TOME Il
les noms des anciens à des objets qu'ils avaient seulement entrevus, ou dont ils n’eurent jamais connaissance. Aristote, après avoir décrit l’'Argonaute sous le nom de Nautile, fait mention d’une seconde espèce provenant des mers de l'Inde, et tout porte à croire que cette seconde espèce était le Nautile chambré, aujourd'hui si bien connu. Dans son Histoire des poissons, Bélon fit ce rapprochement; ce dont Rondelet le bläma à tort, à ce qu’il nous semble. Ce qu'il ya de plus fâcheux à cet égard, c'est que les naturalistes de cette époque s’habituérent à donner indistinctement le nom de Nautiles à des coquilles fort différentes. Gualtieri sentit bien qu'elles devaient être séparées, et il fit en conséquence deux sections : dans l’une il comprend, sous le nom de Cymbium, les véritables Nautiles des anciens, Argonautes de Linné, et à la seconde il consacra le nom de Nautile pour les epsèces cloisonnées. Cest là qu’existe le premier changement dans la nomenclature des anciens. Linné le consacra en donnant aux Cymbium de Gualtieri le nom d’Argonaute, et réservant celui de Nautile pour les espèces cloisonnées. A la suite de ces Nautiles cloisonnés, Gualtieri avait ajouté quelques figures de coquilles microscopiques de l’Adriatique; ce qui engagea, sans doute, Linné à les comprendre également dans son genre Nautile. Depuis lors tous les auteurs ont conservé, à l'exemple de Linné, ces coquilles microscopiques dans le genre Nautile ou dans son voisinage. Quand, au commencement de ce siècle les zoologistes français voulurent réformer la méthode de Linné, conduits plutôt par l'autorité de ce grand maître que par de nouvelles observations, ils débarrasserent les Nautiles proprement dits des coquilles microscopiques avec lesquelles Linné les confondait; mais ils eurent soin de les rapprocher dans les mêmes familles, il arriva même quelquefois que des corps tout-à-fait étrangers à ces démembremens des Nautiles y furent introduits et y restèrent jusque dans ce dernier temps. Aujourd'hui le genre qui nous occupe est irès-naturel et ne comprend plus que des espèces dont l’analogie est incontestable.
La famille des Nautilacés, comme nous tre vu, renferme des coquilles
cloisonnées, dont les cloisons sont simples et percées d'un siphon dont la position varie du centre vers le bord dorsal, mais n’est jamais marginal. Dans les Nautiles proprement dits, la coquille, plus ou moins enroulée, eee des cloisons simples, quelquefois un peu sinueuses sur les bords, et elles sont percées par un siphon central. Des coquilles, dont la forme est semblable à celle des Nautiles, connues à l'état fossile seulement, présentent des caracteres particuliers qui annoncent une sorte de passage entre ces Nautiles et les Ammonites. Les cloisons, sans être découpées comme dans ce dernier genre, offrent des sinuosités régulières et semblables dans chacune des espèces; sinuosités souvent anguleuses et plus souvent onduleuses. Dans ces espèces, les cloisons sont percées par un siphon qui,
au lieu d’être tout-a-fait dorsal comme dans les Ammonites, est situé vers le bord ventral. Ce siphon présente encore un autre caractère, c'est qu'il est généralement plus grand que dans les Nautiles et les Ammonites. On connait, dans les terrains de muschelkalk, placés dans la grande série géologique au-dessus des terrains nommés de transition, des espèces d’Ammonites fort singulieres, pour lesquelles M. de Haan a proposé de former un genre particulier sous le nom de Goniatite. Ces Ammonites se rapprochent singulièrement des Nautiles à cloisons onduleuses, non-seulement par leur forme générale, mais surtout par les caractères de leurs cloisons. Ces cloisons, en effet, ne sont point profondément découpées comme dans les autres Ammonites; elles sont onduleuses, quelquefois dentelées vers leur bord supérieur, et on les prendrait facilement pour des espèces de Nautiles, si l'on ne savait que, comme dans le grand type des Ammonites, ces espèces ont le siphon dorsal et non ventral ou central, comme dans les autres cloisonnées. Les caractères particuliers que nous venons de mentionner dans les espèces de Nautiles à cloisons sinueuses, ont paru suflisans à M. de Münster pour établir un genre particulier, destiné à les rassembler. Il a donné à ce genre le nom de Climenia; il est à présumer que les zoologistes l’adopteront : car, en effet, sil a d’un côté de très-grands rapports avec les Nautiles, il en diffère par plusieurs caractères importans. Une observation intéressante que l’on doit faire à l'égard du nouveau genre de M. de Münster, c'est qu'il se trouve dans des terrains de sédiment les plus anciens, manque, à ce qu'il paraît, entièrement dans la grande série des terrains secondaires, et se montre de nouveau dans les terrains tertiaires. On en connaît une espèce dans les argiles de Londres et dans le bassin de Paris; il en existe une autre aux environs de Dax et de Bordeaux. Dans les îles de la Norwège, des terrains que l’on attribue à la craie, contiennent également une espèce appartenant au genre Climenia. On a cité autrefois, dans le bassin de Paris, un Nautile fossile que l’on a pris pour l’analogue de l'espece. actuellement vivante dans l'océan de l'Inde. Il est certain cependant, quand on vient à comparer avec attention l'espèce fossile avec la vivante, qu’elles offrent toutes deux des caracteres spécifiques suflisans pour être facilement distinguées.