GENRE LXVII
CONE, Conus.
Caractères génériques. Coquille turbinée ou en cône renversé, roulée sur elle-même ; ouverture longitudinale, étroite, non dentée, versante à sa base.
Testa turbinata, seu inversé conica, convoluta; apertura longitudinalis, angusta, edentula , basi efjusa.
Tous les naturalistes sont d'accord sur la beauté,du genre Cône; la richesse des couleurs est en effet remarquable, et il n’est point étonnant qu il ait acquis une célébrité plus grande que la plupart de ses congénères. Les espèces vivantes sont à la fois nombreuses et très-variées, et depuis long-temps elles ont attiré l'attention des naturalistes ; aussi depuis Rondelet, qui en a distingué sous le nom de coquilles cylindroïdes, on voit presque tous les auteurs, à mesure que d’autres
espèces furent découvertes, les grouper d’une manière naturelle et sans les mélanger. Il est en effet très-facile de reconnaître les coquilles du genre Cône; car leur forme conoïde est peu variable. Malgré cela, Lister, ordinairement si judicieux, confondit souvent les Olives et les Cônes, et l’on peut dire que de tous les naturalistes qui ont précédé Linné, Gualtieri est le seul qui ait eu connaissance d'un grand nombre d'espèces, et qui les ait rassemblées en un groupe très-naturel; aussi l’on peut dire que le genre Cône, tel que Linné l’a conçu, ne diffère en rien de celui de l'auteuritalien. Depuis Linné, tous les zoologistes ont adopté le genre, et comme il est très-naturel, Montfort seul, le plus systématique des auteurs modernes, trouva moyen de faire à ses dépens quelques mauvais genres actuellement oubliés.
Adanson, dans son Voyage au Sénégal, distingua le genre Cône; mais il lui donna le nom de Rhombus : il fit connaître l'animal et le décrivit d'une manière plus parfaite que ne l'avait fait d’Argenville dans la Zoomorphose. Malgré cette description, et quoique l’on n’ignorât pas que les Cônes sont toujours revêtus d'un épiderme plus ou moins épais, la plupart des auteurs maintinrent le genre qui nous occupe, en rapport avec les Porcelaines et les Olives. Cette opinion est en partie empruntée à Linné, car on voit dans le Systema naturæ le genre Cône précédant celui des Porcelaines; mais il ne fallait point attacher à cette opinion plus d'importance qu’elle n’en méritait, et rechercher si, par les caractères connus, on pouvait donner au genre Cône des rapports plus naturels. M. de Férussac, le premier, dans ses Tableaux systématiques, en présenta de nouveaux; car il fit des Cônes une petite famille, qu'il mit entre celle des Strombes et celle des Enroulées, pour servir de liaison entre elles. Depuis, M. de Blainville a reproduit cette opinion de M. de Férussac, en l'exagérant peut-être, puisqu'il comprend les Cônes, ainsi que les Strombes, dans la première section de sa famille des Angystomes. Les incertitudes de la classification à l'égard de ce genre, venaient sans doute de ce que l’on connaissait imparfaitement l'organisation des animaux. MM. Quoy et Gaimard , dans leur Voyage autour du monde, et depuis M. Ehrenberg, ont donné des détails anatomiques sur les Cônes, et il est devenu évident qu'ils n’ont point avec les Porcelaines et les Olives l’analogie qu’on leur supposait. Ils diffèrent également des Strombes, dont ils se rapprochent cependant un peu plus que des autres genres. Ceserait donc à l'opinion de M. de Férussac que l’on devrait revenir aujourd'hui, en la modifiant cependant de manière à rapprocher les Cônes des Buccins et des Vis.
Les Cônes sont des coquilles marines dont le nom indique assez la forme. Leur spire est ordinairement très-courte, à tours très-étroits et formant la base du cône que produit le dernier tour. Ce dernier tour est terminé par une ouverture
longue et étroite, dont les bords sont parallèles; le bord droit est simple, tranchant et quelquefois séparé de l'avant-dernier tour, à sa partie supérieure, par une échancrure plus ou moins profonde et qui ressemble à celle de certains Pleurotomes : cette analogie avait fait supposer à quelques auteurs que les Cônes devaient avoisiner les Pleurotomes. Cette opinion n'avait rien de fondé, puisque l’on sait aujourd'hui que les Pleurotomes diffèrent très-peu des Fuseaux. L'ouverture des Cùnes n'est point prolongée à la base par un canal; elle se termine par une troncature oblique et non par une échancrure profonde, comme dans les Buccins. Dans la plupart des espèces, la surface extérieure est lisse ou à peine striée; dans quelques autres, elle est chargée de stries ou de sillons transverses plus ou moins gros et nombreux, selon les espèces. Ce genre offre deux grandes difficultés pour la détermination des espèces; la forme étant peu variable, elle est quelquefois identiquement la même dans des espèces cependant différentes par les animaux et par le système de coloration de leurs coquilles ; dans d’autres espèces les formes sont variables dans certains degrés, et les couleurs variant d'une manière surprenante, il est impossible d'avoir pour leur distinction des caracteres fixes et constans; nous croyons même que l’on ne parviendra à obtenir la séparation de plusieurs d’entre elles qu'au moment où un grand nombre d'animaux seront connus. Si des difficultés existent à l'égard des espèces vivantes, elles sont bien plus grandes pour les fossiles, puisque lon manque entièrement de la coloration et que l’on est obligé de s'en rapporter à des formes variables dans de très-petites limites; aussi est-il à présumer qu'il existe à l’état fossile un plus grand nombre d'espèces qu’on ne le suppose habituellement, et il sera peut-être toujours impossible de les distinguer d’une maniere nette et précise. On a cru long-temps que les Cônes fossiles étaient propres aux terrains tertiaires; nous savons aujourd'hui qu'il en existe plusieurs dans les terrains crétacés : lun d'eux appartient à la craie inférieure des environs de Réthel, l’autre a été découvert par M. Dujardin dans la craie de Touraine. Le nombre des espèces appartenant au bassin de Paris est peu considérable : Lamarck en comptait quatre, mais les nouvelles recherches ont porté à huit le nombre des espèces actuellement répandues dans les collections.