‹ Description des coquilles fossiles des environs de ParisChapitre 293 sur 426 · GENRE XXXVI · texte numérisé non relu

GENRE XXXVI

MODIOLE. Modiola.

Caractères génériques. Coquille subtransverse, équivalve, régulière, à côté antérieur tres-court. Crochets presque latéraux, abaissés antérieurement. Charniére sans dent latérale, linéaire. Ligament cardinal presque intérieur, reçu dans une gouttière marginale. Une impression musculaire postérieure alongée et en hache. Une impression antérieure tres-petite.

Testa subtransversa, æquivalvis, regularis, latere antico brevissimo. Nates sublaterales, antice incumbentes. Cardo edentulus, lateralis, linearis. Ligamentum cardinale subinternum , in canali marginis receptum. Impressio muscularis postica, elongata, securiformis; antica minima.

Lorsque l’on aura comparé la caractéristique du genre Modiole avec celle du genre Moule, qui suit, l’on restera convaincu que l’un des deux genres devra disparaître de la méthode : les différences qui existent entre eux sont d’une si faible valeur, qu'à peine pourraient-elles suflire pour l'établissement d'un groupe. L'existence d’un bord antérieur très-court dans les Modioles fait la seule différence entre ce genre et les Moules; car, à l'exception de celui-là, tous les autres caracteres plus importans, tirés du ligament, des impressions musculaires, de la nature et de la forme du test, ainsi que ceux que fournissent les animaux, sont identiquement les mêmes. La présence d’un bord antérieur dans les Modioles devient un caractere de peu d'importance, puisqu'il est variable et qu'il disparaît par des nuances insensibles, au point qu’on ne sait où placer certaines espèces, qui sont des Modioles ou des Moules, selon l’appréciation arbitraire du caractere distinctif. :

Les Modioles étaient au nombre des Moules de Linné, et la plupart des auteurs anciens les comprenaient dans leurs Musculi marini, qui, sous cette dénomination, rassemblaient des coquilles fort diverses. Le genre Mytilus de Linné est une imitation et une amélioration tout à la fois du genre de Lister, auquel on ne peut reprocher que la présence d’une espèce d’Arches.

Bruguiere, dans l'Encyclopédie, laissa le genre Moule dans son intégrité, et 1l aurait été à souhaiter que Lamarck suivit cet exemple. Dès ses premiers travaux, ce savant crut nécessaire la création du genre Modiole. Nous avons vu sur quels caracteres il a été fondé, et leur peu d'importance ne fut pas reconnue; car M. de Roissy, dans le Buffon de Sonnini, l'adopta sans difficulté. D'autres auteurs l'introduisirent également dans leurs méthodes, et lui laisserent toujours les rapports que lui avait assignés Lamarck entre les Moules et les Pinnes, avec lesquels il introduisit plusieurs autres genres plus éloignés, pour en faire la famille des Byssifères, qu'il proposa dans sa Philosophie zoologique et qu'il reproduisit sans changement dans l’Extrait du cours.

M. Cuvier, le premier, dans sa premiere édition du Regne animal, rétablit le genre Modiole ce qu'il devait être, et en fit un sous-genre des Moules. Les espèces perforantes des Modioles furent séparées par lui en un autre sous-genre, auquel il donna le nom de Lithodome. Ce sous-genre n’a point été adopté de tous les zoologistes. Lamarck le rejeta, lorsque, dans son dernier ouvrage, il démembra la famille des Byssifères pour en séparer la famille des Mytilacées; mais il conserva le genre Modiole à côté des Moules et des Pinnes.

Par les Tableaux systématiques de M. de Férussac on voit que cet auieur a modifié la famille des Mytilacées de Lamarck, pour la réduire aux genres que M. Cuvier fait entrer comme sous-genres dans les Moules; il en éloigna en conséquence le genre Pinne et composa la famille des genres Moule, Modiole et Lithodome, admettant ce dernier à titre de genre. Dans notre maniere de voir, elle est constituée par le genre Moule seulement.

M. Latreille, dans ses Familles naturelles du règne animal, adopta complétement l’arrangement de M. de Férussac, que M. de Blainville rejeta dans son Traité de malacologie, pour revenir à la famille des Mytilacées de Lamarck, qu'il modifia d’une manière très-convenable; il la réduisit aux deux genres Moule et Pinne, ce que nous regardons comme une amélioration très-utile, et il joignit les Modiofes et les Lithodomes aux Moules, ce qui est une amélioration non moins grande que la premiére.

Les Modioles sont des coquilles alongées, longitudinales, ovales, plus étroites antérieurement que postérieurement et souvent sinueuses dans leur milieu. Leur test est mince, nacré à l'intérieur, couvert en dehors d’un épiderme plus ou moins épais, quelquefois velu. Le bord inferieur est un peu bâillant à la partie antérieure, pour le passage du byssus, qui existe dans ce genre comme dans les Moules. Les crochets sont petits, non

terminaux, inclinés sur le côté antérieur, qui est très-court. C'est à l'angle de jonction du bord antérieur avec l'inférieur qu'il faut chercher dans l'intérieur des valves la petite impression musculaire antérieure; quant à la postérieure, elle est tres-grande et tres-visible, et elle est en forme de hache, comme dans les Moules.

Il est nécessaire de diviser les Modioles en deux groupes, pour séparer les espèces Lithodomes des autres. On les reconnaît facilement à leur forme cylindracée, à leur épaisseur moins grande et à leur habitude de percer les pierres ou les grosses coquilles et d'y former une loge, d’où elles ne peuvent plus sortir. À part ces petites différences, tous les caracicres des Lithodomes restent les mêmes que dans les Modioles.

On irouve à l’état fossile un assez grand nombre de Modioles appartenant aux deux groupes : les unes viennent des terrains secondaires et sont, jusqu'a présent, les plus nombreuses; les autres proviennent des terrains tertiaires, et leur nombre s’augmentera probablement dans une proportion rapide, lorsque des recherches assidues y auront été dirigées sur plusieurs points. Aux environs de Paris, on ne comptait qu'un petit nombre d’espèces. Lamarck en a décrit trois dans les Annaies du Muséum, et en a fait figurer cinq; mais depuis, ce nombre a été plus que doublé, comme on pourra s’en convaincre par les descriptions qui suivent.

Nous diviserons les espèces en deux groupes, dont le second comprendra toutes celles qui sont lithophages.

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