‹ Description des coquilles fossiles des environs de ParisChapitre 236 sur 426 · GENRE XXIX · texte numérisé non relu

GENRE XXIX

CYPRICARDE. Cypricardia.

Caractères génériques. Coquille libre, équivalve, inéquilatérale, alongée obliquement ou transversalement. Trois dents cardinales sous les crochets et une dent latérale se prolongeant sous le corselet.

Testa libera, æquivabvis, inæquilatera, oblique vel transversim elongata. Cardo dentibus tribus infrà nates, et dente laterali sub vulva porrectis. Lamk.

Avant Linné on ne connaissait aucune coquille de ce genre; les deux seules qu'il mentionna ont été confondues par lui avec beaucoup d’autres coquilles dans le genre Came. Les imitateurs de Linneé laissèrent dans son entier le genre Came avec toute son imperfection, à laquelle Bruguière, dans l'Encyclopédie, chercha à remédier par d'utiles démembremens : celui des Cardites est le plus remarquable et a été fort utile. Lamarck, à son tour, démembra les Cardites de Bruguière, comme nous l'avons déja dit, et le genre qui nous occupe en fut extrait, mais ce ne fut que tard, et dans son dernier ouvrage, qu'il le caractérisa. Il fit connaître sept espèces seulement; mais les trois dernières, qui sont fossiles, appartiennent sans le moindre doute aux Astartées, Sow. (Crassines, Lamk.): n'étant pas suffisamment connues alors, il n’est pas étonnant de trouver

hors de place ces coquilles, qu'il jugea plus par la forme que par la charnière.

Le genre Cypricarde fut assez généralement adopté; M. de Férussac le conserva dans ses Tableaux systématiques des mollusques et le plaça, dans sa famille des Cardites, entre les Vénéricardes et les Cardites.

M. Latreille le conserva également dans ses Familles naturelles du règne animal; il fait partie de la famille des Cardiacées, entre les genres Isocarde et Bucarde. Ce seraient peut-être là des rapports beaucoup plus naturels que ceux que l’on a proposés jusqu’à présent : quelques espèces, par leur forme et leur charnière, justifient très-bien cette opinion; quelques autres semblent faire un passage vers les Vénus, quoiqu’elles restent bien distinctes et nettement séparées de ce genre.

M. de Blainville, dans son Traité de malacologie, a réuni en un seul les trois genres Cardite, Cypricarde et Vénéricarde. Nous r’avons adopté, comme on l’a vu, qu'une partie de cet arrangement; nous pensons que le genre Cypricarde peut rester en dehors des deux premiers. Nous avons cette opinion, parce que nous voyons une grande différence non-seulement dans l'aspect des coquilles des deux genres, mais encore dans la structure de la charnière, qui présente un plus grand nombre de dents, autrement disposées, et une dent latérale postérieure, qui manque toujours dans les Cardites. Un autre caractère, qui est aussi d’une grande valeur et qui doit encore engager à séparer les Cypricardes des Cardites, est la forme de l'impression palléale qui commence à devenir sinueuse postérieurement, ce qui n'a lieu dans aucune Cardite, et annoncerait dans l'animal des Cypricardes une organisation différente. Cest apres avoir fait ces observations, que nous avions conclu que le rapprochement de M. Latreille était préférable. Au reste, comme on a dà s’en apercevoir facilement, les diverses opinions que nous avons rapportées sur ce genre ne sont fondées que sur des probabilités, puisque l'animal n'est pas connu, et que sans lui il est impossible de juger d’une manière définitive et absolue des rapports du genre Cypricarde.

Les coquilles de ce genre sont toutes alongées, transverses, très-obliques, rarement cordiformes et enflées; elles sont dépourvues de côtes longitudinales, ce qui au premier coup d'œil les distingue des Cardites : leurs stries, leurs lames ou les côtes qui les sillonnent, sont transverses, c’est-adire parallèles aux bords.

Quelques espèces sont lithophages et quelquefois parasites. En brisant une masse madréporique, nous trouvâmes plusieurs Cypricardes contenues

dans l’intérieur de modioles lithodomes : une entre autres en recélait deux lune dans l’autre, de sorte que la cavité creusée dans le polypier renfermail trois coquilles.

Les personnes qui se sont occupées des fossiles des environs de Paris, ont ignoré l'existence de ce genre dans ce vaste dépôt tertiaire. Il faut dire que les deux espèces que nous allons signaler proviennent de localités qui ont été rarement visitées et par suite incomplétement connues; elles n'offrent rien de particulier dans leur gisement : elles appartiennent toutes deux au calcaire grossier.

CYPRICARDE OBLONGUE. Cypricardia oblonga. Nob.

PL. XXXI, fig. 5, 4.

C. testä ovato-transverst, inæquilaterd , obliqud , lævigatä, accretionibus undulaté ; umbonibus obliquis, recurvis ; cardine angusto, tridentato; dente laterali obsoleti.

Nob., Encyclop. méthod., tom. 2, pag. 44, n. 5. Localités : Chaumont, Parnes, Mouchy, C. G.

Quoique cette coquille ait de l’analogie avec la Cypricardia cyclopea de M. Brongniart (terr. du Vicent., pl. 5, fig. 12), nous ne croyons pas qu'elle soit son analogue fossile, du moins autant que nous pouvons en juger par les figures. L'espèce de M. Brongniart est moins inéquilatérale, très-bâillante, plus large postérieurement et striée en travers; caracteres qui la distinguent de notre espece.

La Cypricarde oblongue est étroite, transverse, tres - inéquilatérale, mince, bombée, à crochets médiocres, obliquement dirigés vers une lunule profonde indiquée en dehors par un angle fort obtus. Cette coquille est toute lisse, quelquefois rendue aduliiec: surtout vers les crochets, par des accroissemens irréguliers ; les bords sont simples, minces et tranchans : l’inférieur est presque toujours sinueux dans le milieu; le côté antérieur est court et plus étroit que le postérieur. La charnière se compose, sur la valve gauche, de trois dents, dont la postérieure, la plus longue, est lamellaire et soudée, à sa base, à la nymphe; la dent antérieure est la plus courte, et elle est conique ; la médiane est fort saillante et profondément bifide. Sur la valve droite, la dent antérieure est la plus saillante; elle est bifide; la moyenne est la plus courte ; elle est très-étroite, et la postérieure, aussi longue que celle de l'autre valve, est

détachée de la nympbhe, dont elle est séparée par un sillon profond. La nymphe qui porte le ligament est longue et aplatie, et se termine par une dent postérieure, effacée dans le jeune âge et tout-à-fait nulle dans les grands individus. Les impressions musculaires qui se voient à l’intérieur des valves sont grandes, arrondies et superficielles; elles se réunissent par une impression palléale légèrement échancrée postérieurement.

Cette coquille, rare aux environs de Paris, a quelquefois une assez grande taille : la plus grande valve que nous connaissions est longue de irente-deux millimètres et large de soixante-sept.

Mon cabinet.

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