, spird brevi, ad suturas non canaliculata ; apertura longitudinalis, basi vix emarginata, effusa; varix callosa et obliqua ad basim columellæ.
C'est encore à Lamarck que l’on est redevable de la création de ce genre. La seule espèce vivante connue du temps de Linné, était confondue, ainsi que les Olives, parmi ses Volutes, et c’est lorsque Lamarck démem-
bra le grand genre linnéen, qu'il fit celui-ci; il lui donna d’abord, dans ses premiers ouvrages, le nom d’Ancille, Æncilla. En adoptant dans le Buffon de Sonnini, M. de Roissy craignit que l’on ne fit confusion entre ce genre et celui nommé Æncylus. Il proposa le. nom d’Ænaulax, que Lamarck n’adopta pas; car, plus tard, au premier nom d’Ancille il substitua celui d'Ancillaire, qui a été généralement adopté depuis. En créant le genre, Lamarck reconnut bien son analogie avec les Olives, et il les rapprocha. Quoique oublié par Cuvier, dans la première édition du règne animal, ce genre fut néanmoins adopté par M. de Férussac, qui le laissa dans la famille des Enroulées. Les autres auteurs se sont contentés d'adopter le genre, sans changer d’une manierenotable ses rapports. M. Cuvier, dans sa seconde édition du Règne animal, mentionna les Ancillaires; mais, au lieu de les mettré, comme on devait s'y attendre, dans le voisinage des Olives, il en fit un sous-genre des Buccins, dans le voisinage des Ébartes: ceci peut s'expliquer Semen Les Éburnes de Lamarck Rene deux sortes de coquilles : les unes, épidermées, sont de véritables Buccins; les autres, toujours lisses, sont de véritables Ancillaires, ayant l'ombilic ouvert. Il est à présumer que Cuvier aura pris pour type des Éburnes celles des espèces qui doivent passer aux Ancillaires, et il n’est pas étonnant dés-lors qu'il ait aperçu entre ces deux genres une si grande ressemblance.
Le genre Éburne étant démembré d'une manière convenable, et ses espèces réparties dans les deux genres auxquels elles appartiennent, le genre Ancillaire, ainsi augmenté, aura toujours plus de rapports avec les Olives qu'avec les Buccins. Jusque dans ces derniers temps, l'animal des Ancillaires était resté inconnu. C'est aux laborieuses recherches de MM. Quoy et Gaimard que la zoologie doit la connaissance de ce mollusque et la possibilité d'apprécier rigoureusement les rapports de ce genre intéressant. Si d'un côté l'animal des Ancillaires a de la ressemblance avec celui de certains Buccins (Buccinum lævissimum, Lamk.), il n’en a pas moins avec celui des Olives, et la principale différence consisterait plutôt dans quelques formes extérieures du manteau et la manière dont il est enroulé, que dans la disposition des organes intérieurs, qui, dans l’un et l’autre genre, offrent une très-grande analogie. Ce qu'il y a de remarquable dans l'animal des Ancillaires, c’est l'absence des tentacules, qui, dans les Olives, sont grands et portent des yeux bien développés.
Le genre Ancillaire est aujourd'hui composé d’un assez grand nombre d'espèces. Dans son Species conchyliorum , malheureusement non continué,
= M. Sowerby a fait connaître vingt espèces vivantes, auxquelles on peut
ajouter huit ou neuf espèces fossiles. De ces dernières le plus grand nombre proviennent des environs de Paris. Lamarck, dans les Mémoires du Muséum, en a indiqué quatre, dont une, Ancillaria subulata, peut être retranchée, n'étant qu'une variété de la buccinoïde. À ces trois espèces nous en ajoutons trois autres. Parmi les Olives fossiles de Lamarck on en trouve une sous le nom d’'Oliva canalifera : elle est exactement la même que l’Ancillaria canalifera. Nous avons dù faire disparaître ce double emploi, et nous pensons que la coquille dont il s’agit convient mieux au genre Ancillaire qu'a celui des Olives.
1. ANCILLAIRE BUCCINOÏDE. Ancillaria buccinoides. Lamk. PL XCVILI, fig. 12,12, 15, 14.
A.testd ovato-elongatd, acutd, ad basim spiramque nitidissimd; aperturä magnd; columelld callo submarginatä; varici columellari striato.
