ORDRE TROISIÈME
LES TRACHÉLIPODES.
Corps contourné en spirale dans sa partie postérieure, cette partie étant séparée du pied, et toujours enveloppée dans une coquille ; le pied libre , aplati, attaché à la base inférieure du cou ou à la partie antérieure du corps, et servant à ramper. Coquille spirivalve engaînante.
M. Lamarck a séparé des Gastéropodes de M. Cuvier, tous ceux qui ont une coquille spirale, et dont le pied, n'étant point lié au reste du corps, s'insère à la base du cou, pour en faire son troisième ordre sous le nom de Trachélipodes. Nous avons donné dans le tableau qui commence ce volume, la distribution méthodique des Trachélipodes , d'après ce zoologiste célèbre. Cette distribution ré-
pond aux Gastéropodes pulmonés et pectinibranches , en y ajoutant le genre Haliotis des Scutibranches de M. Cuvier. Il ne reste plus dans les Gastéropodes, pour M. Lamarck, que les Gastéropodes nudibranches, les inférobranches et les tectibranches, en y ajoutant le plus grand nombre des genres des Scutibranches.
Nous nous proposions de considérer, d'une manière générale et comparative, les familles et les genres qui composent l’ordre des Trachélipodes. Nous voulions donner une idée des différences que l’on remarque dans les systèmes des divers auteurs modernes, et nous efforcer de faire sentir sur quelle diversité de principes ces différences reposent. Mais cette discussion fort longue, puisqu'elle a rapport à près de quatre-vingts genres, se trouverait tout-à-fait hors de propos dans un ouvrage consacré spécialement à l'étude des Fossiles. Nous nous contenterons, à mesure que de nouvelles familles se présenteront, de les discuter comme nous avons fait précédemment, et nous renvoyons, pour ceci, aux ouvrages de MM. Cuvier, Lamarck, de Blainville, etc. , ainsi qu'aux Tableaux systématiques de M. Férussac.
Cet ordre , malgré le retranchement des autres Gastéropodes , reste néanmoins très-nombreux en familles et en genres : il en embrasse à lui seul presqu’autant que tous les autres. Ce grand nombre d'objets à classer dans un même ordre, et surtôut plusieurs points douteux et même inconnus quant à l'anatomie des Animaux L ont dû laisser à l'arbitraire l'arrangement de plusieurs familles. On ne peut étre alors conduit que par des rapports d'un ordre inférieur, pris seulement sur les formes du test; cet embarras doit augmenter lorsque, m’ayant à considérer que des Fossiles, on ne peut être dirigé que par ces faibles moyens. Il est vrai qu'il y a des genres faciles à reconnaitre, qui ne laissent point le moindre doute de leur identité, et heureusement ceux-là sont les plus nombreux; mais il en est d'autres qui semblent s'éloigner de tout ce qui est connu. Comment alors lesrattacher au système, si on ne donne quelque chose au hasard, après avoir épuisé toutes les ressources que donnent les inductions justement appréciées, déduites des rapports de formes ? Nos moyens sont donc très-bornés , et quelquefois ne reposent que sur des choses qu'il est permis à chacun d'envisager à sa manière ; d'où cette dissidence dans les opinions des auteurs, puisque chacun peut donner la sienne ; c’est ce que nous aurons souvent occasion de remarquer dans le cours de nos observations sur les diverses familles des Trachélipodes.
