‹ Description des coquilles fossiles des environs de ParisChapitre 240 sur 426 · DIXIÈME FAMILLE · texte numérisé non relu

DIXIÈME FAMILLE

LES ARCACÉES.

Dents cardinales petites, nombreuses, intrantes et disposées sur l’une et l’autre valve en ligne, soit. droite, soit arquée, soit brisée.

Si l’on veut trouver l’origine de cette famille hors des travaux de Lamarck, on pourrait l’attribuer à Chemnitz; mais ce serait peut-être injustement, car l’auteur du Conchylien - Cabinet joignait les Crénatules et les Pernes aux Arches de Linné, et faisait de tout cela trois sections, parmi lesquelles le genre Pétoncle lui seul se trouva nettement indiqué. Cet arrangement, comme on doit le croire, ne fut point imité, et Bruguière se contenta de suivre Linné, mais en le perfectionnant et en établissant

trois sections, qui devinrent plus tard l’origine des genres que Lamarck fit aux dépens des Arches de Linné. Aussi peut-on regarder Bruguiére comme le véritable créateur de la famille des Arcacées; car il suffisait de donner au genre de cet auteur le nom de famille, pour que celle-ci se trouvât toute faite. Lamarck se contenta d’abord de suivre les indications de Bruguière, et éleva à titre de genres chacune des sections du genre Arche de cet auteur. C’est de cette manière que les genres Pétoncle et Nucule furent proposés, placés à côté des Arches et tous trois compris dans la série entre les Trigonies et les Mulettes : le genre Cucullée fut ajouté en 1801; les autres rapports ne changerent pas; ils furent conservés par M. de Roissy dans le Buffon de Sonnini, et ce ne fut que quelques années après, dans la Philosophie zoologique, que Lamarck établit la famille des Arcacées, dans laquelle il renferma les cinq genres Nucule, Pétoncle, Arche, Cucullée et Trigonie. Cette famille se voit entre celles des Nayades et des Cardiacées, ce qui n’aurait pas été mal, si cette dernière n’eùt contenu que des genres tels que les Cardites, dont l'animal a le manteau fendu dans toute sa circonférence. Depuis cette époque, Lamarck ne changea rien aux rapports généraux de la famille ; il la modifia dans son dernier ouvrage en la réduisant à quatre genres, parce qu'il fit des Trigonies et des Cardites une famille particulière, sous le nom de Frigonies.

M. Cuvier (Règne animal) n’adopta pas la famille de Lamarck; mais son genre Arche, ramené à peu près aux conditions de celui de Bruguière et contenant de plus les Trigonies, représente en effet d’une manière complète la famille des Arcacées; seulement les rapports généraux dans lesquels il se trouve sont fort différens de ceux indiqués par Lamarck, et cela par une raison toute simple : c’est que cet auteur les avait cherchés presque uniquement dans les caractères des coquilles; au contraire, M. Cuvier, dans ceux des animaux. Les animaux des arches ont en effet, par leur organisation, beaucoup d’analogie avec tous ceux que M. Cuvier place avec eux dans ses Ostracés à deux muscles : leur place fut marquée entre les Jambonneaux (Pinna) etles Moules. Peui-être eût-il mieux convenu qu'ils fussent après ce dernier genre, pour ne pas rompre les intimes rapports qui le lient anx Jambonneaux. Â

L'opinion de M. Cuvier ne fut point adoptée dans son ensemble d’une maniere absolue; mais elle eut une grande influence sur cette partie des méthodes qui furent créées après la sienne. M. de Férussac conserva les rapports généraux de M. Cuvier, mais réintégra la famille des Arcacées de Lamarck, en y ajoutant le genre Trigonie.

M. Drouet, par un faux rapprochement, ayant démembré quelques espèces de Peignes à dents multiples sur le bord, sous le nom générique de Neithée, crut pouvoir les introduire dans la famille des Arcacées : mais : cette idée ne pouvait être reçue; car c’est à peine si ce nouveau genre peut faire une sous-division des Peignes dans une méthode naturelle.

M. Latreille n’apporta en réalité aucun changement dans les rapports généraux des Arcacées, dont il adopta la famille telle qu’elle se trouve dans M. de Férussac. Quant à M. de Blainville, il modifia un peu la famille dont il est question, en la réduisant aux trois genres Arche, Nucule et Pétoncle. Mais on la voit, dans son Traité de malacologie, entre les Mytilacés et les Submytilacés, à peu près comme dans M. Cuvier, entre les Jambonneaux et les Mulettes : il faut remarquer que M. de Blainville se rapproche en cela de la dernière opinion de Lamarck, puisqu'il rejette des Arcacées le genre Trigonie, et nous croyons qu'ils ont l’un et l’autre parfaitement raison.

Si lon compare dans tous leurs détails tous les caractères des genres de cette famille, on arrivera à ne plus trouver entre les Nucules et les autres genres qu'une seule ressemblance importante, celle de la disposition sériale et linéaire des dents de la charniere, le ligament dans ces coquilles étant placé à l’intérieur sur des cuillerons saillans et obliques, comparables à ceux des Lutraires : il est vrai que cette disposition ne se trouve pas dans toutes les espèces, comme nous le verrons; mais aussi ces espèces qui font exception sont-elles des Nucules?

À suivre à la rigueur les caractères donnés par Lamarck à la famille des Arcacées, le genre Nucule devrait en être exclu, et ce changement se fera sans doute un peu plus tard dans les méthodes, si lon continue avec : le savant que nous venons de citer à donner beaucoup d'importance à la place qu'occupe le ligament dans la charnière des coquilles bivalves. Pour nous, bornés comme nous le sommes au cadre méthodique de Lamarck pour ce qui a rapport à cet ouvrage, nous nous contentons de faire sentir, quant à présent, la nécessité d’un changement, nous proposant plus tard de Popérer.

Les quatre genres Cucullée, Arche, Pétoncele et Nucule, qui constituent pour Lamarck la famille des Arcacées, se trouverit fossiles aux environs de Paris. Il est bien à présumer que par la suite les trois premiers de ces genres seront réunis en un seul, parce qu’en effet ils se fondent les uns dans les autres par des passages insensibles, et que de plus ils se réunissent par une ressemblance très-grande des animaux qui les habitent.

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