Lamk., Ann. du Mus., tom. 16, p. 304, n. 2.
Idem, Anim. sans vert., loc. cit. ,n. 2.
Encycl., pl. 393, fig. 1,4, b.
Ancilla buccinoides, Lamk., Ann. du Mus. t.1,p.475, et t. 6, pl. 44, fig. 5, a, b:
Ancillus buccinoides, Montf., Conch. syst., t. 2, p. 382.
Anaulax buccinoides, Roissy, Moll., t.5, pl. 56, fig. 7.
Fav., Conch., pl. 66, fig. Æ7, 1.
List., Conch., tab. 1034, fig. 8?
Var. b. Desh.) Testd angustiore; spird longiore; aperturd minore.
Var. c. Desh.) Testd subturritä; aperturd abbreviatd.
Ancillaria subulata, Lamk., loc. cit., n. 3.
Encycl., pl. 393, fig. 5, a, b (mala),.
Ancilla subulata, Sow., Gen. of Shells, n.3, fig. 2.
Idem, Sow., Min. conch., pl. 533, fig. 5, 4.
Knorr, Foss., t. 2, pl. 45, fig. 18.
Nob., Encycl. méth., Vers, t. 1, p. 43, n. 6.
Localités : Grignon, Parnes, Mouchy, Maulette, Courtagnon, C. G.; Rétheuil, C. G. I.; Valmondois, Betz, Tancrou, G. M.S.; Barton en Angleterre, Valognes, la Belgique.
Quand on a sous les yeux un grand nombre d'individus des deux espèces que nous réunissons, il est impossible de les séparer réellement; en établissant une série de formes et en prenant les extrêmes, on pourra assez facilement les distinguer comme espèces, mais on ne le pourra plus aussi-
tôt qu'on y ajoutera les intermédiaires : il faut donc considérer cette espèce dans toutes ses modifications de localités, qui influent souvent sur la forme, et dans toutes ses variétés. On la trouvera depuis la forme buccinoïde, ventrue, jusqu’à la forme subulée, presque turriculée : on verra l’ouverture diminuer de longueur graduellement, à mesure que la spire s'alongera. En examinant ensuite comparativement un individu quelconque de la série avec le type de l’espèce, on lui retrouvera toujours les caractères spécifiques indépendans de la forme.
La coquille est de forme ovalaire, pointue au sommet, qui est fort aigu ; la spire est plus ou moins longue, mais les tours qui la composent sont couverts d’une couche mince, d’un blanc de lait, très-lisse, tres-polie et fort brillante, mais point nacrée, comme l’a dit Lamarck. Cette couche couvre une partie du dérnier tour de la spire, passe sur la lèvre droite, qui est plus obtuse dans cet endroit, et devient un bourrelet columellaire plus ou moins épais sur le bord gauche. Tout le ventre de la coquille, quoique lisse, n’est point couvert de cette couche brillante qui revêt la spire; à la base on retrouve encore une bande de la même nature; elle se divise en deux parties distinctes : l’une est comprise entre deux sillons, dont l’un indique le commencement de la bande, et l’autre, moins profond, aboutit au milieu de l’échancrure; l’autre partie est comprise entre le bourrelet et le second sillon. La lèvre droite est mince, tranchante, excepté dans l'endroit de sa jonction avec le bord gauche, où elle est plus obtuse et ordinairement échancrée en gouttière peu profonde; le bord columellaire est bordé par une lèvre peu saillante, formant une callosité vers l'angle de l’ouverture; le bourrelet de la base est gros, arrondi, tordu, garni de six à sept plis réguliers, obliques; il est séparé du côté externe par un sillon profond; il est toujours plus court quele bord droit. Nous possédons un jeune individu de cette espèce qui a conservé ses couleurs; le milieu dela coquille est blanc; ses tours de spire sontindiqués par une zone de taches d'un brun rouge; la base de la coquille est de ia même couleur, mais sans taches.
Les grands individus ont quarante-sept millimètres de longueur et vingtdeux de largeur. La largeur est de quinze millimètres seulement dans les cavités les plus étroites.
Mon cabinet.