L'organisation des Trachélipodes diffère très-peu de celle des Gastéropodes ; aussi il n’est qu'un très-petit nombre de naturalistes qui ne les aient pas réunis. Comment en effet séparer dans deux ordres les Limaciens et les Colimacées qui forment, on peut le dire, une famille naturelle, qui diffère si peu en organisalion,
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qu'on serait porté de les réunir dans un même genre? Alors ce caractère d'une coquille enveloppant la partie postérieure du corps est de peu de valeur, surtout si l’on fait attention à la marche graduelle que suit la nature, pour arriver depuis la coquille rudimentaire des Limaces, jusqu'à celle des Hélices, en passant par les intermédiaires de la Testacelle, de 11 Parmacelle et de la Vitrine. Si par cette seule considération, qui est d’une assez grande importance dans l’ordre de classification, un des principaux caractères se trouve détruit, cela prouve évidemment que la division des Trachélipodes, des Gastéropodes est arbitraire, et cela sera d'autant plus vrai, que la destruction de ce caractère emporte nécessairement celle des autres qui en dépendent. En effet, dès que les Trachélipodes n’ont point exclusivement la propriété d’avoir la partie postérieure du corps tournée en spirale, que cela leur est commun avec les Vitrines , il s'ensuit nécessairement qu'ils n’ont pas seuls un pied libre et détaché d’une partie da corps. Que cette partie séparée le soit plus antérieurement chez les uns, plus postérieurement chez les autres, il n'existe toujours de différence pour ce second caractère que du plus au moins dans un même plan d'organisation, ce qui, certes, n’est pas suffisant pour établir des ordres distincts. Il est vrai que cette division a l'avantage de faciliter la distribution de cette partie des mollusques, d'en diminuer le nombre par ceux placés dans les Gastéropodes, et conséquemment d'en rendre l'étude plus facile; comme on est souvent obligé d'admettre des distinctions arbitraires, parmi les espèces d’un genre très-nombreux, pour en faciliter la recherche, M. Lamarck a divisé ses Trachélipodes en deux sections : la première, sous la dénomination générale de Phytiphages, réunit tousles Trachélipodes sans siphon, et qui par conséquent ont une coquille, dont l’ouverture est entière, sans canal ni échancrure à la base; et la seconde renferme tous les Trachélipodes à siphon saillant, Zoophages, ayant une coquille échancrée , canaliculée ou versante à la base.
La première de ces sections renferme dans deux sous-divisions dix familles : les Colimacees etles Lymnéens, qui ne respirent que l'air, et les Mélaniens, les Péristomiens , les Néritacés, les Janthines, les Macrostomes;, les Plicucés, les Scalariens, les Turbinacées qui ne respirent que l’eau; ces diverses familles ré— pondent au genre Escargot et à ses sous-genres Clausilie et Agathine, admis par M. Cuvier parmi ses Pulmonés terrestres, ainsi qu'aux Pulmonés aquatiques el aux Pectinibranches sans exception. M. Férussac (Tableaux systém. des Anim. moll.) a opéré quelques changemens dans la disposition des familles et des genres de cette section ; il en a fait les 4°, 5° et 6° ordres des Gastéropodes. Le premier de ces ordres, sous le nom de Pulmonés sans opercules, est divisé en trois
DES COQUILLES FOSSILES. 51 sous-ordres et quatre familles ; le premier de ces sous- ordres (les GÉOPHILES) comprend la famille des Limaces et celle des Zimacons , parmi lesquelles on remarque plusieurs genres nouveaux, et un grand nombre de sous-genres pour le genre Hélix, comme nous le verrons plus tard; le second sous-ordre (les GÉHYDROPHILES) renferme une seule famille, les Æuricules; le troisième sous-ordre (les Hycro- PHILES ) se compose également d'une seule famille, les Lymnéens.
Le second des ordres que nous avons mentionnés, renferme, sous la dénomination générale de Pulmonés operculés, deux familles, les Helicines et les Turbicines. Le troisième ordre, le plus considérable, renferme tous les Pectinibranches de M Cuvier. M. Férussac les divise en quatre sous-ordres, dont nous ne mentionnerons maintenant que le premier; ce premier sous-ordre (les POMASTOMES) se compose de deux familles, les Sabots ou Turbinés et les Toupies ou Trochoïdes, parmi lesquels nous remarquons plusieurs genres fluviatiles. C’est en parlant de chaque famille en particulier, que nous discuterons ces changemens, dont plusieurs reposent sur de très-bonnes observations, et seront probablement adoptés de tous les zoologistes, tandis que d’autres ne nous paraissent point dans le même cas.