GENRE LXIX
BÉLOPTÈRE. Beloptera.
Caractères génériques. Coquille composée de deux cônes réunis sommet à sommet, soutenue de chaque côté par deux appendices aliformes, obliquement
inclinés; surface dorsale convexe; côté ventral concave; cône antérieur lisse, composé de substances fibreuses, rayonnantes comme dans les Bélemnites, creusé d’une cavité conique, dont l'ouverture a les bords minces et tranchans, remplie intérieurement de cloisons transverses, percées par un siphon ventral.
T'esta conis duobus apice ad apicem cunjunctis formata , utroque latere duobus appendicibus aliformibus sustenta , oblique inclinatis ; superficies dorsalis convexa ; ventralis concawa; conus anterior lævigatus, sicut in Belemnitibus radiatim Jibrosus , cavitate conicd, profunddà excavatus, septis transversis, concavis, regularibus , siphone ventrali perforatis.
Le corps fossile avec lequel nous avons établi le genre Béloptère n'avait point échappé aux recherches de Guettard. Ce naturaliste, auquel on doit tant de travaux sur les corps fossiles, a figuré celui-ci dans le tome 5 de ses mémoires, en supposant, il est vrai avec doute, qu'il avait appartenu à un poisson. Ayant trouvé ce corps dans nos recherches aux environs de Paris, nous l'avons examiné avec tout le soin convenable, et nous lui avons reconnu des caractères tout-àfait particuliers, qui le rendent intéressant pour l'étude rationnelle de plusieurs groupes de Céphalopodes. M. de Blainville, auquel nous avons communiqué ce genre lorsqu'il publia son Traité de malacologie, confondit avec lui les restes des Sèches fossiles dont nous avons précédemment rapporté la description. Cette confusion fut maintenue par MM. d'Orbigny et de Férussac dans leur travail sur les Céphalopodes, par Cuvier dans la dernière édition du Règne animal, ainsi que par M. Sowerby dans son Mineral conchology. Déjà à l’article Béloptère de l'Encyclopédie nous avons donné des renseignemens tels qu’il n’est plus possible aujourd’hui de le confondre avec aucun des genres connus de la classe des Céphalopodes. Ce genre Béloptère est d'autant plus important, qu’il présente la singulière combinaison, si peu prévue des naturalistes, de l'os de la Sèche et de la Bélemnite.
Le Béloptere était une coquille intérieure, placée, comme l'os de la Sèche, dans le dos d’un animal céphalopode, et nous en avons la preuve dans les sillons vasculaires qui rampent sur le dos de la coquille. Ces vaisseaux partent de l'angle que forme antérieurement la jonction des ailes avec l'extrémité antérieure. Une apophyse postérieure, obtuse, épaisse, conique, finement fendillée, représente, par sa position, la pointe terminale postérieure de l'os de Seche. Sur les parties latérales de cette apophyse, et embrassant aussi une partie du cône antérieur dont nous parlerons tout à l'heure, naissent deux ailes latérales, demi-circulaires, légèrement inclinées l’une vers l’autre, ce qui rend la surface dorsale convexe et la surface ventrale concave. Ces ailes sont plus ou moins étendues, selon l'âge des individus; leur bord libre est mince et tranchant, et, vues de
profil ou de face, elles représentent très-exactement les parties latérales dilatées de l'extrémité postérieure de los de Sèche. Comme tout le monde le sait, la partie antérieure de l'os de Sèche est aplatie et épaissie par l'accumulation de lames plus ou moins épaisses, d’un tissu poreux; dans le Béloptere, toute cette partie antérieure manque, et elle est remplacée par une partie conique, en partie engagée entre la base des ailes latérales, et ayant tout-à-fait la forme et la structure d'une Bélemnite. On voit, par les cassures sur les bords de cette partie conique, qu'elle est formée par un tissu de fibres rayonnantes, extrêmement fines, semblables à celles des Bélemnites. Dans la cavité que l'on voit se prolonger jusque près du sommet, on trouve un grand nombre de lamelles circulaires, irrégulièrement déchirées, présentant une profonde inflexion sur la ligne médiane et ventrale. Ces lamelles, d’une excessive ténuité, placées avec une grande régularité, sont pour nous les restes évidens de cloisons transverses, semblables à celles des Bélemnites, et nous en sommes d'autant mieux convaincu, que l’inflexion ventrale qu'elle présente a exactement la même forme que celle qui existe à l'endroit du siphon dans ies Bélemnites. Cette ressemblance nous donne la conviction que dans les Béloptéres les cloisons étaient percées d’un siphon ventral. Ces caractères, comme on le voit, sont bien différens de ceux des Sèches précédemment décrites, et nous avons encore de la peine à concevoir aujourd'hui comment leur importance n’a pas été mieux sentie des naturalistes qui, comme nous, se sont occupés du genre Béloptère; il devient évident pour nous, d'après ce que nous avons dit, que les Béloptères constituent un type tout particulier de mollusques, établissant le passage entre les Sèches et les Bélem- “nites, et montrant avec évidence le rapport qui existe entre ces genres. Nous ne connaissons encore qu'une seule espèce de Béloptère; car nous ne rapportons pas à ce genre le corps fort remarquable nommé Beloptera anomala par M. Soverby dans son Mineral conchologry.
1. BÉLOPTÈRE Desnayes. Beloptera belemnitoidea. Blainv. ÉPAC He 245 0,0.
B. testd ovato-elongatd, longitudinaliter recurvd , posticè rostro obtusissimo, subbipartito terminat&; cavitate anticd, conicd , septiferd, rotundatd.
Dent de poisson ? Guettard, Mém. div. sur les sc., t. 5, pl. 2, fig. 11, 12.
Sepia parisiensis, d'Orb., Mém. sur les Céphal.; Ann. des sc. nat., t. 7, p. 157.
Beloptera belemnitoidea , Blainv., Malac., Suppl., p. 622, pl. 11, fig. 8.
Béloptère Deshayes, Blainv., Traité de Bélemnitologie, p. 111, pl: 1, fig. 5 a, 5 b.
Nob., Encycl. méth., Vers, t. 2, p. 135.
Sow., Min. conch., pl. 501, fig. 3.
Sepia parisiensis , Fér. et d'Orb., Hist. des Céphal., Sepia, pl. 3, fig. 7, 8,0.
Localités : Grignon, Parnes, Mouchy, Chaumont, Abbecourt.
Les détails dans lesquels nous sommes entré sur le genre Béloptere, nous laissent peu de chose à ajouter sur la seule espèce que l'on puisse y rapporter. Elle est alongée, ovalaire, et plus ou moins élargie, selon les individus. Nous en avons d'assez grands dont les ailes latérales sont très-étroites, et d’aütres beaucoup plus petites, dans lesquelles ces parties sont plus élargies. Cette coquille, malgré sa fossilisation, conserve une couleur d’un gris-brunâtre plus ou moins foncé- Cette couleur est ‘ordinairement remarquable dans les individus qui viennent de Grignon ou de Courtagnon. Nous avons un individu, malheureusement trop mutilé pour pouvoir être bien décrit, dans lequel l'apophyse postérieure est plus grêle et proportionnellement plus alongée. Les ailes paraissent beaucoup plus étroites, et leur jonction ne se fait pas par un angle rentrant; mais elles viennent s'atténuer insensiblement sur les parties latérales de l'apophyse. Il est à présumer que, lorsqu'elle sera bien connue, cette coquille pourra constituer une nouvelle espèce de Béloptère.
Les grands individus ont ordinairement quarante millimètres de long.
Mon cabinet.