TREIZIÈME FAMILLE
LES CAMACÉES.
Coquille inéquivalve, irrégulière, fixée. Une seule dent grossière ou aucune à la charnière. Deux S impressions musculaires séparées el latérales.
Quand on veut remonter à l’origine de presque toutes les familles qui partagent la conchyliologie, il faut la rechercher dans les ouvrages de Lamarck: c’est à lui qu'est due la création de celle-ci; il la proposa dans la Philosophie zoologique et la composa des cinq genres Ethérie, Came, Dicérate, Corbule et Pandore. Par cet arrangement Lamarck ne se trouvait plus d'accord avec ce qu'il avait précédemment établi pour ces genres. Cest ainsi que dans sa première classification, insérée dans les Mémoires de la Société d'histoire naturelle (1799), les Cames sont placées dans la classe des coquilles irrégulières entre les Ostracites et les Huîtres, tandis que les Corbules et les Pandores font partie des coquilles régulières et se voient entre les Peignes et les Térébratules.
Deux années après, dans le Système des Animaux sans vertébres, les principales divisions furent établies, non plus d’après la régularité ou l'irrégularité de la coquille, mais d’après la grandeur relative des valves, d'ou les deux grandes divisions des coquilles équivalves et inéquivalves : les Cames se trouvèrent dès-lors dans la même division que les Corbules et les Pandores; mais elles en étaient éloignées par une assez longue série de genres, et ce fut seulement dans la Philosophie zoologique que ces genres furent à tort réunis dans la famille des Camacées. Plus tard, dans l’Extrait du cours, Lamarck ne fit d’autres changemens dans cette famille que de la séparer en deux sections: la première pour les coquilles adhérentes et la seconde pour celles qui sont libres.
M. Cuvier, dont la classification est basée sur d’autres principes, ne pouvait admettre la famille des Camacées de Lamarck; quoiqu'il n’attachât pas autant d'importance au caractère pris du nombre des muscles des Acéphalés, il en servit cependant pour établir dans les Huitres deux divisions fondamentales; puis, abandonnant ce caractère, il ne lui accorde plus
qu'une importance tres-secondaire dans d’autres familles. C’est ainsi que celle des Bénitiers, par exemple, dont les animaux n'ont qu'un seul muscle, se trouve entre des genres dimyaires. Ne tenant pas compte non plus de la régularité ou de lirrégularité de la coquille, pas plus que de son
adhérence aux corps soumarins ou son entiere liberté, mais se guidant ,
uniquement sur la disposition du manteau des animaux et sur le nombre des ouvertures que présente cette partie, il rangea les Cames dans la famille des Cardiacées, avec les Bucardes, les Vénus, les Cyclades, les Donaces, etc., en y ajoutant les Isocardes à titre de sous-genre et sans admettre ni Es Dicérates ni les Éthéries. Les Corbules, que nous avons vues dans la famille des Camacées de Lamarck, se trouvent à la fin de celle des Cardiacées de M. Cuvier, qui semble par là justifier l'opinion, que nous croyons inadmissible, de l'auteur des Animaux sans vertebres.
Dans son dernier ouvrage, Lamarck a rejeté avec juste raison les Corbules et les Pandores de la famille des Camacées ; il la rendit beaucoup plus naturelle, en la réduisant aux trois genres Came, Dicérate et Éthérie. Mais la place qu'il lui donna dans la série la met évidemment hors de ses rapports naturels, puisqu'il l'isole de tous les animaux qui, comme ceux-ci, ont trois ouvertures au manteau.
M. de Férussac qui, dans sa Méthode, s'est contenté de changer en ordre la famille des Cardiacées de M. Cuvier et à la diviser en familles, en suivant les indications de Lamarck, n’a presque rien changé aux rapports des genres entre eux. Son travail est donc de peu d'importance.
La manière de voir de M. de Blainville mérite bien plus de nous arrêter, sans que cependant il soit nécessaire de la discuter dans tous ses points. La manière vague dont M. de Blaimville a caractérisé cette famille, nous a mis en garde sur l'opinion que nous devions en avoir. La caractéristique est conçue de telle sorte, qu'il serait possible d'introduire presque indistinctement tous les genres de coquilles bivalves dans cette famille. M. de Blainville avait besoin de cette grande extension des caractères de leur élasticité, si nous pouvons nous servir de cette expression, pour pouvoir y introduire des genres qui, sans le moindre doute, n’ont avec les Cames que des rapports très-éloignés.
La famille des Camacées, dans le Traité de malacologie, est partagée en deux sections : la première, pour les coquilles irrégulières, correspond à la famille de Lamarck, et elle contient les genres Came, Dicérate et Éthérie ; la seconde section, pour les coquilles régulières, sonne il les genres Macé Isocarde et Trigonie. 11 sen pe bien que, dans notre
opinion, cette seconde section puisse être conservée à côté de la premiere; il sufit de comparer les genres qu’elle contient non-seulement aux premiers, mais encore entre eux, pour être convaincu qu'ils ne sont liés par aucuns rapports. Nous croyons que M. de Blainville, embarrassé de ces genres ou n'ayant point aperçu pour eux de place convenable, les a mis à tout hasard dans cette section des Camacées, la considérant sans doute comme une incertæ sedis. Pour soutenir notre opinion, nous nousappuyons sur les travaux de Poli d’une part, et, au besoin, sur ceux de M. de Blainville lui-même, qui a donné une description assez complete de l'animal des Tridacnes.
Dans ces derniers temps, M. de Roissy a proposé un genre nouveau trèsvoisin des Cames; il lui a donné le nom de Camostre. M. de Blainville l’a mentionné dans le premier supplément au Traité de malacologie : il en fait une petite section des Cames. Nous adoptons cette maniere de voir, et nous croyons qu'il sera nécessaire de faire de même à l'égard des Dicérates, qui ne sont que des Cames exagérées. Sa famille “ee Camacées se réduit, pour nous, à deux genres seulement : Came et Éthérie.
Ce genre Éthérie est fort curieux : habitant les eaux douces, il a beaucoup 4 l'apparence des Huitres, quant à sa manière de vivre attaché au fond des eaux par l’une de ses valves et par sa forme extérieure, variable selon le lieu de l’adhérence. Mais ces coquilles se distinguent des Huîtres et se rapprochent des Cames, parce que l’on voit constamment à l’intérieur des v alves deux i impressions musculaires alongées et latérales. Si l’on trouvait des Éthéries à l’état fossile sans qu'il füt possible de voir l'intérieur des valves, on pourrait facilement les prendre pour des Huitres et attribuer à à la mer des dépôts qui seraient cependant d’eau douce. L’animal des Éthéries n’est pas encore connu, et quand on considère la nature de la coquille et les moyens d'union de ses valves, on peut présumer avec quelque raison que ce genre ne restera pas dans les rapports où il se trouve actuellement.
Le genre Came est le seul fossile de cette famille, réduite, comme nous avons dit, à deux genres : il se trouve dans les terrains secondaires, où quelques espèces sont connues sous le nom de Dicérates, et dans tous les terrains tertiaires, où l’on en connaît déjà un assez grand nombre d'espèces.
DES COQUILLES TOSSILES.
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